NOUVEAUX APPAREILS AMÉRICAINS
POUlt L’ÉCCOStON DES ŒUFS DE POIS8QN.
Les appareils à éclosion, employés jusqu'ici en Europe, présentent plusieurs inconvénients; d'abord, certains tiennent beaucoup de place, presque tous offrent des difficultés pour nettoyer rapidement les vases et les claies, dont ils sont composés lorsque l’eau ou l’incubation elle-même y a déposé des impuretés ; d’autres enfin, entre tous celui de Coste désormais abandonné , produisent, par la chute de l’eau, une trépidation qui nuit énormément à l’éclosion régulière des jeunes et, dans le cas de certaines espèces telles que le Corégou-Féra, rend les œufs absolument stériles, ce quia retardé de plus de dix ans l’introduction de ce précieux salmonidé chez nous. Aujourd’hui que les Américains prennent les devants sur nous, pour le repeuplement de leurs eaux, les perfectionnements abondent. Quand on agit sur dos quantités d’œufs aussi énormes que celles qu’ils mettent en expérience chaque saison, il devient impossible de se servir des appareils mesquins et suffisants pour de petites portions d'œufs, que les pisciculteurs européens et français avaient inventés. C'est pourquoi nous voyons surgir deux systèmes d’applications nouvelles, également intéressantes : celles de pleine eau et celles de laboratoire.
En fait de méthodes de pleine eau, la plus simple t la première inventée là-bas, consista, tout bonnement, à transporter à l’endroit voulu, des poissons des deux sexes, jusqu'à ce que, le temps du frai ar-
rivant, le terrain leur convenant et leur étant devenu i familier, ils pondent, et les petits venant à bien, restent en possession de l'espace qui leur a été destiné. J
Une seconde méthode ressemble beaucoup à la première, mais peut être pratiquée en eau courante et ouverte ; elle a été employée en Amérique, dans plusieurs fleuves. Elle consiste à réunir, dans un enclos convenable, les poissons désirés au moment de la maturité et du frai et à les lâcher ! lorsque la ponte et la fécondation sont accomplies, sans prendre aucun soin spécial des œufs euxrnêmes.
La troisième méthode est spécialement pratiquée par les Chinois; elle consiste à recueillir les œufs fertilisés après qu’ils sont pondus et abandonnés, soit en les ramassant sur l’eau lorsqu’ils flottent ou le long des corps auxquels ils adhèrent ; mais cela 11e se peut faire que pour des espèces particulières, dont les œufs ont des propriétés spéciales.
Viennent ensuite les méthodes que l'on peut appeler artificielles, telles que les boîtes et appareils flottants ou fixes.
Mais sans les décrire, nous arriverons aux appareils de labora loire proprement dits. Au premier rang nous placerons le bocal d'éclosion de M. T.-D. Ferguson, de Baltimore, l'un des commissaires des pêches du Maryland. C’est tout simplement un bocal de verre à deux tubulures opposées l’une à l'autre, l’une au fond, l’autre au bord. On réunit une série de ces bocaux ABC au moyen de tubes en caoutchouc munis de bouchons, que l'on place daüs les tubulures, comme le montre notre figure.
Le perfectionnement véritable de cet appareil consiste, comme dans celui de M. C. Ilolton, à faire laver les œufs par une colonne d'eau ascendante qui, par conséquent, tend à enlever toutes les impuretés et à les emporter au dehors. L’eau sera donc introduite par le tube H, qui arrivera au fond du premier bocal A, puis, elle coulera, du haut de celui-ci, dans la tubulure du fond de son voisin B, et ainsi pourC et à la suite.
Chaque bocal sera muni, au fond, d'un support E, formé de deux morceaux de fil de fer recourbés, s'unissant l'un l’autre à angles droits et soudés ensem-
ble ou attachés par quelques tours de laiton. Ce support sera assez haut pour élever le premier plateau au-dessus de l’ouverture par laquelle arrive l’eau. Les œufs sont placés sur un plateau circulaire qui s’ajuste parfaitement au bocal, et qui est fait de toile métallique dont le bord est protégé par un rebord de ferblanc. Chaque plateau est muni d’un châssis de fil de fer F de la même forme et dimension que le support E, mis au fond du bocal. Ces sortes de châssis servent à deux fins : comme poignée pour soulever les plateaux et comme pieds pour soutenir les plateaux placés au-dessus ; on fera bien de vernir ccs fils de fer pour en éviter l’oxydation.
On met ainsi cinq ou six plateaux dans chaque bocal. Cela fait, on confectionnera une boîte ronde en bois mince ou en papier imperméable pouvant
se poser librement sur le bocal par le haut, et on aura soin de pratiquer une entaille dans le bord retombant , afin de laisser passer le tube à eau. O11 obtiendra ainsi, tout à la fois, un écran qui éloignera la lumière et un couvercle commode de chaque bocal. Cela complétera l’appareil, surtout destiné à des éducations improvisées. L’eau qui alimente un aquarium suffit pour faire marcher un appareil assez important; on peut employer le premier bocal comme filtre en couvrant les plateaux de flanelle à travers laquelle l’eau devra passer pour atteindre le second bocal, puis tous les autres, et finalement être lâchée dans l'aquarium qu’elle doit alimenter.
Ce petit appareil a parfaitement réussi à l’inventeur, pour faire éclore pendant les deux dernières saisons plus de quinze cents œufs de salmonidés par jour ; il employait les œufs de truite, truite saumonée et saumon, et le tout était installé dans sa bibliothèque, près de son aquarium.
Un regard, en découvrant chaque bocal tandis que tout marche, suffit. Si un dépôt s’est fait en bas, si de jeunes poissons sont nés, il suffit de retirer un instant le bouchon du fond pour que le tout soit enlevé en un clin d’œil sans toucher aux plateaux.
Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanuieh.
Nouveau système américain de vases d’éclosion des œuls de poissons.
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