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LE MIRAGE

Un remarquable travail de M. Everett, sur lemirage, vient d’être publié dans le journal anglais Nature,

j auquel nous empruntons quelques documents cu- ! lieux à ce sujet.

l.e cas le plus ordinaire de mirage se produit lors- ! que la température de l’air cesse de décroître. C'est un phénomène très-commun en hiver dans nos régions lorsqu’une couche d’air chaud vient surmonter la couche d’air froid qui est en contact avec la surface de la terre. Ce phénomène, comme on l’a déjà fait remarquer, est très-commun dans les régions polaires. La figure 2 montre, d’après Seoresby, la duplication des glaces d’une banquise, l'image étant j au-dessus de l’objet lui-même. 11 a été observé par \ ce grand navigateur lorsque les vents soufflaient de ■ l'est, direction des vents chauds, dans la mer du | Spilzberg. La duplication est accompagnée de défor-

Fig. i. — Eflet de double suspension aérienne observée par M. Everett sur le bord de la nier.

mations parce que les dimensions de l’image peuvent être beaucoup plus grandes que celles de l’objet et que l’objet lui-même peut se confondre avec l’image.

Il en résulte que certains glaçons semblent s’élever dans le ciel sous forme de colonnes. On voit de légères interruptions indiquant que la forme générale est produite par une multitude de réflexions superposées dans le sens vertical.

Ce mirage déjà si intéressant n’est que la modification d’un cas prévu de suspension aérienne.

La règle générale du mirage est, en effet, qu’il 11 e se trouve pas de déformation dans le sens horizontal. La raison en est simple. En effet, les couches d’air sont généralement horizontalement superposées les unes sur les autres. Mais il peut arriver des cas par-

ticuliers où elles sont séparées par des plans verticaux, ou généralement des surfaces inclinées. Dans ce cas les images sont parfois déplacées latéralement et déformées en même temps qu’elles sont multipliées dans le sens vertical.

Il est sans doute inutile d’ajouter que ce cas se produit dans les temps calmes, lorsque l'air de la surface terrestre est plus froid que celui de l'air plus élevé, comme il arrive dans les régions polaires.

O 11 peut supposer que les inflexions du miroir d’air suivent celles du rivage.

Les deux cas de mirage observés par Seoresby, figures 3 et 4, se trouvent l’un et l’autre dans ce cas.

Comme il est facile de s’en convaincre par l’inspection des figures, les phénomènes de suspension aérienne se manifestent en même temps que ceux de

déplacement latéraux, mais il ne faudrait pas en compliquée du miroir d’air suffit pour donner une conclure qu’il y adans les régions supérieures comme explication rationnelle des duplications qui accompadans le premier cas un courant d'air chaud auxquels gnent les déplacements latéraux,

sont dus tous ces phénomènes de mirage. La forme En effet, comme on le voit dans la figure 4,

Fig 2. - Effet de duplication de glaces d'une banquise, observée par Scorcsby.

l’image du premier navire de gauche, quoique sus- I les constate quelquelois en été sur le bord de la pendue à un niveau bien supérieur à celui de l’objet I Manche.

se trouve de plus notablement déviée vers la droite , Notre figure 1 donne une idée tiès-exacte de ce du spectateur. ! phénomène et dans des conditions qui ne laissent

Les interversions de cette nature compliquée sont aucun doute sur la réalité de l’explication précé-

moins fréquentes dans nos climats; cependant on dente. En effet, la maison qui se trouvait sur le bord

— Mu âge compliqué dans les deux sens, observé par Scoresby.

Fig. 4.

— Autre mirage compliqué dans les deux sens, observé par Scorcsby.

de la mer était surélevée par un phénomène de suspension aérienne, et l’image produite par la suspension donnait naissance à un reflet dans la couche meme, produisant le phénomène.

Dans ce cas, l’air de la terre était plus chaud que l’air de la iner : c’est une circonstance inverse de celle qui avait été observée par Scoresby dans les mers polaires, et qui est analogue à celle des F a la Murgana dans le détroit de Messine.

Les surfaces de séparation d'uue couche chaude et d’une couche froide pouvant être obliques dans certains cas, on arrive à comprendre qu’elles peuvent être courbées d’une façon quelconque; elles sont donc susceptibles de produire des phénomènes d’anainorphoses ou de grossissement. On peut expliquer de la sorte les apparences les plus grotesques, les plus effrayantes, les plus extraordinaires.

Les observations faites en ballon sont de nature à éclairer cette question puisqu’elles permettent d'analyser, dans les cas extra >rdinaires, la constitution des couches d’air successives. Dans les ballons on doit pouvoir observer de nombreux mirages ; mais malheureusement l’attention des aéronautes n’a pas été portée sur ce détail d’une façon suffisamment précise. Le globe aérostatique qui couvre une partie du ciel cache certainement, du reste, un certain nombre de ces curieux phénomènes.

M. Everett a fait, dans son intéressant travail, quelques remarques fort curieuses qu’il est nécessaire de résumer sous une forme facile à reten'r.

La décroissance moyenne de la température de l’air a été fixée à -j-J-j de degré par mètre d’élévation. Si le décroissement était G fois plus considérable, c’est-à-dire -fa de degré par mètre, les rayons horizontaux marcheraient eu ligne droite.

Au-dessus de ce nombre les rayons horizontaux sont rabattus par la réfraction, et le mirage commence à se produire. C'est ce qui arrive lors de l’intercallation d’une couche d'air chaud, car les rayons qui y ont pénétré sous des directions obliques sont ramenés en arrière lorsqu’ils arrivent dans l’air froid supérieur, si la décroissance est plus grande que de fa de degré par mètre.

Le rayon horizontal voyageant dans l’air ordinaire est dévié de la ligne droite, parce que son altitude augmente forcément | ar rapport à la surface de la terre. Mais la courbure que lui donne la différence de densité des couches d’air n’est que la 6“ partie de la courbure de la terre.

Il en résulte qu’il ferait le tour de la terre si le rayon de la terre était six fois plus considérable, ou si les variations du pouvoir réfringent moyen, provenant de l’altitude, était six fois plus considérable.

Ces considérations théoriques sur le mirage sont d’une haute importance : elles ont été présentées par M. le professeur J. D. Everett, à la société des sciences naturelles de Belfast, où elles ont attiré 1 attention des nombreux savants qui la composent.

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