PEUPLEMENT DE I,’ AMÉRIQUE
* The New World is a great mystery. »
Wiisox, Prehistoric mnn.
Oui, le monde découvert ou plutôt retrouve en 1492, par Christophe Colomb, est encore un grand mystère, et malgré les savants travaux dont il a été l'objet, surtout immédiatement après la conquête espagnole et depuis le commencement de notre siècle,
il nous réserve encore bien des surprises, l ien des révélations du plus haut intérêt. Le naturaliste, l'historien, l’archéologue peuvent y recueillir une riche moisson ; mais il faut se hâter ; car le commerce et l’industrie, surexcités par l'appât du gain, ont peu de tendresse et encore moins de respect pour les ruines, quelque imposantes qu’elles soient. Des actes de vandalisme pareils à ceux dont Raphaël était, à Rome, le témoin indigné 1 , se commettent chaque jour en Amérique, au grand détriment de la science et de l’art. Nous en avons pour garants tous les membres de la Commission scientifique adjoints à notre désastreuse expédition du Mexique, notam-
nriirmici-i
1. Silex taillé en croissant hérissé Je pointes, de la baie de Honduras. — 2. Silex taillé, du Connecticut. — 3. Pointe de flèche européenne. — 4 et 5. Pointes de flèches américaines. — 6. Hache polie du Connecticut. — 7. Arme en silex de la baie de Honduras.
ment MM. Brasseur de Bourbourg et de Valdeclî, dont les savants travaux sont une triste, mais pré-
1 Les lecteurs de la Nature nous sauront probablement quelque gré de reproduire ici la lettre courageuse et digne, dans laquelle le peintre immortel des fresques du Vatican signalait au pape Léon X les actes de vandalisme qui, même sous le règne des Mcdicis, privèrent la capitale de l’Ilalie d’une partie des trésors qu’elle devrait olfrir aujourd'hui à notre admiration.
Voici ce que disait Raphaël :
a Pourquoi nous plaindre des Barbares, si ceux qui, comme pères et tuteurs, devraient protéger ccs pauvres restes de P.ome, sc sont eux-mêmes acharnés à les détruire? Combien de pontifes, ô très-saint père..., ont pris à tâche de ruiner les Jcmples antiques, les statues, les arcs-de-lriompbe et les autres édifices glorieux! Combien d’entre eux ont souffert que seulement pour extraire de la pouzzolane, on a.t fouillé jusque
3* ma.» . t« r ttQistn:.
cieuse compensation à des fautes, à des revers qui en présageaient d’autres plus lamentables encore.
sous leurs fondements, ce qui fut cause que, peu de temps après, les édifices sc sont écroulés. Combien de chaux n’a-t-on pas faite avec des statues et d’autres ornements antiques I Au point, j’ose le dire, que toute cette Rome nouvelle, que nous voyons maintenant si grande, si belle et si ornée de palais, d’églises et d’autres édifices qui la couvrent, est maçonnée, tout entière, d’une chaux qui provient de marbres antiques. Je ne puis me défendre d’un profond sentiment de tristesse et de regret, quand je songe que depuis que je suis à Home (il n’y a pas encore onze ans), j’ai déjà vu détruire tant do belles choses, telles que la Meta, qui était la voie Al exandrinc, VArio maU aventurato, et tant de colonnes et de temples, surtout par le seigneur Barthélemy de la Rovèrc. Donc, très-saint père, vous ne devez point reléguer nu dernier rang des devoirs de Votre Sainteté, le soin de veiller à ce que le peu
Mais oublions, pour un instant, ce passé sinistre et transportons-nous en idée dans ce nouveau monde, • dont le norn soulève tout d’abord une question intéressante, à laquelle nous allons tâcher de répondre dans les pages qui vont suivre. Cette question la voici :
Le vaste continent découvert par Colomb est-il réellement aussi nouveau qu’on le suppose et qu’on le dit généralement? Les faits eux-mêmes, des (ails irréfutables se chargent de donner une réponse négative.
Non, l’Indien Peau-Rouge, vivant à l’état sauvage au moment de la conquête ne pouvait être appelé l'homme primitif américain.
Lus luxuriantes forets où il cherchait sa proie n’étaient point non plus primitives : car elles avaient été précédées par plusieurs autres forêts, qui, ellesmêmes, ne méritaient point le norn de vierges, puisqu’elles avaient été foulées déjà par l’homme dont elles recouvrent aujourd’hui les débris mêlés aux leurs. C’est ainsi que l’on a trouvé à la Nouvelle- Orléans, sur les rives du Mississipi, un squelette humain tout entier, enseveli sous quatre forêts superposées. Le docteur Dowler fait remontera 57,000 ans l’existence de l'individunuquelcesrestesappartcnaient; lions ne garantissons pas la parfaite exactitude du chiffre indiqué, mais le fait nous suffit pour croire à la hante antiquité de l’homme américain. D’autres découvertes, non moins probantes, tendent à nous confirmer dans cette opinion. Telle est, par exemple, celle de l’os du bassin trouvé près de Natcliez, dans le diluvium de la vallée du Mississipi, en compagnie du Mastodonte de l'Ohio, du Mégalonyx de Jefferson et d'autres espèces depuis longtemps éteintes. Tel est encore le crâne humain découvert, i! y a quelques années, dans les anciens terrains volcaniques de la Californie. Tels sont surtout les os humains recueillis par Agassiz dans lin conglomérat calcaire, faisant partie d’un récif de corail de la Floride, conglomérat dont l’âge doit, d'après l’illustre professeur, remonter au delà de 10,000 ans. Si ces
qui reste de cette antique mère de la gloire et do la grandeur italienne... ne soit pas déraciné ou mutilé par les mains de la méchanceté ou de l’ignorance... »
A ces justes plaintes, relalives à l'Italie, M. César Daly, membre de la Commission scientifique du Mexique, ajoute les réflexions suivantes : a II n’y a pas à s’y tromper : c : qui se fait aujourd’hui dan3 l'Amérique centrale et les pays voisins, s’est fait en Italie sous les Médicis, et se faisait nussi en France, il y a trente on quarante ans : la Bande noire est de tous les pays et presque de tous les temps.
« La question n’est pas d'en gémir mais de neutraliser scs ravages *. »
C’est ce que paraissent avoir parfaitement compris les amis des sciences historiques, qui doivent se réunir, au mois de juillet prochain, dans un congrès international, dit des Amêricanistcs. Les premières assises de ce congrès, comme on l’a déjà dit aux lecteurs de la Rature, se tiendront à Nancy, sous la présidence de M. le baron Guerrier de Dumast, membre correspondant de l’Institut, et l’un de nos orientalistes les plus érudits et les plus distingués.
* C. Dalt, Note pour servir à l'exploration des anciens monuments du Mexique. — Archives, etc., t. I, p. 111, 1361.
preuves ne suffisaient pas, nous citerions, en outre, les nombreux débris de notre espèce trouvés, par le docteur Lund, dans les cavernes du Brésil, débris mêlés à ceux du Glyptodon, du Mégathérium et d’une foule d’autres animaux fossiles, dont l’homme était alors le contemporain.
L’industrie de cet homme, que nous pouvons appeler primitif, olfrait une ressemblance presque parfaite avec celle de l’homme européen en plein âge de pierre. Seulement, au lieu du silex, rare ou ahscnt dans certaines contrées de l’Amérique, il employait le granité, la syenile, le jade, le porphyre, le quartz et surtout Vobsidienne, roche vitreuse très-abondante au Mexique cl ailleurs, roche dont les éclats habilement obtenus par la percussion, lui servaient à fabriquer des couteaux tranchants comme des rasoirs, des pointes de flèches et de lances, des hameçons, des harpons pour la pèche, eu un mot une foule d’objets semblables à ceux dont faisait usage l’homme européen contemporain du Mammouth et du Rhinocéros à narines cloisonnées. De ces objets en pierre dure, les uns sont plus ou moins grossièrement taillés ; les autres parfaitement polis. Témoin les belles haches en jade vert du pays des Caraïbes, qui font aujourd’hui partie du muséum d’antiquités de Copenhague. Quelques-unes offrent même des formes insolites et un art de la taille par percussion porté à des limites qui causent à bon droit notre étonnement. Tels sont, par exemple, ces silex dont nous empruntons les figures à Wilson, et qui représentent, l’un une arme dentelée en scie, apoiutie aux deux bouts, mesurant plus de 1 6 pouces anglais en longueur ; l’autre ayant la forme d’un croissant muni de pointes saillantes et rappelant un peu certaines hallebardes des temps modernes (Voy. p. H3, il 0 ’ 1 et 7).
Ces deux spécimens de l'art primitif du nouveau monde ont été trouvés, en 1794, dans une caverne de la baie de Honduras. Mais, nous le répétons à dessein, ce qui ordinairement frappe le plus, à la vue de ces armes et de ces instruments primitifs, c’est leur parfaite ressemblance avec ceux des cavernes de l’Europe : ce sont les mêmes formes, avec uu peu moins de variété et, par conséquent aussi les mêmes appropriations. A ces époques lointaines, le travail de l’homme offre, dans les deux mondes, une complète identité. Que faut-il en conclure? « N’est-ce pas que l’âge de pierre n’a été l’apanage d’aucun peuple, mais qu'il représente toute une période de la culture humaine, qui, à une date plus ou moins reculée, s’est étendue à toute la terre 1 . »
Des objets de toilette et de parure, quelques fragments de poterie, évidemment préhistoriques, ont été trouvés au Mexique et dans d’autres contrées du continent américain, et ces objets démontrent clairement, ce que du reste nous savions déjà, que l’amour de l’ornementation de sa personne est naturel à l’homme de tous les temps et de tous les lieux.
1 Léouzon Le Duc, Archives de la Commission scientifique du Mexique, t, III, p. 1 19. — Paris, 1807,
Témoin celte fois les perles d’obsidienne destinées à Être suspendues aux lèvres; les perles vraies et les coquilles pour colliers ; les dents percées servant au même usage, les boutons ciselés en terre cuite ou séchce au soleil, les miroirs ronds en pyrite, etc., etc., remontant à une antiquité géologique et rencontrés sur divers points de ce continent que nous nous obstinons, malgré tout, à appeler le nouveau monde. Comme si le grand nombre de races diverses disséminées à la surface, et la multiplicité plus grande encore des langues ou dialectes qu’on y parle (plus de 1,200) ne suffisaient pas, à eux seuls, pour établir et confirmer la thèse que nous soutenons en ce moment.
Mais voici des preuves d’un autre genre et aussi curieuses qu’inattendues. On sait que le cheval était inconnu aux populations américaines au moment où les Conquistadores y débarquèrent leurs montures, objet d’étonnement et d’effroi pour les habitants du pays dont ils venaient s’emparer, de par le droit du plus fort et au prix de tant d’iniquités.
Le cheval avait cependant vécu dans ces contrées à une époque bien antérieure à la conquêle : quelques indices semblent même nous autoriser à penser qu’il y avait été réduit à l’état domestique. Je veux parler de la découverte, dans les terrains quaternaires de la Caroline du Sud, au Brésil, au Chili, etc., d’ossements de chevaux mêlés à des os de chiens, de porcs, de bœufs, de chèvres et de moutons, dont les formes rappellent., à s’y méprendre, celles de nos animaux domestiques actuels. Faut-il croire, que ces espèces, réputées identiques aux nôtres, ont vécu simultanément dans l’ancien et dans le nouveau continent, pendant la période quaternaire, mais qu’elles se seraient éteintes en Amérique bien longtemps avant l’époque où nous y avons nousmêmes transporté nos races de chevaux, de bœufs, de moutons, de chèvres, de porcs, etc., lesquelles s’y sont multipliées depuis jusqu’à l’excès, en reprenant leur liberté? Ou bien faut-il admettre que ces espèces, domestiquées depuis un temps immémorial en Europe et en Asie, ne l’ont jamais été en Amérique? Ou bien enfin devons-nous supposer, comme le savant abbé Brasseur de Bourbourg est disposé à lo croire, que c’est le nouveau monde qui a peuplé l’ancien, surtout l'Egypte et la Lybie, en y transportant ses animaux domestiques, sou industrie, ses arts, son écriture hiéroglyphique et jusqu'à sa religion si manifestement empreinte d’anthropomorphisme et de zoomorphisme? Que de points obscurs! Que de voiles impénétrables sur ces questions pourtant si intéressantes, au double point de vue de l’histoire de l’homme et de celle du globe qui lui cache encore tant de secrets !
Une vérité essentielle ressort pourtant des investigations auxquelles nous venons de nous livrer, c’est que, sur le continent américain, comme dans l’ancien continent, l’apparition de l’homme remonte jusqu’aux temps quaternaires, et peut-être au delà.
« Si j’en crois, dit l’abbé Brasseur, les documents
que j’ai été assez heureux pour recueillir, il y a de ces dates qui feraient allusion à des convulsions antiques de la nature dans ces régions ; à des déluges, à des inondations terribles, à la suite desquelles auraient surgi des montagnes, accompagnées d’éruptions volcaniques.
« Des traditions dont on trouve également des traces au Mexique, dans l’Amérique centrale, au Pérou et en Bolivie, donneraient même à penser que l’homme existait dans ces différentes contrées, lors du soulèvement gigantesque des Cordillères, et qu’il en avait gardé le souvenir l . »
Il y a donc eu en Amérique, comme en Europe, une époque préhistorique, correspondante auxtemps quaternaires les plus lointains : l’homme y a vécu avec des espèces aujourd’hui perdues, mais se rattachant par des liens indéniables aux espèces actuelles. De bonne heure il a travaillé le cuivre, cette pierre malléable, comme le dit Wilson, en même temps que la pierre elle-même, à laquelle il a su donner plus tard un poli des plus parfaits. Plus tard encore il connut le bronze ( alliage de cuivre et d'élain). Lorsque les Espagnols s’emparèrent du Mexique et du Pérou, les habitants de ces riches contrées en étaient encore à cet âge transitionnel, pendant lequel le travail de la pierre a été partout influencé, modifié, mais non complètement remplacé par l’usage du nouveau métal obtenu par l’art (le bronze).
A cette période de leur civilisation, les Mexicains se servaient, en effet, de haches de bronze; mais ils faisaient usage, en même temps de haches de pierre, de flèches et de lait es en silex ou en obsidienne, d’épées do bois, armées de lames tranchantes de cette roche vitreuse, insérées solidement dans une rainure pratiquée sur l’un des côtés. M aquahuitl était le nom de celte arme terrible, fort redoutée des Espagnols. Quant à l’âge de fer, ou du moins quant aux arts métallurgiques, inconnus de nos jours à plusieurs tribus sauvages du nouveau monde, malgré leur contact prolongé avec les Européens, ils rentrent évi- ' demment dans la période historique de ce même i continent.
Nous n’avons donc point à nous en occuper en ce moment, notre intention formelle étant de limiter nos études à l’époque anté-colombienne.
Or, pendant cette longue période, bien des populations de races diverses se sont succédé, mélangées ou
1 Brasseur do Bourbourg. Arch. de la Commission scientifique dn Mexique, 1. 1, p. 95: — Paris, 1864.
Parmi les traditions relatives au déluge universel, une des plus singulières a trait à l'origine de la matière (porphyre ou stéatite rouge) qui sert ordinairement à fabriquer les pipes, symbole de paix et d'alliance chez un grand nombre de peuplades américaines Celte matière ne serait, d après les indigènes du Missouri supérieur, rien autre chose que la chair pétrifiée des hommes sauvages qui périrent victimes du déluge universel Seule une jeune vierge, du nom de Kwaptahw, fut épargnée. Au moment où elle allait être engloutie dans les eaux, elle saisit par les paites un aigle gigantesque qui volait au-dessus de sa tète : l'oiseau la porta au sommet d'un rocher qui dominait les vagues ; là, elle devint mère de deux jumeaux qui repeuplèrent le monde.
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éteintes sur le sol américain. Quels étaient ces peuples? Étaient-ils indigènes, ou venaient-ils de l'ancien continent? Questions bien naturelles, bien intéressantes, que s’adressent depuis longtemps les savants, mais qui n’ont pas été, jusqu'à présent du moins, complètement résolues.
Le professeur Agassiz, l’une des gloires contemporaines, qui a pris naissance dans l'ancien monde, mais qui a considérablement grandi dans le nouveau, le professeur Agassiz se tire habilement d’affaire en admettant un centre de création spécial pour l'homme ; américain, lequel aurait apparu subitement, avec tous ses caractères de race, dans les contrées qu'il habite encore. Mais cette doctrine, qui a trouvé beaucoup d’adhérents en Allemagne, a été combattue avec vigueur par M. de Quatrefages, l’un des défenseurs les plus zélés de l 'Unité spécifique du genre humain
Dans un ouvrage devenu célèbre sous le nom de Crania americana, le docteur Morton soutient, lui
davres, etc.). Ainsi s’expliquerait la ressemblance frappante, au premier coup d’œil, entre l’architecture des ruines d ’Uæmal et de Palenqué, par exemple, et celle des monuments de Thèbes ou de Memphis ; entre les sculptures, les peintures murales et les images des dieux chez les deux peuples d'origine identique. Mais c’est justement cette identité même qu’il s’agirait d’établir d’une manière indubitable : or, dans l’état actuel de la science, le doute est nonseulement permis, mais encore il est commandé 1 .
D’ailleurs, tous les savants n’admettent pas , tant s’en faut, l’existence de cette Atlantide, que l’on suppose avoir relié, dans les temps tertiaires, l’Espagne à l’Islande, et celle-ci aux États-Unis *. Cependant l’analogie entre la fore miocène de l’Europe centrale et la flore actuelle de l’Amérique orientale ; la similitude, et quelquefois l'identité des animaux tertiaires (coquilles, insectes, vertébrés) trouvés dans lesdeux continents (notamment en France, en Angleterre et dans l’Alubama), fournissent de nouveaux
aussi , l’unité de la race américaine pour toute l’étendue du vaste continent qu’elle occupe, depuis la baie d’Hudson jusqu’à la Terre de feu, et il la considère comme une race tout à tait distincte, sans liens possibles avec celles de l’ancien continent. Les docteurs N'ott et J. Aitken-Mcigs partagent cette manière de voir, et ils admettent l’autoehthonisme et l'unité de race, non-
F.pl'c do liois, formée île deux rangées de dents de requin, insérées tlans les deux rainures opposées d'une lame de bois très-dure. (Arme encore eu usage chez les habitants des îles aléoutiennes).
Lame de quartz laiteux trouvée dans un tumulus de l'Ohio, ayant peutêtre servi ù graver une épée de bois semblable au maqualiuitl des Mexicains.
et puissants arguments à faire valoir en faveur d’une communication jadis continue entre les deux mondes, que cette communication ait eu lieu au moyen de l’Atlantide elle-même* ou par des terres situées vers le nord des deux continents, ou bien enfin par une sorte de pont jeté entre l’Amérique et l’Asie orientale.
M. de Quatrefages, tout en se prononçant peu sur l’existence
seulement pour toute Maqnahuitl ou épée de bois de, Mexicains, armée de plaques d’obsidienne. de l’ancienne Atlail-
la population actuelle
tide, admet, lui aussi,
du nouveau monde, mais encore pour celles qui la possibilité et meme la réalité d’une communieal’Iiabitaient dans les âges les plus lointains. lion entre les deux mondes, et il pense que l’Amé-
Nons avons déjà vu que l’abbé Brasseur de Bour- rique a été peuplée, à des intervalles divers, par les
bourg, et, avec lui, d’autres ethnologues Irès-distin- trois races jaune, blanche etnoire, depuis longtemps
gués prétendent, au contraire, que c’est une race répandues sur l’ancien continent. Pour étayer la thèse
jaune, émigréede l’Asie orientale, qui a peuplé d’abord qu’il défend, le savant académicien appelleà son aide
le nouveau continent. A une époque dont l’antiquité et la géographie, et l’histoire et les croisements cth
classique avait déjà perdu le souvenir, une partie de ces mêmes émigrés de l’Orient revinrent dans l’ancien monde, par un chemin opposé à celui qu’ils avaient pris en le quittant, c’est-à-dire, par la Terre Atlantide, aujourd’hui ensevelie sous les eaux de l’Océan. Ils apportèrent jusque dans la Lybie et l’Egypte leur civilisation, leurs coutumes, leurs arts et leur écriture idéographique ( Katums ou hiéroglyphes), et même quelques-unes des pratiques les plus accentuées de leur religion ( Hiérodules , ou prêtresses de la volupté, coutume de momifier les ca-
* V oy. de Qualrefafrea, Un’té de l'espèce humaine, ji. 3G9 Ct tuiv. — Paris, 180 t.
niques. 11 fait d’abord observer que les trois races typiques se trouvaient, au moment de la conquête européenne, disséminées, à 1 état sauvage, sur divers points du nouveau monde.
I-a blanche occupait principalement le nord-ouest; la jaune s’était fixée dans la partie boréale, et se trouve même encore représentée au Brésil par les
* Voy. à ce sujet le savant rapport de M. Daly, Sur les races indigènes et sur l'archéologie du nouveau inonde. — Bulletin de la Soc. d'anthropologie de Paris, p. 374, 18S2.
1 D’après Oswald lleer, botaniste trà< distingué de la Suisse, les Canaries, Madère et les Açores seraient tes derniers vestiges, aujourd’hui subsistants, de cette ancienne Atlantide qui reliait l’Europe à l’Amérique.
Bolocudos, qui offrent, comme on sait, une telle ressemblance avec les Chinois, que tous les voyageurs en sont frappés.
Enfui, la raeenoireavailprispossessiondel’isthnie de Darien. Une foule de races mixtes sont nées du croisement de ces races principales.
Mais comment ces dernières avaient-elles pu s’introduire sur le continent américain?
D’abord, rien déplus facile que la traversée d'Asie en Amérique, par le détroit de Behring et les îles Aléouliennes . Aussi a-t-on vu plus d'une fois, même de nos jours, les indigènes passer d’un continent à l’autre sur de simples canots creusés dans nn tronc d’arbre, et rien n’est mieux prouvé actuellement que l’identité des populations hyperboréennes des deux mondes.
Les courants marins eux-mêmes ont joué un rôle important dans le phénomène qui nous occupe.
Au rapport de Morton, en 1833, une jonque japonaise chargée de marchandises fut jetée par les Ilots sur les côtes d’Amérique. Un fait semblable a été observé par un navire anglais , non loin de la Californie.
Bien plus, il résulte des curieux documents recueillis par M. de Quatrefages que, à une époque bien antérieure à Christophe Colomb, les Japonais et les Chinois entretenaient des communications régulières avec l'Amérique, désignée par eux sous les noms de Fou-So (japonais) et Fou-Sang (chinois).
L'Europe a aussi contribué, pour une part importante, au peuplement du nouveau inonde, car bien longtemps avant 1492, les Basques, les Irlandais, les Scandinaves surtout, connaissaient et fréquentaient l’Amérique. Il est même avéré que les Norvégiens et les Danois ont peuplé le Groënland, et il est à peu près certain qu’à eux revient l’honneur d’avoir découvert le nouveau continent, 500 ans au moins avant l’expédition de l’illustre navigateur génois (avant l’an 1000).
Quant aux établissements fondés par eux dans cette partie du globe, notamment dans ses régions boréales et au Groënland, ils ne peuvent faire aujourd’hui l’objet d’un doute.
L’Afrique elle-même a fourni quelques éléments ethniques dont il faut bien tenir compte. On connaît les Caraïbes noirs, qui, lors de l’invasion espagnole, occupaient l’ile Saint-Vincent, à l’entrée du golfe du Mexique.
Les Charruas du Brésil, les Yamassees de la Floride, sont de vrais nègres par la couleur. 11 en est à peu près de même des habitants de la Californie
Mais par quelle voie l’élément noir, peu abondant
il est vrai, sYst il introduit dans le nouveau continent? Aucun document historique précis ne nous renseigne à cet égard. Mais, de même que le Gulf-Stream a pu porter jusqu’en Europe et aux Açores, des embarcations ou leurs débris venant du Mexique, do même le cou ■ rant équatorial, en vertu d’un mouvement contraire, a pu entraîner les Africains vers l’Amérique, et les faire contribuer, pour une part faible mais réelle , au peuplement de la Californie, de certaines parties du Brésil et dos atlérissages du golfe mexicain. « En résumé, ditM. de Quatrefages, nous n’avons trouvé eu Amérique que des races humaines appartenant aux types de l’ancien continent. L’homme est semblable dans ces deux régions, si différentes pourtant au point de vue de la faune. Donc, rien en Amérique n’est neuf et exceptionnel, quand on étudie l’homme et qu’on le compare à l’homme de l’ancien moude ; les différences s’accentuent quand ou compare les animaux, et d’autant plus que les espèces sont plus élevées. La conséquence qu’on en doit tir.er c’est que l’Amérique a bien réellement sa population végétale et animale, mais que sa population humaine lui est venue d’ailleurs 1 . »
* De Qualrelnges. Revue des cours scientifiques, année 1 1805, p, 708. • •
Celte conséquence, nous le disons franchement, ne nous paraît pas rigoureusement contenue dans les prémisses.
En effet, si la végétation, si l’animalité du nouveau monde, comparées à celles de l’ancien, offrent entre elles des différences si fortement prononcées, comment croire que l'homme seul fasse exception à la loi qui, très-probablement, doit être générale? Nous admettons volontiers, avec l’auteur du livre sur l'Unité de l'espèce humaine, que l’Indien peau-rouge n’est ni la souche ni lu type unique des races américaines, soit actuelles, soit antérieures à la complète espagnole. Mais nous savons, de science certaine, que bien longtemps avant la formation de ces races, il existait, dans les pays qu’elles occupent, un type encore inconnu dans ses caractères ethniques, mais dont l’origine remonte à une époque très-reculée.
D’où venait cet homme primitif américain? Avaitil, lui aussi, été transporté par les courants marinsde l'une des trois parties de l’ancien dans le nouveau continent?
Peut-on penser raisonnablement que, jusqu’à l’an 1000 ou à peu près, cette belle végétation, cette faune étrange de l’Amérique, aient seules animé ces riches contrées d’où l’homme aurait été exclu? Mais les débris de son industrie, ses ossements même trouvés dans les cavernes du Brésil et ailleurs, témoignent hautement contre cette idée, et nous devons sans doute faire une certaine part à l’homme de Na- Ichez et de la Nouvelle-Orléans, peut-être même à la race problématique des Mound-Builders *, dans les éléments ethniques si divers, qui se sont succédé ou mélangés avant et depuis la découverte généralement attribuée à Christophe Colomb.
Concluons donc que, semblable sous ce rapport à notre vieille Europe, l’Amérique a eu son homme primitif, son âge de pierre et sa grossière industrie, avant de recevoir, par voie de dissémination volontaire (migrations) ou involontaire (transports par des courants marins), les ancêtres des races si nombreuses et si variées qu’on y observe aujourd’hui.
D r N. Joly, de Toulouse.
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