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SA PRODUCTION. SA CONSOMMATION

Tandis que l’opium n’est uniquement employé en Europe que pour ses usages thérapeutiques, il e.-t consommé usuellement dans tous les pays de l’Orient soumis à l’Islamisme, c’est-à-dire par une population de plus de 700 millions d’habitants. L’exposition universelle de Vienne nous a fourni l’occasion de recueillir des renseignements sur les différentes espèces d'opium qui s’y trouvaient exposées.

L’empire turc est, avec l’Asie-Mineure, le plus ancien producteur de l’opium. Là, presque chaque petit propriétaire cultive le pavot sur sou domaine. Quelques jours avant la chute des pétales, les capsules ou tètes de pavot sont fendues horizontalement à l’aide d’un couteau qui, pour que la cloison ne soit pas entamée , est dans toute la longueur de la lame, entortillé d’un fil. Le suc blanc qui découle de cette fente, se fige rapidement à l’air et prend une teinte brunâtre. Le lendemain on l’enlève, on l'étend sur une feuille de pavot, et quand il en a été extrait une quantité suffisante (une tète de pavot fournit à peine un tiers de grain) ', ou en confectionne de petits pains ou gâteaux, ronds ou plats, qu’on enveloppe dans une feuille de pavot et qu’on expédie ainsi vers les marchés de vente.

l)e 1830 à 1850, l’opium était monopolisé par le gouvernement; à Smyrne et à Constantinople exis-

1 Le grain = 0«' I 0582.

taient des dépôts où la totalité du produit devait être livrée moyennant un prix fixe. Depuis la suppression du privilège, tout, ou du moins presque tout l’opium produit en Turquie, entre par Smyrne dans le commerce et passe sous le nom d'opium de Smyrne. L’exportation annuelle est en moyenne de 400,000 livres dont les trois quarts environ passent en Europe; le reste est pour l’Amérique du Nord, où, depuis trente ans, l'usage de l’opium a presque quintuplé, et pour l’Asie orientale, surtout la Chine, où l’opium turc est vendu sous le nom de kin-ni (houe d’or). Cependant, la production est très-variable, la récolte du pavot étant incertaine. De là, des oscillations dans le prix de la denrée turque, qui, durant ces dix dernières années a doublé de valeur. La cause en est sans doute au plus fréquent usage qu’on en fait et au changement amené dans les voies commerciales.

L’opium de Smyrne est le meilleur de tous ceux qui entrent dans le commerce ; les meilleures espèces contiennent 12 à 15 pour 100 de morphine; aussi est-ce celui que préfère la pharmacie européenne. Le produit le plus estimé est celui de Boghadytsch et Balikesri ; vient ensuite celui de Kyrkagatsch, Kjutahié, etc. On a pu vo : r à l’Exposition une collsctioivde quatre-vingt-dix sept échantillons d’opium provenant de celte région.

D’après des renseignements authentiques, l’opium de Halab-Ilissar contient 12.55 pour 100 de morphine; celui de Siuope, 12,85 pour 100.

La Perse, qui est probablement la patrie du pavot, comme celle de l’opium, tire ce produit de ses provinces centrales, et l’expédie soit eu Turquie, soit dans le sud et dans l’est de l’Asie. Celui de Disfui et de Schnschter est renommé; on estime également celui de Yezd, et celui de la province de Mazanderan, sur la mer Caspienne. L’opium persan apparaît rarement dans le commerce sous la forme de pains, mais plutôt sous celle de rouleaux cylindriques, enveloppés de papier. La môme forme se retrouve pour l’opium russe de Derbend (Transcaucasie). Cette es pèce est faiblement narcotisée, a un goût très-amer, une teinte d’un brun jaunâtre, et la consistance d’un électuaire, due sans doule à une forte addition de miel.

Dans l’Inde britannique, l’opium est recueilli en grande quantité, principalement dans les régions de Malxva, Patna et Bénarès. A Malwa, l’extraction est limitée ; au Bengale, c’est un monopole du gouvernement. La totalité du produit est livrée aux factoreries de l’Etat, et une agence spéciale de l’opium surveille l’ensemble de la culture, de la production, de la livraison, du transport de la denrée, etc.

L’extraction et la préparation de l’opium, aux Indes-Orientales, dilfèrent de celles de l’Asie-Mineurc, et le produit obtenu , au moins pour ce qui est du contenu eu morphine, véritable critérium de la valeur de l’objet, ce produit est médiocre, attendu qu’il n’en contient que 5 à 9 pour 100. Ici, l’on entaille verticalement les capsules de pavot avec un couteau

particulier à plusieurs lames ( naschtar ) ; le suc qui en découle est recueilli avec un instrument en forme de cuiller ( sillnali ) dans des vases en terre, où il se divise en une partie solide (l’opium proprement dit), et une partie liquide d’un brun foncé (passewa). Dans les factoreries , on compose avec celte masse des balles pesant 2 kilogrammes, qui, après dessiccation, sont enfermées dans des caisses faites exprès (une caisse en contient 40) , et qu’on expédie en Chine.

L’empire du Milieu est presque l’unique débouché pour l’opium préparé de cette manière. Dans le principe, les Chinois ne connaissaient l'opium que comme produit thérapeutique. Au commencement du dernier siècle, il n’arrivait en Chine que de faibles quantités de cette substance, probablement par l’entremise des Portugais; l’importation de cet article ne s'élevait guère qu’à 15,000 kilogrammes. Mais, depuis la fin du siècle dernier, l’usage de l’opium, en tant qu’objet de consommation , se répandit sur toute la surface de l’empire et pénétra dans toutes les classes en dépit des mesures contre son introduction. '

Les Anglais développèrent la production dans leurs possessions de l'Inde, et l’importation en Chine prit des proportions inouïes. Quant éclata la guerre de l’opium, ou du moins peu d’années après cette guerre, l’importation s’élevait à environ 2 millions de kilogr. ; en 1 8G7, elle se montait à 5 millions de kilogr. ; en 1869, la valeur de tout l’opium importé en Chine était de 250 millions de francs. Aujourd’hui, cet article occupe le premier rang dans le chapitre des importations en Chine , et le monopole de l’opium rapporte au gouvernement indien une somme nette de 200 millions de francs par an.

Cependant, il résulte des relevés statistiques sur l'exportation de l’opium dans l’Inde, pendant la période décennale 1860-1870 , qu’il n’a pas eu augmentation sur la période similaire précédente, mais état stationnaire.

La consommation de l’opium n’ayant pas diminué en Chine, bien au contraire, il faut en tirer cette conclusion que la Chine se procure la substance par d’autres voies. En effet, malgré les édits du gouvernement, la culture s’en étend toujours, notamment dans les provinces méridionales de Yunan et de Setschuan.

Pour l’Europe , l’opium indien n’a pas d’importance, attendu qu’il est payé plus cher par Ijs Chinois que ne le serait chez nous le meilleur opium turc, et secondement, que vu son faible contenu en morphine, on ne pourrait pas l’employer à des usages thérapeutiques.

La Turquie d’Asie et l’Inde sont les deux seuls grands producteurs de l’opium duc mraerce. Ce qui se tire d’autres pays en ce genre ne vaut pas la peine d’en parler.

L’Egypte passait autrefois pour un pays à opium, et le produit des environs de l’ancienne Thèbes était moine très en vogie; mais il perdit son crédit sur

le marché européen à force d’arriver falsifié. On paraît pourtant vouloir ranimer cette culture et ce commerce; à Esneh, Assiut et Akhmin, on extrait un produit qui con'ient 3, 8, 8 1/2 et 1 0 pour 1 00 de morphine. En Algérie, au contraire, un bel avenir semble promis à la production de l’opium, reconnu par les juges compétents pour être d’une bonne qualité. Outre le pavot ordinaire, on y a introduit le pavot du Bengale.

En Australie, l'opium de la colonie de Victoria paraît avoir chance de succès ; il contient 4 à 7 pour 100 de morphine.

Dans l’Amérique du Nord , surtout dans les États de Vermout, d’Illinois et de Virginie , il a été fait maintes tentatives pour développer la culture du pavot, en vue de l’extraction de l’opium; jusqu’à présent, les rapports sur le résultat sont contradictoires et pour la plupart assez défavorables.

Reste à parler de nos contrées. Des essais pour la production de l’opium ont été tentés en France , en Angleterre, en Allemagne, en Grèce, en Italie, en Suisse et même en Suède. L is expériences les plus sérieuses et les plus étendues ont été faites pour la France, où M. Aubergier, de Clermont, a obtenu des quantités notables d’opium. En Allemagne, on a produit de l’opium, surtout dans le Wurtemberg et en Silésie, avec un rendement de 12,15 pour 100 de morphine.

Ces dilférents essais ont prouvé que 1 Europe est en position de fournir un excellent opium, aussi riche en morphine que le meilleur produit de ce genre venant de Turquie, et si la question si sou- ! vent agitée et à laquelle les États et le? particuliers j se sont vivement intéressés, n’a pas été résolue par les agriculteurs dans un sens favorable, la laute | en est, suppose-t-on, à la cherté du sol et à celle de la main-d’œuvre, que l’Orient fournit à si bon marché.

On sait que l'opium quand il est fumé, comme on le fait dans l’Extrême-Orient, produit une ivresse plus ou moins profonde, plus ou moins agitée, et détermine toujours l’abrutissement de ceux qui ne craignent pas d’en faire un usage immodéré. Il est triste de voir des nations, qui ont la prétention d’être civilisées, contribuer à l’empoisonnement de populations enlières, dans le seul but d’accroître leurs ressources financières. On a souvent reproché à l’Angleterre son commerce de l’opium dans l'Extrême- Orient, mais il est trop tard aujourd'hui pour arrêter les progrès d'un mal profondément enraciné chez un certain nombre de nations de l’Asie, qui ne sauraient pas plus se passer de l’opium que nous ne saurions ici abandonner l’usage du tabac.

A côté de ces propriétés dangereuses, n’oublions pas que l’opium se présente eu pharmacologie, comme le principe d’un grand nombre de préparations précieuses, parmi lesquelles nous citerons le laudanum. Sydenham disait que l’opium est le remède spécifi |ue contre la douleur, et que sans lui la médecine serait boiteuse. Quant au mode d’action

de ce spécifique, il est encore ignoré de nos jours. « Si l’on est arrivé par l’analyse, dit SI. Lepileur, à connaître les éléments essentiels de l’opium, en revanche on n’est pas plus avancé qu'au temps de Molière sur le quare facit dormire. #

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