‹ La Nature 1875 S1Chapitre 54 sur 224 · POPULATIONS DU TURKESTAN ORIENTAL · texte numérisé non relu

POPULATIONS DU TURKESTAN ORIENTAL

Le plateau de l’Asie centrale, situé à l’est de la chaîne de montagnes dont les eaux se déversent, par l’üxus et le Yaxarte dans la mer d’Aral, est encore peu connu, à cause de la difficulté des communications, des grands déserts qui le séparent de l'Europe occidentale et de la chaîne des llimaluyas, la frontière géographique de l’Inde anglaise. L’expédition de Khiva ouvrant à la Russie la conquête de l’Asie, le gouvernement des Indes essaya d’équilibrer cette situation politique nouvelle, en envoyant une députation à l’Àmir Yakoob-Klian, dans le but de négocier un traité de commerce.

Le centre de l'Asie est le partage des principautés turques indépendantes du Kashgar et du Yarkund. L’autonoruie de ces populations est sauvegardée par les liantes chaînes de montagnes, au milieu desquelles elles sont enclavées. Deux de celles-ci: les Montagnes du Céleste Empire ou Tliian-Shaii, séparant le Kashgar de la Sibérie et les chaînes du Kara Ivorum et du Kuen-lun ; et d’autre part le Thibet du Milieu, du Thibet supérieur, sont les plus élevées de l’ancien continent. La partie ouest est formée d’un vaste plateau, le désert de Pamir et le Bulor-Dagh, où deux grands fleuves de l’Asie prennent leur source : l’Oxus (Amou-Daria) et le Yavartes (Syr-Daria), qui se jettent tous deux dans la mer d’Aral. La partie Est est arrosée par les lleuves de la Chine et l’indus.

Le capitaine Chapman, membre de l’expédition diplomatique, dirigée par M. Forsyth, a étudié les populations de l’Asie centrale, dont les moeurs et le caractère étaient jusqu’à présent presque inconnus.

On a rencontré à Kizzil, village de 600 maisons, sur la route de Kashgar, des fonderies de fer, qui, quoique primitives, donnaient de bons produits. Le minerai, fortement mélangé de chaux, se fond dans un fourneau consistant en une simple cheminée de deux mètres de haut, percée de six orifices à la hase, par lesquels on introduit autant de soufflets, mis en mouvement chacun par un homme.

Les labours se font au moyen d'une charrue élémentaire, composée de deux pièces; une sorte de couteau vertical muni d’un socle et monté sur un morceau de bois presque horizontal, servait d'âge. Le cheval est attelé à l’extrémité de cette seconde pièce.

Comme les Chinois, leurs voisins, les Asiatiques du centre se livrent à l’élevage des vers à soie. Cette industrie a été du reste une source de bénéfices et de renommée, depuis un temps immémorial, pour la ville de Khoten. Les œufs sont retirés des magasins au commencement d'avril, et portés par les femmes dans leurs vêtements pendant une huitaine de jours ; quand les feuilles commencent à pousser au mûrier, on les expose au soleil pour faciliter les métamorphoses. La ponte a lieu au commencement de juillet. Le fil du cocon se dévide, après immersion dans l’eau

chaude, au moyen d'un petit rouet, sur lequel se forment plusieurs bobines.

Le coton croît assez abondamment dans certaines provinces pour être l’objet d’un commerce important. 11 est épluché au moyen d'une machine assez primitive, composée d'un rouleau mis en mouvement par une pédale. L’ouvrier, propriétaire de l’appareil, se transporte de village en village pour se mettre à la disposition des cultivateurs et travailler leur coton brut. Les conditions du travail sont ordinairement la nourriture cl le logement et un septième du coton qui lui passe par les mains.

On rencontre dans certaines provinces des Kirgiz nomades , familles de pasteurs, payant l’été sous des tentes, dans les hauts plateaux de l’Aksai. Ces tentes sont construites avec des bâtons recouverts de peaux, formant une sorte de coupole, au milieu de laquelle on laisse un trou pour l’échappement de la fumée. Us vivent ainsi au milieu des déserts des hauts plateaux, avec leurs troupeaux, leurs chevaux et leurs chameaux.

L’armée de l’Amir est munie de taifou , fusil ayant plus de deux mètres de long, projetant une balle de 50 grammes. Chacune de ces armes embarrassantes est servie par quatre hommes, commandés par un sous-officier, portant un fusil plus maniable. Le canon du taifou repose sur l’épaule d’un homme pliant les genoux et d’un autre portant la crosse ; un troisième le pointe, comme une pièce d’artillerie, tandis qu’un quatrième y met le feu avec une mèche. Dans d’autres circonstances on le place sur un chevalet formé de deux bâtonnets, la crosse reposant à terre. Les cartouches sont faites avec des tubes en bois et portées par V écouvillonneur dans une sacoche spéciale. L’Amir qui gouverne le Turkestau, sous le titre de Ghazec, s’efforce de faire prévaloir la rigide observance de la religion musulmane, quoique depuis plus d’un siècle le gouvernement chinois lasse son possible pour détruire l’islamisme. Les derviches personnifient la religion ; ils représentent le fanatisme dans toute l’acception de la superstition populaire.

Page 1