‹ La Nature 1875 S1Chapitre 80 sur 224 · POLYNÉSIENS ET LEUR EXTINCTION · texte numérisé non relu

POLYNÉSIENS ET LEUR EXTINCTION

Les insulaires de la mer du Sud, et ceux en particulier qui peuplent pour la plus grande part les ar-

chipels placés sous le protectorat français en Polynésie, ont été si fréquemment décrits depuis cent ans que tous les lecteurs de ce recueil connaissent, au moins en gros, leurs principaux caractères. Ils savent (pic ces intéressants sauvages, présentés jadis au monde civilisé comme de véritable» Apollons, sont

Types polynésiens, d’après une photographie rapportée par M. le commandant Miot.

fort éloignés de mériter la réputation de beauté que leur ont faite, au dernier siècle, des voyageurs un peu trop enthousiastes. Leur couleur de peau est rarement aussi claire que celle des paysans du midi de l’Europe, et prend souvent des teintes beaucoup plus foncées allant de l’olivâtre au brun sombre. Leurs cheveux sont habituellement lisses, noirs et assez lins ; leurs yeux, assez largement fendus, sont d’un

t" semestre

brun velouté et profond, mais le front est oblique, le nez manque de relief, et s’épate à sou extrémité ; la bouche est circonscrite par des lèvres épaisses et charnues, les dents, blanches et bien rangées, sont proelives, les pommettes hautes et saillantes; enfin le menton est singulièrement pointu. Ce dernier trait qui complète le profil oblique en avant et en bas de l’insulaire Polynésien pur, avait frappé les premiers

3“ amue.

observateurs, et le dessinateur anglais du voyage de Cook, qui, ou vertu d'une loi singulière qui s’impose à presque tous les artistes, donne volontiers à ses sauvages des allures britanniques, n’a pas manqué pourtant de le mettre en évidence.

Ces caractères spéciaux de la morphologie faciale des Polynésiens sont fort accentués dans la gravure que nous publions, et que nous avons empruntée au bel atlas de photographie rapporté de l’Océanie française par le commandant Jliot.

Les Polynésiens qu’elle représente sont bien les indolents et pittoresques insulaires de la nouvelle Gy Ibère, que les ethnographes du dix-huitième siècle nous montrent couronnés de fleurs et ceints d’un pagne aux couleurs brillantes qui laisse à nu leur buste large et ample, et leurs membres vigoureux.

Qui croirait, en jetant les yeux surce dessin et sur tant d’autres reproduits dans les mêmes conditions d'exactitude et de sincérité, que la belle et robuste race qu’ils représentent soit menacée de disparaître à bref délai de la surface du globe ?

Et cependant rien n’est plus tristement démontré que l’extinction rapide et constante de toutes ces intéressantes populations Kanakes. Les chiffres parlent le langage le plus clair et le plus sinistre. Citons quelques exemples-. Hawaï, l’une des îles de l’archipel de ce nom, comptait, au moment où Cook la visita, plus de 90,000 habitants; sa population est depuis longtemps descendue au-desous de 30,000. Le même voyageur estimaità 300,000 les insulaire s de l’archipel hawaïen tout entier. Eu 1 837 on n’en trouva que 135,000. Eu 1850, ce chiffre était descendu à 78,854; en 1858 enfin, il était réduit à 70,000 environ.

L’évaluation de Cook pour la Nouvelle-Zélande en 1769, attribuait à cet archipel 400,000 habitants. Le protectorat indigène n’en comptait plus que

Page 1