II. de La Blakcheiie
1. Fragment de ilèchc en bois de renne de la grotte de Martinel (Lot-et- Garonne). — 2. Pointe de lanee ou de harpon en bois de cerf (1/3 gr. nat.), d’après M. Troyon. — 4. llarpon en os du Dancmarck. — 5. Harpon en bois de cerf de Saint-Aubin.— 6. Hameçons droits à deux pointes en os, de Wangen.
[CHRONIQUE
L’Exposition d'horticulture. — L’exposition de printemps est toujours remarquable et brillante, car elle coïncide avec la floraison des plantes aux fleurs les plus éclatantes ou les plus délicates. Ordinairement le concours a lieu au palais de l’Industrie ou au siège de la Société, 8 !, rue de Grenelle-Saint-Germain ; pour la première fois il vient d’être tenu, du 29 mai au 6 juin, dans l’orangerie des Tuileries et sur la terrasse du bord de l’eau, où déjà a éfé organisé l’an passé, l’exposition des insectes. Les fleurs occupaient les deux premières salles de l’orangerie et une vaste tente parallèle ; entre les deux groupes étaient placés les légumes, pendant que le matériel du jardinage, était aligné sur la terrasse. Dans cette section les vitres incassables pour serres de M. de la Bastie étaient particulièrement remarquées.
Les plantes de serre sont exceptionnellement belles; nous avons été frappé par une collection de fleura coupées d'orchidées plus vaporeuses, plus aériennes que la fine ouate sur laquelle elles reposaient; la plus extraordinaire était l’angulvai semblable à un berceau de soie jaune pâle à l'intérieur duquel s’agite un jeune enfant. Cette belle collection venait du Hans ; il est regrettable que le danger des chaos du voyage et du refroidissement noclurne ait cm. pêché d’envoyer les plantes elles-mêmes, mais les orchidées sont les plus belles, les plus difficiles à cultiver elles plus chères de toutes les fleurs et mieux valait encore les couper que d’exposer les plantes aux hasards de la route. M. Savoie, dont les plantes de serre chaude ont obtenu un grand prix, avait exposé, entre autres, un médinilla aux lourdes grappes roses qui attirait tous les regards par son élégante richesse. Les bromélacées (ananas) à fleurs et feuilles d’ornement étaient aussi remarquables, ainsi que les agaves de M. Pfersdorff, dont plusieurs vont bientôt fleurir, et on sait que l’agave a la réputation de ne fleurir qu’une fois par siècle ; c’est un peu exagéré, mais néanmoins ce n’est qu’après un grand nombre d’années que les fleurs se développent brusquement une seule fois et immédiatement après la piaille meurt. Deux médailles d’or ont été données pour les plantes grasses à MM. Pfersdorff et Chatenay. Les calladiums aux feuilles plus richement diaprées que des fleurs et les gloxinias aux profondes corolles veloutées ont valu deux médailles d’or bien méritées à MM. Dieu et Yallerand.
Les palmiers de M. Chanlin et de rétablissement du llamma étaient assez vigoureusement développés pour avoir les uns et les autres mérité do pareilles récompenses. A côté de ces plantes tropicales, les rhododendrons de M. Moser, les azalées américaines de pleine terre et les rhododendrons de M. Croux, les charmantes plantes annuelles de la maison Vilmorin et les rosiers merveilleux de MM. Lévêque et Margolin père et fils luttaient, pour la variété des nuances, l’énorme grandeur des fleurs et l’élégance de leur disposition avec les plantes des îles et méritaient autant qu’elles les médailles d’or qui leur ont été décernées. — G. B.
La population de la terre en 18Î5- — La
Nature a donné (2* année, 2* semestre, page 274, 346, 410), un compte-rendu détaillé du remarquable travail de MM. Belun et Wagner sur la population de la terre. Les auteurs viennent de publier la troisième édition de leur étude statique. La population terrestre s’accroît sans cesse ; dans la première édition, parue en 1875, ils l’évaluaient à 1,377 millions ; dans la seconde, éditée en 1874,
à 1,391 millions; dans la troisième, publiée en 1875, à 1,597 millions, dont 303 millions en Europe (306 habitants par mille hectares) ; 799 millions en Asie (178 habitants au millier d’hectares) ; 206 millions en Afrique (69 habitants au millier d'hectares) ; 84 millions en Amérique (20 habitants au millier d’hectares) ; 5 millions en Océanie (5 habitants par mille hectares) ; ou, en moyenne, pour toute la terre 104 habitants pour la même superficie. Quant à l’aire des terres, elle semblerait devoir être représentée par un chiffre invariable ; mais, par l’adjonction de certaines îles désertes et de certaines eaux intérieures d’abord négligées, d’une part, de l’autre, par suite de la mensuration, de plus en plus exacte des terres, le total de la surface couverte par celles-ci est également représenté par des nombres de plus en plus forts : 135,770,000 kilomètres carrés en 1872; 134,813,100 en 1874; 134 millions 836,242 en 1875.
Grappins, sondages sous-marins. — M. Tresca, membre de l’Institut, a fait, à la Société d’encouragement au nom du Comité des arls mécaniques, un rapport sur les grappins pour opérations sous-marines de M. Toselli. Le rapporteur décrit les diverses dispositions qui ont successivement été adoptées pour ces grappins, suivant les circonstances dans lesquelles ils ont dû être employés. Le principe fondamental est que les griffes restent ouvertes pendant la descente et la mise en contact de l’appareil sur le corps à soulever et que cos griffes se referment et restent maintenues serrées, par le poids même qu’on soulève, pendant la traction de lu corde. L’auteur de cet appareil a employé successivement des courants éleclriques, une bague mobile qui maintenait les griffes du grappin, et dans les dernières applications il a disposé des charnières de manière que l’acte du retrait de la corde fit serrer les griffes et les maintint fermées pendant l’ascension. Des palettes qui sont adaptées à ces griffes les obligent à se tenir ouvertes pendant la descente et la pose du grappin au fond de la mer. Des applications de cet appareil ont été faites avec un succès complet dans le port de Marseille, pour le relèvement d’une chaloupe chargée de plomb, et au cap Couronne.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 7 juin 1875. — Présidence de M. Frkmy
Parallaxe du soleil. — En 1860, M. Liais, partant des observations fournies par l’opposition de Mars, était arrivé au nombre 8", 77. Cette valeur de la parallaxe est trop petite s’il faut en croire les observations récentes et spécialement celles auxquelles a donné lieu le dernier passage de Vénus. Néanmoins M. Liais maintient le chiffre qu’il a obtenu, et il fait observer qu’on y arrive egalement à l’aide de la mesure faite, il y a si peu de temps, par M. Cornu do la vitesse de la lumière. Si , en effet , celui-ci trouve le nombre 8", 86, c’est qu’il emploie pour la constante de l’observation le nombre de Bradley ; mais au contraire, avec la constante publiée par Otto Struve, c’est le nombre 8", 7 7 qui se déduit des résultats experimentaux de M. Cornu. Il est d’ailleurs évident qu’on n’aura une conviction complète à cet égard qu’après la comparaison raisonnée des résultats fournis par les div ers observateurs.
Latitude de Saint-Paul. — Le secrétaire perpéluel mentionne, sans en donner le résultat, un travail dans lequel M. le commandant Mouchez détermine la latitude de Saint-Paul. Le nombre obtenu intéressera vivement non-
seulement les astronomes, mais encore les navigateurs qui y trouveront un point do repère précieux.
Propriétés du sulfo-carbonate d'ammoniaque. — Dans scs études sur les agents anti-plnlloxcriques, M. Dumas a fait remarquer que tandis que le sulfo-carbonate de potasse i se conserve indéfiniment à l'état de dissolution aqueuse, le sulfo-carbonate ammoniacal, au conti aire, perd rapidement son efficacité. L'un des délégués de l’Académie, il. Romier a voulu déterminer la cause de ce phénomène et il a expliqué du même coup les insuccès éprouvés dans plusieurs circonstances récentes. 11 a reconnu, en effet, que si l’on verso la dissolution d'un sel ammoniacal dans le sulfo-carbonate do potasse, on obtient presque instantanément un trouble considérable causé par la précipitation de beaucoup de sulfure de carbone. Celui-ci résulte de deux actions successives : la première est la double décomposition qui s’établit entre le sel d’ammoniaque et le sulfo- carbonate de potasse, de façon à donner un sel correspondant de potasse et du sulfo-carbonate d’ammoniaque ; la seconde est la dissociation qui scinde celui-ci en sulfhvdrale d'ammoniaque et en sulfure de carbone. 11 en résulte au point de vue pratique que si le mélange de sulfo-carbonate de potasse et de sel ammoniacal est conservé quelque temps avant son emploi, le sulfure de carbone, se dégage et l’action toxique devient nulle ; si, au contraire, on emploie le mélange immédiatement, le sulfure de carbone libre agit sur la vigne et détermine la mort des ceps. C'est ce qu’on a eu, dans ces derniers temps, trop d’occasions de constater.
Un nouveau parasite de la vigne. — Les vignes du département du Loiret présentent cette année, d’après H. de Yibrayo, une maladie nouvelle. A peine noués, les grains se flétrissent et meurent bientôt. L’auteur du mal est un petit insecte appartenant au genre phijlocorys. 11 y a lieu d'espérer encore que la maladie est purement locale, mais il n’en est pas moins important de la signaler.
Physiologie végétale. — L’un des associés étrangers de l’Académie, M. de Candulle, arrive à cette conclusion qu’un meme végétal présente, au point de vue physiologique, des facultés différentes suivant la région qu’il habite. De façon (pie, par exemple, la même quantité de chaleur parait avoir plus d’action dans une station septentrionale que dans une station méridionale sur une plante donnée. Les expériences très-nombreuses de l’auteur ont été exécutées en janvier et février, sur des rameaux en apparence identiques, et provenant les uns de Montpellier et les autres de Genève. Les conditions de température, de lumière et d’humidité étant exactement les mêmes, les derniers se sont toujours montrés plus précoces que les autres. M. de Candolle se propose de continuer l’année prochaine ses intéressantes études.
Canal de Suez. — Ainsi qu’il l’avait annoncé, il y a déjà quelque temps, M. de Lesseps dépose sur le bureau un volume de documents relatifs au canal de Suez, et qui concernent les années 1854, 1855 et 1856. Cet ouvrage est dédié à MM. les membres de l'Académie des Sciences et, par conséquent, pour un soixantième environ à l’auteur lui-mème.
Le Daman. — Au mont Liban, dans la Syrie, et sur les montagnes rocailleuses de l’Afrique, existe un petit animal pareil au lapin, que la Bible désigne sous le nom de saphan. C’est le daman des modernes. Placé tour à tour parmi les rongeurs, les pachydermes, les carnassiers, cet animal doit occuper une place à part dans In vaste groupe des mammifères, en raison de plusieurs bizarreries anatomiques. Telle est la conclusion à laquelle une
élude approfondie a conduit M. Georges. Le résultat de ses recherches, consigné dans une thèse soutenue le 28 mai dernier devant la faculté des Sciences de Paris, est offert de la part de l’auteur il l’Académie par M. Milne-Edwards.
Météorite. — Le 12 février 1875, des météorites tombèrent près de lowa-Township dans l’Iowa-County, aux États-Unis. Le professeur llinrichs vient d’en adresser un magnifique échantillon, de près de 5 kilogrammes, au Muséum d’histoire naturelle. Il est presque entièrement recouvert de sa croûte, et ne laisse voir sa structure intérieure que grâce à quelques écorchures, qui permettent de constater que la roche appartient minéralogiquement au type le plus fréquent des météorites pierreuses.
Polarisation rotatoire magnétique. — C’est le sujet d'un mémoire lu par M. Henri Becquerel, dont la conclusion fort intéressante est que l’accroissement du pouvoir rotatoire suit l’accroissement du pouvoir réfringent.
Stanislas Mkunieh
PYROMÈTRE CALORIMÉTRIQUE
PQl’R LA DÉTERMINATION DES HAUTES TEMPÉRATURES.
Le problème de la détermination des températures supérieures à celle de l’ébullition du mercure n’a pas été résolu jusqu’ici d’une manière satisfaisante. Cependant celte détermination, même approximative, est de plus en plus nécessaire dans toutes les industries qui utilisent des températures très-élevées et qui consomment, par conséquent, beaucoup de combustible.
Plusieurs physiciens ont proposé d’appliquer la méthode dite des mélanges à la construction d’un pvromètre ; je vais décrire brièvement celui qui me semble réunir les meilleures conditions d’exactitude et de simplicité et dont l’usage me paraît le plus pratique.
L’instrument qui est un calorimètre proprement dit se compose d’un vase cylindrique C, en cuivre rouge entouré de feutre, ouvert à sa partie supérieure et renfermé dans une enveloppe de laiton E (fig. 1). Il repose sur celle-ci par l’intermédiaire d’un disque annulaire en bois d. Une épaisse couche d’air sépare le vase intérieur du cylindre de laiton E ; cette disposition a pour objet de diminuer autant que possible la perte de chaleur par rayonnement et par conductibilité.
Pour la même raison, l’orifice du vase G est fermé presque complètement par un couvercle en bois percé d’un trou o. C’est par cette ouverture que l’on introduit dans le calorimètre un poids d’eau déterminé et une masse en cuivre rouge M (fig. 2) chauffée dans l’enceinte dont on veut déterminer la température.
La masse M tombe sur un agitateur que l’on meut au moyen de la lige a, qui glisse dans le couvercle ri, et sa chaleur échauffe l’eau du calorimètre, dont la température est donnée à tout instant par un thermomètre T.
Pour faire usage de cet appareil, on commence par verser dans le calorimètre un demi-litre d’eau,
que l’on mesure à l’aide d'un vase gradué V, el l’on note, au moment de l'expérience, la température initiale t, indiquée par le thermomètre T.
On prend alors un cylindre de cuivre rouge M, qui pèse 106 grammes, on le place dans l’enceinte dont il s'agit de connaître la température, et quand le métal s'est mis en équilibre avec l'espace environnant, on le retire rapidement pour l’immerger dans l’eau du calorimètre. On agite le liquide pour que toutes les parties s'échauffent également et l’on suit le mouvement du thermomètre. Le mercure s’élève d’abord très-rapidement, puis lentement, el enfin il devient stationnaire pendant quelques instants pour redescendre ensuite. On note la température finale inaxima t' à laquelle le thermomètre est parvenu, et
l’on calcule la température T de l’enceinte au moyen de la formule suivante :
Cette expression montre que la température inconnue T s'obtiendra en multipliant par 50 la différence entre les températures finale et initiale de l’eau et en ajoutant au produit la température finale.
Je suppose qu’avant l’immersion de la masse de cuivre, l’eau est à 15" = f; qu’après l’expérience elle est parvenue à 25° — t' ; la température cherchée T sera :
On ne peut employer un cylindre en cuivre rouge pour des températures qui dépasseraient 1000° eu-
Fig. 1.
Nouveau pyromùtrc calorimétrique.
Fig» 2.
viron, parce qu’on se rapprocherait trop du point de fusion du cuivre ; mais la méthode, ainsi que l’appareil, peut encore être utilisée pour les températures plus élevées, en substituant le platine au cuivre rouge. En raison du prix élevé de ce métal et de sa faible capacité calorifique, ou réduira le poids de la masse à employer à 157 grammes, en remplaçant le coefficient 50 de la formule ci-dcssus par le nombre 1 0 J. La formule deviendra alors :
La méthode qui vient d’être exposée suppose que, à 1 instant de son immersion, la masse de cuivre ou de platine possède exactement la température qu’on veut mesurer. Pour réaliser cette condition, il est nécessaire de prendre quelques précautions, afin que la masse métallique ne perde pas de chaleur pendant la durée de son transport jusqu’au calorimètre.
À cet effet, on introduit, la masse M dans un tube de ferL (fig. 1), terminé à l’une de ses extrémités
par un manche de bois et dont l’autre orifice porte une ouverture seulement suffisante pour laisser passer la masse M. Cette ouverture est excentrée par rapport à l’axe du tube, de telle sorte que le poids introduit dans le tube n’en puisse plus sortir si l’ouverture est tournée vers le haut, tandis qu’au contraire elle lui livre passage quand elle est tournée vers le bas.
On introduit l’extrémité du tube munie du cylindre dans l’enceinte, où il reste pendant un temps suffisant pour en prendre la température. Alors on le retire rapidement, on l’apporte au-dessus de l’orifice du calorimètre, et, en tournant le tube d’une demi-révolution, on le fait tomber dans l’eau. On voit que dans le transport l’enveloppe tubulaire s’oppose au refroidissement trop rapide du cylindre C. J- Saueron.
Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
Sri — Cor U b i l. Typ. et itii£ CnÛTB