III. LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
Toutes les branches de la physique sont représentées au nouvel Opéra : la chaleur, la lumière, l’optique, l'électricité, l’acoustique y jouent des rôles différents, en y apportant le concours des lois que la science a dégagé de leurs études. En ce qui concerne les instruments de l’acoustique, nous aurions à parler d’un orgue construit par M.Cavaillé-Coll et formé de dix-huit registres, distribués sur deux claviers cl un pédalier complet. Cet orgue est actionné par quatre pédales, faisant vibrer l’air contenu dans 1052 tuyaux dont quelques-uns ont plus de 5 mètres de hauteur, et plus de 0“‘,o0 do diamètre. L’instrument, qui ne pèse pas moins de 0000 kilogr., occupe l’emplacement des deux dernières loges situées â la droite du spectateur ; l’organiste peut voir le chef d’orchestre grâce à la combinaison de miroirs. La description complète d’une telle installation nous entraînerait trop loin : il nous tarde de parler de la lumière électrique.
C'est tout au commencement de ce siècle que Volta fit connaître au monde savant la découverte qui devait immortaliser son nom. Dans les premiers jours du mois d’avril 1800, sir Joseph Banks, président de la Société royale de Londres, donna lecture â la grande compagnie scientifique d’une communication qu’il venait de recevoir du savant italien au sujet de l’invention du la pile électrique, impérissable conquête du génie scientifique. Le 18 novembre delà même année, Alexandre Volta fit fonctionner son appareil, à Paris, devant l’Institut national de France, en présence du premier consul et de tous les savants illustres dont l'assemblée se composait. Quand on vit jaillir l’étincelle électrique, sous le jeu de l’action chimique de la pile ; quand on vit le courant obtenu, déterminer la fusion d’un fil de fer, l’étonnement fut extrême et l’on pressentit que de grandes choses allaient s’échapper du nouvel instrument.
Nicholson et Carlisle, à Londres, venaient déjà d’obtenir la décomposition de l’eau à l’aide de la pile. Peu de temps après, en 1807, le célèbre chimiste anglais, sir Humpliry Davy, dédoubla les alcalis en leurs éléments constitutifs, et fournit à la science des métaux nouveaux ; il ne tarda pas enfin à faire jaillir, de la pile électrique, un puissant faisceau de lumière quand il en eût terminé les pôles par deux morceaux de charbon de bois taillés en cônes, rendus conducteurs par leur immersion dans le mercure, et rapprochés l'un de l’autre.
La lumière électrique resta au rang des simples curiosités scientifiques, tant qu’on ne sut pas construire des piles d’intensité suffisante. Davy avait été oblige, pour obtenir un effet remarquable, de cou- | struire une pile à un seul liquide qui était composée
de deux mille couples. Pour que l’arc voltaïque se vulgarisât, il fallut que l’on inventât les piles à deux liquides, que Bunsen imaginât la pile qui porte son nom et à l’aide de laquelle on produit actuellement des rayons de lumière, dont sir Duvy n’eùt jamais pu soupçonner la puissance.
Quand ou approche à une distance convenable les deux charbons qui forment les pôlesd’une pileélectriqueénergique, l’are voltaïque jaillit, la lumière brille, mais les charbons brûlent avec une grande intensité, la matière de l’un d’eux se transporte sur l’autre, et se volatilise du premier pôle pour se condenser sur le second. La distance qui sépare les charbons varie donc continuellement, elle augmente sans cesse, jusqu’au moment où le circuit est rompu, où la lumière cesse. Pour que le jet de feu brille à nouveau, il faut que les charbons soient ramenés à leur distance primitive. Les régulateurs photo-électriques ont précisément été imaginés dans le but de rapprocher constamment les deux charbons d’une quantité égale à celle dont la combustion les écarte. Foucault en France, Straite et Pallie en Angleterre, construisirent les premiers régulateurs destinés à vulgariser l’emploi de la lumière électi i<juo. A une époque plus récente, M. J. Duboscq et M. Serrin perfectionnèrent successivement ces systèmes, et l’appareil du premier de ces physiciens est communément employé aujourd’hui dans les cours publics et dans les théâtres. Mais nous devons ajouter que l’honneur de l’emploi pratique de la lumière électrique doit, revenir à notre grand physicien Foucault qui, le premier, a substitué le charbon de cornue à gaz, bon conducteur, au charbon de bois imbibé de mercure, et a su régler son fonctionnement.
La lumière électrique se produisant avec régularité put désormais faire son apparition au théâtre ; ses débuts datent de 1846 ; on la vit paraître à l’Opéra, dans le Prophète, sous l’apparence d’un effet de soleil qui excita l’étonnement et l’admiration du publie.
Il y a plus de dix ans que M. Duboscq a été chargé de projeter, sur la scène de notre Académie nationale de musique, les rayons de l’astre voltaïque ; et c’est encore lui qui a organisé, dans des proportions peu communes, l’installation électrique du nouvel Opéra.
La lumière électrique peut être produite sur la magnifique scène que l’on doit à M. Charles Garnier, par trois cent soixante éléments de pile Bunsen qui sont installés dans une salle du rez-de-chaussée du nouveau monument et dont la longueur n’a pas moins de sept mètres (voir le plan p. 152). M. J. Duboscq a disposé là six tables de 2 m ,75 de longueur sur 0 m ,75 de largeur, qui supportent chacune 60 éléments Bunsen, formant une batterie. Ces éléments sont posés sur le dessus de la table qui est formé d’un verre dépoli très-épais, n’ayant pas à craindre l’action des acides. Ils sont alignés, au nombre de quinze, sur quatre rangées. La table est munie, à sa partie inférieure, d’une planche servant de support à une grande cuvette rectangulaire, où l’on peut placer les zincs amalgamés quand on a terminé l’opéra-
tion. Les pots en grès de la pile, remplis d’acide nitrique, sont réunis après l’opération dans une cuve contenant cet acide et fermée d’un couvercle de bois.
Pour faire fonctionner une batterie électrique d’une telle puissance, dans des conditions favorables, M. Duboscq a dû prendre des dispositions spéciales pour la préparation de l’eau additionnée d’acide sulfurique, comme pour celle des zincs amalgamés par le mercure, nécessaires à la mise en action du système.
A l’angle droit de la salle électrique est un grand réservoir, de la capacité de 1 mètre cube environ, où Fou verse de l’eau que l’on additionne d’un dixième d'acide sulfurique. Un robinet peut mettre le liquide ainsi obtenu en communication avec un siphon vertical formé d’un large tube, où l’on plonge l’aréomètre qui donne son titre, et permet de s’assurer <jue la préparation a été faite dans les proportions convenables.
Le réservoir à eau acidulée est muni, à sa partie inférieure, d’un tuyau de grès qui seprolonge contre les murs de la salle, et passe devant les six tablesbatteries. A côté de chaque table, un robinet de grès permet aux opérateurs de recueillir l’eau acide dont ils remplissent, à l’aide de brocs en terre, les vases de grès des éléments de pile. Les zincs, amalgamés sur deux pierres d’évier, qui recueillent sans en rien perdre l’excès de mercure, sont introduits dans le liquide acidulé; au centre du système on place le vase poreux qui s’est trouvé rempli par son séjour dans la cuve à acide nitrique, on y pose le prisme de charbon poreux; on relie les éléments de pile les uns avec les autres : la batterie fonctionne. Par une excellente mesure de précaution, M. Duboscq a évité l’action dangereuse des vapeurs nitreuses, en plaçant çà et là, sur les piles, des soucoupes contenant de l’ammoniaque qui les condense. Grâce à cette disposition, on peut séjourner dans la salle de l’électricité sans aucun inconvénient.
Chaque table, nous le répétons, forme une batterie de soixante éléments ; les fds électriques sont conduits sur le mur du fond de la salle, où ils traversent six galvanomètres (voir la gravure p. 153). Chacun de ces galvanomètres indique, par l'aiguille dont il est muni, le mode de fonctionnement de la batterie à laquelle il correspond. Par leur examen, on peut donc savoir, en cas d’accident, quelle est la table où la communication électrique a été interrompue, où tel ou tel accident a pu survenir d’une façon fortuite.
Les six fils isolants, s'échappant des six galvanomètres, traversent les murs et arrivent à la scène, où les courants qu’ils amènent jusque-là peuvent être utilisés soit isolément, soit réunis deux à deux, trois à trois, selon le degré d’intensité que l’on veut donner à la lumière. I.a distance que le courant parcourt de la salle des piles au point le plus éloigne de la scène est de 122 mètres ; la longueur totale de tous les fils est de 1 ,200 mètres.
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M. Duboscq, imitant les systèmes de fils télégraphiques, se sert de la terre comme courant de retour ; l’un des pôles de sa pile est en communication avec le fer du monument. Sans cette disposition il eût fallu doubler la longueur des fils. Partout où se trouve l’opérateur, il attache donc son conducteur de retour à n’importe quelle colonne de fer du théâtre, et le circuit se trouve
ainsi fermé. | S
Dans la plupart des j ^
cas, M. J. Duboscq place sa lampe à ré- ei|S|
gulateur électrique
sur une des galeries n> Ce
de bois qui parcourent c-
les hautes régions des décors au-dessus de la