‹ La Nature 1875 S2Chapitre 30 sur 117 · COLLECTION 1)0 D' F. GARR1G0G · texte numérisé non relu

COLLECTION 1)0 D' F. GARR1G0G

Jusqu’en 1860, les découvertes faites, en France, sur la question de l’homme préhistorique se bor-

naient à un certain nombre de faits assez restreints, mais dont quelques-uns, fort importants, avaient été recueillis surtout par Boucher de Perthes, Christol et Tournai, Marcel de Serres, M. Desnoyers et M. de Yibraye. M. Lartct, par sa description de la grotte d’Aurignac (llautc-Garonne), et M. A. Fontan, par son étude sur Massa t, avaient porté au problème un nouvel élément de solution. Les nombreuses explorations faites dans le Midi de la France par le docteur Garrigou (de Tarascon-sur-Ariége), ont encore donné un élan à la solution de celle importante question. Le nombre de cavernes fouillées par M. Garrigou s élève, aujourd’hui, à plus de 280. Toutes les fouilles n’ont pas cté fructueuses, mais il est résulté d’une semblable série de recherches une collection des plus instructives que nous avons voulu visiter nous-même, et dont nous donnerons une courte description.

La question dont nous allons résumer l’étude se borne à ceci : Quelles sont les faunes dont l’homme a été le contemporain à la surface du globe, surtout en Europe? Y a-t-il eu plusieurs races humaines ou une seule?

11 y a là, connue on le voit, à faire intervenir plu- ! sieurs sciences, pour donner une réponse. D’abord, la ! paléontologie proprement dite fait connaître les esj pèces animales; la géologie indique lâge relatif du terrain , dans lesquels sont enfermés les restes paléontologiques ; l’anthropologie permet d’étudier les caractères ostéologiques des débris humains retrouvés, et l’archéologie donne les moyens de comparer les débris de l’industrie contemporaine de chaque époque.

C’est en utilisant les connaissances fournies par ces quatre sciences que les résultats des fouilles, faites dans les Pyrénées, avaient permis à M. E. Lartet de faire l’homme contemporain : 1° de l’ours des cavernes ; 2° de lcléphas primigénius ; 5° du renne ; 4° de l’aurochs. — Plus tard, en 1865 *, M. Garrigou modifia cette classification et réduisit les quatre divisions de M. Lartet à deux : 1° l’àge de Tours des cavernes (l’âge de l’éléphant rentra dans celte catégorie) ; 2° l’âge durenue (l’âge de l’aurochs dut disparaître). G 'étaient là deux époques improprement appelées antédiluviennes; on aurait dii les appeler intra-gluoières. On a pu ajouter, comme douteux et antérieur à l’âge de Tours, l’àge de Téléphas antique. Les découvertes actuelles semblent confirmer cette division. De plus, le même auteur avait fait deux divisions postérieures à l’âge du renne: 1" l agc de la pierre polie (antéhistorique) ; 2 J l’âge des métaux (se rattachant aux époques historiques).

Telles sont les divisions acceptées aujourd’hui dans presque toutes les collections. Disons, en passant, que le savant directeur du Musée de Saint-Germain, M. Gabriel de Mortillet, a fondé une classification sur la forme des instruments en pierre. Il y a

1 Étude comparative des alluvions quaternaires anciennes et des cavernes à ossements, par le D’ F. Garrigou.

accord parfait entre ses divisions et celles que nous venons d'énumérer.

Nous devons ajouter, pour être complet, que le docteur Garrigou, se basant sur une étude chronologique des cassures produites par la main de l’homme sur les ossements des animaux, dont il mangeait la chair, est arrivé à cette conclusion : que i’homme avait été aussi le contemporain de la faune tertiaire en Europe. Les abbés Delaunay et Bourgeois, ainsi que M. Desnovers, sont également arrivés à la meme conclusion.

On peut donc établir comme divisions marquant les étapes de l'espèce humaine à travers les siècles et les temps les plus recules, pour le Midi de la France :

Étudions chacune de ces époques dans la collection du docteur Garrigou, qu'il a fait photographier en partie.

1° Époque tertiaire.

Epoque tertiaire . . — Faune de Sansan 1 .

Epoque quaternaire.

Age de l’ours.

Époque actuelle

Age du renne.

Age de la pierre polie.

Age des métaux.

Trois cartons renfermant une collection d'ossements cassés de main d’homme. Le poiut de départ est donné par des ossements de bœufs et de moutons, ramassés dans les champs et dans les rues des villes. Ces ossements portent l'empreinte de la scie et du couteau du bouclier, et de plus la marque des dents des chiens, qui les ont rongés, même sur le trait de scie. Il est. certain que, si, dans quelques milliers d’années, on retrouvait ces ossements dans des couches de limon, on pourrait en tirer les conclusions suivantes :

L’empreinte de la scie indique bien l’action de la main de l’homme sur ces ossements; c’est donc l’homme qui les a sciés. Mais un carnassier les ayant rongés de manière à entamer l’empreinte de la scie et du couteau, c’est après que l’homme les a coupés que le carnassier les a rongés à son tour, pour détacher quelque lambeau de chair ou quelque tendon. Donc, lorsque l’homme a entamé ces ossements avec un instrument tranchant, ces ossements étaient encore recouverts de la chair des animaux qui les ont fournis, donc l’homme a été le contemporain de ces animaux.

Or les tableaux de la collection dont nous nous occupons renferment, avec cette première série d’ossements, une série d’autres ossements, exactement dans les mêmes conditions et recueillis dans les cavernes : 1° de l'âge des métaux ; 2° de l’âge de la pierre polie ; 3° de 1 âge du renne ; 4° de l’âge de l’ours ; 5° enfin dans le gisement tertiaire (miocène) de Sansan (Gers). A mesure que l’on descend dans

1 Ainsi que le fait le D r Garrigou, avec une sage réserve, nous dirons que cette époque doit rester douteuse, jusqu'à ce qu’elle soit mieux connue.

la série des âges, les cassures sont de plus en plus frustres, mais elles sont exactement semblables et portent sur les mêmes ossements.

M. Garrigou conclut de là que l’homme a été le contemporain de la faune miocène, dans le Midi de la France.

Le jour où des instruments en pierre seront recueillis dans le gisement tertiaire de Sansan, la question sera complètement résolue par T affirmative.

2° Époque de l'ours.

Les cavernes de l'âge de l’ours fouillées et décrites par M. Garrigou sont les suivantes :

Lherm, Porthet, Rouichéta, Enchantées, Broutières, Massat-Supéricur, Mignct, Aubert, Font- Saiute, Gargas, Rébenaq, Cabrerets, Pelissié, Saint- Martin (ces trois dernières dans le Lot).

Toutes renfermaient des ossements cassés de main d’homme, des fragments de radius et des cubitus d’ours, appoiutis en forme d’énormes poignards; des cendres et des charbons accompagnaient souvent ces débris. La caverne de Bouichéta, mieux et plus profondément fouillée que les autres, a fourni des objets d’industrie fort intéressants. Nous signalerons particulièrement les suivants :

1 0 Des demi-mâchoires inférieures de grand ours, dans lesquelles la partie postérieure est enlevée soit tout d’une pièce, soit par coups multiples. Dans ces dernier cas, les coups ont été pris, par quelques observateurs, pour les empreintes des dents de chiens ou d’autres carnassiers. Certaines mâchoires, dans lesquelles le fragment manquant a été enlevé tout d'une pièce, portent une brisure qu’il est impossible de ne pas reconnaître comme produite par un coup. Cette mâchoire, ainsi préparée et munie de sa canine encore fraîche, devait être une arme terrible, et elle permettait aussi d’enlever les nerfs et les vaisseaux maxillaires inférieurs, qui pouvaient être utilisés comme liens.

De nos jours, on trouve encore, chez certains paysans, l'habitude de casser ainsi les mâchoires de porc, quand on vient de les tuer et de les préparer *.

Des objets en forme de hameçons nous ont paru fort curieux, nous avons cru devoir les représenter avec le détail de leur fabrication.

L’homme quaternaire prenait de préférence la seconde molaire inférieure de l’ours (lig. 1, n° 4), eu enlevait l’émail et la couronne, en diminuait l’épaisseur des racines (n° 3) et finissait par lui donner la forme d’un véritable hameçon (fig. 1 , à côté du n° 3).

La présence de quartzites taillés et de silex également façonnés eu forme de grattoirs et de couteau ne

1 Nous avons vu du reste dans la collection de M. Garrigou une demi-mâchoire inférieure de grand félis, dessinée dans son travail avec 11M. Rames et Filhol sur la caverne de Lherm et de Lombrives; cette mâchoire s'adapte tellement bien dans la main quand on la saisit, en mettant les dents en bas, qu’il est impossible de méconnaître dans la cassure postérieure un travail intentionnel.

LA NAT U RK.

peut laisser aucun doute sur la présence de l’homme dans la grotte de Bouichéta. Le silex n’existant pas dans le pays, c'est donc l'homme qui l’y a porté.

Parmi les quartzites taillés, l’un des plus caractéristiques que M. Garri-

ques-uns. Sa collection de la Vache, sans être l’une des plus belles cavernes, est certainement l’une des plus intéressantes.

Le travail de fabrication des aiguilles a été retrouvé tout entier, et nous le

gou ait fait connaître est celui que M. Félix Régnault, de Toulouse, a trouvé dans la grotte de Gargas, où M. Garrigou avait ouvert des fouilles très-sérieuses, en compagnie de M. de Chasteignier.

Ce quartzite, dont nous donnons le dessin (fig. 4), rappelle tout à fait le type des haches de Saint-Acheul.

Ainsi donc, les doutes que l’on pouvait avoir sur la présence de l'homme dans les cavernes des Pyrénées, à l’époque de l’ours, ont été complètement levés par cette importante série de découvertes de

Fig. 1. — 1. Poinçon en os. — 2 et 5. Quartzites taillées. — 4. Déni naturelle d’ours (2* molaire inférieure). — 5. Dents semblables taillées en hameçon (Age de l’ours)

représentons dans la figure 3, n M 1 et 2.

Les os des oiseaux , surtout, servaient à l’homme de la grotte de la Vache pour en tirer les aiguilles. Ces os sont creux, par conséquent à parois peu épaisses, mais fort résistantes. L'os était fendu en long, et l’un des côtés de la fente était régularisé avec un couteau de silex. Après cela, une rainure longitudinale élait pratiquée de manière à former avec le bord régularisé un fragment large en haut et finissant en pointe dans le bas: la rainure était creusée de plus en plus, avec un silex, de manière

silex et de quartzites taillés, gisant au milieu des ossements cassés d’ours, de grand bœuf, de grand cerf, de rhinocéros, etc.

3 1 Époque du renne.

Voici les noms des principales cavernes de l'âge du renne, fouillées avec succès par M. Garl'igou :

La Vache, Bédeilhac,

Massat-lnférieur , Lourdes, Espalungue, Saint—

Gery, Cabrercts, Bruniqucl, etc., etc. (ces dernières aux abords du plateau central).

La grotte de la Vache, Fig. 2 . — 1 . Épingle en fer. — 2 et 3 Cuillères en os. — 4. An-

daiis laquelle M. de Gar- ncau en bronze. — S. Épingle en bronze. — tî. Ornement en n » î • » brouze. — 7. Fibule en 1er. — 8. Dents de chien percées. —

l lgOU a IOUllle lUI-meme 9 Cheville en fer. — 10. Hameçon en bronze. — 11. Fibule en

pendant plus de deux bronze. (Age des métaux.) mois consécutifs , sans

à ce que, lorsque toute l'épaisseur de l’os était entamée , le fragment donnant l'aiguille brute se détachait. La forme de l'aiguille élait déliui- I ivement donnée soit avec un silex, soit par l’usure sur un grès; puis enfin, l'ouverture supérieure était faite avec un silex pointu.

Les phalanges des ruminants étaient percées à l’extrémité large sur l’une des faces, et servaient de sifflet. Celui que nous représentons (ligure 3, n° 9) rend un son excessivement aigu et pouvant , dans les montagnes, s’entendre de fort loin.

Les femmes et les hommes, peut-être éga-

quitter ses ouvriers 1 , lui a fourni une série tort intéressante d’objets, dont nous allons décrire quel-

1 Ce qui fait le prix d’une collection, c'est la certitude que les objets ont été recueillis par l’auteur même qui les décrit. Les naturalistes qui (ont fouiller les cavernes par des ouvriers, sans les surveiller eux-mêmes, peuvent être quelquefois soumis à des supercheries.

lement, portaient des amulettes fabriquées avec des os plats (fig. 3, n" 3) et des ossements ayant la forme de celui des numéros 4 et G (fig. 3).

La grotte de Massat, séparée de celle de la Vache par une distance de 20 à 25 kilomètres , a fourni des ornements semblables à ces derniers. Quelques archéologues pensent que ces derniers ossements

sont des espèces particulières de petits harpons.

I/une des pièces les plus intéressantes de la collections de la Vache est la suivante(fig. 5, n°10) : M. Garrigou pense que c’est là l’une des extrémités d’un arc, la partie sur laquelle s’attachait la corde. Celle

pièce en bois de cerf, et qui aurait sa semblable à l’autre extrémité de l'arc, s’emmanchait sans doute, sur le bois formant l’arme. Ce bois entaillé aux deux bouts en sens contraire de la pièce dessinée, s’appliquait sur la face pleine de cette pièce et y était fixée

Fig. 3. — 1. Aiguilles finies. — 2. Aiguilles ébauchées. — 3. Amulette. — A et 6. Ornement. — 5. Silex taillé». — 7. Fragment île harpon. — 8. Fragments do bois de rennes avec des signes écrits. — 9. Sifflet. — 10. Extrémité d'or". — 11. Pointe de flécha. — (Age du renne, — grottes de la Vache, de ilussat et de Lourdes.)

par un lien très-solide. Ce qui rend la supposition du docteur Garrigou fort probable, c’est que l’on voit sur colle pièce non-seulement l’empreinte do la corde tendineuse qui la liait au bois, mais encore l’empreinte de la corde qui tendait l'arc.

Les tètes de (lèche de la grotte de la Vache ressemblent à toutes celles qui sont connues. La grotte de Lourdes a fourni pour la première fois un type représenté figure 3, n° 11 , que depuis lors M. Piette a retrouvé dans la grotte de Montrcjeau.

Les nombreux dessins sur os, recueillis à la Vache, représentent des bouquetins , des poissons, des bæufs, une tète de crocodile, etc. L’un des .plus remarquables est celui du grand ours des cavernes dont quelques très-rares spécimens devaient encore exister à l’époque du Renne et que les habitants de la grotte de. Massat inférieure, avaient dessiné sur un galet quartzeux

1 Voy. la Nature, t. !•', 1873, p. 84, lia. 4.

D'après nous, la trouvaille la plus intéressante faite dans la grotte de la Vache est celle de deux fragments de bois de Renne sur lesquels sont représentés à n’en pas douter, des signes d’une écriture primitive. Ce sont là les seuls échantillons que possède encore la science, d’une indication d’écriture préhistorique. Les dessins du milieu de la figure 3 sont la représentation de ces signes (n° 8).

A 0 Âge de la pierre polie.

Les cavernes de cet âge, fouillées par M. Garrigou, sont excessivement nombreuses. Nous ne citerons que les principales :

Niaux, Allait, Sacany, Sabart, Lombrives, Eglises d’Ussat et de Rouan, Ornolac, Fonlanet, Bedeilhae, Castel Andry, Bouziés.

L’industrie et les animaux trouvés dans ces cavernes sont tout à fait différents de ce qui précède. Dans lesàges précédents tous les animaux étaient sauvages; ici ils sont domestiqués. La pierre était précédemment taillée, actuellement elle est surtout polie. Antérieurement il n’y avait pas de poteries, actuelk-

Fig. A. — Qaarlzitc taillé du type de Saint- Achcul, découvert par M. Félix ilégnault, dans la grotle de Cargos. (lté:!uit )

mont l’art du potier est devenu une véritable industrie. La manière de fabriquer des poinçons en os et des outils, a elle-même totalement changé.

Les populations antérieures n’étaient composées que de chasseurs et de pêcheurs; à l’âge de pierre polie, ce ne sont plus que des pasteurs qui peuplent le pays, et à l'industrie pastorale s’est jointe l’industrie agricole. Les meules destinées à broyer le grain abondent dans les grottes de cct âge. Nous en avons vu des centaines dans la collection de M. Garrigou.

5° Age du bronze et du fer.

Les cavernes de cet âge, moins nombreuses que les autres, ont cependant fourni à l’explorateur que nous venons de nommer une abondante récolte. Mais il a été impossible de séparer stratigraphiquement l'âge des métaux de celui de la pierre polie.

Parmi les nombreux objets de la collection, nous citerons des haches en bronze, provenant d’une grotte des environs d’ Alliât, des marteaux en fer venant de Sacauy, des cuillers en os large de ruminant, des clous et des espèces de boutons, des épingles en bronze.

Tels sont les objets formant une partie de la magnifique collection du docteur Garrigou et tous retrouvés dans les grottes de la vallée de Tarascon.

D’Arcliiae disait, il y a plus de dix ans, que la vallée de Tarascon avait fourni jusqu’alors l’ensemble le plus complet de découvertes relatives à l’antiquité de l'homme. Ce qui était vrai il y a dix ans l’est encore aujourd'hui, et M. Garrigou, tenant à marcher sur les traces de son père, le savant auteur de l'histoire du pays de Foix et des Sotiates aura rendu à la science le service de faire connaître des faits d’une grande portée dans l'histoire de l’honune préhistorique, et à sa petite vallée de Tarascon le service de lui révéler les immenses richesses archéologiques qu'elle renfermait dans son sein. D r Z....

CHRONIQUE

Le procès du photographe spirite. — Nous avons raconté précédemment * par quels procédés un photographe de Paris, faisait apparaître surun cliché, aux yeux de clients trop crédules, l'image confuse d’un spectre, qui devait représenter un parent ou un ami antérieurement frappé de mort. Ce procès curieux est rempli d’enseignement au point de vue de l’aveugle crédulité humaine. Le photographe, condamné aujourd’hui à un an de prison, a avoué ses subterfuges ; on a saisi la boîte aux spectres, c’est-à-dire la boite aux poupées, dont il prenait une image incomplète, à côté de celle de la personne qui avait posé, image qui, au moment du développement, apparaissait miraculeusement. Il s’est trouvée cependant des témoins qui, en présence de ce procès et de ces révélations, n'ont pas voulu voir la fraude, et qui semblent être encore convaincus de l'existence du surnaturel, là où il n'y a qu’une grossière duperie. On a montré à ces témoins la poupée

l Voy. Photographie spirite. — T. III, 1874, p. 94.

qui avait servi à former l’image du spectre, qui a si vivement frappé leur esprit ; malgré ces preuves manifestes, malgré l'aveu du photographe charlatan, ils ont continué à dire : « le spectre qui est apparu sous mes yeux, sur le cliché, n’est pas le résultat d’un escamotage ; j’ai reconnu mon parent; je le reconnais encore ! » Nous insistons sur ce fait vraiment singulier, de l’aveuglement de quelques imaginations, affolées par la croyance au surnaturel, il nous montre combien il faut se tenir en garde contre certains témoignages, qui, tout en s’inspirant de la bonne foi, ne rapportent que l’erreur.

Laine minérale. — L’emploi des laitiers des hautsfourneaux vient d’être l'objet d'une decouverte très-intéressante. Si on injecte un courant de vapeur dans un jet de scories fluides, on obtient des fils fins, souples, élastiques, d’une longueur assez importante, fils que l’on désigne sous le nom de laine minérale. Avec certains laitiers, ces fils sont d’un blanc brillant et semblables aux fibres du coton. Cette matière constitue un corps remarquable par sa mauvaise conductibilité de la chaleur, et ou peut l’employer avec avantage pour couverture, partout où l'on veut empêcher l’augmentation ou la déperdition de la chaleur. — ( Wochenschrift der N. 0. Geverbe-Vereines.)

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 21 juin 1875. — Présidence de M. Frémy.

M. le président ouvre la séance par une de ces allocutions chaleureuses dont il a le secret.

Il rappelle la perte récente que l'Académie a faite dans la personne de son doyen, M. Mathieu : « Chez lui, a-t-il dit, le mérite du savant était rehaussé par les qualités do l’homme de bien, et cette longue existence a été un modèle de fermeté, d’indépendance et d’honneur. » M. Fremv paye ensuite un juste tribut de reconnaissance aux courageux voyageurs qui sont allés observer, dans les localités les plus lointaines, le passage de Vénus. « Tous sans exception, ont été à la hauteur de la mission qui leur a été confiée ; ils ont montré une intelligence et une intrépidité que nous ne saurions trop admirer ; les marins sont devenus de véritables savants et les savants ont acquis les qualités du marin. Les uns sont restés pendant trois mois exposés à la neige et à la pluie dans cct ancien cratère de volcans qu’on appelle l'ile Saint-Paul ; les autres ont passé près de cent nuits dans l’ile Campbell, au pied de leur lunette, pour se trouver prêts à leur poste, au moment décisif, comme de véritables soldats de la science. »

L’allocution présidentielle se termine par une page consacrée à la catastrophe du Zénith, et à la mémoire des deux intrépides aéronautes, qui ont payé leur audace de leur vie.

« Ils sont partis, hélas ! a dit M. Frémy ; mais le voyage n’a pas été long : trois heures après le départ fatal, M. G, Ti-sandier, échappant à la mort d’une manière miraculeuse, rapportait les corps inanimés de ces deux martyrs de la science, Crocé-Spinelli et Sivel. Cette catastrophe laissera dans le monde savant l’impression la plus profonde et la plus pénible : on n’oubliera pas que c’est la science et la science seule qui a entraîné ces hommes pleins d’audace, comme c’était le patriotisme qui, au moment de nos tristes épreuves, faisait monter en ballon l’un d’eux, M. G. Tissandier ; il affrontait alors les balles ennemies, pour rassurer nos familles et leur dire que la grande ville tiendrait jusqu'à son dernier morceau de pain ; vous savez s'il disait

vrai. » Une heureuse transition l’amène à la proclamation des prix décernés, car une circonstance touchante fait que Crocé-Spinelli est précisément l’auteur d’un mémoire couronné, relatif à la question du vol des oiseaux. Enfin, reprenant une thèse qu’il aura eu l’honneur de soulever à ; differentes reprises, l’illustre président de l’Académie plaide de nouveau la cause des savants pauvres.

Il demande justice pour ceux qui, en dehors de l'ensei- ; gnement, consacrent leur vie au progrès des sciences, qui ! se ruinent quelquefois en enrichissant l’industrie de leurs brillantes découvertes et qui en mourant laissent si souvent leur famille dan3 une profonde misère.

Dans une notice sans prétention à laquelle on ne pourra reprocher que de n’avoir pas été lue d’une voix suffisamment forte, M. Joseph Bertrand expose, avec élégance et clarté, l’œuvre de son prédécesseur, Elie de Beaumont, que ce discours contribuera h populariser et à laire admirer.

Parmi les prix décernés, nous remarquons celui des sciences physiques, relatif à la fécondation dans la classe des champignons, et qui est partagé entre MM. Cornu, Roze et Sicard. — Le prix Poncelet, augmenté d'un exemplaire des œuvres du général, est accordé à M. Bresse pour son cours de Mécanique appliquée. — M. Joseph Farcot reçoit le prix Plumet pour son serro-moleur , système destiné à la navigation à vapeur, et qui permet de faire faire 5 un organe aussi lourd et aussi puissant qu’on puisse le supposer, les mêmes évolutions que celles imprimées à la main ou autrement à un simple bouton, dont le déplacement n’exigerait qu’une très-petite résistance. — Le prix d'astronomie Lalande, exceptionnellement sextuplé, est donné aux six chefs d’expéditions astronomiques, MM. Mouchez, Bouquet de la Grye, Fleuriais, André, Béraud et Tisserand. — Le prix de statistique est donné à M. de Kertangny pour son excellent travail sur la mortalité parmi les assurés de la Compagnie générale. — Le prix Jeckcr (chimie) est partagé entre MM. Beboul et G. Bouchardat. — M. de Seynes reçoit le prix Desmazières pour ses recherches sur les fistulines, cryptogames qui vivent en Europe, et qu’on a retrouvés dans la Caroline et jusque dans l’Ilimalaya. — L’ouvrage intitulé les Fourmis de la Suisse vaut à son auteur, M. Auguste Forel, le prix Thore. — Le prix Bréaut, relatif à la guérison du choléra, n’est pas plus accordé cette année que les précédentes, mais il est prélevé sur les 5,000 francs de son intérêt annuel une récompense de 3,500 francs à M. le docteur Charles Pellarin, et 1,500 francs à M. Armicux. — Le prix de médecine et de chirurgie est accordé à MM. les docteurs Dieulafoy, Malasseze cl Mchu. — MM. Arloing et Tripier reçoivent un prix de physiologie expérimentale pour leurs études des conditions de la persistance de la sensibilité dans le bout périphérique des nerfs sectionnés; et M. le docteur Sabatier reçoit une récompense pareille pour ses études sur le cœur et la circulation centrale dans la série des Vertébrés. — Enfin, l’Académie accorde le prix Trémont à M. Cazin ; le prixGeguer à M. Gaugain et le prix Laplacc à M. Badourcau, né à Paris le 18 mai 1853, sorti le premier en 1874 de l’Ecole polytechnique, et entré en qualité d’élève ingénieur à l’Ecole des mines.

Parmi les prix proposés, nous signalerons les programmes suivants : (1875) Étude de l’élasticité des corps cristallisés au double point do vue expérimental et théorique. (1876) Déduire d’une discussion nouvelle approfondie des anciennes observations d’éclipses la valeur de l’accélération séculaire apparente du moyen mouvement de la lune. — (1870). Théorie des solutions singulières des équations

aux dérivés partiels du premier ordre. — (1877). Application de la théorie des transcendantes elliptiques 5 l'ctude des courbes algébriques. — (1875) Faire connaître les changements qui s’opèrent dans les organes intérieurs des insectes pendant la métamorphose complète. — (1870) Etude du mode de distribution des animaux marins du littoral de France. — (1877) Étude comparative de l’organisation intérieure des divers crustacés édriophthalmcs qui hahitent les mers d’Europe. — (1876) Température de la surface du soleil. — (1876) Étude du mode de nutrition des champignons. — (1875) Étudier comparativement la structure des téguments de la graine dans les végétaux angiospermes et gymnospermes. — (1877) Étudier comparativement la structure et le développement des organes de la végétation dans les lycopodiacées.

Stanislas Meunier.

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