‹ La Nature 1875 S2Chapitre 31 sur 117 · DES DIFFÉRENTES FAMILLES DE COLÉOPTÈRES · texte numérisé non relu

DES DIFFÉRENTES FAMILLES DE COLÉOPTÈRES

Sachant combien il est difficile au débutant en entomologie de trouver l’habitat des êtres dont il aborde l'étude, j’ai cru utile de donner en peu de mots quelques détails, sur les habitudes des familles les plus saillantes des coléoptères. Prestes et agiles, tantôt volant, tantôt courant, les Cicindèles, par les beaux jours d’été tout ensoleilles, ont l’habitude de chercher leur proie. On les voit sur le sol sablonneux des rivières et des mers, ou sur les haies et dans les sillons des chemins arides, happer d’autres insectes. La manière la plus commode de les prendre est le fauchoir, qu’on jette dessus et qui sert à les prendre au vol.

L’habitat des Carabiques est plus varié : la plus grande partie d'entre eux se trouvent sous les pierres, tantôt sous les rives des fleuves et des sources, tantôt sous les rochers au bord des torrents. La meilleure heure pour les capturer est le matin ; car le soleil vient-il à échauffer les pierres qui les abritent, ils se retirent plus avant dans la terre, et le soir dès le crépuscule, pour chercher leur proie : larves d'insectes et insectes parfaits, tout, leur est bon ; car, comme les cicindèles, ils sont carnassiers. D’autres carabiques se trouvent sur les buissons et les plantes en fleurs ( Lebia ), d’autres sous les écorces des arbres ( Dromius ), sous les feuilles tombées et dans 1e terreau des souches (Carabus), ou dans les tiges de roseaux ( Odacantha ) ; un petit nombre qui craint la lumière, se plaît dans l’obscurité des caves (Sphodrus, Pristonyclius).

Carnassiers à l’égal des Carabiques, les Dyliscides se trouvent dans l’eau, leur élément favori; trouvez un endroit bien garni de plantes aquatiques, où le courant soit nul ou peu rapide, voilà le lieu de prédilection des Hydrocanthares. La plupart vivent dans les étangs; un très-petit nombre dans l’eau limpide, dans les torrents descendant des montagnes, entre les pierres. Voulez-vous prendre les coléoptères aquatiques en nombre? attirez avec une

canne un paquet de conferves qui couvrent partout les eaux tranquilles, vous verrez bientôt sortir llydrophilidcs, Parnides, Elmides, en quantité prodigieuse. Les Gyrinides, qui tracent l’été, au soleil, leurs cercles capricieux à la surface de l’eau se prennent plus difficilement au filet : car, si on les approche, la bande entière plonge, au grand désespoir du pêcheur qui ramène le filet vide. Pour les Elmides, il est bon de remarquer qu’ils se plaisent surtout dans les eaux très-limpides ; ils s’y trouvent accrochés, l'insecte et la larve, dans les anfractuosités des pierres moussues, à l’aide des crochets terminaux des pattes qui sont fort contractiles. L'Oreclilûcheilus a les mêmes mœurs que les Gyrinus; mais il est plutôt nocturne.

Dans la vase des marais, nous trouvons le genre Ilelerocerus.

Les Silphales se nourrissent de matières animales en décomposition ou desséchées, de détritus végétaux; les Scaphidiens, de champignons, et parmi ces derniers le genre lilliputien des Trichopteryv se plaît surtout dans les jardins potagers à l’approche des tas de fumiers. Pour obtenir que leurs ailes qui sout si remarquables s’étalent bien, on les emprisonne dans un tube de verre et on les approche d’une lampe ; l’insecte, cherchant, à fuir, étend les ailes mais la mort instantanée qui le frappe l’empêche de remettre ses ailes au repos.

L’habitat des Nitidulides et des Engis est fort dilférent; les uns vivent sur les arbres en fleurs et les ombellifères, les autres de la sève qui découle des arbres, des champignons, sous la mousse, entre les pierres dans les terrains sablonneux, enfin dans les lieux humides sous les pierres et les débris végétaux.

Les Dermestes se nourrissent des matières animales , séchées ou en décomposition , dans les peaux encore lraîches, dans les fourrures et. enfin dans les collections d’histoire naturelle. Aux endroits sablonneux mais humides, nous trouvons le Georyssus. Paresseux et. nonchalants, rentrant pattes et antennes à la moindre approche du danger, les Dyrrhides se plaisent dans les endroits calcaires ou arides. Cependant les Tkroscides vivent sur les plantes et surtout les orties. Les Hislérides vivent en grande partie dans des cadavres en décomposition, dans les fumiers, les champignons gâtés ; d’autres vivent sous l’écorce des arbres ou à leur pied ou exclusivement sur les cadavres des gros animaux (Ilololepta) ; quelques-uns font société avec les fourmis, surtout la f ormica rufa (Hœterius, Dendrophilus) .

Dans les forêts de chênes et de hêtres, par les belles soirées de juillet, on voit voltiger les Lucanides, dont le genre Dorcus est commun sur les osiers

et les peupliers aux endroits d'où s'écoule la sève, le genre Asalus sur les chênes abattus et secs, le genre Sinodendron sur les troncs de hêtres en décomposition.

La grande majorité des Geolrupesvil dans les matières excrémentielles et les champignons décomposés; d’antres, en été, au crépuscule, bourdonnent à la surface des champs de trèfle ; mais le genre Letlirus vit dans les vignobles, où il commet de grands dégâts en creusant de nombreuses galeries et en coupant de jeunes pousses qui se trouvent sur son passage.

Les Copris , les Aphodies, les Trngùles vivent en société dans les fumiers, plus rarement dans les corps en décomposition ou les détritus végétaux. Dans le tan des vieilles couches, nous rencontrons YOrycles. Sur les prairies, les plantes en fleurs, dorment Melolonlhes et Celonides; sur les bois fraîchement coupés, voltigent Elatérides et Duprestides ; également floricolcs, les Malachiens, les Téléphoriens, les Tillides, viennent chercher sur les fleurs les petits insectes dont ils forment leur nourriture ; tandis que d’autres, sans attendre que l'arbre soit abattu, y forment à l’état de larves de nombreuses galeries, où l’insecte arrive à l’état parfait et pond ses œufs; tels sont les Anobies, les Plinides, les Dostriches, les Hylésines. Parmi les Ptinides, les genres Ptinus et Gibbiitm vivent de matières animales sèches, et les genres Gis et. Dorcaloma se nourrissent de champignons.

Les deux grandes familles des Curculionides et des Cerambtjcides vivent seuls sur les végétaux : les uns sur les fleurs et dans les bosquets, les autres sur les bois secs ou nouvellement coupés, et si l’on en trouve quelques espèces par terre : Clconus, Trachyplœus, Dorcadion, elles paraissent avoir une nourriture végétale. Le même cas se présente chez les Galéniques et les Chrysomélines ; les Coccinelliens se nourrissent de végétaux, mais quelques espèces font la chasse aux pucerons et se nourrissent de femelles de Coccus.

Enfin les Staphylins se rencontrent partout et ont un habitat fort divisé.

Ils se nourrissent de matières animales et se trouvent sur les écorces, dans les fumiers ; quelques-uns dans les nids de fourmis ; enfin un genre, Vclleius, dans le nid de la Vespa Crabro'.

1 Traduit librement de l'allemand par Michel Dubois. [Fauna austriaca de L. Rcdten bâcher, Die Kœ/ër.)

Le Propriclaire-Gcrant : G. Tissandier.

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