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TEMPÉRATURES EXTRÊMES DU GLOBE

Un hiver dans la péninsule de Tauride passait chez les Grecs pour ce (pie les saisons pouvaient offrir de froid, et les Romains furent du même avis jusqu’à la conquête de la Gaule et de la Germanie ; les tableaux que les voyageurs, les historiens, les poêles faisaient des rigueurs d’un hiver scythe remplissaient de terreur les fils de la brillante llelladc.

Mais quand les Romains eurent étendu leur domination sur la Gaule, la Germanie, et spécialement sur les pays d'Alpes tels que la Rhétie, la è'orique, on cessa de citer les hivers de la Tauride, et déjà César et Tacite n’oublient

pas de peindre sous de sombres couleurs la froide saison des contrées habitées aujourd’hui par les Français du nord et de l’est et par les Allemands

Une connaissance exacte des extrêmes de la température était absolument impossible à cette époque ; une grande! partie du monde était inconnue, et l’on n’avait pas découvert le thermomètre, sans lequel il n’y a pas d’observations sérieuses. Aujourd’hui nous sommes bien plus avancés, sans connaître encore absolument toute la terre et la distribution des températures à sa surface...

Le maximum de froid constaté jusqu’à ce jour, l’a été le 21 janvier, dans la Sibérie orientale, à Iakoutsk. Ce jourlà, un marchand russe, Severow, auquel la science doit quatorze années d’observations météorologiques, nota une température de moins cinquante-neuf degrés cl demi.

Plus que cela, un médecin-major de l’armée russe affirmait avoir constaté, en Sibérie également, un froid de moins fiô degrés.

Dans ce pays, le mercure reste souvent gelé pendant des mois, ce qui veut dire que. le thermomètre reste constamment à moins quarante degrés ou plus : « Alors, dit Middendorf, le fameux voyageur sibérien, le mercure devenu métal, se travaille au marteau comme le plomb, le fer devient cassant, les haches se brisent comme du verre quand on veut s’en servir ; le bois refuse de se laisser couper ; il semble que le feu lui-mème gèle, car les gaz qui l’alimentent perdent de leur chaleur. »

Dans l’hiver de 1819-1820, toujours en Sibérie, ou ne pouvait sortir sans masque, sous peine de perdre le nez ou les oreilles.

Dans l’Amérique du Nord, sur le Smith-Sound, continuation septentrionale de la haie do Baffiri, l’indomptable Kane observa plusieurs fois des températures de moins 50 à moins 5fi degrés pendant le cours des deux hivernages qu’il passa dans celte affreuse contrée.

Mac Clure, le navigateur qui eut la gloire de découvrir le passage du nord-ouest, vit un jour à la baie de Mcrcv le thermomètre descendre à 54 degrés au-dessous de zéro; il constata que la température moyenne du mois de janvier 1855 fut de. moins 42 degrés.

A Fort-Reliance, l’un des comptoirs de la Compagnie de la bain d’IIudson, on a relevé une fois moins 57 degrés... On ne trouve pas de froid pareil chez nous, en Europe. Depuis l'établissement des stations météorologiques, le thermomètre de la froide Saint-Pétersbourg n’a pas encore marqué moins quarante.

Le froid le plus grand observé jusqu’à ce jour dans notre partie du monde l'a été eu Suède, à Enontékis, à 250 mètres au-dessus du niveau des mers ; c’était d'ailleurs un froid éminemment respectable: moins 48 degrés.

On n’a observé que deux fois à Vienne, en Autriche, un froid do moins 33 degrés. Pour rencontrer sous nos latitudes de l’Europe des températures aussi basses qu’à Iakoutsk et à Fort-Reliance, il faudrait s’élever à 9,000 ou à 10,000 mètres d’altitude ; mais si nous franchissons l'Atlantique, la scène change, et sur la côte des Etats-Unis, des villes situées aux latitudes de Berlin et de Vienne supportent des froids tels qu'on n’en trouve en Europe qu’à l’extrémité septentrionale du golfe de Bothnie.

Passons aux extrêmes de chaleur : nous ne les rencontrerons pas près de l’équateur, comme on pourrait le croire, mais dans le désert immense qui s’étend en arc de cercle, avec quelques interruptions, des îles du cap Vert à la Grande-Muraille de Chine.

Le nord et l’est du Sahara, le pied de l’ilimalaya, la vallée du Gange sacré, les slrppes sans fn de l’Afghanis-

tan et de la Boukharie, ce sont là les « fours » de la terre.

A Massaoua, sur la côte occidentale de la nier lionne, la moyenne du mois de juillet est de 37 degrés, le maximum observé a été de 52 degrés.

Dans l’Inde, la moyenne du mois de mai est de 37°, 6 il Selhampore (altitude 366 mitres), de 57°, 8 à Mycpurie, de 38° à Gorgaon, de 37° à Anebola et Àllahahad.

En Afrique, Gérard lîohlfs, dans son voyage de Jlourzouk à Knuka, a constaté à Schimmedrou (oasis de Kaouar) une température moyenne de 38°, 2 pour le mois de mai, et un maximum de 55 degrés : pendant vingt jours consécutifs, les maxima dépassèrent 50 degrés.

A Abou-Arich, en Arabie, on a noté 55 degrés ; à Suez, 52; à Assouan, en Egypte, 55 ; à Ghadamès, dans le Sahara, 53. Enfin, à Mourzouk, dans le Feszan, on a plusieurs lois relevé des températures de cinquante-six degrés.

Tout ceci mesuré à l’ombre, ltohlfs et d’autres voyageurs ont vu dans le Sahara des chaleurs de GO à 70 degrés au soleil; en mémo temps, le sable sur lequel ils marchaient était à 55-65 degrés.

Dans l’Afghanistan, ou retrouve des chaleurs pareilles, sinon à l’ombre, au moins en plein soleil ; elles justifient le dicton des Afghans: « Pourquoi as-tu créé l’enfer, Allah ? N'avais-tu pas déjà créé Chazna ? » On peut bien se plaindre de la sorte, quand on a 55 degrés à l’ombre, 60 à 05 au soleil.

On n’a point encore relevé de chaleurs pareilles dans l’Amérique du Nord ou dans l’Amérique du Sud. En Australie, dans les plaines basses do la rivière Macquarie, on a reconnu 55 degrés à l’ombre.

En Europe, ni l'Espagne, ni l’Italie, ni la Grèce n’ont fourni jusqu'à ce jour de chaleur supérieure à 45 degrés. Et l’on dit que l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud n’ont à leur avoir de plus grande chaleur que 42 degrés, au Texas et dans la vallée d’Upar, en Colombie (?).

Ainsi, les extrêmes observés sont séparés par 116 degrés, ou par 125-130, en adoptant comme maximum la température en plein soleil ; c’est 25 à 50 degrés de plus que l’échelle de la glace fondante à l’eau bouillante. Eh bien, l’homme aidé de la science supporte également l’excès du froid, comme celui de la chaleur. Les voyages au pôle et les explorations sahariennes nous le prouvent surabondamment. — ( Tour du Monde.)

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