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MOUVEMENTS PROPRES DES ÉTOILES

(Suite et fin. — Voy. p. 166.)

La plus grande majorité des mouvements propres des étoiles indique un déplacement annuel inférieur à une seconde d’arc de grand cercle. En réalité la variation annuelle constatée par les comparaisons des catalogues formes depuis bientôt un siècle, montre un j déplacement beaucoup plus grand. Mais il n’est pas ' dù tout entier au mouvement particulier de 1 étoile. La précession des équinoxes fait accomplir à l'ensemble du ciel une révolution complète, de l'ouest à l’est, en 25,870 ans. Il en résulte que toutes les , étoiles sont, chaque année, déplacéesd’un point sur le i canevas des divisions géométriques tracées dans le ciel par les astronomes. Lors donc que l'on compare ! la position d’une étoile sur un catalogue construit ; en 1870, par exemple, avec celle qu’elle occupait sur un catalogue construit en 1840, lu différence de position que l’on constate, provient en partie du mouvement général de la sphère dù à la précession. Gomme cette variation séculaire est due à un mouvement de la Terre et n’appartient pas en réalité aux étoiles, il faut, le retrancher de la différence observée ; la quantité qui reste représente le déplacement dû au mouvement propre de l’étoile.

Nous venons de dire que ce déplacement est trèsfaible, et qu’en général il ne dépasse guère une se- : eondc. Conçoit-on bien l’exiguilé de cette mesure ? , 11 appelons-nous qu’une seconde est la 60 e partie d’une minute, laquelle est la 00 e partie d’un degré, lequel est la 560 e partie d'un grand cercle faisant le tour du ciel. Pour prendre une comparaison, le Soleil et la Lune se présentent à nous sous la forme de disques mesurant en moyenne 51 minutes de diamètre. Ces 31 minutes font 1,860 secondes. Donc le déplacement d’une étoile, dont le mouvement propre serait d’une seconde entière par an, ne serait que la l,8üü“ partie du diamètre apparent du Soleil. Aurement dit il faudrait 1860 ans à l’étoile pour se téplaeer de cette quantité. Comme les mouvements propres de la plupart des étoiles ne sont même pas d’une seconde d’arc par an, on voit que, depuis le temps de Jésus-Christ et de Tibère, elles n’ont même pas accompli ce trajet là. Un certain nombre d’étoiles sont animées de mouvements plus rapides, qui s'élèvent jusqu’à plusieurs secondes, et même jusqu’à 7 secondes par an. Mais, même pour ces exceptions, on voit que, relativement à nos mesures d’appréciation journalières, ces mouvements sont encore infiniment petits pour nos yeux-, quoiqu’ils soient infiniment grands en réalité. On pourrait les nommer à la fois microscopiques et télescopiques. Quelle n’est pas, en effet, la vitesse de ces translations, pour que nous puissions nous en apercevoir d’ici, éloignés comme nous en sommes à plusieurs trillious de lieues de distance? Si nous prenons un exemple, soit Arctu-

rus, dont le mouvement propre est presque de 3 secondes par an, nous trouvons que sa vitesse à travers l’espace n’est pas inférieure à 1,800,0 i0 lieues par jour! Et cependant, il lui faut 604 ans pour nous offrir un déplacement égal en longueur au diamètre apparent de la Lune et du Soleil. Nous sommes à 61 trillious 600 milliards de lieues de distance de celte étoile, le chemin qu’elle parcourt en ligne droite pendant une année, en raison de 1 ,800,000 lieues par jour, serait caché pour nous par la largeur d’un étroit ruban de 2 millimètres seulement de large, tendu à cent mètres de distance île notre œil.

L’étoile la plus remarquable du ciel entier, au point de vue de la question que nous traitons, est une petite étoile de 7 e grandeur, c’est-à-dire invisible à l’œil nu, qui n’a pas de nom particulier, et reste désignée sous un simple numéro d’ordre. Elle porte le n“ 1850 du catalogue de Groombridge, et c’est par celte dénomination qu’elle est connue. Située par 11 h. 45 m. 52 s. d’ascension droite et 51“ 21' 21" de distance polaire, elle manifeste annuellement le plus grand déplacement qu’on ait observé. Sa variation est de 0 5 , 514 en ascension droite, et de 5", 77 en distance polaire; la ligne droite, dont ces deux coordonnées sont la mesure géométrique égale 7", 03. Elle est sa variation annuelle. C’est la plus forte de toutes.

Si nous apprécions ce mouvement par la mesure que nous avons employée tout à l’heure, nous voyons que pour se déplacer dans le ciel d’une quantité égale, à la largeur apparente du soleil, il lui faut 264 ans. Ce mouvement est si rapide qu’il s’élève jusqu’à 2,822,000 lieues par jour 1 C’est une vitesse plus de quatre fois supérieure à celle de la terre dans son cours, notre planète voguant autour du Soleil en raison de 650,000 lieues par jour. La distance de cette étoile est de 53 trillious 770 milliards de lieues.

Ainsi, voilà une étoile, un soleil perdu parmi les myriades de soleils qui peuplent l’étendue, et qui est emporté dans l’espace avec une puissance si prodigieuse qu’il ne franchit pas moins de un milliard de lieues par année, et celte ligne de un milliard de lieues, vue de face, ne peut être constatée d’ici qu’à l’aide des mesures micrométriques les plus attentives et les plus minutieuses! Voilà la belle étoile Arclurus qui vogue dans le ciel en raison de 660 millions de lieues par an, et depuis mille, deux mille, trois mille ansetplus qu’on l’observe et qu’on pointe sa place sur les cartes astronomiques, elle ne semble pas avoir bougé !

Et ce ne sont pas là encore les vitesses exactes des corps célestes. Pour que ces mesures fussent absolues il faudrait que la route suivie par l’étoile observée fut vue de face, qu’elle fût perpendiculaire au rayon visuel qui va d’ici à l’étoile, bien ne prouve que ce soit justement là la direction absolue de cette route, et il est extrêmement probable qu’il n’en est rien. Quelle que soit la direction absolue d’un astre, nous ne voyons jamais que la projection de sa route sur

lu sphère apparente du ciel. Si, par exemple, une étoile s’éloignait de nous juste dans le rayon visuel, elle ne tracerait aucune route sur la sphère céleste, et les comparaisons annuelles de sa position n'indiqueraient aucun changement.

Chacun sait que notre Soleil, accompagné de la Terre et de tout le système planétaire, au lieu de rester en repos dans l'espace, comme on l'a cru depuis Copernic jusqu a la lin du siècle dernier, est emporté vers la constellation d Hercule. Ce mouvement qui nous déplace d’année eu année amène des changements de perspective dans la position de chaque étoile. Celles qui sont situées autour de la ligne que nous suivons et non loin du point où nous sommes actuellement, semblent reculer à mesure que nous avançons. Celles vers lesquelles notre direction nous emporte semblent s’écarter les unes des autres pour nous ouvrir un passage. Celles qui constellent les régions célestes dont nous nous éloignons semblent se resserrer derrière nous. De notre translation dans l’espace résulte que dans le déplacement observe detoutc étoile, il y a une partie qui provient de notre changement de station, de notre propre mouvement.

11 faudrait pouvoir démêler cette partie. Mais la chose est difficile (pour ne pas dire impossible actuellement), parce qu’on ignore la quantité dont le Soleil se déplace. Mais l’incvitable confusion des deux mouvements doit nous tenir eu garde contre des conclusions prématurées,

Procyon et Sirius se trouvent en arrière de notre translation. Le déplacement qu’on a constaté dans leur position uranographique se complique beaucoup par cette situation à notre opposite. Une partie de l'effet observé est évidemment due à notre propre mouvement. Proovon paraît même se diriger tout à lait vers le point du ciel d’où nous venons. La direction de Sirius est un peu plus oblique.

Par suite de ces mouvements propres, toutes les étoiles changent de place et, les constellations se disloquent !

I)e toutes les étoiles brillantes qu’ont observées les anciens, pas une n’occupe aujourd’hui la même place au firmament. Arcturus, u de Cassiopée et la 61° du Cygne se sont déplacées, depuis 20 siècles, de quantités angulairement équivalentes à 2 1/2, 5 1/2 et 6 fois le diamètre du disque de la Lune. Une autre étoile, dont leelat atteint presque l’extrême limite de la visibilité à l’œil nu, la 1858' du catalogue de Groombridge (6 — 7 e ou 7 e gr.) marche, aveceiieore plus de vitesse, droit sur l’amas d’étoiles deu e et de 6 e grandeur qui forme la Chevelure de Bérénice. Si cette étoile conserve pendant 71 siècles la vitesse et la direction actuelle de sou mouvement, elle quittera la Grande-Ourse, décrira un are égal à près de 27 fois le diamètre de la Lune, et viendra se projeter justeau milieu de l’amas si clair-semé de la Chevelure. Dans le même laps de temps, vingtétoiles se seront déplacées déplus de deux degrés. Or, comme les mouvements propres déjà connus et mesurés, varient de 0",05 à 7", 7, c’esl-à-dire dans le rapport de 1 à 154, il est

évident que les distances mutuelles des étoiles doivent s’altérer à la longue, et que la figure actuelle des constellations ne peut toujours durer.

Ayant été conduit, par mes derniers travaux sur les mouvements des étoiles doubles et sur les déplacements de toutes les étoiles dans les cieux, à construire une carte spéciale des mouvements propres, j'ai été frappé de la rapidité (relative) avec laquelle le ciel change de figure, et j’ai eu la curiosité de calculer quelle sera la forme des constellations dans un certain nombre de siècles. Les résultats que j’ai obtenus pour les deux constellations les plus connueset les plus populaires, la Grande-Ourse elOrion, regardées jusqu'à ce jour comme inaltérables, pourront sans doute intéresser nos lecteurs. Nous les exposerons prochainement avec les ligures respectives de ees transformations séculaires.

Camille Flamhaiuok.

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