LE MOLOCH
Depuis l’époque à laquelle George Grev fit son
voyage dans le nordest et dans l’ouest de l’Australie, les naturalistes connaissent sous le nom de moloch hérissé, Moloch horrùlus , un être étrange, dont l’aspect est réellement, fantastique. D’après Mgr Budescudo Salvado, qui fut évêque de Victoria, les indigènes le désignent sous le nom de mincin ; les colons le nomment diable épineux , « S pin y
ilevil. »
Que l’on se figme un animal long d’environ vingt-cinq centimètres, et dont tout le corps est hérissé de fortes épines pointues. L’aspect de cet animal est féroce et redoutable, encore qu’il soit de mœurs pacifiques et absolument inoffensif.
Sa nourriture se compose d’insectes et surtout de fourmis, qu’il peut facilement attraper, i.c ciamyjosauro. grâce à la rapidité
de sa course. On le rencontre surtout dans le voisinage de Port-Augusta, dans des trous creusés dans le sable, dont il ne sort guère que la nuit. Les moloehs se tiennent lréquemment deux ou trois ensemble. La femelle pond de douze à quatorze œufs, de la grosseur de ceux du passereau, suivant Mgr Budeseudo.
Le corps est bigarré de couleurs variées et symétriquement placées, lesquelles sont assez vives, tant que l’animal jouit de toute sa force vitale, mais qui pâlissent rapidement en captivité. M. Wilson a observé que le moloch pouvait changer subitement de couleur, comme le caméléon, depuis la couleur primitive brillante jusqu’à une teinte foncée.
De chaque côté de la corne frontale, dont nous parlerons plus bas, commence une teinte noirâtre, qui, se réunissant à une bande du côté opposé, forme une ligne médiane, qui couvre la protubérance et la partie antérieure du dos; celte tache est traversée, dans son milieu, par une mince ligne jaunâtre. Le dos est orné de deux autres taches de même couleur que la tache delà partie antérieure du corps, séparées l’une de l'autre par un faible espace de couleur claire. La queue porte quatre taches semblables; son extrémité est noirâtre. L’espace compris entre ces deux taches noires est d’un jaune vif.
Sur les pattes, se voient de larges bandes obliques. La partie inférieure du corps est de couleur plus claire. Sur la poitrine est une tache d’un ton rou-
geâtre, entourée d’une ligne sombre; d’autres lache3 de couleur semblable et bordées de même, mais d'une forme différente et irrégulières, ornent le reste du corps; une bande transversale, cerclée de brun, se voit sous la gorge.
La tète du moloch, nettemeut distincte du tronc, est fort petite. L’on remarque, eu arrière et au-dessus de l’œil, une protubérance presque sphérique, couverte d’épines, dont deux l’emportent de beaucoup en force et en longueur sur les autres. Une longue corne, garnie, à la base, d’une rangée de petites épines, se voit de chaque côté delà tête et ne contribue pas peu à donner au moloch un aspect étrange. Le dos est entouré, en dessus et sur les côtés, d'un collier épineux. La queue, le tronc et les membres,
Le Moloch.
portent des écailles granuleuses, entremêlées de longues épines, disposées en séries longitudinales régulières.
Les écailles des régions supérieures présentent un aspect un peu semblable à celui d’une mûre dont la partie la plus saillante serait surmontée d’une pointe aiguë.
Le moloch se place dans la famille des agamidœ, non loin du grammatophore et du clamydosaure, dont nous avons parlé plus haut. D r E. Sauvage.
CHRONIQUE
Développement de la pèche en France pendant le dernier dcml-siécle. — La pèche occupe maintenant plus de 100,000 marins. Dans ce nombre, la pcche côtière entre pour un chiffre qui dépasse 70,000 hommes. En 1820, ce genre de pèche n’occupait que
55,000 hommes environ; en 1830, il y avait 00,000 pêcheurs, et à peu près 00,000 dix ans plus tard. Le nombre des bateaux suivait la même progression. Les pêches maritimes donnent aujourd’hui à la France un produit de 08 millions de francs environ par an. Si l’on déduit do cette somme la valeur des espèces de poissons voyageurs, tels que morues, harengs, maquereaux, sardines et anchois, qui donnent lieu à des pêches spéciales lors de leur passage, enfin celle des coquillages, huîtres, moules et crustacés, on obtient un chiftre de 24 à 25 millions pour la pêche côtière. Dans ce chiffre, le premier arrondissement maritime entre pour les deux cinquièmes environne second pour un douzième seulement, le troisième et le quatrième pour un huitième chacun, et le dernier pour un cinquième. En 1820, le chiffre total des produits de la mer était de 11,400,000 francs; en 1830, ce chiffre était de 17 millions; en 1850, de 22 millions et demi, et en 1800 de 35 millions. Ces expressions numériques montrent que la progression, qui a été constamment croissante depuis 1820 jusqu’à 1800, a pris, à partir de celte époque, un développement de beaucoup plus rapide De
môme, l’expédition du poisson frais à Paris, qui était excessivement minime, pour ne pas dire complètement nulle, il y a à peine cinquante ans, prend tout à coup un énorme accroissement. Les statistiques officielles donnent, pour l'année 1861, le chiffre de 10,270,000 kilogrammes.
Ces divers résultats sont dus en grande partie aux facilités de communication et à la rapidité des transports, amenées par la grande extension que les chemins de fer ont prise depuis ces dernières années. L’établissement de viviers sur tout le littoral donnerait une nouvelle et considérable impulsion à la pêche et à la vente du poisson frais.
Itlort d'nn chimiste Arabe. — Le 11 mai dernier est mort à Alger, à l’âge de trente-deux ans, un chimiste musulman très-distingué, Si Abdallah ben Mohammed, devenu successivement membre de la commission des logements insalubres (1871) et assesseur au conseil général (1872). 11 s’était proposé pour mission d’initier aux sciences physiques, et particulièrement à la chimie, les indigènes algériens ; pour cela, il avait dû inventer une série de termes arabes.
Profondément attaché à la France, il était le premier à reconnaître la supériorité scientifique des chrétiens et s’estimait heureux d’enseigner à ses congénères les connaissances précieuses que lui avaient inculquées des professeurs français, et qu’il avait développées lui-même par un travail opiniâtre. Le Mobacher, qui nous fournit ces détails, termine ainsi la petite notice biographique qu’il consacre à Si Abdallah : « La France a perdu en lui un de ses plus patriotiques enfants d’adoption, un des meilleurs fruits de sa propagande civilisatrice chez les indigènes île, l’Algérie. »
Un bateau A vapeur minuscule. — Un bateau à vapeur à hélice miniature, long de 14 pieds seulement et large de 9 pieds 3 pouces, construit par MM. Edwards et Svrnes de Cubitt Town, a été lancé dernièrement et envoyé ces jours derniers à Greenwich. La principale nouveauté de ce navire réside dans ses petites dimensions, il a etc construit aussi légèrement que possible et tout en acajou. La petite chaudière verticale et la machine à hélice qui lui donnent l’impulsion sont disposées de telle manière, qu’elles peuvent être, enlevées en un instant. Aux essais, une vitesse de 6 milles 1/2 par heure a été atteinte avec quatre personnes à bord et un approvisionnement de charbon. Une fois la machine enlevée, on peut se servir du bateau comme d'une embarcation ordinaire et aller à l’aviron. Ce petit vapeur est destiné à servir de chaloupe 11 un yacht à voiles qui doit naviguer dans les Fiords de la Norvège. (The Navy)
Invasion des sauterelles A Vérone. — Une armée de sauterelles a envahi une grande étendue des campagnes véronaises, et spécialement les prairies artificielles de Villafranca. La zone actuellement dévastée se trouve entre Pozzomoretto, Capello, Ganfardini, Caluri, Alpo et Azzano. En cinq jours, les paysans de la commune de Villafranca ont ramassé 4,780 kilogrammes de sauterelles.
Les sauterelles de Villafranca ont rencontré un ennemi terrible . Il s’agit d’immenses troupes d’oiseaux qui, paraît-il, ont été créées exprès pour la destruction de ces insectes. On a vu ces oiseaux s’abattre sur les prairies artificielles infestées par les sauterelles, et ils sont venus sur le château en si grande quantité que les j murs paraissaient noirs. Deux de ces oiseaux ont été pris | et portés à M. le professeur Pellcgrini, qui les a examinés, i Il a constaté qu'iis appartiennent à l’espèce appelée pastor
roseus. Cet oiseau habile les pays chauds et spécialement ceux où abondent les sauterelles et autres insectes, c'est-àdire P Asie et l’Afrique. 11 voyage par bandes nombreuses comme les étourneaux. (Arenade Vérone).
■Exploration dn Inc Lyre ( Soulll Australia). — L'expédition envoyée par le gouvernement anglais pour l’exploration du lac Evre et des contrées voisines semble avoir pleinement réussi. Nous apprenons que M. Levis, chef de l’expédition, et ses compagnons, sont arrivés sans encombre à Kopperamana, station de la mission luthérienne dans le district du lac Hope. L’explorateur a été assez heureux pour examiner l’immense territoire presque inconnu, compris entre 25°, 35' et 28% 3b' de latitude et 135%50'et 139°, 30' de longitude et pour en lever la carte. Cet espace comprend un terriloire d’environ 200 milles dans un sens, s’étendant du lac Uope à livre Creck, dans le Queensland, cl dans l’autre de la ligne du télégraphe intérieur au désert de Sturl Stony. M. Lewis a donc pu, par conséquent, explorer toute la portion inconnue du lac Evre et en reconnaître la limite la plus septentrionale. 11 annonce qu’au moment de sa visite, le lac élail complètement à sec ; mais cette assertion so rapporte-l-elle à Détendue entière du lac ou seulement à sa moitié septentrionale, c’est eo qui n’est pas complètement clair. D’un point situé au nord-ouest du lac, M. Lewis a, semhle-t-il, suivi le Darcoo ou Coopers Creck, dans sa partie la plus orientale, et avoir ainsi trouvé la relation qui existe entre ce cours d’eau et le lac Eyre. A\ant de compléter son œuvre, M. Lewis s’efforcera de découvrir, s'il est possible, une route praticable entre la portion sud-ouest de Queensland et le nord-ouest de la Nouvelle-Galles du sud, dans l’intention d’établir une communication directe par terre, entre la première de ces colonies et la South Australia.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 28 juin 1875. — Présidence de M. Fhkmy.
M. Janscn, de retour de sa double expédition scientifique est accueilli en termes chaleureux par M. le président, L’intrépide astronome, rentré seulement depuis 24 heures dans Paris, n’a pas eu, comme on le conçoit, le temps de rédiger la relation de sou voyage ; mais il promet d’exposer dans les prochaines séances les principaux résultats qu’il a obtenus.
Les nouveaux travaux de l'Observatoire. — Nos lecteurs n’ont pas oublié la manière dont M. Leverrier répondait, dans la séance du 7 juin, à M. d’Abbadie demandant que les membres du Congrès géographique fussent admis à visiter l’Observatoire. La réflexion a conduit M. Leverrier à des sentiments plus cordiaux que ceux qu’il exprimait d’abord, car il revient sur la question et remplace sa première réponse par cetle assurance que les géographes seront accueillis avec le plus vif empressement. Les travaux, dont l’autre jour on ne pouvait prévoir l’issue, vont être terminés comme par enchantement dans les déluis utiles : la grande lunette de 14 pouces avec sa coupole, le 10 juillet, et le grand télescope de 1™,20 au commencement du mois d’août. M. d’Abbadie ne demandait que cela, et il est satisfait ; mais M. Leverrier va plus loin, il so hâte de terminer l’installation du système d’observations magnétiques auquel sont consacrés les leirains Arago récemment concédés à l’Observatoire par la ville de Paris. C’est avec une sorte d’effusion que SI. d’Abbadie essaye de répondre à cette avalanche de bons procédés. Il reconnaît,
dit-il, qu’une pareille visite est bien gênante pour l’établissement qui la reçoit; mais le directeur de l'Observatoire s’empresse de le rassurer en disant que « ça ne le gênera pas du tout. »
Les trombes, M. Fayeet les cyclones. — Sur le point de quitter Paris pour quelque temps, M. Fave croit devoir résumer une fois de plus sa théorie des mouvements tournants de l’atmosphère, et en passant il raconte, d’après l’ingénieur en chef du département, l’histoire d’une trombe observée en septembre dernier dans la Marne, l.c météore né sur la rive gauche de la rivière se propagea du sud-ouest vers le nord-est abattant plus de deux mille arbres, délruisant les maisons sur son passage et tuant beaucoup de bétail. Une femme même fut écrasée. Des différentes circonstances du phénomène, M. Faye conclut conformément à ce qu’il a déjà exposé qu'il tirait son origine des hautes régions de l’atmosphère. Il regarde les tomados des Etats- Unis comme ne différant absolument des trombes que par la plus grande valeur de leurs dimensions et de leur vitesse. Les ouragans nu cyclones enfin seraient simplement. des phénomènes identiques mais développé sur une échelle encore plus grande, Ce mémoire, comme on voit, ne paraît pas de nature à faire avancer la question.
Propriétés antiseptiques de l'oxygène. — L’air comprimé a manifesté déjà dans les expériences publiées par M. Paul Bcrt des propriétés auxquelles on ne se serait point attendu. Loin d’accélérer la respiration et par conséquent l’activité vitale, comme il semblait naturel de le prévoir, ce gaz détermine un ralentissement de toutes les fonctions, et, si la compression est suffisante, la mort que précèdent des accidents tétaniques. Avec l’oxygène pur les résultats sont les mêmes, à cette différence près, que la pression peut être cinq fois plus faible pour produire un résultat donné.
Partant de ces faits, et adoptant la doctrine suivant laquelle les fermentations proprement dites sont dues au développement de petits organismes élémentaires, M. Bert s’est demandé si l’air ou l’oxygène comprimés ne constitueraient pas des agents antiseptiques. L’expérience a pleinement confirmé cette prévision : la viande, soumise pendant un mois à l’action de l’air comprimé, est devenue jaune, a acquis une réaction légèrement acide, mais a conservé toutes ses qualités nutritives. L’auteur a mangé des côtellettos de moulon ainsi traitées, et leur reproche seulement une certaine fadeur. Chose curieuse, une fois la viande soumise à ce traitement, on peut laisser échapper le gaz comprimé, et, pourvu qu’on empêche l'introduction des poussières atmosphériques, capables de déterminer les phénomènes putrides, la viande sc conserve indéfiniment. La seule explication possible du fait paraît être que l'oxygène comprimé agit sur les êtres les plus élémentaires, comme sur les animaux et les végétaux supérieurs, et lue, soit les vibrions tout formés que contenaient les appareils, soit les matières capables de leur donner naissance par des procédés encore inconnus. Les altérations de l’urine sont également prévenues par l’action de l’oxygène comprimé. M. Bert sème du mycoderma vint à la surface du vin, puis réalise la compression : la mucédiuée est tuée aussitôt et tombe au fond du liquide qui conserve indéfiniment son titre originaire en alcool. Les fruits, tels que les cerises et les fraises, le pain mouillé, etc. se conservent par la même manipulation. Le lait présente une particularité intéressante ; la compression y tue les vibrions auxquels est attribuée la fermentation lactique, mais la coagulation en a lieu néanmoins. Si l'on se rappelle que la viande dans l’oxygène s’acidifie, on se rendra peut-être compte du phé-
nomène. C’est ainsi également qu’une dissolution de glucose, additionnée de levure de bière, donne de l’alcool dans l’oxygène comprimé, et que l’urine contenant un fragment de filtre imprégné du ferment urique produit de 1 ammoniaque. 11 semble que l’oxygène n’ait pas le temps do tuer le ferment avant qu’il ail agi. Le sujet n’aurait pas été complètement traité si les fermentations, dites diastasiques, c’est-à-dire déterminées par des ferments solubles, avaient été laissées de côté. M. Bert a étudié la salive, le suc pancréatique, etc., et il a reconnu que toules ces substances, sans aucune exception, gardent leur activité dans l’oxygène comprimé. C’est même un moyen simple pour conserver ces corps, si utiles dans l’art de guérir, que de les enfermer dans un tube en présence d’oxygène comprime. Ces faits paraissent avoir une autre application très-importante que M. Bert signale en terminant, mais sans y insister. Il est possible, en effet, qu’iils jettent la lumière sur des problèmes physiologiques jusqu'ici fort obscurs. C’est une question, par exemple, de savoir si les accidents causés par l'inoculation du sang charbonneux sont dus aux vibrions que contient ce sang, ou à des matières analogues aux ferments diastasiques. Les deux opinions ont été également défendues; mais l’action de l’oxvgène comprimé parait seule jusqu’iei de nature à permettre le choix cuire elles. Cet exemple dispense d’en citer d’autres, et l’on ne peut que féliciter l’auteur d’avoir ouvert cette nouvelle voie aux recherches.
Stanislas Meuxter.