UNE ILLUSION DE LA NISION
Dans un article sur les Diatomées, inséré dans leu 0 85 de la Nature (16 janvier 1875, p. 102),
l’auteur fait mention des mesures de l’écartement des stries qui ornent l’enveloppe siliceuse de ces organismes étranges; il explique, comme tous les naturalistes, qu’elles sont formées par des hexagones visibles seulement quand on examine l’objet avec uu microscope dont la puissance est relativement considérable. Depuis longtemps je m’étais préoccupé de cette apparence hexagonale des points qui constituent les stries en question.
Pourquoi voyait-on des hexagones et comment ceux-ci pourraient-ils être antre chose que la base visible de petites pyramides , accollées très-près les unes des autres, et, dans ce cas, pourquoi ne voyait - on pas le sommet des arêtes supérieures de ces petites pyramides?
ou bien, était-on en présence d’une structure analogue à celle des yeux des insectes? alors la carapace n’eût été qu’une surface perforée d’ouvertures poli gonales. Cette dernière hypothèse était séduisante et eût expliqué bien des choses, mais quelques bonnes observations, avec des objectifs à immersion très-puissants, complètement corrigés de tous défauts, m’avaient démontré que ces hexagones étaient des points ronds, contrairement aux descriptions des micrographes. Ces observa tions corroborées par des photographies micrographiques de Uackcrbauer, le dessinateur si regretté de tous les savants, et du colonel Woodward, de Washington, ne laissaient aucun doute dans l'esprit, mais il restait à chercher pourquoi invinciblement, l’œil voyait des hexagones là où il y ava't des cercles. Pour élucider ce fait il fallait trouver uu moyen de reproduire artificiellement ce que la nature a fait avec tant de précision sur les surfaces des diatomées. Après plusieurs tentatives infructueuses, je m’arrêtai à l'essai d'un cliché formé de points d'imprimerie assemblés eu quinconces et très-rapprochés les uns des autres (fig. 1 et 2). Le résultat fut plus complet que je ne l’espérais; l’effet produit est exactement celui de la disposi
tion des prétendus hexagones d’une diatomée des plus belles, le Pleurosigma angulala. Si on examine à distance ces clichés avec un seul œil, on reste convaincu qu’on a affaire à des polygones hexagonaux. Il est inutile de donner de longues explications avec une figure aussi explicative, c’est purement un effet de contraste et d’opposition du noir au blanc dans la sensation rétinienne. Cet effet est surtout
très frappant avec la figure 3, photographie négative gravée héliographiquement d’après la figure 2. Là les points blancs semblent détruire les espaces noirs et se rapprocher tangenliellemcnt les uns des auties, l'irradiation est si intense que les cercles blancs paraissent beaucoup plus grandsqueles noirs de la figure 2 quoique de même diamètre. Il y a dans ces faits des points, qui peuvent intéresser non-seulement les naturalistes micrographes mais aussi les artistes. Quant aux diatomées, source de celte étude, il restera à savoir si ces cercles qui couvrent leur carapace siliceuse sont la projection de petites hémisphères, ou la section d'ouvertures pratiquées dans l’épaisseur de l'enveloppe. Cependant quelques expériences semblent prouver que ce sont des hémisphères; le fait parait d’autant plus certain qu’il est confirmé par uue photographie microscopique de la collection de Laukerbauer, agrandie jusqu’à 3000 fois de diamètre, épreuve dans laquelle apparaît, au centre de chaque cercle, un point noir central : image certaine de la source lumineuse reproduite au foyer de chacune des petites demi-sphères, qui constituerait la décoration des diatomées. Le microscope, qui de progrès en progrès a montré successivement des stries, puis des hexagones, puis des points ronds, élucidera sûrement le fait un jour.
A. Nachet.
Le l'i-oprUlaire-Gtrant : G. Tissaxdicr.
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iig. 1.
Fig. 2.
Fig. 5.
Apparences polygonales des points ronds, lorsqu'ils sont placés très-près les uns des autres.
Cosdsiu - Typ. et stér. Cuirs.
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