LES ILES BAHAMAS
Les îles Bahamas, qui portent aussi le nom de Lucayes, du mot espagnol cayos (rochers ou caïques), s'étendent suivant un grand arc de cercle depuis la Floride jusqu’à l’ile d’IIaïti. Cet immense archipel, qui ne comprend pas moins de 650 îles de formation madréporique, semble protéger Cuba contre les fureurs de l’Océan ; séparé de celle-ci par le vieux canal de Bahama, il est délimité au nord et séparé, de la Floride par le nouveau canal de Baharua. C’est l’une des Lucayes, Guanaliani ou San Salvador, première terre de l’Amérique que Christophe Colomb
découvrit le 8 octobre 1492, récompense bien méritée d’une patience, d’un courage et d’une foi longtemps méconnus.
Ces îles, qui s’élèvent d'une façon abrupte du fond de la mer, et comme disent les marins, trcs-accores, sont séparées par de profonds canaux d’une navigation dangereuse. La population, très-clair semée sur un area qui n’embrasse pas moins de 3,021 milles anglais , atteignait , d’après le recensement de 1871, le dernier que nous possédions, le chiffre de 39,102 individus, se décomposant en 19,349 hommes et 19,815 femmes. Un assez grand nombre d'iles sont en effet désertes mais toutes bien que basses et renfermant de grands marais saumâtres ou des lacs profonds, jouissent d’un climat extrêmement sain, d’un air pur et peu chargé d’humidité. Aussi y envoie-t-on les malades atteints de phthisie, de névralgies ou de rhumatismes. La chaleur pendant l’été, du mois d’octobre au mois de mai, vacille entre 73 et 85“ Fahrenheit et l’hiver n’est pas trop pluvieux. Les ouragans, qui sévissaient autrefois tous les deux ou trois ans, semblent devenir plus rares et l’on n'en a pas vu depuis 1866.
Les principales de ces îles sont : la grande Bahama presque déserte, la grande Abaco ou Lucaye, Eleuthera, San Salvador, Acklin, Iuagua, Espiritu Santo, Yuma, Wathings presque entièrement occupée par un lac, et New Providence, qui possède la ville la plus importante de l’archipel : Nassau, qui compte 7,000 habitants.
Occupées en 1629 par des boucaniers anglais, les îles Lucayes leur durent, pendant une longue période, une grande prospérité. Le chef le plus renommé de ces écumeurs de mer, Blackbeard, fut tué dans d’une de ses expéditions à la côte delà Caroline du Sud. On voyait encore, il y a peu d'années, à Nassau, dans la rue de la Baie, un énorme cotonnier sous lequel, nouveau saint Louis, il rendait la justice quand il n'y faisait pas carrousse avec quelques gais compagnons, comme lui sans préjugés.
Plus tard ce furent les corsaires de la guerre d’indépendance des États-Unis qui trouvèrent un refuge toujours assuré dans les canaux peu connus des Bahamas. C’est à cette époque que Fincastlc, lord Dunmore fut nommé gouverneur; il existe encore, sous le nom de fort Fincastle, un joli bâtiment dont la silhouette extérieure rappelle curieusement la forme d'un vapeur à roues, et sa résidence d’été connue aujourd'hui sous le nom de lTlermitage, se voit encore au milieu d’un beau bois de rouvres et de cocotiers.
Enfin, de nos jours, pendant la guerre de sécession , les Lucayes ■offrirent aux États du Sud de singulières facilités pour faire parvenir en Europe leurs marchandises ou pour en tirer de l’argent ou des armes. Ce fut le 5 décembre 1861 que le premier bâtiment confédéré arriva de Charlestown, avec 144 balles de coton, et, de ce jour jusqu’à la fin de la guerre, 597 bâtiments sudistes entrèrent à Nassau et 588 sortirent pour regagner les ports confédérés. Toute la durée de la guerre fut donc une ère de prospérité pour Nassau
devenue le séjour habituel des corsaires, des marchands de coton et des fabricants de rhum. En 18CG, après la prise de Richmond, éclata sur les Bahamas le plus terrible ouragan qu'on y ait vu depuis un siècle. La mer, franchissant l’ile Ilog, retombait dans le port de Nassau en si énormes lames qu’elle atteignit souvent, la galerie du phare, qui est pourtant à 60 pieds au-dessus du niveau de la mer. Les maisons et les forêts furent renversées et couchées à terre comme des roseaux ; en vingt-quatre heures, Nassau fut presque entièrement détruite, et offrit le spectacle d’une ville mise à sac et incendiée par l’ennemi. Les pertes furent si considérables, la prospérité due à la guerre de sécession fut si profondément j atteinte, que cette ville n’a encore pu se relever de cet immense désastre.
Le port de Nassau est protégé par un îlot de corail, l’ile Hog qui lui forme un brise-lames supérieur à ceux de Cherbourg et de Plymoulh, l’eau yest si claire qu’on aperçoit distinctement les petits cailloux du fond. Les rues sont d’une blancheur de neige rendue encore plus intense par la réverbération de collines calcaires, teinte fatigante pour l’œil et qu’il serait possible d’alténucr, si les propriétaires, en abaissant leurs murs de clôture, laissaient un peu plus apercevoir la verdure de leurs jardins. Nassau u’est pas seulement la principale ville de New Providence, c’est aussi la capitale des Bahamas. C’est là que siègent en effet l’Assemblée législative et le gouverneur. La résidence de ce dernier est bien située ; sur sa façade se déroule un magniûque escalier orné de la statue de Colomb. Si le pouvoir exécutif est entre les mains d’un gouverneur nommé par la couronne, la puissance législative est exercée par une Chambre haute de 12 membres et par une Chambre basse de 26 députés des districts, élus pour sept ans et au nombre desquels se trouvent souvent quelques nègres. La race noire est, au reste, admirablement représentée : grands et bien conformés, les nègres des Bahamas n’ont pas de vice particulier et, semblables en cela à bien des blancs, ils ne sont enclins qu’au vol et au dérèglement. Il faut que la moyenne des crimes et des délits soit bien basse pour que la prison, édifice récemment construit à grands frais, ne soit qu’à demi remplie. Quant à l’ancienne prison, qui a un faux air de mosquée, elle est devenue une bibliothèque publique où sont renfermés environ 6,000 volumes.
Superstitieux comme tous leurs congénères, les nègres des Bahamas ne s'embarqueraient pas pour la pèche aux éponges sans s’être assuré la protection d’un sorcier. Celte pèche, une des plus importantes industries de l’archipel, occupe 500 petits bâtiments de 1 0 à 25 tonnes. Ce n’est pas un travail facile et sans danger que celui d’arracher, avec un long crochet à. deux ou trois brassés au-dessous de la surface de la mer, les éponges adhérentes au roc. Pour les apercevoir on se sert d’une lunette d’eau, simple boîte oblonguc d’un pied carré, ouverte par en haut et fermée à sa partie inférieure par un verre; en la
tenant perpendiculaire, on peut voir tout ce qui gît au fond de l’eau. Les éponges récoltées aux Bahamas sont de quatre sortes : laine de mouton (sheep wool) qualité la plus estimée, récif (reef), velours (velvet) et gant (glovc), et bien qu’inférieures aux plus belles éponges de la Mediterranée elles rendent, encore de très-grands services en chirurgie, tandis que les plus communes sont appliquées au lavage des voitures. C’est généralement le samedi que rent rent les bateaux employés à la pêche des éponges : elles sont assorties le jour suivant, et le lundi mises aux enchères publiques. Seuls les membres de la corporation des éponges, et ceux qui font des offres réelles, peuvent surenchérir, ce qui se fait par soumissions écrites. La gravure que nous publions pourra donner une idée de ce qu'est cet important marché.
La pêche aux éponges a succédé à une industrie qui avait fait autrefois la réputation des Bahamas, industrie que favorisaient singulièrement les difficultés d’une navigation au milieu de canaux étroits el profonds. Les naufrages étaient frequents, et, comme les anciens Bretons, les habitants des Bahamas ont été maintes fois soupçonnés de les avoir amenés par leurs fausses indications. Tout débris d’un naufrage était, il n’y a pas encore bien longtemps, vendu aux enchères à Nassau, et il a fallu toute la vigilance des compagnies d’assurances, aidée des nobles sacrifices du gouvernement métropolitain, qui a sillonné de phares les passes difficiles, pour mettre fin à ces pratiques barbares.
Une industrie, autrefois lucrative, mais qui a bien déchu de son ancienne splendeur, c’est la fabrication du sel. A l’exception de la seule Andros, qui semble être encore en voie de formation, aucune des nombreuses îles de l’archipel ne possède de rivières ou de lacs d’eau douce, tandis qu’on rencontre presque partout des lacs ou lagons aux eaux plus ou moins chargées de sel. C’est à Exuma, à Long-Island, à Rose- Islund, à Inagua, que se récoltaient les immenses quantités de sel exportées aux Etats-Unis, commerce qu'ont sensiblement réduit les droits élevés imposés sur cet article.
Les environs de Nassau sont extrêmement pittoresques ; citons seulement les lacs de Killarney où abondent les canards sauvages et le fort Monlague, au bord de la mer, d’où l’on jouit d'un splendide paysage. Au coucher du soleil ce sont, d’un côté, des bouquets de palmiers élevés et gracieux dont la brise du soir secoue doucement l’ondoyant feuillage, de l’autre la mer, qui vient expirer silencieuse sur le sable du rivage, au loin la ville et le port éclairés des feux du couchant. Si vous faites cette promenade à cheval, vous remarquerez deux choses : que les routes sont excellentes, et que les chevaux, nourris exclusivement de cannes à sucre, sont si maigres, qu’ils rendraient jalouse Rossinante de joyeuse mémoire.
Bien que le sol soit formé d’une chaux grisâtre, facilement inflammable et que la couche de terre soit si mince qu’on pourrait réserver une place dans une maison d’aliénés au Yankee qpi aurait l’idée d’y in*
traduire la dernière charrue perfectionnée, le pin et le palmier, frappant contraste de deux zones bien distinctes de végétation, y poussent d’une façon luxuriante ainsi que le mahogani, espèce d’acajou, l'ananas sauvage, 1 e satin vood, le lüjnumvitce, le yellow-
wood, le bois fustique, le cèdre, le cocotier et le figuier d’Inde. On y rencontre aussi communément la banane, le tamarin, la sapotille, le mangot, le café, la goyave, l’orange, la canne à sucre et presque tous les végétaux des tropiques. L’un des arbres les
Le havre de Hopetown dans l’ile d'Abnco.
plus singuliers des Bahamas est le silk-cotton (coton soie), qui atteint une hauteur prodigieuse en même temps qu'il étend au loin ses rameaux. Ses graines sont remplies d'un coton brun ressemblant à de la
bourre de soie, mais qui n’offre pas assez de résistance poui être utilisé. Nous représentons ci-contre un de ces arbres géants, dont les racines s’étendent sur 1/B de mille derrière le palais du gouvernement. Sur
Marché aux éponges aux îles Bahamas.
les branches d’un autre cotonnier, dans les jardins de l’hôtel royal Victoria, on a établi une vaste plateforme, qui en a fait le Robinson des Bahamas. Puis viennent le cactus, l’aloès, et spécialement l’aloès sisal, qui pourrait servir à la fabrication des cordes, enfin l’ananas qu’on rencontre surtout à San Salva-
dor et à Eleuthera. C'est de cette dernière île que proviennent presque tous les fruits de cette espèce importés en Europe.
11 faut visiter aussi à Abaco le curieux établissement de Hopctown, habité par les descendants des boucaniers et dont nous reproduisons une vue prise
du phare. Rien de plus curieux que Spanish Wells, et des incursions des crabes hermites qui pullulent
dans l’ile du même nom. Ses maisons pressées dans dans les environs. Ses misérables habitants vivent de
un inconcevable désordre débordent dans la mer. Les coquillages et de poissons, et restent dns mois entiers
pilotis qui les supportent les garantissent des flots sans manger de viande. S'il est vrai que la nourri-
Entrée du poit de .Nassau.
turc exclusivement maritime ait de l’influence sur le développement des facultés de l’entendement, les habitants de Spanish Wells doivent cire bien intelli-
gents; mais combien de fois u’avons-nous pas vu les faits en désaccord avec la théorie?
Disons enfin quelques mots d’Ilarbour-lsland, dont
irbro coton d«s lie-s Bahamas
le port spacieux est protégé par les rochers et par une île basse qui s’étend à l'extrémité N.-E. d'Eleutliera. C’est là que gît Dunmoretown, jolie ville de 2,500 habitants, au milieu d’un oasis de magnifiques cocotiers.
Une de choses intéressantes n’aitrions-nous pas
encore apprises si le regretté Agassiz avait pu mettre àcxécutionlc projet, qu'il caressait depuis longtemps, d’une exploration scientifique des Bahamas 1 Puisse celte rapide esquisse d’un pays peu connu tenter quelque savant en rupture de chaire.
Gadriel Marcel,
CHRONIQUE
Les arbre» A caoutchouc à la Kénninn. —
JJ. Tronette vient d’adresser à M. le président de la Société d'acclimatation une lettre qui nous fournit des détails intéressants sur la culture des arbres à caoutchouc à la Réunion. Plusieurs arbres produisent cette substance, entre autres le ficus elastica, l'eucalyptus, le cryptolegia de Madagascar, et l 'urceola elastica des iles de la Sonde. Le ficus elastica est un des plus beaux arbres de ia création. A Saint-Denis, un ficus qui date de 1 823 a atteint une hauteur de 25 mètres ; son feuillage a 50 mètres de diamètre. Des incisions au tronc, pratiquées à diverses reprises, pendant neuf heures, ont donné un bloc de 7 kilogrammes de caoutchouc. Le marché de Saint-Denis est un des principaux débouchés de Madagascar pour cette substance : de juillet 1870 à août 1875, il en a été vendu 351,825 kilogrammes, représentant une valeur de 1 million 172,835 fr.
Ocre brun. — En exposant pendant longtemps à la température rouge cerise un mélange de 1 10 parties d’ocre jaune et de 5 parties de chlorure de sodium, on obtient un composé présentant une couleur brune particulière, et tenant le milieu entre celles de l’ocre rouge et de l’ocre de rue. Le grillage du mélange s’opère le plus efficacement dans une cornue en fonte hermétiquement fermée et disposée de façon à ce que l’on puisse agiter le contenu. La durée de l’opération et la lenteur du refroidissement influent beaucoup sur la nuance. L’ocre brun ainsi obtenu se prête très-bien à la peinture du bâtiment ; il peut rendre de grands services là où les minerais naturels servant à produire les couleurs brunes font défaut. Les frais de fabrication se montent à environ 3 francs ou 3 fr. 50 par 100 kilos. (Revue industrielle).
Pourquoi sauver la vie à des milliers de cousins, en détruisant l’engoulevent ou crapaud volant qu’on nomme si sottement tette-chèvrc T
Pourquoi tuer la chauve-souris, qui fait aux papillons de nuit et aux hannetons la guerre des hirondelles aux moucherons 1
Pourquoi tuer la musaraigne, qui vit de vers de terre comme la souris vit de blé ?
Pourquoi dire que la chouette mange les pigeons et les jeunes poulets, puisque cela n’est pas vrai? Pourquoi la détruire, puisqu’elle fait la besogne de six ou huit chats en mangeant au moins 6,000 souris par au ? (La Vigne).
I.e pyroleter. — On a expérimenté dernièrement près de Londres, sur la Tamise, un nouveau système d’extincteur des incendies à bord des navires. MM. Patlon et llarris ont pour but, dans leur invention, de remplir rapidement la cale d’un navire où le l'eu s’est déclaré, avec de l’acide carbonique sec. Cette seule insufflation coupe court à tout commencement d’incendie. L’appareil, peu volumineux par lui- même, se place dans n’importe quel i endroit d’un navire. Il consiste en une petite. pompe, destinée à extraire d'un récipient la substance propre à la i production de l’acide carbonique, pendant qu’une autre | pompe déverse dans le générateur une autre substance ; il résulte de ce mélange un courant de gaz à l’état sec, qui j doit être dirigé par des conduites à l’endroit où le feu. s’est | déclaré. Une capacité de 200 mètres cubes peut être facilement saturée de gaz acide carbonique avec le « pyroleler. n Dans un navire de 1 ,800 tonneaux, où l'incendie se déclarerait, la cale remplie do marchandises serait suffisamment injectée en quelques minutes pour réprimer le feu. Cet appareil, qui n’est en réalité qu’une pompe, accompagnée de récipients, est encore utilisable comme pompe auxiliaire d’incendie, de lavage ou d’épuisement.
Les animaux qu’il ne faut pus détruire. — j
Pourquoi tuer les araignées ailleurs que dans les apparie- I menls, puisqu’elles détruisent les mouches qui nous im- , portuneut ?
Pourquoi mettre le pied sur ce joli grillet ou carabe ! doré, qui, dans nos jardins, fait la guerre aux chenilles, i aux limaces, aux hannetons, qu’il mange 1
Pourquoi tuer la couleuvre non venimeuse, qui vit de j mulots et de souris? Elle n’a jamais mordu personne?
Pourquoi tuer le polit orvet inoffensif, qui croque les sauterelles?
Pourquoi détruire le coucou, dont la nourriture favorite est la chenille, à laquelle nous ne pouvons toucher sans inconvénients î
Pourquoi tuer le grimpereau et dénicher la fauvette, ennemis du cloporte et des guêpes ?
Pourquoi faire la guerre aux moineaux, qui ne mangent un peu de grains qu’à défaut d’insectes, et qui exterminent par choix les insectes nuisibles aux grains ?
Pourquoi brûler de la poudre contre les étourneaux qui passent leur vie à manger dçs larves et à épucer jusqu'à nos bestiaux dans les prés ?
Pourquoi prendre au piège les mésanges, dont chaque couple prend 120,000 vers et insectes, en moyenne, pour élever ses petits ?
Pourquoi tuer la coccinelle (bête du bon Dieu) qui sé nourrit de pucerons ?
Pourquoi tuer le crapaud, qui mange des limaces, des beemares et des fourmis ?
Une marche de longue durée. — M. Dudock de Witt a récemment parié 500 thalers qu’il irait à pied d'Amsterdam à Vienne en 50 jours. La distance qui sépare ces deux villes est environ de 1,200 kilomètres. M. de Witt est parti d'Amsterdam le 1°' mai dernier, la canne à la main, et il est arrivé à Vienne le 20 du môme mois; on voit qu’il a brillamment gagné son pari.
BIBLIOGRAPHIE
Les fermentations, par P. Sciidtzf.nbeucer. — 1 vol. de la Bibliothèque scientifique internationale, avec 28 figur €3 dans le texte. — Paris, Germer-Baillière, 1875.
On sait aujourd'hui que le phénomène de la fermentation ne se distingue plus des réactions chimiques dont l’économie animale ou végétale est le théâtre. La transformation du sucre en alcool et en acide carbonique, a pour origine l’action d’êtres vivants, de ferments, ou de principes qui en dérivent. Les fermentations sont provoquées par des organismes vivants, très-simples et Féduits à une cellule unique. M. Schützenberger, a décrit l’histoire complète de ces phénomènes, qui jouent un si grand rôle dans la nature, et qui ont excité si longtemps l’attention des savon* • et des philosophes. U passe eh revue les faits, qu’il analyse avec méthode, et dont il déduit les conséquences immédiates. Cet ouvrage sur les fermentations peut être
considéré comme une belle et utile introduction à la chimie biologique.
Le Soleil , par le P. A. Secciu. — Deuxième édition revue et augmentée, première partie. — 1 vol. in-8", avec gravures dans le texte, et un atlas complémentaire de six planches. — Paris, Gauthier-Villars, 1875.
L'œuvre immense à laquelle le P. A. Secchi a attaché son nom, l'étude de la constitution du soleil, que le savant directeur de l’Observatoire du Collège romain, résume en un magnifique ouvrage, est trop considérable pour que nous en donnions sommairement la teneur. Nous annonçons aujourd’hui, l’apparition de ce volume, mais nous en publierons prochainement une analyse détaillée.
Exposition analytique et expérimentale, de la théorie mécanique de la chaleur , par G. -A. ILkn. — Troisième édition entièrement refondue. — 1 vol. in-8" — Paris, Gauthier-Villars, 1875.
Le phylloxéra elles vignes de l’avenir, par P. Guérin. — 1 vol. in-8°. — Paris, librairie agricole de la Maison rustique, 1875.
Sur la diffusion hygrométrique, par M. L. Dufour, professeur de physique à l’Académie de Lausanne. — 1 brochure in-8". — Lausanne, 1875.
Les propriétés physiologiques du bromure de camphre et de ses usages thérapeutiques, par Louis Pathaui.t, docteur en médecine. — 1 brochure in-8". — Paris, Adrien Delahaye, 1875.
Traité des maladies et épidémies des armées, par A. Laveras, médecin-major, professeur agrégé au Val-de- Grâce. — 1 vol. in-8". — Paris, G. Masson, 1875.
Nous citerons prochainement quelques-uns des faits les plus curieux signalés dans cet intéressant et important ouvrage.
Commission de météorologie de Lyon. — 1873. — Trentième année. — 1 vol. gr. in-8". — Lyon, 1875.
Manuel d’oplithalmoscopie. Diagnostic des maladies profondes de l’œil, parle docteur V. Daguenet. — 1 vol. in-12. — Paris, G. Masson, 1875.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 5 juillet 1875. — Présidence de M. Fhéiit.
Le proto-sulfure de carbone. — Tout le monde sait qu'au point de vue chimique, l’oxygène et le soufre sont deux substances dont la ressemblance est grande. Néanmoins, le sulfure de carbone, si analogue pour la constitution et les propriétés à l’acide carbonique, représentait jusqu’à présent le seul compos I sulfuré du carbone, l’oxyde de carbone n’ayant point de correspondant dans la série du soufre. Celle lacune si importante au point de vue de la philosophie chimique vient d’être comblée par M. Sidot, préparateur au lycée Charlemagne, qui faitconnaître, sinon le proto-sulfure de carbone lui-mcme, qui, suivant la théorie, devrait être gazeux, du moins un isomère de ce corps. Chose bien curieuse, c’est par la manipulation la plus simple qu’on obtient cette substance si longtemps cherchée. Il suffit, eu effet, d’exposer le bi-sulfure à la lumière du soleil pour que le liquide devienne le siège
d’une décomposition profonde. La moitié de son soufre so sépare pour se dissoudre d’ailleurs dans le bisulfure non encore altéré, et du même coup, on voit se précipiter une poudre noire qui n’est autre chose que le proto-sulfure en question. Une fois lavé et purifié, c'est une matière absolument insoluble dans les dissolvants neutres, et ne présentant ni odeur ni saveur. Les acides agissent sur lui et donnent des produits plus ou moins compliqués. L’auteur se propose de les étudier et se borne aujourd’hui à prendre date pour l'importante réaction qu’il a découverte.
La grande pyramide d'Egypte. — L’astronome royal d’Ecosse, M. I’iazzi Smith, fait hommage à l’Académie d'une étude en quatre fort volumes de la grande pyramide d’Egypte. Nos lecteurs ont sans doute entendu parler déjà des travaux considérables de M. Smith. Rappelons que leur principal résultat, sujet sans doute à beaucoup de de discussions, est que les diverses dimensions du monument des Pharaons, expriment, avec une précision absolument imprévue, les principales données numériques de l’astronomie et de la géodésie. L’auteur conclut en renouvelant celte proposition de l’Institut d’Egypte d’adopter le méridien de la grande pyramide comme base de toutes les mesures géographiques.
Sur le pendule explorateur. — Le doyen des éludiants français, comme il se complaît à s’appeler lui-même, M. Chevrcul, revient, à propos du pendule explorateur, sur la difficulté qu’un investigateur de bonne foi éprouve toujours dans la recherche de la vérité. Au siècle dernier, l’anglais Stéphane Gray, préoccupé de cette idée purement gratuite que les planètes sont entraînées dans leur orbite par une force électrique, institua l’expérience suivante. Au-dessus du centre d’un gâteau de résine circulaire, on tient suspendu entre le pouce et l’index un petit globe de fer attaché à un fil très- fin.
Le plateau étant faiblement électrisé, on voit bientôt le pendule prendre un mouvement conique, et le petit globe décrire un cercle dont le diamètre va eu croissant jusqu’à une certaine limite. Le plateau de résine est-il elliptique, la sphère décrit une ellipse, et, chose curieuse, toujours le mouvement a lieu d’occident eu orient, c’est-à-dire comme celui des planètes. Tandis que beaucoup de collègues de Gray crurent avec lui que la cause du mouvement résidait dans l’électricité répandue sur le plateau, Wheelcr émit l’hypothèse que le déplacement tenait au désir que l'opérateur avait de le voir s’opérer; et cela, bien entendu, sans que sa bonne foi pût être mise en cause.
C'est bien longtemps après que fut mise en avant la doctrine suivant laquelle un pendule métallique, tenu à la main, oseille de lui-mème au-dessus de certains corps cachés, et qu’il peut servir, par cela même, à faire découvrir. C’est ce qu’on appelle le pendule explorateur. Amené d’une manière fortuite à s’occuper de la question, M. Chevreul étudia, il y a quelque soixante ans, les allures du pendule suspendu au-dessus de la cuve à mercure. Tous les effets annoncés se vérifièrent entre ses mains : pendant six heures de suite, il crut à la réalité des indications du pendule. Mais c’est alors qu’il eut l’idée de rechercher si, à son insu, il n’était pas lui-même la cause du mouvement, et, pour s'en assurer, il recommença les expériences après s’être bandé les yeux : deux préparateurs notant les résultats, il se trouva que le pendule avait perdu toute vertu, et restait absolument immobile dans les conditions mêmes où il oscillait le [dus fort précédemment. L’auteur traduit ce résultat en disant que la cause du mouvement
est tout externe et agit par les yeux. La forme des gâteaux de résine de Gray déterminait la trajectoire suivie par le petit globe, et le pendule de M. Chevreul oscillait en ligne droite à cause de la paroi rectiligne de la cuve à mercure. L'application de ces faits doit être étendue à la baguette divinatoire et aux tables tournantes, et la difficulté qu’on éprouve à voir vrai, dans les cas où une opinion préconçue s’est emparée de l’esprit, explique la crédulité incroyable des personnes, chez qui une foi plus ou moins ardente a étouffé la raison. Stanislas Meunier.