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DE QUELQUES USAGES DES PALMIERS

Le département de la marine a reçu récemment de Cayenne plusieurs caisses de graines de palmiers, que la commission de surveillance de l’exposition permamanente des colonies a réparties entre les divers éta-

blissements et sociétés d’horticulture ou d’acclimatation de Paris ou de la province. La Revue maritime et coloniale a publié à ce sujet de curieux documents, qui sont de nature à faire connaître les usages d’un arbre précieux, et peu connu dans nos climats.

L 'Astrocaryum vulgare, palmier très-abondant dan6 l'Amérique du Sud, et dont toutes les parties, même les bords des segments des feuilles, sont hérissées d’épines acérées, est d’une grande importance pour les Indiens du Brésil, qui le nomment Tucum, et le cultivent dans leurs champs de manioc et autour de leurs cases, non pour ses fruits, c ir ils sont à peine mangeables, mais pour ses feuilles non développées, avec lesquelles ils fabriquent des cordages, supérieurs en finesse, en force et en durée à celui que l’ou tire du Miriti (Mauritia flexuosa, Linn.), et servant pour cordes d’ares, filets de pêche, chapeaux, éventails, et autres objets exigeant la combinaison de la finesse avec la force. Les Brésiliens du Rio-Negro et du haut Amazone font de magnifiques hamacs en fils de Tucum, tricotés à la main en une toile serrée et d’un si fui tissu que la confection complète de l’un d’eux occupe, deux personnes pendant trois ou quatre mois. Ces hamacs se vendent environ 3 livres sterling (75 francs) pièce, et, quand ils sont ornés de bordures en plumes travaillées, le double de cetle somme. On les envoie pour la plupart en cadeaux à Rio-Janeiro.

Dans ces dernières années, les rues de Londres et de Paris ont été tenues particulièrement propres et nettes au moyen de balais et de brosses faites d’une nouvelle matière , ceux des machines aussi bien que ceux que l’on emploie à la main. Si l'on demande quelle est cette nouvelle matière, la réponse que l’on euteud souvent c’est « de la baleine , je suppose. » Mais non; elle n’est pas d’origine animale, mais végétale. C’est du Piassaba , la fibre noire et grossière d’une espèce de palmier, YAttalea (A. funifera , Mart.), genre composé d’environ vingt membres.

Un autre genre très-abondant dans les Guyanes et au Rrésil, est le Guilielma, qui produit un fruit excellent et très-abondant. Les perroquets, les aras et beaucoup d’autres oiseaux dévorent ces fruits, et les singes apprivoisés en sont très-friands, bien que ceux des bois ne puissent grimper aux tiges épineuses pour les avoir. Le bois de cet arbre , quand il est vieux et noir, est excessivement dur et émousse le tranchant de toute hache ordinaire.

Les épines en forme d’aiguilles de cet arbre sont employées par quelques tribus indiennes pour se piquer la peau, afin de produire les talouagcs dont ils décorent diverses parties de leur corps. Du noir de fumée obtenu de la poix enflammée, frotté sur les piqûres, produit, dit-ou, la teinte bleuâtre indélébile que présentent ces tatouages.

llumboldt, parlant de ce palmier, dit : « Les Ini diens et les missionnaires de l’établissement de San ; Francisco , en Vénézuéla, ne tarissent pas dans les

louanges qu’ils donnent à ce noble palmier, que l’on pouirait appeler le palmier-pêche. Nous le trouvâmes cultivé en grand nombre à San Fernando, à San Raltasar, à Santa Barbara, et partout où nous nous dirigeâmes, dans le Sud ou dans l’Est, le long des rives de l’Atabapo et de l’Orénoque supérieur. Ces régions sauvages nous rappellent malgré nous l’assertion de Linnée que le pays des palmiers fut le premier séjour de notre race, et que l'homme est essentiellement palmivore. En examinant les provisions accumulées dans les carbets des Indiens, nous voyons que leur subsistance durant plusieurs mois de 1 année, dépend autant du fruit farineux du pirijao que du manioc et des bananes. L’arbre ne produit qu’uns fois l’an, mais il donne jusqu’à trois grappes, soit 150 à 200 fiuits. »

M. Wallace donne des renseignements sur une espèce du genre lriartea : t Un jour, dit-il, j’accompagnai l’Indien avec lequel je vivais dans la forêt, pour avoir des tiges propres à faire une sarbacane. Nous allâmes à environ un mille de distance, à un endroit où croissaient de nombreux petits palmiers ; c’étaient des lriartea setigera, de Martius, de 10 à 15 pieds de haut, et variant de l’épaisseur d’un doigt' à 2 pouces de diamètre; ils paraissent articulés au dehors, en raison des cicatrices que laissent les feuilles tombées, mais en dedans ils ont une moelle tendre qui, quand elle est enlevée, laisse un calibre lisse et poli. Mon compagnon en choisit plusieurs des plus droits qu’il put trouver, tant du plus petit que du plus grand diamètre; ces troncs furent soigneusement séchés dans la maison, la moelle expulsée à l’aide d’une longue baguette faite du bois d’un autre palmier,^ le calibre nettoyé et poli avec un petit paquet de racines de fougères-arbre vigoureusement poussées et tirées dedans. On choisit deux tiges de telles dimensions que la plus petite puisse être introduite de force dans la plus grande, afin que, s’il se trouve quelque courbure dans l’une, la plus droite réagisse sur l’autre; une embouchure conique en bois cstalors ajustée à l’une des extrémités, cl quelquefois le tout est lié en spirale avec l’écorce lisse, noire et brillante d’une liane. Des Bêches, imprégnées de poison, et munies d’une petite houppe conique de soie de fromager ( Bombax ) à l’autre bout, remplissent exactement, mais non étroitement, le calibre du tube et sont lancées par les naturels avec une extraordinaire habileté. »

Le Maurilia flexuosa, d’après Wallace, est un palmier vivant en famille et i ouvrant de grandes étendues de terre inondée à marée haute dans l’Amazone inférieur. Dans ces endroits, il n’y a point de taillis pour interrompre la vue à travers d’interminables rangées d’immenses troncs sans branches ou feuilles, s’élevant comme des colonnes aune hauteur de 80 ou 100 pieds, vaste temple naturel qui ne le cède ni en grandeur ni en sublimité à ceux de l’antiquité classique.

« Dans les districts inondés par le Bot, au l’ara (Brésil), continue le même voyageur, les troncs mas-

sifs de ces arbres sont souvent employés pour former des voies de communication à travers l’étendue de vase molle que laisse généralement ie jusant entre le sol ferme et le bord de l’eau. IJn cylindre uni et glissant n’est certainement pas ce que l’on pourrait imaginer de mieux pour cet objet, mais comme c’est ce que l’on peut se procurer le plus aisément et à moins de frais, ou s’en sert assez communément ; et en faisant une visite à beaucoup de maisons de campagne brésiliennes, si vous arrivez à marée basse, vous n’aurez pas d’autre moyen de débarquer que celui que vous offrent ces troncs de palmier. »

On voit, par ces quelques exemples, qu’il est peu de végétaux aussi précieux que le bel arbi o tropical .

LE

CANON R0 DM AN DU FORT HAMILT0N

Le canon que représente notre dessin est l’une de ces grosses pièces, inconnues avant la guerre de la sécession américaine, qui firent alors tant parler d’elles, et qui, si imparfaites qu’elles soient, ont ouvert la voie dans laquelle nous voyons aujourd’hui marcher toutes les artilleries. Il faut remarquer, toutefois, que les énormes canons qui occupent actuellement l’attention publique sont rayés, tandis que l’âme de ceux auxquels M. Rodmana donné son nom est lisse. Lorsque ceux-ci furent fondus, il s’agissait, il est vrai, de trancher la question entre les deux systèmes. Les Anglais tenaient pour la rayure ci les Américains pour l’ancienne méthode. Nous venons de dire qui l’avait emporté.

L’entreprise de M. Rodmau ne mérite pas moins qu’on s’en souvienne, à cause de l’originalité dont il y fit preuve.

On disait alors, aussi bien en Amérique qu’en Europe, que les canons lisses coulés suivant les vieux errements, c’est-à-dire dans un bloc de métal plein, le forage se faisant après coup, étaient très-susceptibles d’éclater. Pour obvier à cette éventualité, M. Rodman introduisit dans le moule un tube de la grandeur et de la grosseur du calibre fixé à la pièce, et laissa le métal couler autour; puis, contre les règles adoptées, qui voulaient que le refroidissement eût lieu de la périphérie au centre, M. Rodmau établit dans son tube un incessant courant d’eau froide qui amena d’abord la réfrigération de l’âme. 11 obtint ainsi une chambre plus résistante et plus durable.

C’est à l’usine du Fort Pitt que fut coulé le piernier canon Rodman, le même que représente notre dessin, et qui figure aujourd'hui sur le fort Jlamilton, dans le port de New-York. On y employa 160,000 livres de métal, qui fut fondu en trois fourneaux. Son refroidissement dura quinze jours. Voici les dimensions du canon :

Longueur: 20 pieds 3 pouces de long (6 m ,172). — Diamètre à la culasse : l'",62. — Diamètre àla volée : 0 m ,178. — Épaisseur du métal à l’emplace-

ment de la charge : 0 m ,559. — Calibre : 20 pouces (O" 1 , 408).

Son âme est lisse, polie comme de l’acier. Il est monté sur un affût à châssis en fer et pivotant, dont la longueur entière est de 22 pieds; sa hauteur de 2™, 64, et son poids de 56,000 livres.

Tout le système repose sur une fondation en granit , et tourne sur des rails circulaires lixés sur le granit.

Les projectiles de ce canon pèsent une demi-tonne et sont lisses. Ils sont manœuvres par le moyen de machines spéciales. La poudre employée est du mammouth n° 1 (delà grosseur d’une châtaigne).

Lors des expériences, le premier coup fut tiré à poudre, avec une charge de 50 livres. Le recul fut peu considérable. Le deuxième coup fut également tiré avec une charge de 50 livres, et avec un boulot qui alla frapper l’eau à 314 mètres du rivage et ricocha ensuite pendant 1 ou 2 mètres. Sa vitesse était très-faible , en sorte que tous les regards purent le suivre pendant toute la durée de son trajet. Le troisième coup fut tiré avec une charge plus forte, et sous un angle plus élevé. Le projectile, animé cette fois d’une grande vitesse, atteignit une distance qui fut estimée à 4 ou 5 milles. Dans celte dernière décharge, le canon éprouva une très-violente secousse. Depuis, ce canon n’a été l’objet d’aucune autre expérience, et tout porte à croire qu’il a dit son dernier mol; car, nous l’avons dit, le présent et l'avenir appartiennent à la rayure. L. Renard.

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