FLEURS SAUVAGES ET LES INSECTES
L’institution royale de la Grande-Bretagne, vient d’organiser une série de conférences faites par quelques-uns des plus éminents savants de l'Angleterre. L’ouverture des séances a eu lieu le 15 janvier. M. Tyudall a parlé sur quelques problèmes d'acoustique. La deuxième conférence du vendredi 22 jau-
1 Mound-Builders, constructeurs de lettres. On nomme ainsi des populations d’origine inconnue, qui ont élevé, dans les vallées du Missis-ipi, de l'Oliio, etc., d'immenses ouvrages I en terre, de sortes de tumuli, dont no m parlerons dans un I prochain article. '
vier a été faite par sir John Lubbork. Le célèhre naturaliste a traité avec un grand talent la question t'es rapports des fleurs sauvages avec les insectes.
Après avoir rappelé les travaux exécutés à ce sujet par Darwin, par Ilooker, par Muller, sir John Lubhock lit remarquer que les rapports qui existent entre les plantes et les insectes, offrent, la plupart du temps, des avantages mutuels. On a reconnu, à la suite d’expériences, que la semence d’une plante, fécondée par un pollen étranger, est plus saine que si la plante se féconde elle-même.
Or la fonction spéciale des insectes est justement d opérer des fécondations de ce genre, emportant sur leurs ailes et sur leurs pattes la semence des différentes fleurs qu'ils visitent et en la transférant de l’une à l’autre 1 . La semence est ainsi promenée par les oiseaux, le vent, l’eau, les animaux les plus chétifs, mais surtout par les insectes et particulièrement les abeilles. Les fleurs fécondées par les insectes surpassent de beaucoup les autres en beauté et en grandeur. Deux pieds de mauve, la commune et la mauve à feuilles rondes, servent d’exemples à l’appui du dire de sir John Lubhock. La mauve commune qui, pour la fertilisation, dépend des insectes, surpasse de beaucoup les autrcs.espèces, qui, sous ce rapport, en sont réduites à elles-mêmes. Le même fait peut être observé chez plusieurs variétés de géraniums.
En réalité, les insectes font inconsciemment pour les fleurs sauvages ce que les jardiniers font sciemment avec soin et habileté, pour les fleurs cultivées, dans le but d’augmenter leur beauté et leur richesse de couleurs. L’illustre leclurer montre aussi combienlc fait de croître par groupes aide à la conservation et à la diffusion des fleurs, et comment par ce processus de sélection naturelle on obtient les plus belles et les plus fortes. Les insectes non-seulement exercent une action sur les fleurs, mais ils en subissent en retour une réaction. A la longue, la forme de l'insecte est altérée, selon les lois de la sélection naturelle, par la forme et la nature de la fleur qu’il visite, de sorte que tous les deux, la fleur et l’insecte, finissent par s’adapter l’un à l’autre.
La structure de la bouche de l’abeille, l’adaptation de cet organe à l’usage quelle en fait pour en extraire lu miel, la grosseur, les proportions et les poils de ses pattes disposées pour porter le suc recueilli, toute cette conformation particulière est un résultat de cette action et de cette réaction, de cette dépendance étroite, dans laquelle sont vis-à-vis l’un de l’autre l’organe et la fonction.
Sir Jol.n Lubhock fait aussi remarquer que le sommeil des fleurs, le moment où elles s’ouvrent et se ferment, sont déterminés en grande partie par les visites périodiques des insectes. Ou voit donc ces deux charmantes productions de la nature, la fleur et l'insecte, tendre constamment à s’adapter l’une à l’autre en unissant le beau à l’utile pour un même but.
1 Voy. la Nature, 1" année : la Fécondation de la Sauge, et Table des matières de la -■ année.