DE LA. POMME DE TERRE
On a beaucoup parlé dans ces derniers temps, sous le nom de pomme de terre perpétuelle, d’un procédé à l’aide duquel un cultivateur, M. Telliez, aurait trouvé le moyen d’obtenir des pommes de terre en toute saison. Quelques-uns de nos lecteurs veulent bien nous demander à ce sujet des renseignements précis. Nous pouvons leur garantir comme très-sûrs et très-sérieux ceux que nous publions ici, et que nous tenons d’un de nos collaborateurs compétent dans celte question.
Le procédé préconisé par M. Telliez n’est pas nouveau, mais il peut être entrepris avec plus ou moins de succès. Voici quelques instructions à l’aide desquelles il est possible de le pratiquer avec fruit. Prendre, au commencement d'août, des pommes de
| terre de l’année précédente; les plonger quelques instants dans l'eau salée, puis les mettre en terre à 0' n ,25 ou 0 m ,30 environ sur un lit de fumier; biner et buter comme on le fait ordinairement en élevant davantage la terre à l’approche des gelées, et ne pas détruire les fanes ou tiges feuillées; enfin abriter avec de la paille quand viennent les froids, et arracher au fur et à mesure des besoins. Ce mode de culture est moins productif que celui du printemps; il n’offre rien en lui-même d’extraordinaire, puisque, par une recrudescence de végétation qu'on ; nomme la sève d’août, on peut compter sur une nouvelle récolte, et c’est ce qui se pratique pour plusieurs plants ou légumes. Les mois d’août, septembre j et octobre donnent une somme de chaleur suffisante pour le développement des tiges de pommes de terre, et ces exemples sont fournis par la double récolte qu’on peut faire de la pomme de terre Murjolin et d’une autre variété nommée Earlg ros(. Ces produits, bien entendu, sont inférieurs à ceux que l’on obtient en été, mais ils ont le mérite do toutes les primeurs. C’est donc une culture de luxe. La difficulté principale consiste dans le choix des tubercules de semence, parce qu’ils doivent être de l’année précédente ; il faut, en outre, s’opposer à leur altération et au développement des bourgeons, qui nuisent beaucoup à la récolte si l’ébourgeonncnient a été pratiqué. Il est donc essentiel de placer les pommes de terre de semence dans des caves sèches et privées d’air, et quelquefois dans du sable sec ou de la cendre.
L’immersion des pommes de terre dans l’eau salée a été conseillée il y plusieurs auuées déjà, comme hâtant le développement des bourgeons; mais celte pratique ne parait agir que par le ramollissement des parties extérieures et durcies des vieilles pommes de terre. Quant au sel, il ne peut être que favorable et agirait comme le salpêtre, dont ces plantes sont avides.
Il ne faudrait donc pas fonder des espérances insensées sur celte culture forcée de la pomme de terre, qui ne sera jamais qu’une culture de fantaisie, et, en agriculture surtout, on sait que l'expérience décide péremptoirement de toutes les innovations.
On a prétendu, il y a quelques années également, et dans le même ordre de sujet, que certaines pommes de terre (notamment la variété Marjolin) pouvaient se reproduire sans émettre de rameaux foliacés, c’est-à-dire seulement souterrainement, et, disait-on même, « comme le font les truffes, s Mais cette comparaison insensée ne supporte pas la discussion. — Dans le but de répondre à la question de reproduction spontanée, M. le professeur Decaisnc et son suppléant, M. Dehérain, entreprirent au Muséum des expériences de culture de pommes de terre à l’obscur.té, et de telle fiiçon que les tubercules fussent toujours dans les conditions à produire directement de nouveaux tubercules et le moins possible de bourgeons foliacés. Il est résulté do ces tenta-
tives que le rendement en poids des nouveaux bourgeons tuberculisés, ou jeunes pommes de terre produites par celles de semence, n’atteignaient jamais plus du tiers du poids de leur mère. 11 11 e faut donc l'as fonder le moindre espoir de récolte si l’on s’oppose à la production des feuilles, dont le rôle physiologique est aussi indispensable pour les rainilkations souterraines qu’aériennes.