‹ La Nature 1875 S2Chapitre 16 sur 117 · DES VOLCANS DE L’ISLANDE · texte numérisé non relu

DES VOLCANS DE L’ISLANDE

Depuis quelque temps l’attention du monde savant est excitée par des éruptions volcaniques qui ont lieu en Islande, dans un district très-peu connu de l’intérieur, au nord du grand désert inaccessible et au nord -ouest du célèbre Saptkar-Jokull.

Les éruptions ont commencé à la fin de décembre 1874. Elles ont lieu, par intervalles, après un repos de 10 à 12 jours. La sixième s’est, produite au commencement d’avril. A la date des dernières nouvelles, elle s’était calmée depuis trop peu de temps pour que Ton [misse affirmer qu’il n’y aura pas une reprise.

Les cendres de la dernière éruption ont été lancées si haut que le vent les a portées jusqu’en Norvège, où elles ont couvert une immense étendue de pays, depuis la côte jusqu’aux Alpes Scandinaves. En voyant ces cendres, les savants norvégiens ont annoncé la date de l'éruption. En analysant ces poussières, ils ont reconnu une composition analogue aux routes du mont Ilécla. Tout le district islandais, au sud des montagnes en éruption, est couvert de parties moins légères qui sont retombées près du cratère et qui forment une épaisseur de six pouces.

Les fermiers de celte région ont pris la fuite avec leurs troupeaux, afin de se réfugier dans un district où ces fines déjections volcaniques ne viennent pas. Le bruit des détonations est épouvantable; il s'entend à plus de 20 milles du lieu du sinistre. Celle éruption représente en grand les phénomènes connus des geysers, car on voit sortir de terre d’étonnantes colonnes de vapeur, produites par l’ébullition de formidables quantités d’eau.

Les cratères ont été entrevus dans le lointain par des voyageurs venant de Laxardoll, ville siLuée au nord des cratères et par conséquent dans une direction favorable pour ne point être suffoqué comme le fut Pline l’ancien, dans les environs du Vésuve.

Les cratères produits par ces éruptions semblent être au nombre de trois, situés en ligne droite dans la direction du sud au nord.

Us se sont développés dans une vaste plaine qui existait à l’ouest de Rurfell.

Une grande fissure a été creusée à l’ouest des cratères et la terre s’est enfoncée sous le poids de la première lave, mais le courant, de lave semble avoir changé de direction, car la plus récente, coule dans la direction du sud-ouest et paraît partie des deux derniers cratères. Le cratère du nord est le plus grand des trois. 11 est de forme allongée; on lui donne de 5 à 600 mètres dans sa grande longueur. De ce cirque immense jaillissaient des colonnes de lave à une hauteur qu’on a évaluée à 2 ou 300 mètres.

Le liquide se divisait en tombant eu plusieurs jets qui se divisaient encore et retombaient à la surface de la terre comme des gouttes de pluie.

L’éruption n’était point accompagnée de flammes proprerncntdit.cs, mais on voyait le soir, une lueur continue comme celle qui serait produite par une énorme fournaise. Les laves ne paraissaient pas surgir constamment du même point du dernier cratère.

La température de l’hiver n’a pas été rude en Islande, c’est ce qui arrive les années de grandes éruptions, comme eu 1846, où les cendres ont couvert les îles Feroë, et en 1873, alors que les cendres

sc sont étendues sur tout le continent Européen, au moins d’après ce que l’on suppose. Quelquefois ces éruptions sont désastreuses.

De nombreux troupeaux, la principale richesse du pays, sont engloutis par les déjections volcaniques qui, différentes de celles du Vésuve, sont presque toujours pulvérulentes.

Le transport des cendres produites par ces éruptions volcaniques de l’Islande jusqu’en Norwége, est un phénomène du plus intérêt, digne de fixer l’attention des météorologistes. 11 nous prouve encore une fois que les matières ténues, les poussières minérales sont parfois charriées par les courants aériens à de grandes distances, exactement comme le limon des fleuves qui sillonnent la surface de nos continents. On sait que le sable fin des déserts de l’Afrique est souvent enlevé par les vents violents et transporté, en Sicile, dans les îles du Cap-Vert, etc., où il tombe à l'état d’une pluie de poussière. Sur certains points de la terre, il semblerait même que ces pluies de poussière, que l'on voit se renouveler fréquemment, offrent un caractère de périodicité tout particulier. Une parcelle de matière solide, à un grand état de division, arrive en effet à ne plus tomber au sein de l’atmosphère qu'avec une extrême lenteur; si une force quelconque l’a projetée dans des régions élevées, elle se trouve pour ainsi dire suspendue au milieu des Ilots mobiles de l’océan aérien.

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