LOCALITÉ DÉSIGNÉE
Octobre.
Muret.
Mars.
La Guicnne.
Toulouse.
Juin.
Agen.
Été.
Toulouse.
Juillet.
Saint- lléat.
Hiver.
Toulouse.
Mars.
Bordeaux.
Juin.
Toulouse.
Janvier.
Débâcle.
Octobre.
Agen.
Janvier.
Bordeaux.
Novembre.
Toulouse.
Pévrier.
Agen.
Janvier.
Agen.
Juillet.
Toulouse.
Juillet.
Toulouse.
Janvier.
Toulouse.
Avril.
Toulouse.
Février.
Agen.
Décembre.
Toulouse.
Décembre.
Agen.
Novembre.
Toulouse.
Avril.
Toulouse.
Ri.
Languedoc.
Mai.
Agen.
Janvier.
Bordeaux.
Mai.
Agen.
Décembre.
La Guicnne.
Décembre.
Agen.
Juin.
Toulouse.
Mai.
Cours entier.
Mai.
Toulouse, Agen.
Février.
Cours entier.
Mai.
Sans désignation précise.
Mai.
Cours entier.
Mars.
Août.
Sans désignation précise.
Juillet.
Agen.
Décembre.
id.
Juillet.
Sans désignation précise.
Octobre.
Janvier.
(Crue de débâcle).
Novembre.
Juillet.
La Gascogne.
Janvier.
Cours entier.
Janvier.
Bordeaux.
Janv., févr.
Cours entier.
Juin.
Agen, Toulouse.
Janv. àjuin.
Agen, Toulouse.
Septembre.
Cours entier.
Novembre.
lVAgen à Bordeaux.
Août.
Toulouse.
Février.
Toulouse à Bordeaux.
Janvier.
Marmande.
Janvier.
Id.
Janvier.
Agen, Bordeaux.
Juin.
Cours entier.
Avril .
Cours entier.
Juin.
Cours entier.
Mai.
Cours entier.
Décembre.
Sans désignation précise.
Septembre.
Toulouse, Agen.
Juin.
Cours entier.
en 1755, en 1789, Orléans et Tours furent successivement submergées.
Depuis Colbert jusqu’à nos jours, on s’est toujours obstiné à dominer directement les eaux de la Loire, en consolidant et en exhaussant graduellement les digues riveraines. On réduisit ainsi successivement le cours de la Loire, de 3,500 mètres à 280 mètres à Orléans, de 7,000 mètres à 250 à Jargeau ! Mais si solide que soit le rempart qui encaisse ainsi un Ueuve dont le régime est éminemment torrentiel, son revers demeure sans appui suffisant lors de crues exceptionnelles. En outre, l’épaisseur de telles digues et par conséquent leur résistance, diminue avec la hauteur, tandis que la force de destruction des
eaux s’accroît proportionnellement avec l'élévation de leur niveau. Ces circonstances expliquent le caractère calamiteux des débordements de la Loire dans notre siècle. Après les terribles inondations de 1846, on consolida les digues, on les éleva encore. En 1856, la Loire se fraya passage à travers la digue par soixante-treize brèches, et sur d'autres points elle dépassa la crête du rempart. Les dégâts dépassèrent toutes les prévisions. A Orléans, la Loire noya non-seulement tous les bas quartiers, mais elle atteignit les parties hautes de la ville. Les dévastations furent plus épouvantables encore à Jargeau et à Amboise. A Tours, son envahissement, combattu avec acharnement, n’en fut que plus ef-
froyable. A Angers et dans les environs, le tableau de l’inondation dépassa en horreur tout ce que les hommes ont pu contempler. Les eaux torrentielles, irrésistibles, se précipitaient en cataractes immenses jusque dans les ardoisières de Trélazé, en faisant disparaître sur leur passage tout ce qui constituait les biens d’innombrables habitants. Enfin, avec la date du 22 octobre 1 806, nous terminerons la longue liste des inondations, après avoir montré par cette énumération rapide, que les débordements fluviaux en France ont été fréquents ; après avoir indiqué par l’exemple de la Loire, que les digues destinées à contenir les eaux d'un cours d’eau, dont le régime
est torrentiel, sont insuffisantes à protéger le sol qu’il parcourt du désastre des inondations, et qu’elles contribuent même parfois, à leur donner un caractère d'intensité particulier.
Quelle est la cause des inondations? Quelles sont les mesures ou les moyens préventifs que l’on peut opposer à ce fléau? C’est ce qu’il nous reste à examiner, et l’étude de la première question nous conduira peut-être à entrevoir la solution de la seconde.
La véritable cause des inondations réside dans l'irrégularité des chutes d’eau météoriques, pluie et neige, dans l’existence des montagnes, des collines, des aspérités superficielles et dans la nature du sol 11
Vue ae ia baronne et au pont Samt-Jlichel à Toulouse, au moment de la baisse de» caus, 24 juin 1875.
tombe par an, en France, une quantité moyenne d’eau, de 0“, 76 de hauteur; sans les aspérités du sol, les inondations n’auraient jamais lieu. En effet, comme l’a très-bien dit M. J. Dumas, « les montagnes, les collines, les dépressions présentent aux eaux pluviales des plans inclinés qui les mettent en mouvement, qui les dirigent dans les torrents, et qui rassemblent en masses puissantes de légères couches d’eau, venues d’une infinité de points, qu’elles recouvriraient à peine de quelques millimètres. 1 »
Une partie de l’eau qui tombe à la surface du sol, s’écoule directement vers les ruisseaux, qui alimentent les rivières ; celles-ci, à leur tour, vicn-
1 Éludes sur les inondations; causes et remède, par J. Dumas. 1857.
lient grossir le fleuve qui recueille ainsi les eaux de tout son bassin. Une autre partie de l'eau tombée, imprègne la terre, plus ou moins perméable, plus ou moins apte à s’imbiber, suivant qu’elle est plus ou moins sèche, selon l’état antérieur de l'atmosphère. La quantité d’eau qui n’est pas restituée à l’atmosphère par l’évaporation ou par l'absorption des plantes, se rassemble dans les nappes d’eau souterraines, pour reparaître plus lard, sous forme de sources qui alimentent régulièrement les cours d'eau. Si les pluies ne sont pas sujettes à des variations brusques à la surface d’un bassin fluvial; si elles se répartissent avec quelque uniformité dans le courant de l’année ; si d’autre part, les versants des cours d’eau de ce bassin sont perméables, ‘ les crues
s’élèvent lentement et régulièrement, décroissent de ! même. Elles sont presque toujours de longue durée, et constituent le caractère des cours d’eau tranquilles.
Dans le cas de ces cours d’eau, comme la Seine, dans le bassin desquels les pluies ne sont pas torrentielles d'une façon générale, on peut formuler, comme l’a fait M. Relgrand, des prévisions précises. En effet les eaux météoriques, fussent-elles abondantes pendant la saison chaude, sont presque entièrement absorbées par le sol très-sec qui s’en im- ; bibe. Au contraire pendant la saison froide, poulie bassin de la Seine, le sol est toujours imbibé, et les pluies de cette époque (1 er novembre au 1 er mai) se traduisent par des crues. Si dans cet intervalle il est tombé peu d’eau, les rivières resteront à un bus niveau, pendant la saison chaude, quelle que soit la quantité de pluie dans le cours de celle saison.
Au contraire, des fleuves connue la Garonne, sont alimentés parles torrents qui après des fortes pluies, se précipitent sur le versant de hautes montagnes au sol pierreux et à peu près imperméable ; de tels fleuves reçoivent les rivières subitement grossies parla pluie qui, dans des régions semblables, peut tomber avec une abondance particulière à la surface entière de leur bassin. Enfin les hautes montagnes voisines de leurs sources, sont couronnées d’énormes amas de neige qui, si la température s’élève, peuvent se déverser en masses d’eau considérables, comme le feraient d’immenses réservoirs. Si de telles causes se trouvent fortuitement réunies, si la fusion des neiges déterminée par l’élévation de température, coïncide avec la chute d’une pluie torrentielle et continue, si, en outre, la pente des ruisseaux et des rivières qui alimentent le fleuve est rapide, les masses liquides qui sont amenées en peu de temps de tous les points d’une vaste région, au cours d'eau inférieur, sont si considérables, qu’elles font monter son niveau de 6, 7 et 8 mètres en quelques heures, et qu’elles inondent ses versants quoique la hauteur de la pluie puisse n’avoir que quelques décimètres, si on la considère sur une surface plane.
L’homme n’a donc aucune action directe sur la cause première des inondations, due à l’irrégularité de la pluie, à la fusion des neiges sur les montagnes et aux aspérités du sol. Mais il est en son pouvoir d’opposer des obstacles importants à l’intensité du fléau, et certains moyens que l'on a préconisés comme absolument efficaces, et qui, en réalité, n’exercent qu’une action de second ordre, pourraient devenir salutaires s’ils étaient réunis.
Il paraît certain à un grand nombre de savants spécialistes que le déboisement des montagnes a apporté un élément important en faveur des inondations. D’autres observateurs, M. Bclgrand notamment, sans nier d’une façon absolue l'action que les forêts exercent sur le régime des eaux, pensent quelle est trèspeu sensible.
L’aetion mécanique des arbres sur le sol « est celle qui a été le moins contestée parce que les phénomè-
nes qui la constatent frappent tous les yeux. En maintenant les terres par leurs racines, elles empêchent le ravinement des montagnes et par conséquent la formation des torrents. Dans les Alpes, ces torrents sont formés par des pluies d’orage qui, tombant sous forme d’ondées sur les pentes friables et dénudées des montagnes, ravinent le sol cl répandent dans la vallée les matériaux qu'elles entraînent avec elles, en recouvrant les cultures d’un immense manteau de pierres et. de rochers. M. Surell, dans son bel ouvrage sur les Torrents, a constaté que ce fléau ne peut être attribué qu’au déboisement, puisque partout où les montagnes ont été déboisées, des torrents nouveaux se sont formés, partout au contraire où l’on a reboisé, les anciens torrents se sont éteints. Le premier, il a érigé en théorie que le reboisement devait être la base de la reconstitution de cette région, et, il a été en quelque sorte le promoteur delà loi de 18G0. Les résultats qu’ont donnés les travaux exécutés, en vertu decetteloi, ont de tout point confirmé ses prévisions, et les rapports annuels que publie l’administration forestière mentionnent un grand nombre de faits qui constatent l'efficacité des reboisements pour empêcher l’effondrement des montagnes 1 . »
Malgré de nombreuses objections, il semble doneque le reboisement des hauteurs, en consolidant le sol, en retenant les eaux par l’imbibition, soit un des moyens efficaces à empêcher la formation des torrents, et à entraver l’inondation à scs débuts. Le fait a d'ailleurs été plusieurs fois démontré par l’expérience, et pour n’en citer qu’un exemple nous rappellerons que, dans le département du Tarn, le cours de la petite rivière de Caunau, intermittent après la destruction de la forêt de Montout, est devenu régulier depuis que cette forêt a été reboisée. Les arbres et les forêts exercent en outre sur le climat, sur l’agriculture, une action salutaire et incontestable; le reboisement dns parties hautes d’un bassin fluvial serait certainement une des opérations les plus utiles, pour empêcher les débordements fluviaux.
Un grand nombre d’autres travaux ayant toujours pour but de retenir les eaux, d'empêcher leur écoulement sur les pentes, devraient se joindre au reboisement des montagnes. Les barrages des torrents impétueux, des rivières rapides, seraient très-efficaces si Ton faisait partir de ces barrages, des canaux qui dévieraient les eaux de leur lit ordinaire, et les répandraient sur de vastes surfaces ou dans des bassins de retenue. Un système complet de tels barrages, répartis sur toutes les rivières qui alimentent un fleuve, apporterait un obstacle de premier ordre, à la cause de son débordement. Qu’on joigne à ces premiers moyens, la dérivation des eaux par les irrigations, pour le drainage, qu’on y ajoute au besoin le creusement de puisards, le colmatage des terres, on divisera et on subdivisera ainsi les eaux à un tel point qu’elles ne pourront plus se réunir par
1 J. Gavé, la Météorologie forestière, — Revue dos Dent Mondes, 1875.
écoulement. Ajoutons que de semblables travaux , tout en évitant le retour de calamités publiques, contribueraient puissamment à la richesse du sol ; ils nécessiteraient évidemment le concours de plusieurs milliers d’ouvriers, exigeraient des dépenses considérables, mais en songeant à l’énormité des désastres causés par les inondations, ou sera conduit à reconnaître que l’activité humaine ne devrait reculer devant aucun effort pour les prévenir.
Depuis les grands débordements fluviaux en France de 1856, où quarante et un de nos départements furent plus ou moins endommagés, on a compris que l’endigucment longitudinal pratiqué jusquelà, que l'exhaussement graduel d'un fleuve, loin do protéger le pays du fléau de l’inondation, peut le précipiter vers des dévastations terribles. L’cndigueinent longitudinal, plus nuisible qu'utile en rase campagne, est cependant nécessaire à la protection des grandes villes, qui doivent se trouver en outre garanties par l’organisation d’égouts collecteurs construits dans de vastes proportions. Mais la complète sécurité des villes, dépend essentiellement, comme nous venons de le voir, de la solution qui concerne la partie rurale du problème.
Il est encore un autre ordre de mesures qui estdigne d’être envisagé, quoiqu’il n’agisse en aucune façon sur le phénomène. Mais il est susceptible d’annoncer l’imminence de la crue dans une localité, d’avertir à l'avance les populations, de leur permettre de s'éloigner du théâtre des dévastations, et d’opérer le sauvetage des objets les plus précieux. Nous voulons parler de postes d’observations pluviométriques, réunis entre eux et réunis aux villes par l'intermédiaire de fils télégraphiques. On suit que le général deNansouly, à son observatoire du pic du Midi, a pu, lors des dernières inondations, avertir quelques villages dans la vallée, des dangers qui les menaçaient. Que ne pourrait pas faire un tel observatoire s’il était télégraphiquement relié au service des ponts et chaussées ? C’est au sommet de ces montagnes, que l’on voit fondre les neiges sous l’action de la chaleur, que l’on peut mesurer la quantité de pluie tombée des nuages supérieurs. C’est là que le torrent prend naissance, que l'eau glisse sur les pentes, et, quelque rapides que soient ces mouvements de l’eau, l’électricité plus rapide encore, peut les devancer; elle peut aller dire aux habitants des vallées et des villes : « L’inondation se prépare, dans quelques heures elle se formera ! »
De nombreuses stations d'observations météorologiques et pluviométriques, reliées entre elles télégraphiquement, devraient donc être établies sur toute la surface des bassins fluviaux ; si les mesures prises contre l'inondation étaient rendues stériles par l’intensité et la durée tout à fait anormales de la pluie, le débordement aurait lieu, mais les populations riveraines seraient prévenues à l’avance, et un tel avertissement atténuerait sensiblement la rigueur de la calamité.
La multiplication des stations météorologiques en
France, la réunion et la comparaison de documents permanents, se traduiraient en outre par des progrès immédiats sur l'importante notion du phénomène des pluies: le régime des cours d’eau serait mieux connu, la cause et le mode de formation des grandes crues, s'éclaireraient pour chaque bassin d’une lumière toute nouvelle ; l’application judicieuse de ces moyens d’avertissement et d’étude, conduirait enfin la science à imaginer des moyens préventifs plus efficaces. Gaston Tissandier.