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II. — i/ailurope noir et blanc

( Ailuropus melanoleucus , A. David.)

A côté de ces singes à longue fourrure, de ces Rhinopithèques dont nous avons parlé dans un article précédent, vivent des mammifères d’assez grande taille, aux formes massives, au pelage varié de noir et de blanc, qui par l’aspect extérieur ressemblent complètement à des ours, mais qui par leur denti-

tion se rangent dans un groupe différent. Aussi, M. Milne-Edwards a-t-il proposé de créer pour ces animaux, que M. l’abbé David avait appelés primitivement Ursus melanoleucus, un genre nouveau, le genre Ailuropus, dont le nom indique les affinités de ces carnassiers avec les Pandas ou Ailurus.

Les Pandas, dont on ne connaît qu’une seule espèce, de la taille de notre chat domestique, habitent les montagnes du Tliibet et du Népaul; ils se trouvent à une assez grande altitude, dans le voisinage des torrents ; ils font la chasse aux petits mammifères et aux insectes, et se nourrissent aussi de fruits et d’œufs d’oiseaux qu'ils vont chercher sur les arbres. Leur fourrure est épaisse et douce au toucher ; les

L'Ailuropc ( Ailuropus melanuleucit » j *.

poils des parties supérieures sont très-longs, d’un roux vif et luisant, à reflets dorés ; le dessous des pattes est d'un noir brillant et leurs parties antérieure et externe marquées de bandes brunes très-foncées ; les joues sont garnies de longs poils blancs, mais traversées par une bande rousse assez étroite qui va de l’œil au coin de la bouche; la queue est allongée, touffue, de même couleur que le dos, et cerclée d’anneaux brunâtres peu distincts. Les premiers spécimens de cette espèce furent donnés au Muséum d’histoire naturelle par le voyageur Duvaucel, et décrits par Fr. Cuvier sous le nonj d' Ailurus fulgens ; depuis lors d’autres exemplaires furent rapportés en Europe et vinrent enrichir les musées de France et d'Angleterre, et en 1809 un superbe Panda, pris dans le Darjeeling, arriva vivant à la Société zoologique de Londres ; enfin, l’année dernière M. l’abbé David a

( 1 D'après les recherches pour servir à l'histoire des mam-

mifères de M. Ils et A. Milne-Edwards,

3" aaaée. — î' semestre.

fait don, à notre grand établissement national, de plusieurs peaux à' Ailurus, tués dans la province de Moupin. Ces spécimens ayant été montés et placés tout à côté des Ailuropus, il est facile de se rendre compte des affinités que ces animaux présentent les uns avec les autres dans la conformation des pattes, tout en différant considérablement par la forme du corps, par la couleur du pelage et par la taille.

En eiïet, tandis que Y Ailurus rappelle, par le développement de ses oreilles, la longueur de sa queue et la teinte brûlée de son poil, les renards et plutôt encore les Ratons, Y Ailuropus ressemble tout à fait, comme nous l’avons dit, à un ours de petite taille ; c’est un animal aux formes lourdes et massives, ayant la tète courte, légèrement effilée eu avant et fortement élargie en arrière, le nez dénudé complètement à l’extrémité, le front large et bombé, les yeux trèspetits, les oreilles courtes, écartées l'une de l’autre et arrondies au bout, le cou remarquablement gros*

le corps trapu, la queue à peine distincte, les pattes courtes et fortes, les pieds terminés par cinq doigts conformés comme ceux des ours ; mais la face plantaire des pieds n’est pas dégarnie comme chez ces derniers, où pendant la marche elle appuie entièrement sur la surface du sol ; elle est au contraire garnie de poils sur la plus grande partie de son étendue, comme chez les Pandas, ce qui nous annonce immédiatement que les animaux ne sont point plan- 1 tigradesàla manière des ours.

Le pelage de l’Ailurope offre des couleurs trèstranchées ; le fond est d’un blanc jaunâtre, mais le tour des yeux, les oreilles, la région scapulaire, la | partie inférieure du cou et les quatre pattes sont l d’un noir profond. Cette coloration ne semble point se modifier avec l’âge et les jeunes présentent exactement les mêmes teintes que les adultes.

Le crâne de YAiluropus ressemble à celui des hyènes, plutôt qu'à celui des ours ; la mâchoire supérieure porte quatre incisives dirigées obliquement et pourvues d’une large surface préheusihle, deux fortes canines implantées verticalement, et six molaires de chaque côté. La première de ces dents mâchelières est très-petite, la seconde an contraire est forte et franchement carnassière ; elle est implantée dans la mâchoire par deux racines, et sa couronne est partagée en trois lobes dont les deux derniers sont comprimés ; la dent suivante, plus volumineuse encore, offre cinq lobes tranchants, mais de hauteur inégale, enfin la dernière prémolaire est découpée supérieurement en six lobes dont la disposition est toute particulière et diffère môme de ce que l’on observe chez les Pandas. Quant aux vraies molaires, elles sont énormément développées ; la première, de forme quadrilatère, est pourvue de quatre racines, et réunit pour ainsi dire à sa surface les caractères d’une dent d’herbivore et d'une dent de carnivore, tandis que la seconde, beaucoup plus allongée, d’avant en arrière, possède des lobules plus nombreux encore que ceux de la molaire correspondante de Y Ailurus, où la couronne a pourtant un relief trèscompliqué.

A la mâchoire inférieure, les canines sont trèsrapprochées et forcent les incisives à chevaucher légèrement l’une sur l’autre; les molaires sont eu même nombre qu’à la mâchoire supérieure, mais la première avant-molaire est beaucoup plus développée que son antagoniste de la mâchoire supérieure ; et a tout à fait l’aspect d'une dent carnassière, de môme que les deux suivantes ; enfin les vraies molaires offrent les unes cinq, les autres sept tubercules ou même davantage, et la dernière ressemble beaucoup plus à la dent tuberculeuse des ours qu’à la dernière molaire des Pandas.

La boite crânienne est allongée d'avant en arrière, le museau est raccourci et les arcades zygomatiques, ainsi que les fosses temporales, présentent un développement exceptionnel, en rapport avec la puissance des muscles destinés à mettre en mouvement la mâchoire inférieure. Le front est beaucoup plus étroit

que chez les ours; le nez est court, comme chez les Pandas, et relevé vers le bout ; la cavité destinée à loger l’oeil est très-petite, évasée en dehors, et. les canaux osseux qui en parlent pour se rendre dans les fosses nasales ne sont pas disposés de la même manière que dans le genre Ursus; en outre, on ne remarque pas, à la partie supérieure de l’orbite, cette crête qui est si prononcée dans les ours, les ratons, les blaireaux et les Pandas. En revanche, la crête sagittable ou crête longitudinale supérieure du crâne atteint une hauteur remarquable et est creusée d’un sillon linéaire, mais très-profond ; deux autres crêtes, l'une verticale, l’autre horizontale, hérissent la région postérieure, et la dernière se continue avec le bord externe des apophyses mastoïdes. Les arrièrenarines sont divisées par une forte cloison lamclleuse qui n'existe chez les ours ni chez les Pandas, mais le palais est creusé, comme chez ceux-ci, de deux gouttières qui se prolongent des trous palatins jusque dans le voisinage des trous incisifs. La mâchoire inférieure, comme on pouvait s’y attendre, d'après le développement des arcades zygomatiques, est plus puissante relativement que chez les hyènes et chez les chats, et les apophyses coronoïdes, s’élevant à angle droit, des branches du maxillaire, ont des dimensions considérables et se recourbent en arrière, en forme de faux ; leurs deux races offrent des rugosités nombreuses pour l’insertion du muscle temporal et du masseler. Quant aux branches horizontales, elles se font, remarquer par leur grande épaisseur, cl elles viennent se réunir en avant sous un angle trèsaigu.

Le cerveau de cet animal, que M. le professeur Gervaisa pu étudier sur un moulage, se distingue également du cerveau des ours et des Pandas ; par conséquent il convient, comme l’a fait M. A . Milne-Kdwards, d'assigner à YAiluropus une place à part, tout en le rangeant dans la famille des carnassiers ursiformes, et en lui reconnaissant des affinités incontestables avec les Pandas, dont il a le régime, puisqu’il se nourrit également de racines, de feuilles et de jeunes branches.

Nous avons tout à l’heure fait allusion aux blaireaux. Ce groupe de carnassiers est représenté dans la province de Moupin par une espèce ressemblant par sa forme et sa coloration générale au Meles leucolaemus des environs de Pékin, mais ayaul le nez plus allongé, la fête plus grande relativement au corps et la queue plus courte. M. Alphonse Milnc- Edwards l’a nommé Arlonyx obscurus et l’a rapproché de YArctonyx collaris, ou Balisaur, ou Blaireau-cochon, ou Ours des sables), qui a été décrit, à la fin du siècle dernier, par Bewick, dans la Ménagerie de la lourde Londres ; c'est un animal d'un ton noirâtre, avec l’extrémité des poils argentés, ayant les pattes plus foncées que le corps, la gorge blanche, une petite tache blanche sous les yeux, et une bande de même couleur partant du nez et remontant vers le front ; c'est-à-dire, somme toute, à peu près la même livrée que notre blaireau d’Eu-

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