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DE QUELQUES REPTILES D’AUSTRALIE

Dans le grand océan Austral est une vaste terre, qui semble la patrie des formes les plus bizarres du règne animal et du règne végétal : ce continent est l’Australie. I

Les rivages sont parsemés dans presque toute leui ! étendue, de récifs de coraux et d’une multitude de petites îles : tantôt les côtes en sont âpres et escarpées, tantôt elles sont plates, sablonneuses et souvent arides. Une région presque aussi grande que l’Europe offre nécessairement une grande variété dans le climat, depuis le climat tropical jusqu’au climat des parties chaudes de 1 Europe. Une végétation remarquable et souvent luxuriante recouvre le sol de ses formes étranges. Certaines parties sont couvertes | de taillis; en d’autres points, se voient d’impénétrables forêts, aux arbres gigantesques, presque uniquement composées d’eucaiyptus ; les rivières sont bordées de casuarinées au port élégant, au feuillage qui ressemble à de longues aiguilles ; : dans les terrains sablonneux poussent des banksiæ, | dont la fleur répand un délicieux parfum. D im- ; menses deltas sont composés de banksiæ et d’euca- 1 lyptus charriés par les cours d’eau.

Chacun de ces districts végétaux a sa faune d'oiseaux et d'insectes toute spéciale. Les forêts debank- : siæ sont fréquentées par les vrais melliphages, les eucalyptus par les psilotis et les trichoglosics. Sur ces arbres vivent les perroquets du groupe de cockatois, et surtout le grand perroquet noir ; sur les palmiers habitent de préférence les carpophages ou pigeons j frugivores, tandis que les pigeons marcheurs se tiennent dans les plaines gazonnées. La tribu des perroquets cacatuæ, dont le perroquet rose à crête, fait partie, comprend des espèces se nourrissant de bulbes d’orchidés, tandis que les triclioglosses sucent surtout le nectar qui s’écoule de la blessure des arbres à gomme et des autres plantes à Heurs odoriférantes. Avec les pigeons marcheurs, dont nous venons de parler, vivent en société des perroquets, tels que le perroquet royal et le perroquet laric, qui habitent les régions des hautes herbes.

Ce grand groupe des perroquets imprime, par l’abondance de ses types, un cachet tout spécial à la faune ornithologique de la Nouvelle-Hollande, et ne comprend pas moins de soixante-dix espèces. Ce qui caractérise encore cette faune, c’est la présence de perroquets à habitudes crépusculaires. Les grands gallinacés manquent totalement ici, et sont remplacés par des mégapodes, des talégales, des leipoa,

types spéciaux à l’Australie, et qui présentent cette particularité curieuse : que ces oiseaux n’incubent pas leurs œufs et en laissent l’éclosion au hasard. L’oiseau de satin ou Plilonorrhynchus Macleagii est spécial à la région; le plumage du mâle est pourpré, celui de la femelle, d’un beau vert olive. Signalons encore le cygne noir, le pigeon vvougawonga, l’ibis blanc, ou Tliresliiornis slrictipennis. et 1 ibis de la Nouvelle-Hollande, ou Cerontius spinicollis, au superbe plumage, dont les reflets ont une couleur métallique.

Le grand casoar donne aussi à la faune ornithologique une physionomie toute spéciale, et cet oiseau paraît représenter, eu Australie, le nandou d’Amérique et l’autruche d'Afrique. Le type casoar est, d’ailleurs, vivant en Australie, à la Nouvelle-Guinée, à Timor, comme si ces deux îles avaient, à une époque géologique, relativement récente, été reliées au grand continent austral.

L’Australie paraît être, du reste, à notre période actuelle, bien plutôt, un coin de l'ancien monde, conservé avec sa fauue et sa llore archaïque, qu’une terre de notre époque. L’on dirait que le continent australien, séparé du reste du monde depuis longtemps, a vu sa faune et sa ilorc rester les mêmes qu’au moment de la séparation, les variations ne s’étant étendues qu’à ce qu’elles peuvent être dans un type donné.

C’est ainsi que, dans les mers qui baignent ses rivages, nous trouvons, tout aussi bien à l'époque actuelle qu’à l’époque tertiaire, des coquilles trigonies qui, dans notre ancien monde, ont disparu depuis l’époque secondaire ; que la llore a, par sou aspect général , une apparence paléontologique ; que les mammifères appartiennent à un type bien inférieur, qui, chez nous, semble avoir précédé les autres, dès l’aurore des temps jurassiques; nous voulons parler du type des mammifères didclphcs ou marsupiaux. Est-il besoin de citer ces kanguroos, ces ornithorinques, ces échidnées, ces phalangers, ces thalassines, qui donnent à la faune australienne un aspect si bizarre? Est-il nécessaire aussi de rappeler l’abondance de grands squales, comme aux époques géologiques anciennes , l'existence de ce Crossorhinus burbatus et de ces Pristiophorus nudipennis et cirratus, qui semblent plutôt des types archaïques que des types de notre époque, du grand squale du Port-Jackson ( Helcrodontus Phillipï), qui, avec deux autres espèces des îles Galapagos (Ileterodontus Quoyi) et des côtes de Californie [lleterodonlus Francisci), représente, seul, de nos jours, la grande tribu des squales cestracionles, qui a régné si longtemps en maître dans les mers jurassiques ? Parlerons-nous aussi de cet étrange animal, sorte de passage entre les batraciens et les poissons, le Ceratodus des rivières du Queusland, qui semblait disparu depuis les temps si reculés pendant lesquels se déposaient, en Europe, les couches que les géologues connaissent sous le nom de trias et de bunebed.

Quoique moins archaïque que la faune ichthyologiqucetque la faune mammalogique, la fauneerpé-

lologique n’en présente pas moins des types intéressants à tous égards, et nous aurons à parler ici même de quelques-unes de ces faunes si singulières et si étranges, tels que le moloch, le traohysaure, le grarnmatopliore, le clumydosaure, tous types spéciaux à la Nouvelle-Hollande. Que l’on nous permette toutefois d’indiquer auparavant à grands traits les caractères principaux do la faune crpétologique de la région dans laquelle vivent les êtres que nous venons de nommer.

Pour ce qui est des batraciens, le docteur Albert Günlher a démontré que, par ces animaux, l'Australie avait d’intimes rapports avec l’Amérique du sud. Remarquons, en passant, que l’élude dos mammifères nous conduirait à des résultats semblables ; dans l’Amérique méridionale, en effet, et là seulement, se retrouvent des animaux du type didelphe, tout comme en Australie, fait qui, ce semble, ne peut guère s’expliquer que par une communication entre les deux continents à une époque géologique relativement assez récente.

Les reptiles proprement dits nous offrent des rapprochements semblables. Parmi les serpents, la tribu des boiens est représentée, en Australie, par le Mure lia spiluti. Les couleuvres comprennent des coronelles ( Coronella australis), des tropidonotes ( Tropidonotus picturalü) et d'autres genres encore, mais ce sont , à vrai dire, les boplocéphales et les diemeniæ qui prédominent de beaucoup, c’est-à-dire des serpents qui appartiennent au groupe des opisthoglyphes ; avec ces formes vivent des espèces venimeuses, serpents terrestres appartenant aux genres Acanthophis, Pseudechis, Tropidechis, Iloplocepltalus, et des serpents de mer ou hydrophides, tels que des Platurus, des Hydrophis et des Pelamis. Les croeodiliens sont représentés par un vrai crocodile, le Crocodilus porosus, du nord de 1 Australie, type qui est plutôt de l’ancien continent que du nouveau.

Fait inexplicable, quant à présent, parmi les reptiles de l'ordre des lacertiens, les iguaniens et les camcléoniens nous présentent des relations semblables à celles que nous venons de noter pour les crocodiles, inverses de ce que nous avons vu exister pour les batraciens. Les caméléoniens, si abondants eu Afrique, n’ont pas encore été signalés en Amérique, tandis qu’ils sont représentés par une espèce à la Nouvelle-Hollande; cette espèce est caractérisée par le prolongement du museau eu deux lames osseuses, formant une sorte de tourelle, rappelant ce qu’on observe chez certaines especes de l'Inde et de l'est de l'Afrique. Ce groupe de caméléons à nez fourchu est, jusqu’à présent, spécial aux Moluques, aux îles de la Sonde, à Bourbon, à la péninsule indienne.

Parmi les iguaniens, les uns sont acrodontes, c’està-dire que, chez eux, les dents sont implantées dans la substance même de l’os de la mâchoire, tandis que les autres sont pleurodontes, ayant, des dents appliquées sur le bord interne du sillon creusé dans la mâchoire, tout comme des pieux seraient appliqués contre i no palissade. Ce dernier groupe des pleuro-

dontes est spécial au Nouveau-Monde, et n’est représenté, eu Océanie, que par une seule espèce de la Nouvelle-Guinée, le Brachylophe à bandes ; par contre, les acrodontes, inconnus, jusqu’à présent, en Amérique, comptent plusieurs genres, en Australie, tels que le grarnmatopliore, le clamydosaure, le moloch.

Les Geckotiens sont représentés daus la même région par des genres d’aspect tout à fait étrange; tels sont les Phyllurus à la queue aplatie et dilatée en forme de large feuille et se terminant en une pointe assez longue ; tels sont encore les Adura, dont la queue est à la fois épaisse et dilatée. Cette famille des Geckotiens nous présenterait une espèce qui serait commune au nord de l’Australie et à 1 île de Bornéo. Nous aurions donc ici un fait analogue à celui que nous avons noté à propos du Casoar. Mais il faut bien se garder de rien conclure, quand on sait avec quelle facilité les Geckotiens de faible taille peuvent être facilement transportés d’une contrée à l’autre, grâce à nos relations commerciales.

La famille des Yaraniens comprend deux espèces aquatiques, le Varan bigarré et le Varan de Bell et deux espèces habitant surtout les endroits secs et sablonneux, le Varan de Gould et le Varan ponctué.

Ces considérations générales posées, que le lecteur veuille bien étudier avec nous quelques-uns des reptiles les plus curieux d’Australie ; nous parlerons du Trachysaure, du Grammatophore, du Clamydosore et du Moloch.

LE TRACHYSAURE.

l’armi les reptiles si nombreux qui forment l’ordre des Lacertiens, il en est un certain nombre que les naturalistes connaissent sous le nom de Scincoïdiens. Chez ces reptiles, la langue est lisse, plate et ne so trouve jamais enveloppée dans un fourreau; elle est Jégèrnent écliancrée en avant. Le tympan est distinct. La tète est couverte en-dessus de plaques cornées, minces et anguleuses ; les écailles du corps sont entuilées, à plusieurs pans. Les mâchoires sont courtes et la bouche ne peut s'agrandir en hauteur ni s’évaser pour laisser passer une proie volumineuse; les dents sont trop grêles et trop acérées pour que, du reste, chez les animaux dont nous parlous, ces organes aient d’autre fonction que de retenir les insectes et les petits animaux dont les Scincoïdiens font leur nourriture habituelle.

Les écailles de ces animaux étant en général liss: ■. et polies, beaucoup de ces reptiles glissent, plutôt qu’ils ne marchent, et peuvent facilement se cacher en passant par les plus petites ouvertures. Ils avancent surtout eu imprimant à leur tronc une série de sinuosités dans un plan horizontal, à la manière des serpents. La couleur est chez eux presque toujours d’un gris terreux, plus ou moins analogue à la teinte des terrains sur lesquels ils vivent. Ces animaux habitent, du reste, de préférence les endroits les plus arides et les plus chauds. L’Europe en possède toutefois sept espèces; parmi celles-ci est l’Orvet fragile,

animal bien inoffensif, confondu presque partout avec les serpents. Une de nos espèces européennes, l'Ablépliare de Kitaill.se retrouverait à la fois, d’après Dumérilet Bibron, en Hongrie, en Grèce, dans l’Asie mineure et en Australie; une autre espèce serait, d’après les mêmes auteurs, commune à l'Ile-de- France, ausudde l’Afrique et à la Nouvelle-Hollande; disons que ces faits, si curieux comme distribution géographique, ont besoin d’être confirmés à nouveau. Dans tous les cas, le type Scineoïdien n’en est pas moins particulièrement abondant en Australie et dans les îles de la Polynésie les plus voisines.

Parmi les Scincoïdiens, les uns ont les yeux à nu, tandis que chez d’autres ces organes sont à peine protégés par des rudiments de paupières; tels sont

les Opliiophthalmcs. C’est à cette division qu’appartiennent les Ilysterops et l’Ablephare cité plus haut. Chez d’autres Scincoïdiens, et ceux-ci sont les plus nombreux en genres et en espèces, les yeux sont protégés par des paupières mobiles qui se rapprochent, la supérieure en s’abaissant, l’inférieure en se relevant, de telle sorte que le globe oculaire se trouve entièrement clos; ces derniers reptiles sont connus sous le nom de Saurophthalmes. Les Cyclodes et les Trachysaures font partie de ce groupe.

Le Trachysaure rugueux, dont nous devons particulièrement nous occuper, est un animal d’aspect étrange et bizarre qui a été signalé en Australie par Gray, dans la relation du voyage du capitaine Ring à ces lointaines régions

Le Trachysaure rugueux

Ce qui frappe à première vue chez l’animal que nous étudions, c’est la brièveté de la queue et la squammation si singulière du corps. Cette queue est grosse, un peu arrondie en dessus, plate en dessous, comme, du reste, toute la partie inférieure de l’animal; la queue est arrondie, de telle sorte qu’à un examen superficiel l’extrémité antérieure du corps ressemble par sa forme à l’extrémité postérieure. La brièveté de cette partie, jointe au peu de largeur qu’elle perd en s’éloignant du tronc, fait qu’elle semble être tronquée ou plutôt d’avoir été cassée; un petit tubercule conique la termine.

Les écailles sont fort épaisses, rugueuses, comme bosselées, relevées de quelques lignes saillantes, ressemblant assez bien aux écailles qui entourent une pomme de pin. Par leur ensemble elles forment deux séries longitudinales sur le sommet du dos et des bandes obliques sur les parties latérales du corps. La

face ventrale est protégée par des lames assez minces.

Le dos s’abaisse en toit de chaque côté dans la plus grande partie de sa longueur. La tête est grosse, aplatie, en forme de triangle isocèle. Le cou, trèscourt, étranglé, est bien moins large que la tète. Les pattes sont courtes, d égalé longueur, de telle sorte que l’animal se traîne sur le sol, bien plutôt qu’il ne marche. Les doigts, fort courts, se terminent par de faibles ongles.

Une teinte jaune-brunâtre est répandue sur les parties supérieures et latérales du corps, qui offre de plus des portions jaunâtres piquetées de foncé et disposées en forme de grands chevrons. La queue présente quelques bandes plus obscures que le reste, se détachant sur un fond de couleur fauve. Le ventre est plus pâle et lavé (le jaunâtre sur un fond gris sale.

Nous ne connaissons, pour ainsi dire, rien deshatudes du Tracliysaure rugueux. L’individu fjue possède la ménagerie des reptiles du Muséum, très-doux et craintif, se tient le plus souvent immobile, presque toujours caché sous la mousse. C’est un animal lent et paresseux qui se traîne assez difficilement et qui ne se met guère en mouvement que pour aller de temps en temps se chauffer au soleil ou se mettre en quête de sa nourriture. Celle-ci est à la fois animale et végétale ; elle se compose à la ménagerie de vers à farine, de fruits succulents, raisins, poires, pommes; l'animal paraît être très-friand de fleurs

de pissenlit. Les dents sont courtes et coniques, un peu arrondies à leur extrémité ; la langue est plate, assez large, en forme de fer de lance, squanuneuse, échancrée à sa pointe.

Le dessin que nous donnons est celui du Trachysaure rugueux. M. Gray a signalé en Australie une autre espèce, très-voisine de la précédente, le Trachysaure rude (Trachysaurus asper). Chez cette espèce, les plaques temporales, au lieu d’être plates et de former une sorte de pavé, sont grandes et bosselées; l'éeaillure est plus rugueuse-, la coloration enfin est un peu différente.

Le Grammatophore barbu.

LE GIUMMATOFHORE.

La famille des Iguauiens comprend à coup sùr les êtres les plus étranges que nous trouvions parmi les reptiles; il suffira de citer les Phrynosomes, dont la physionomie est si bizarre et qui, par leur forme, ont l’apparence de certains crapauds, les Dragons, dont la peau des flancs, soutenue par les côtés de la partie moyenne du thorax, constitue une sorte de parachute susceptible de se plisser ou de se déplisser à la volonté de l’animal, pour rester étendue ou rapprochée le long du tronc, les Phrynocéphales, dont certaines espèces possèdent deux grandes membranes placées de chaque côté des joues, derrière l'angle delà bouche, membranes qui, par leur apparence, ont quel-

que ressemblance avec les oreilles de quelques chauves-souris. C’est à la même famille qu’appartiennent aussi le Clamvdosaure et l'animal si étrange connu sous le nom de Moloch.

Les mœurs et les habitudes des Iguaniens sont indiquées par leur structure. Nous trouvons ici des re,|>tiles en général très-agiles « d’abord parce que tons vivent dans des climats dont la température est constamment chaude, ensuite parce que tous ont les membres fort développés et propres à supporter le tronc. Quelques-uns, par la forme comprimée et l’excessive longueur de leur queue, peuvent habiter les savanes noyées, où cet instrument doit leur servir de rame ou d’aviron. Leurs ongles crochus leur permettent de grimper facilement et de poursuivre les po-

tits animaux qui deviennent leur nourriture la plus habituelle 1 . »

Nous avons déjà dit que l’on devait séparer les Iguaniens en Acrodontes et eu Pleurodontes. Ceuxci appartiennent exclusivement à l’Amérique, à l’exception du genre Brachylophe de la Nouvelle-Guinée ; ils habitent la partie méridionale du contiment américain, à part le Tropidolepide et le Phrynosome, qui vivent dans la partie septentrionale. D’un autre côté, l’Amérique ne nourrit aucun Acrodonle, toutes les espèces du groupe se trouvant en Asie, en Afrique, en Australie, une seule, le Stellion vulgaire, se rencontrant dans les parties méridionales et orientales de 1 Europe.

Le Grammatophore est celui de ces animaux australiens qui, par sa conformation extérieure, rappelle le plus le groupe des Iguanes ou des Iguaniens proprement dits.

Ce genre Grammatophore, spécial à la Nouvelle- Hollande, où il est représenté par onze espèces d’après le catalogue de Gray, est caractérisé par une queue longue, conique, déprimée à la racine et garnie d’écaiÜes entuilées. La langue, entièrement fongueuse, est rétrécie et peu échancrée à son extrémité. La tête est aplatie et triangulaire, les côtés du museau formant une arête anguleuse se continuant avec le sourcil. Les plaques de la tète sont petites, inégales, anguleuses et carénées ; les petites écailles qui revêtent les parties supérieures du corps sont entremêlées chez quelques espèces de squames épiueuses ou de tubercules formant des séries longitudinales sur le dos et transversales sur la queue. Parfois le cou et le tronc sont surmontés d’une petite crête dentelée. Tantôt les écailles du dos sont toutes semblables, comme dans le grammatophore de Gaimard et le grammatophore do Dccrès ; tantôt, au contraire, l’éeaillure est hétérogène ; dans ce cas, la queue peut être dépourvue d'épines (grammatophore muriqué) ou offrir des rangées d’épines placées en travers, comme chez le grammatophore barbu.

C’est cette dernière espèce que représente le dessin ci-contre, fait d’après l’individu qu’a possédé quelque temps la ménagerie du Muséum. L’espèce a reçu son nom du cette particularité que les écailles de la gorge prennent chez l’animal adulte un développement que l’on voit rarement chez les reptiles ; ces écailles s’allongent et deviennent pointues, formant de véritables piquants qui, suivant la comparaison de Duméril, ressemblent, jusqu’à un certain point, à de gros poils qui formeraient une espèce de barbe assez touffue autour du cou de l'animal. Dans d’autres espèces de la même région, et tel est le grammatophore muriqué, les écailles de la gorge ne sont pas pendantes, mais les flancs se hérissent de courtes écailles redressées et, eu plus, le dos se garnit d’une crête écailleuse qui rappelle assez bien ce que l’on voit chez les iguanes.

Le grammatophore barbu est allongé, la rjueue en-

* Erpétologie générale, t. IV, p. 57.

( trant pour un peu plus de la moitié dans la longueur | totale du corps; les formes sont assez élancées et semblent indiquer un animal agile. La tète est triangulaire; elle est garnie, en dessus, d’écailles qui, avec l'âge, deviennent fortement tuberculeuses, surtout dans la région du front et du sourcil; son bord postérieur est armé d’une rangée d’épines comprimées et triangulaires, larges à leur base ; des épines semblables, mais plus petites, garnissent la face supérieure du cou et le bord de l’oreille. Le dos ne porte pas de crête dentelée en scie, mais les régions latérales ont des écailles rhomboïdales cornées se redressant en petites épines. Les flancs sont munis d’écailles plus fortes et plus épineuses. On remarque enfin des épines à la naissance du membre postérieur. Nous avons déjà indiqué que la queue était garnie de bandes d’épines disposées en travers.

La couleur du dessus de la tête, des pieds, et de la face inférieure de la queue est, jaunâtre ; la gorge et les côtés du cou sont d’un noir profond, les flancs brunâtres ; le dos est gris-brun ; le ventre et la poitrine présentent, sur un fond d’un brun-clair, une série de grandes taches jaunâtres entourées d'un cercle brun-noirâtre. D’après MM. Duméril et Bibron « les jeunes sujets se font remarquer par une suite de taches anguleuses de couleur noire de chaque côté delà région médio-longitudinale du dos. Cette région est brune et les flancs sont plus ou moins foncés, coupés verticalement par des bandes ou des taches noires. Le dessus du corps est coloré en jaune-brun. Des bandes obliques brunes se laissent voir sur le fond : jaune de la région supérieure de la queue 1 . »

D r E. Sauvage.

— La fin prochainement. —

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