L’ORIGINE DES CHEMINS DE FER
Il y a une cinquantaine d’années le rédacteur d’un journal anglais, le Quaterly review, en traitant la question de l’application de la vapeur au transport des voyageurs, déclarait qu’il aimerait mieux être attaché à une fusée à la congrèveque d’être emporté par une machine à vapeur, avec une vitesse insensée de 15 kilomètres à l’heure.
Un tel cri de terreur était fait pour jeter l’effroi dans le public, mais il n’empêcha pas cependant le fameux meeting de Liverpool d’avoir lieu le 20 mai 1820, époque à laquelle il fut décidé qu’une compagnie serait fondée pour construire un chemin de fer de Liverpool à Manchester. Cette ligne allait marquer l’ère de l’organisation des voies ferrées dans tous les pays civilisés. En 1829, elle était presque terminée ; mais nul ingénieur n’avait encore poussé l’audace jusqu’à vouloir transporter régulièrement des voyageurs par une machine à vapeur; le chemin de fer nouveau ne devait être uniquement consacré qu’aux marchandises.
Les directeurs de la nouvelle ligne se hâtèrent de fonder un prix qui serait décerné à la meilleure locomotive. La machine devait traîner trois fois son poids avec une vitesse minimum de IG kilomètres à
Le premier wagon de chemin de fer pour les voyageurs, cxj érimeuté en Angleterre en 182, ' î.
l’heure. Trois machines furent présentées: la première « Rocket, » par George Stephenson; la deuxième « Sans-Pareil » par llackworths et la troisième « Novclty » par Braithwait et Kricson. L’examen des machines rivales eut lieu non sans solennité : la distance à parcourir était de 2,000 mètres, dix lois en avant et en arrière. La machine de Stephenson « Rocket », fut la seule qui put accomplir le programme ; sa supériorité était due surtout à la construction tubulaire de la chaudière ; elle remporta le prix au milieu des acclamations des juges et des assistants.
On sait que la locomotive « Rocket » n'était pas la première que les ingénieurs aient construite ; en 1825, sur une ligne ouverte entre Stockton et Darlinglon, une machine également due à Stephenson avait déjà fonctionné, et elle avait même entraîné dans sa course, quelques voyageurs entassés pêlemêle dans le premier wagon qui ait vu le jour. Ce wagon, appelé « Experiment » ne ressemblait pas
1 Yoy. Table des matières de la 2' année 1874, 2* semestre : Les jiremiirei locomotives.
précisément à ceux l’on construit de nos jours ; le dessin que nous en donnons ci-dessus en représente exactement l’aspect, d’après une gravure de l'époque.
Les résultats obtenus par la nouvelle locomotive dépassèrent toutes les prévisions ; ils conduisirent les directeurs du chemin de fer de Liverpool à Manchester à ouvrir non-seulement aux marchandises, mais aux voyageurs la nouvelle voie de communication. En 1850, le service public fut inauguré, et l’Europe entière jeta les yeux avec admiration sur ce chemin de fer, qui à peine né, était déjà encombré par le public, et faisait glisser sur les rails de fer des trains qui atteignaient parfois une vitesse de 4G kilomètres à l'heure.
Les Etats-Unis imitèrent bientôt l’exemple des Anglais; mais l’établissement des chemins de fer en France rencontra des obstacles inattendus, de la part d’homincs qu’on ne devait pas s’attendre à voir marcher si énergiquement à l’encontre du progrès. Le 29 juin 1855, la ligne d’Alais à Beaucaire fut couoédée en France, et peu de temps après, grâce à
l’intelligente initiative d’Emile Pereirc, une autre ligne allait se construire entre Paris et Saint-Germain. Cette histoire des chemins de fer est bien connue, mais se rappelle-t-on les termes mêmes avec lesquels on dénigrait l’invention nouvelle ? Rapportons ici, à titre de documents curieux, quelques passages des discours prononcés à la Chambre des députés, Je 14 juin 1836, à l’occasion du projet de loi présenté pour l’exécution du chemin de fer de Paris à St-Germain. L’illustre Arago fulmine d’abord contre le tunnel que nécessitent les voies ferrées :
(i On n’arrivera pas d’emblée, dit-il, à l’embouchure du tunnel ; les approches sont formées par des tranchées protoudes, comprises entre deux faces verticales fort rapprochées, où le renouvellement de l’air sera lent, où la chaleur ne pourra pas manquer
d’être étouffante. Ainsi on rencontrera dans ce tunnel une température de 8 degrés Réaumur, en venant d’en subir une de 40 à 4b degrés. J’affirme sans hésiter que, dans ce passage subit, les personnes sujettes à la transpiration seront incommodées, qu’elles gagneront des fluxions de poitrine, des pleurésies, des
catharres J’en appelle à tous les médecins pour
décider si un abaissement subit de 45 à 8 degrés
n’amènera pas des conséquences fatales Vous
savez, messieurs, puisque je les ai développées à cette tribune, quelles sont mes idées sur l’explosion des machines à vapeur ; vous savez que je ne crains pas beaucoup l’explosion des machines à haute pression ; j’ai même soutenu qu’avec les précautions que la loi prescrit, elles doivent être moins fréquentes que l’explosion des machines ordinaires. Mais enlin,
Rocket, locomotive de Stephenson en 1829.
la chose est possible ; il est possible qu’une machine locomotive éclate ; c’est alors un coup de mitraille ; mais à la distance où sont placés les voyageurs, le danger n’est pas énorme. Il n’en serait pas de même dans un tunnel; lit vous auriez à redouter les coups directs et les coups réfléchis ; là, vous auriez à craindre que la voûte ne s’éboulât sur vos têtes ’ . »
Ajoutons que, s’il y eut en France quelques esprits éminents qui se laissèrent aveugler par des préventions ridicules où les considérations politiques n’étaient peut-être pas étrangères, il ne manqua pas lion plus d’hommes énergiques pour défendre la grande cause des chemins de fer. Ajoutons enfin que les dénigreurs ne manquèrent ni en Angleterre ni partout ailleurs, comme l’atteste la citation que nous avons rapportée eu tète de cette notice. George
1 Arugo. Notices scientifiques.
Stephenson,dans son propre pays, eut à entreprendre une grande lutte contre la routine et les vains préjugés ; sa locomotive « Rocket » 11 e glissa pas sur les voies ferrées, sans que bien des ignorants ou des envieux ne se soient efforcés d’en arrêter l’essor.
La locomotive de Stephensou existe encore en Angleterre, elle est précieusement conservée au Patent Muséum, South Kensington, et les journaux anglais, le Times notamment, sont récemment revenus sur ces curieuses reliques de l’origine des chemins de fer. Ajoutons, à l’honneur de notre pays que, de l'autre côté du détroit, les savants et les ingénieurs réclament énergiquement l'organisation d’un musée semblable, disent-ils, au Conservatoire des Arts et Métiers de Paris, qu’ils considèrent avec raison comme une de nos plus belles collections nationales.
LA NATUltE
CHRONIQUE
Statistique des bibliothèques populaires. —
Le Bulletin du ministère de l’instruction publique nous apprend, qu'au 1" avril 1874 la France possédait 773 bibliothèques publiques populaires, où se trouvaient réunis 838, 1)32 volumes, soit, pour 89 départements y compris l’Algérie, une moyenne de 8,65 bibliothèques et 9,416 ouvrages, par département. Des tableaux publiés par le ministère il ressort que 14 de ces départements : Ain, Basses-Alpes, Aveyron, Cantal, Corse, Drôme, Gers, Loire, Lozère, Manche, Haute-Marne, Vienne, Alger, Oran, ne possèdent aucune bibliothèque populaire, et que les llautes- Alpes, le Gard, l’Indre, le Morbihan, la Haute-Saône, la Sarthe et le Tarn-et-Garonnc n’en possèdent qu’une seule ; 59 départements sont au-dessous de la moyenne que nous avons indiquée plus haut. Les départements qui en possèdent le plus sont : la Seine, 59, les Deux-Sèvres, 40, l'Yonne, 41, et l’Aisne, 99; 265 de ces bibliothèques ont été créées par les municipalités, 508 sont dues à l’initiative de particuliers, de Sociétés ouvrières ou de ministres de différents cultes. 11 n’est pas sans intérêt de comparer ces chiffres avec ceux que nous donne la statistique de l’enseignement en France, et l’on peut voir que le plus petit nombre de bibliothèques se trouve bien, comme on devait s’v attendre, dans les départements possédant le plus d'illettrés et réciproquement.
La formation de la grêle. — Du 11 au 14 no-
venibre 1874, des bourrasques de sud-ouest ont passé sur la Méditerranée, et, pendant la journée du 14, leur centre s’est dirigé de Naples vers la Turquie. Sous l’influence de cette bourrasque, la neige, venant du nord-ouest, est tombée en abondance sur les Alpes françaises, et s’est étendue, pendant la nuit suivante, sur l’Italie centrale, jusqu’à Bologne et Ancône. Cette tempête de neige a produit, à Nice, par exception, une grêle abondante, et l’on peut se demander quelle a été la cause de cette exception. La ville deNice est, comme on sait, abritée des vents de nord-ouest venant des montagnes, tandis qu’elle est ouverte aux vents de sud-ouest venant de la Méditerranée. Pendant la soirée du 14, le thermomètre y était encore notablement au-dessus de zéro, et le veut de sud-ouest, qui régnait sur la Méditerranée, amenait des nuages à l’état vésiculaire. En même temps, le vent de nord-ouest, qui dominait dans les régions supérieures, amenait une neige abondante qui a dù traverser les nuages inférieurs avant d’atteindre le sol. Le phénomène de grêle qui a été observé à Nice pendant la soirée du 14 novembre vient donc appuyer la théorie qui explique la formation de la grêle par la présence de deux nuages superposés, l’un supérieur, formé d’aiguilles de glace et produisant de la neige; l’autre inférieur, formé de vapeur d’eau à l’état vésiculaire et transformant en grêle les flocons de neige qui les traversent. Il resterait, pour compléter cette observation, à examiner si les grêles sont fréquentes, à Nice, pendant l’hiver.
Tremblements de (erre et ouragans de neige an pic do Midi. — Le 11 décembre 1874, M. le général de Nansouty, directeur de l’observatoire météorologique établi au sommet du célèbre pic Pyrénéen, lut subitement terrifié par des trépidations du sol assez violentes, déterminées par un tremblement de terre. Une secousse brève mais assez forte, suivie d’un vent impétueux, ébranla les constructions. Le 14 décembre une autre oscillation se fit sentir au moment de la chute d’une neige abondante. Des
plaques do neige congelée, dit l’Echo îles Vallées, de Bagnères, arrachées par le vent aux flancs du pic Costallat, venaient bruyamment s’abattre sur le refuge, qu’elles ébranlaient. Le tuyau du poêle, se prolongeant artificiellement à travers les monceaux de neige qui recouvraient le batiment, donnait un tel tirage d’air que le combustible était anéanti, emporté sans produire aucune chaleur. Depuis quatre jours il avait fallu solidement bouclier toutes les ouvertures pour les protéger contre les incessantes attaques de l’ouragan et, par contre, depuis quatre jours, les captifs du pie ne s’éclairaient qu’au moyen de la lumière artificielle. Tout allait manquer là-haut: provisions, chauffage, éclairage. Enfin la croisée fut enlevée par un effroyable coup de vent. 11 fallut songer à quitter la montagne, coûte que coûte ; il y allait de ia vie. La descente fut résolue.
Le 15 décembre, un peu avant neuf heures du malin, les trois hôtes du pic, MM. de Nansouty, Baylac et Brau, après s’clre réconfortés d’une maigre soupe, commencèrent à effectuer leur retour vers Cripp, emportant sur leurs épaules les papiers de l’observatoire et autres objets précieux, scientifiquement parlant. Apres s’être frayés un passage à travers de véritables monceaux de neige nouvelle, ils purent opérer leur descente, tantôt s'enfonçant dans la neige jusqu’à la ceinture, tantôt risquant d'être entraînés au fond des précipices ; et grâce à leur énergie, ils échappèrent enfin à ces périls, en mettant les pieds à l’hôtellerie de Gripp.
L'élevage et l'engraissement «les escargots. —
La nouvelle donnée dernièrement, relativement à l’empoisonnement par les escargots, a jeté quelque trouble dans l’esprit de certains amateurs de ces mollusques, et l’on se demande s’il y aura réellement du danger à manger des escargots qui sont livrés à la consommation aux Parisiens. Les empoisonnements proviennent de ce que les escargots, se nourrissant d’herbes et de plantes vénéneuses pour l’homme , portent en eux des matières empoisonnées ; mais tout danger disparaît en ce qui concerne les escargots qui sont expédiés à Paris, car ceux-là sont l’objet d’un élevage tout particulier , qui constitue une véritable industrie. C’est principalement en Suisse, en Bourgogne et en Provence qu'on se livre à l’élevage et à l’engraissement des escargots. Des troupes nombreuses de femmes et d’enfants font d’abord la cueillette des escargots dans les bois, dans les haies, et principalement dans les vignes, et ces mollusques sont aussitôt enfermés dans de petits pares entourés de treillages à mailles serrées, ou tout simplement d’un cordon de sciure de bois que l’escargot ne peut jamais franchir et dont il se tient même éloigné. Une fois parqués par milliers, les escargots sont d’abord soumis à à un jeune forcé pendant deux ou trois jours. L’installation du parc, dans lequel on entretient toujours un peu d’humidité et de fraîcheur, consiste en buissons naturels ou artificiels, en carrés de gazon séparés par des bandes de terre et de sable, et en planches suspendues un peu audessus du sol, et sous lesquelles les escargots, qui se séparent instinctivement par groupes, trouvent un abri. Leur nourriture consiste en plantes aromatiques telles que la menthe, le serpolet, ou en salade et en débris de légumes. Il faut leur donner cette nourriture trois fois par jour et par quantités prodigieuses. Au bout de huit jours de ce régime, les escargots sont suffisamment engraissés et ils ont un goût des plus succulents; mais ils sont soumis à un nouveau jeûne de plusieurs jours avant d'être livrés aux consommateurs. Quant aux escargots que l’on cueille à l’état sauvage, ils sont encore plus recherchés par les vrais amateurs. Après la ponte, qui a lieu en mai, ces
escargots se cachent aux premiers froids de l’automne, sous des pierres, dans les trous de murs ou sous les racine* des arbres, et, apiès s’è'rc vidés do tout excrément, ils s’enferment dans leur coquille, et passent ainsi l’hiver. C’est lorsqu’on les trouve dans cet état qu’ils ont le meilleur goût et qu’ils se vendent le plus cher à Paris.
L’expédition anglaise nu pAIe A'ord. — On
manda de Londres, que le comité pour l'expédition du pôle Nord siège deux fois par semaine, et avance rapidement dans l’organisation des préparatifs essentiels. Le commandant Albert Markhatn, a été choisi pour diriger 1 expéd tion, avec le clief de cette expédition même, le capitaine Nares ; un lieutenant du Challenger viendra aussi y prendre part. 11 est probable que des baleiniers expérimentés seront également appelés. Ou cite encore quelques ofliciers des marines étrangères qui solliciteraient la faveur de faire partie de cette expédition scientifique.
ACADEMIE DES SCIENCES
Séance du 11 janvier 1875. — Présidence de JI. Futur.
Pansement (les plaies à la ouate. — Nous avons parlé en son temps de la méthode proposée par M. le docteur Alphonse Guérin pour le pansement des plaies d’amputation. On se rappelle que ce praticien acceptant comme des faits démontrés les suppositions de M. Pasteur, regarde les maladies chirurgicales comme dues au développement sur les plaies des proto-organismes dont les germes seraient charriés dans l’air en quantités innombrables. Partant de là, le but à atteindre est de soustraire la plaie au contact te l’air, et le moyen, de l’envelopper de ouate, maintenue eu place par ligatures très-serrées. Ce n’est qu’au bout de 21 ou 22 des jours qu’on défait l’appareil, et l’on constate qu’il a produit les meilleurs résultats. Tels sont les faits que constate aujourd’hui M. Gosselin au nom d’une commission, chargée d’examiner le travail de M. Guérin. Mais, chose curieuse, si le succès vient en effet répondre aux prévisions de l’auteur, il parait bien néanmoins, que la théorie qu'il a proposée lui-même de sa méthode est complètement inexacte.
Il est évident que si la ouate procure la cicatrisation en empêchant les germes atmosphériques de se développer sur la plaie, le pus qui recouvre celle-ci ne doit à aucun moment contenir de uiicrozoaires. M. Guérin assure n’en avoir point Irouvé ; M. Pasteur, de son côté, arrive au même résultat négatif. Mais M. Gosselin, dans quatre cas sur six, reconnaît au contraire, dans le liquide purulent, des légions de bactéries et de vibrions : bien plus, il les montre à toute la commission, M. Pasteur compris, et à M. Alphonse Guérin lui-même. M. Pasteur doit regretter vivement de n’avoir -point été le premier à constater leur présence.
La conséquence de cette observation est que, si les animalcules sont dans certains cas évidemment funestes, dans d'autres cas, au contraire, leur action n’est point fâcheuse, et c’est un grand coup porté, on en conviendra, à l'édifice construit par M. Pasteur. Celui-ci le sent bien, et nous allons le voir se débattre contre les conclusions d’un rapport qu’il a cté malgré tout contraint de signer. Mais, écoulons d’abord un des plus experts chirurgiens de notre temps, M. Ollier, en ce moment de passage à Paris. Il y a déjà quatre ans que ce savant correspondant de l'Académie a cherché à réaliser l’occlusion des plaies u'amputation. en plongeant le membre opéré dans un bain d’huile phéui-
quée. Le résultat fut satisfaisant, puisque trois amputations amenèrent trois succès, mais la méthode dut cependant être rejetée à causa du maniement incommode du bain d’huile. C'est à cette époque que M. Guérin publia son mémoire, et M. Ollier, s’emparant de la nouvelle mélhode, en retira d’excellents effets. Cependant, n’ayant pas les mêmes raisons que MM. Guérin et Pasteur pour ne pas voir les vibrions qui pullulaient sur les plaies, il soumit le liquide fourni par celles-ci à un examen histologique et physiologique.
Ce dernier procura un résultat bien inattendu, à savoir que le pus qui peut baigner impunément pendant plus de vingt jours, une plaie en voie de guérison, détermine chez un animal dans la veine duquel il est injecté, les accidents les plus graves. Le fait tient à ce que la plaie n’absorbe rien, et les bons effets du pansement Guérin doivent être surtout attribués à l'immobilité parfaite où les parties qui se régénèrent sont laissées. M. Ollier en donne la preuve en constatant que les pansements fréquenls donnent lieu chaque fois qu'on change l’appareil, à une véritable intoxication du malade, intoxication décelée par l’élévation de température qu’elle détermine. La ouate parait aussi agir cependant comme obstacle , matériel opposé à l’arrivée sur la lésion de particules répandues dans l’air parles malades atteints de certaines affections. C'est ainsi que les épidémies d’érysipèles n’ont point prise sur les amputés pansés à la ouate, et il en est de meme pour la pourriture d’hôpital.
Après des observations de M. Larrey et de M.Bouillaud, M. Pasteur défend enfin la cause de ses chers germes. Sui vont lui, s’il y a des bactéries et des vibrions sur les plaies, e’est que les chirurgiens n’ont pas pris toutes les précautions propres à empêcher les semailles aériennes sur un terrain si bien préparé pour leur germination. Et c’est en vain qu’on lui répète que ces infusoires ne font aucun mal, que peut-être même ils remplissent une fonction utile dans la cicatrisation, il est tout près de dire que les malades ont eu tort de guérir dans des conditions si contraires aux principes de la panspermie, et de dire avec les médecins de Molière qu’il vaut mieux mourir suivant les préceptes de la Faculté, que de guérir contre les règles. D’ailleurs, M. Pasteur s'élève avec l’éloquence qu’on lui connaît, dans les régions de la science la plus transcendentale. L'ensemble de ses médilalions philosophiques se résume dans cet aphorisme : La vie arrête la vie; ce qui veut dire, pour les intelligences ordinaires, que les moisissures se produisent plutôt sur des graines mortes et en décomposition que sur des graines saines et prêtes à germer. Le développement de cette a-sertion eccupe toute l’Académie pendant plusieurs minutes. D’ailleurs, le sauveur de nos vins malades n' abandonne pas la parole sans traiter comme ils le méritent, les partisans d’une opinion cependant chaque jour plus acceptée, à savoir que certains organismes inférieurs peuvent résulter d’une transformation des matières albuminoïdes. Là-dessus, M. Trécul se lève et, avec la puissance de l’observation sérieuse : # Vous prétendez, dit-il à peu près, que les bactéries et les vibrions existant sur les plaies qui se guérissent, viennent de l’air, je le veux bien. Mais vous ignorez donc qu’on voit les mômes infusoires prendre naissance dans l’intimité même des tissus, à l’intérieur des cellules vivantes, certes mieux closes que tous vos appareils de laboratoire. » — M. Pasteur a parlé; il n'a pas répondu.
Stanislas Mlumee.