‹ La Nature 1875 S1Chapitre 81 sur 224 · en 1849, réduits à 56,049 en · texte numérisé non relu

en 1849, réduits à 56,049 en

Les chiffres de Cook sont peut-être un peu trop élévés en ce qui concerne les archipels dont il vient d’être fait mention. Mais pour Taïti, le nombre de

240.000 qu’il donne est très-vraisemblable. Car f’orster, son compagnon, en ne tenant compte que de la population valide, et en n’attribuant qu’un enfant à chaque ménage, arrivait encore au chiffre ! de 120,000. Eu 1797 les missionnaires ne comptaient déjà plus dans cette île que 50,000 habitants. Lesson, chirurgien de la Coquille, estimait leur chiffre à 12,000; le recensement des missionnaires de 1829 a donné 8,568 individus, et la statistique dressée en 1863 fait encore descendre leur nombre déjà si réduit à 7,623.

Eorster comptait aux îles Marquises, en 1813, jusqu’à 19,000 guerriers, ce qui suppose une population de 80,000 habitants. Le commandant Jouan, qui croit ce chiffre trop élevé, accepte celui de Krusenstern qui est moitié moins fort. En 1838, Ifupetil- Thouars concluait de ses recherches à l'existence de

20.000 insulaires pour tout l’archipel. L’annuaire de 1863 donne pour la population générale des Mar-

quises 12,000 habitants. M. .louan l’abaisse à 11,000 et reconnaît même que ce total est encore trop considérable. M. Brull’ert, qui vient de publier une thèse remarquée sur les Polynésiens, exprime le même avis. Ce médecin de marine a visité deux fois l’archipel, et recueilli des détails navrants sur sa dépopulation. Pour en donner une idée, il suffit de sc rappeler que la seule vallée des Taïpis, située à l”Est de la baie de Taiohe, que Porter eut à combattre et dont il put eu connaissance de cause apprécier le nombre et la valeur, contenait, à l’éj oque de son séjour, 3,500 guerriers. La vallée des Taïpis ne compte pus actuellement 300 HABITANTS !

L’accord ne s’est point fait encore entre les anthropologistes sur les causes qui amènent cette effrayante destruction. On a tour à tour accusé Tinfluence dépressive de la race blanche sur les races inférieures, l’action des boissons alcooliques, les maladies contagieuses introduites par les Européens, etc. Mais il est des îles où la dépopulation marche rapidement aussi, et où la race blanche est représentée par un nombre infinie de personnes, où les alcools sont sévèrement prohibés, où la variole ne s'est jamais montrée, etc. M. Lcborg ne a récemment étudié, au point de vue spécial de l’extinction de ses habitants, un de ces archipels isolés, l’archipel Gambier. En suivant le mouvement de sa population à l’aide des registres tenus par les pères de la mission, M. Lcborgne est arrivé à attribuer av^c précision 1,630 habitants, en 1840, aux quatre îles qui forment ce groupe. Magaréva, la plus importante, avait à cette date 1,130 insulaires. Depuis le 1 er janvier 1840 jusqu’au 1 er janvier 1871, on compte sur les registres fort bien tenus de la mi- siou 2,061 décès et seulement 1,581 naissances à Magaréva. Le chiflïe des décès l'emporte de 480, et comme la population actuelle de l’île est de 650 individus, 41 ou 42 centièmes des habitants auraient disparu en trente et un ans. Mais un certain nombre de ces Magaréviens, cent cinquante, deux cents peut-être, soit pour obéir à ce besoin de migration qui est un des caractères de la race polynésienne, soit pour se soustraire aux rigueurs du code des missionnaires, ont été s’établir dans d’autres archipels ;

! de sorte (pie c’est un quart de la population qui a réellement disparu.

Pendant ces trente et un ans, la paix a été profonde dans ces îles ; les conditions sociales, profondément modifiées par les missionnaires, sont devenues à peu près celles des pays voisins. Le jeune homme peut se marier à seize ans, la jeune fille à quatorze; les mariages sont nombreux, souvent très-féconds, à l’encontre de ce qui se passe ailleurs, et notamment aux îles de la Société; il n’est pas rare de rencontrer dans un ménage sept à neuf enfants. Les conditions hygiéniques se sont plutôt améliorées; s’il est vrai de dire que l’alimentation est encore insuffisante et parfois luauvaise, et que I les malades ne reçoivent aucun soin, il ne faut pas oublier qu'il en était de même et bien pis encore à

une époque antérieure, où le pays était relativement prospère.

L’influence dépressive attribuée à la race blanche ne peut guère être invoquée : la population blanche de l’archipel se compose de cinq personnes. L’alcoolisme n’existe pas, l’usage des liqueurs fortes étant absolument interdit. Les fièvres pernicieuses sont ini ounues, la variole ne s'est jamais montrée, et d’ailleurs tout le monde est vacciné. Ou rencontre peu de pyrexies pures, des affectious rhumatismales, des névralgies, des néphrites, et maintes affetions thoraciques, pneumonies, pleurésies, bronchites, mais surtout la phthisie, qui fait aux îles Gambier d’effrayants ravages. M. Leborgne a observé, pendant sou séjour à Magaréva, douze cas de phthisie pulmonaire confirmée, et cependant il est loin d’avoir visité tous les malheureux phthisiques de l’ile. Les affections scrofuleuses sont nombreuses, graves, happant tous les âges, mais surtout l'enfance, et peuvent même amener une terminaison fatale. Si l’on tient compte dans l’histoire de ces deux dernières maladies de la consanguinité, qui pèse loin dement sur un pays où, de leur fait et surtout de relui de la première, les familles deviennent de moins en moins nombreuses, et où les communications avec les archipels voisins sont à peu près nulles, on peut être amené à croire que les unions consanguines ne sont pas sans conséquences désastreuses pour la vitalité de la race. Ces dernières considérations ne s’appliquent qu’au petit archipel étudié par M. Leborgne; mais les constatations rigoureuses qu’il a pu faire pendant son séjour dans ce malheureux archipel, confirmées qu’elles sont par les observations relevées ailleurs par MM. Bourgarel, Brulfcrt, etc., sont de nature à éclairer d’un nouveau jour la question de l’extinction des sauvages océaniens, que nous n’avons pu que soulever dans ce rapide aperçu des importants travaux auxquels elle vient de donner lieu. D r E. IIamy.

CULTCRE FORCÉE

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