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TERTRES FUNÉRAIRES

D’une hauteur moins considérable que les précédents, les tertres funéraires semblent proportionnés, sous ce rapport, au rang du personnage dont ils renferment la dépouille mortelle. Celle-ci repose le plus souvent dans un sarcophage formé, sur les côtés, île pièces de bois grossièrement travaillées, et, au fond, de planches minces, que le temps a décomposées, et dont il subsiste à peine quelques traces, vraie poussière de la mort qui se môle à celle des ossements humains. Parfois, le cadavre était simplement enveloppé d’écorce ; car les os qu’on trouve dans ces sarcophages y sont devenus si fragiles, que le plus souvent ils se brisent et se réduisent eu poudre au moindre contact avec l’air, ou avec la main qui les saisit. Quelquefois, les sarcophages étaient formes de pierres grossièrement taillées , et le corps s’y trouve enveloppé d’une natte d’éeorce, ou recouvert de plaques de mica. Des colliers en os, à un ou plusieurs rangs, que l’on rencontre encore dans la région du cou; des instruments de travail, rarement des armes eu pierre ou en cuivre pur, des plaques de ce métal percées d’un trou, constituant le mobilier funéraire, associé le plus souvent à des cendres, à du charbon, à des os demi-carbonisés : preuve évidente que les Mound-Builders pratiquaient la crémation, aussi bien que l’inhumation, et qu’ils immolaient des victimes humaines sur les tombeaux de leurs chefs , coutume d’ailleurs très-répandue , depuis, chez les Atzèques mexicains et les Péruviens du temps des Incas.

Un des tumuli sans contredit les plus remarquables de l’Amérique, est celui de Grave-Creek, au confinent de cette rivière et de l’Ohio, dans l’État do Virginie. Découvert et visité en 1838 par M. Iom-

* Ce moyen d'appréciation n'est pas toujours exact : cur dans les régions où la vcgclalinn est très-active ou ininterrompue, on a vu se former plus d'une couche ligneuse chaque année. Du nombre des couches ou ne peut donc sûrenicnl conclure l'âge des arbres qui croissent dans de pareilles conditions, ni, par suite, l’âge des monuments auxquels ils sont associés.

linson, ce tertre gigantesque renfermait deux chambres sépulcrales, dont l’une était placée à 30 pieds au-dessus de l’autre. Elles avaient été construites, comme de coutume, avec des poutres qui, en se décomposant, avaient permis à la terre et aux pierres qui recouvraient la voûte, de pénétrer dans les chambres et d’écraser les squelettes qui s’y trouvaient ensevelis. La chambre supérieure n’en renfermait qu’un seul ; mais il y en avait deux dans la chambre inférieure : un homme et une femme.

A côté d’eux, se voyaient de nombreux ornements de mica, des colliers eu coquilles, plus nombreux encore des bracelets de cuivre et des fragments de pierre sculptés. De la chambre inférieure, on pénétrait dans une autre plus grande, où se trouvèrent dix squelettes accroupis, mais dans

distinguent de tous les autres par des caractères spéciaux, lesquels ne permettent pas de révoquer en doute leur destination primitive. Ces caractères les voici : d’abord, les tertres dont il s’agit se trouvent presque exclusivement dans les enceintes sacrées : ils sont formés de couches alternatives de gravier, de terre, de sable, de lames de mica, et ils recouvrent le plus souvent un autel de pierre ou d’argile cuite, sur lequel ont été déposées des offrandes de nature diverse, portant presque toutes l'empreinte de l’action d’un feu prolongé.

Construit à la surface naturelle du sol, l’autel consiste en un bassin de fine argile, offrant des dimensions et des formes variables * et des traces non équivoques d’une chaleur intense et plusieurs fois répétée. Une fois hors de service, l’autel

un état de décomposition trop avancé pour qu’ils aient pu être soumis à un examen scientifique. Tout porte à croire que ces squelettes étaient ceux des victimes immolées en l’honneur des personnages de distinction à la mémoire de qui était consacré ce tombeau colossal.

A la vue de ces monuments élevés à si grands frais et par tant de bras réunis dans un commun effort, on se demande naturellement quelle fut ici-bas la der-

Fi". 1. — Plan du tertre de l’Alligator dans la vallée du Mississipi

était souvent remplacé par un autre, qui lui était superposé, et celui-ci, à sou tour, cédait la place à un troisième.

Quant aux offran des destinées aux dieux, elles étaient nombreuses et des plus variées. Des couteaux d'obsidienne*, des plaques minces de mica, élégamment et géométriquement découpées; d’autres plus épaisses, rondes ou ovales, et percées d’un trou de suspension ; des colliers fabriqués avec des perles et

nière place occupée

par ces obscurs travailleurs de la mort? Où sont leurs tombes? où sont les os qu’elles devaient renfermer? Semblables aux nombreux ouvriers qui ont construit les pyramides d’Égypte, tous ont péri sans laisser même un nom après eux. Cependant de temps en temps encore, les fleuves de l’Ohio et du Kentucky mettent à nu, sur leurs rives, de vastes cimetières et entraînent des débris humains dans leurs cours.

Mais ces débris appartiennent-ils aux Mound-Buililers ou à quelques-unes des races qui leur ont succédé? Telle est une des questions qui méritent le plus de fixer l’attention du futur congrès desAméricanistes, mais pour la solution de laquelle des données suffisantes nous manquent jusqu’à présent.

TERTRES ET AUTELS DES SACRIFICES ( SaCrifitial

Mounds).

Il est une classe de monticules artificiels qui se

des dents percées, et même avec des grains d’argent ; des pendants d’oreille ou des amulettes eu hématite, parfaite-

4 Les dimensions varient entre 2 et 60 pieds de long; sui 12 01115 de large. Les tumuli ordinaires ont 5 à 10 pieds de diamètre. Les formes adoptées sont le carré, le cercle, l'ellipse, le parallélogramme, et toutes, nous l’avons déjà dit, sont d’une régularité parfaite.

a L’obsidienne ( itzli des Mexicains ) se trouve en abondance au Pérou et près de Mexico. C’est une roche volcanique d’apparence vitreuse, assez facile à diviser en éclats tranchants sur les bords, au point de pouvoir servir de rasoirs, et susceptibles d’un très-beau poli. L’obsidienne se rencontre souvent dans les mounds de l'Ohio et du Tennessee. La montagne d’où les anciens Mexicain 8 extrayaient leur famonse itzli est encore connue de nos jours sous le nom de el serro de las nabigas (la montagne des couteaux).

Le mica (et ses variétés), si recherché des Mound-Buildcrs, se présentait quelquefois à eux sous la forme de plaques d’une très-grande dimension. L'une de ces plaques ne mesure pas moins de 18 pouces de long, 18 pouces de large et un pouce et demi d'épaisseur. Le mica entrait dans leur parure et ligu

ment polies; îles yorgerins et autres insignes de | en grenat mangaiiésifcre ; des outils de enivre pur; distinction, de forme et de matières diverses et ; des aiguilles en os ou en ivoire; delà poterie fine ou d’un très- beau travail, des pointes de flèches ou de j grossière; des pierres, et surtout des pipes sculptées lances en quartz, eu obsidienne, en silex et même ! et quelquefois ornées de perles, le tout mêlé à une

Fi j- 2. — Groupe de lertres sépulcraux en Amérique.

grande quantité de cendres, de charbon, de coquilles calcinées, d'os humains brisés et à demi-consumés, et rnèmedes traces de vêtements complètement carboni-

sés, dans lesquels on distingueencorelatrame du tissu qui les formait : tels sont, d’ordinaire, les objets qui remplissent les bassins servant d’autels aux anciens

Fig. 3. — Grand tumulus de Marietta (Ohio).

habitants des grandes vallées de l’Ohio et du Mississipi. Sur les bords de l’un de ces autels, on a même

r lit au nombre des offrandes consacrées aux dieux. Des échantillons do la variété graphique ont été recueillis dans les mounds du la vallée dn Scioto. On la trouve en place à Srliuylkill, près de Philadelphie

trouvé, dans la vallée de Scioto, des pièces de bois carbonisées, qui avaient probablement servi de bûcher funéraire au sacrilicatoire, et qui brûlaient encore au moment où l’on en avait éteint la flamme, en y jetant la terre qui devait recouvrir l'autel et le préserver, jusqu’à nos jours, d’une imminente destruc-

tion. Quelquefois cependant le bassin est resté à nu, à la surface du sol, comme si, au moment d’accomplir le dernier rite sacré, les Mountl Builders , surplis par une invasion subite, n’avaient pas eu le temps d’amonceler sur le bûcher qui terminait la cérémonie, la terre qui devait cacher l’autel à tous les regards profanes, et envelopper d’un épais linceul les offran des à moitié consumé is.

Quelquefois les lames de mica, si fréquentes dans les tombeaux et les bassins sacrés, étaient do lorme arrondie, se recouvraient naturellement à la manière des écailles d’un poisson, et affectaient dans leur ensemble la forme d’un énorme croissant l . lie là on a conclu, un peu légèrement peut-être, que les Mound-Builders rendaient un culte à la lune.

Une conclusion plus \raie peut-être, tirée de la présence d’un grand nombre de pipes eu pierre artistement sculptées, à l’exclusion de toute autre offrande, c’est que le tabac était, de l’époque des Mou nd-B uilders employé, comme de nos jours, mais à des usages sacrés ; c’est que les peuplades des âges préhistoriques du Nouveau-Monde s’imaginaient que l’odeur de celle plante narcotique élait agréable au Grand-Esprit, et qu’ils en fumaient les feuilles en son honneur.

Mais nous reviendrons sur ces usages sacrés, devenus, chez nous, si prosaïques, usages dont l’origine première remonte, on le voit, à des temps de beaucoup antérieurs à la découverte du continent américain.

TERTKES SVSIUOLIOUES REPRESENTANT DES ANIWAUS

[Animal mounds).

Nombreux et disséminés dans tout l’Etat de Viscousin , plus rare dans les vallées de l 'Ohio et du Sciolo, les tertres symboliques offrent des caractères qui leur sont propres, en ce qu’ils représentent exclusivement l’image de l’homme ou de certains animaux (oiseaux, mammifères, reptiles) et quelquefois des pipesgigautesques. Mettant à profit les saillies onduleuses de la rétjion des prairies, les artistes primitifs du Visconsin ont modelé ces immenses basreliefs, qui reproduisent avec, fidélité les contours du renard, de l’ours, de la loutre, du glouton, de l’élan, du buffle, de l’aigle, de la tortue, du lézard, delà grenouille, etc. L’homme lui-même, avons-nous dit, figure dans ces groupes étranges. On y voit aussi des terrassements sous forme de croix, de croissants, des angles géométriques. La massue de guerre y est également représentée.

Au nombre des tertres symboliques les plus renommés, nous en citerons deux surtout qui, à bien des égards, méritent de fixer l’attention des archéologues et des cthnologistes. L’un, situé dans la vallée du Mississipi (route de Lieking) porte le nom de Tertre de ï AllUjalor (Alligator-Moundj ; l’autre, le Tertre du grand Serpent (great Serpcnt’s-Mound), occupe le point extrême d’une langue de terre, for-

1 L’un de ces croissants mesurait 22 pieds d’une extrémité à l’autre, et il avait 5 pieds dans sa plus grande largeur.

mée à h jonction de deux rivières qui viennent se jeter dans YOhin (comté d’Adam). Le premier de ces animaux, très-artistemeut dessiné, n’a pas moins de 250 pieds de longueur, du bout du nez à l’extrémité de la queue. Des excavations faites sur divers points de l’image ont prouvé que sa carcasse intérieure se compose d’un amas de piei res, d’un volume considérable, sur lequel on a modelé les contours avec une terre argileuse très-fine (fig. 1).

Le grand Serpent du comté d’Adam (Ohio) est représenté avec la bouche ouverte, et au moment d’avaler un œuf, dont le grand diamètre n’a pas moins de 100 pieds : le corps du reptile se courbe en gracieuses ondulations, et la queue s’enroule en un triple lourde spirale. L’animal entier mesure environ 1,000 pieds; c’est là une oeuvre unique dans le Nouveau-Monde, et sans analogue dans l’Ancien Continent. Elle a donné naissance à une foule d’opinions bizarres, non-seulement chez les sauvages actuels, qui regardent ce serpent symbolique comme étant l’œuvre du Grand Manitou, mais encore chez les savants modernes, qui croient trouver dans ce symbole le pendant ou l’origine de certaines superstitions répandues en Egypte, eu Assyrie, en Grèce, superstitions dont les traces, encore subsistantes, se retrouvent également sur les temples de l’Inde, de l’Amérique centrale et jusque sur les monuments mégalithiques d’Avebury et de Carnac.

11 est remarquable qu’aucun travail de défense militaire, qu’aucun tertre funéraire, aucun autel expiatoire, etc., n’ait été jusqu’à présent observé dans l’État de Visconsin. On en a conclu que cette région était jadis habitée par une population paisible, comme les Mound-Builders de l’Oliio, population dont elle était la contemporaine et la sœur, adonnée aux travaux de l’agriculture et aux arts industriels. Mais on n’a retrouvé ni ses tombeaux, ni les débris osseux qu’ils renferment.

I) r N. Joly, de Toulouse.

— La suite prochainement. —

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