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LES INSECTES MALFAITEURS

Les êtres inconscients qui partagent avec l’homme le vaste domaine de la terre suivent, avec une obéissance inflexible, les lois instinctives qui assurent la conservation de leur espèce dans l’espace et dans le temps. Nous sommes habitués, en les étudiant, à les animer de nos passions, et à comparer leurs habitudes invariables à nos actes multiples et volontaires. Nous appelons chasseurs ou guerriers tous les animaux qui se nourrissent de proie vivante, soit qu'ils la poursuivent au vol ou à la course, soit, bien plus fréquemment, qu’ils lui dressent des embuscades, et c’est en ce genre que les insectes sont les plus habiles et savent construire les pièges les plus perfectionnés.

Dans le même ordre d’idées, c’est l’épithète de malfaiteurs qui convient assurément à ces animaux s'introduisant par ruse dans la maison d’autrui, pour y commettre, non pas quelque larcin, mais pour affamer ou détruire les enfants de leurs hôtes, par la substitution de la progéniture vorace de l’envahisseur. On a bien des fois raconté les mœurs cruelles qui sont des caractères naturels de la famille des Coucous, car on les retrouve chez les espèces de tous les pays de la terre. La femelle de ces oiseaux ne sait pas construire de nid ; elle pond un œuf sur le sol et l’introduit dans son large gosier. Puis elle s'envole et va le dégorger dans le nid d'un passereau de plus petite taille que sa propre espèce. L’œuf du coucou s’intercale entre ceux des fauvettes et la mère imprévoyante, ou plutôt condamnée à cette tâche ingrate par des lois éternelles, couve, fait éclore et nourrit l'étranger avec ses propres enfants. Le ménage s’épuise à apporter des insectes au jeune coucou, très-vorace en raison de sa plus grande taille. Quand il a grossi aux dépens de ses infortunés corhpagnons faméliques, il jette hors du nid d'un coup d’aile les oisillons qui l'entourent.

Lue analogie de mœurs frappante nous est offerte par des insectes coléoptères de la tribu des Cantharidiens, c’est-à-dire par ces insectes dont plusieurs ont les tissus remplis d'une substance vésicantc énergique, et dont la Cantharide des pharmacies (vulgaire-

ment mouche cantharide, mouche d' Espagne) est le type. Les femelles ne s’introduisent pas dans la demeure du voisin, pour y pondre directement. Elles confient leurs œufs à la terre des prairies couvertes de. fleurs ou aux alentours des nids d'un grand nombre d’abeilles solitaires, qui construisent dans la terre, sur les talus principalement, la résidence de leurs enfants abondamment pourvue de miel et de pollen, touchante mais aveugle sollicitude de la mère pour une postérité que d’ordinaire elle ne verra pas éclore.

Les jeunes larves des Cantharidiens, douées de longues pattes crochues, qui les ont fait appeler triongalins, savent se cramponner aux poils des abeilles solitaires, soit quand celles-ci butinent sur les fleurs, soit lorsqu'elles se glissent dans le boyau d’entrée qui les conduit à leurs œufs.

La mère transporte ainsi son plus cruel ennemi dans la place, car les jeunes Cantharidiens doivent se repaître de la pâtée mielleuse destinée aux enfants de l’abeille, et manger en outre ceux-ci dans l'œul ou peut-être aussi à leur naissance. Chose singulière 1 on n'a pu encore suivre les transformations de la Cantharide même, bien qu’elle ait certainement ces mêmes mœurs, et quoiqu'elle soit, si commune parfois que scs immenses essaims, d’un magnifique vert doré, dépouillent en peu de jours do leurs feuilles les frênes ou les lilas de nos jardins. Newport et M. Fabre ont constaté la curieuse existence à l'état de pa- ; rasite des maisons des abeilles, des premières formes I dns Méloés et des Silaris. Les premiers sont les coléoptères noirs à ailes avortées, à corps mou et massif, laissant suinter un liquide jaune et âcre quand on les touche, marchant au milieu des gazons ou sur les terrains arides, surtout au printemps, avec des femelles énormes comparativement à leurs petits mâles; les seconds, de plus faible taille, sont bruns, et se tiennent sur les talus ou sur les murailles fréquentés par les abeilles solitaires, qui établissent j leurs nids dans les trous. Toutes les femelles des Cantharidiens sont remarquables par l’ampleur de leur ventre traînant sur le sol, et qui empêche souvent de voler celles de la Cantharide officinale, dont le mâle, au contraire, s’agite dans les airs, resplendissant sous le soleil. Une extrême fécondité est en effet indispensable à ces espèces, dont la plus grande partie de la progéniture doit mourir de faim, si elle n’a pas la chance de rencontrer les hyménoptères qui la porteront chez eux se repaître du festin préparé pour d’autres.

Nous prendrons comme exemple de ces étranges malfaiteurs à domicile, une espèce toute récemment découverte à Montpellier, par M. Valéry Mayet, dont l'intéressant travail est encore inédit. Une courte analyse en a seulement été donnée à la dernière réunion à Paris des Sociétés savantes des départements.

Les insectes coléoptères apparaissent d’ordinaire sous quatre étals, l'œuf, la larve, la nymphe et l’insecte parfait. Chez les Cantharidiens ou Vésicants, pa-

rasites des nids de plusieurs espèces d'abeilles solitaires, la complication du développement est bien plus grande, puisqu'ils revêtent sept formes successives différentes : œuf, triongulin ou première larve qui mange l’œuf de l’hyménoptère, la seconde larve qui dévore le miel, la pseudonyniphe, la troisième larve, la nymphe et enfin l'insecte parfait. Pour la troisième lois M. Y. Mayet a levé le voile qui recouvre des transformations si étranges en étudiant une espèce nouvelle le Silaris colletis. M. l'abre, d'Avignon, avait autrefois décrit toutes les phases du Si tans muralis, espèce plus commune, et qu’on trouve dans toute la France. Le Sitaris colletis vit en parasite dans les cellules construites par une abeille pionnière, le Colletés succinctus. C’est au début du mois do septembre que les femelles déposent leurs œufs dans les corridors que les abeilles creusent dans les talus des sablières où elles font leurs nids. Au bout de quinze jours, c’est-à-dire du 15 au 50 septembre, les petites larves sont écloses et profilent, des ! allées et venues des abeilles en train de construire les cellules, pour se cramponner aux pattes do ces dernières, et de là passer prestement sur leur dos, en s’accrochant aux poils avec leurs griffes.

L’abeille ( Colletés ) pond un œuf dans une cellule remplie de miel et le colle contre la paroi, à deux millimètres au-dessus du miel, et non au milieu sur le miel, comme le font les antliophores. A ce moment le triongulin parasite, quittant la fourrure de l’insecte, saute sur cet œuf et commence à le dévorer, pendant que l’abeille confiante ferme sa cellule, en y laissant l’ennemi et la victime, et va recommencer ailleurs son travail.

On trouve parfois des cellules pleines de miel où se rencontrent seulement les cadavres de plusieurs triongulins. Voici l’explication de ce fait. Il peut arriver que plusieurs triongulins envahissent l’œul ensemble, et alors il Y a nécessairement combat, car l’œuf de l’hyménoptère est juste suffisant pour la nourriture d’un seul triongulin, et doit appartenir au plus fort, comme prix de son triomphe; les morts sont précipités dans le lac de miel. Si pendant la lutte de plusieurs de ces larves, lutte <pii d’aventure dure vingt-quatre heures, malgré les mandibules aiguës dont les combattants sont armés, un triongulin a déjà réussi à entamer la peau de l’œuf, le vainqueur n’est pas au bout de ses peines. 11 a encore à se débarrasser du concurrent qui a entamé l’œuf. Celui-ci, gonflé par les sucs nourrissants qu’il a absorbés et qui distendent son abdomen, ne peut quitter la place et bientôt il est blessé à mort. Cela fait, le vainqueur arrive à l’œuf pour lequel il a tant combattu ; mais le plus souvent, il meurt, faute de nourriture pour atteindre sa second métamorphose. En général, les cellules où ont eu lieu des combats ne renferment que des triongulins englués dans le miel, et les larves de Sitaris qui achèvent leurs métamorphoses sont celles qui ont été assez heureuses pour posséder à elles seules l’œuf de l'abeille.

Au bout de huit jours, la dépouille de l'œuf du Colletés complètement vidée s’est affaissée le long de la paroi de la cellule.

Le. triongulin y est accroché la tète en bas, à l’état de véritable boudin, tant il est repu. Il ne tarde pas à changer de. peau, et alors, en octobre et novembre, apparaît la seconde larve mellivorc, qui se met à la nage sur le bain de miel qui doit la nourrir. Longue, au début, de deux millimètres, elle passe tout l'hiver à absorber le miel, et atteint au terme de sa croissance, c’est-à-dire en avril ou mai, une longueur de 7 à 9 millimètres.

A ce moment cette larve cesse de manger, et, quinze jours après, à travers sa peau devenue transparente on aperçoit un nouvel étal qui est la pseudonymphe. C’est en réalité une nouvelle forme de larve; mais son immobilité absolue, son apparence de chrysalide lui a valu, de la part de Newport, ce nom de pseudonymphe. Cette quatrième forme dure à peu près deux mois et demi. A la fin de juillet ou au milieu d’aoùt ou aperçoit, à travers la peau de la pseudonymphe, un cinquième état, qui est la troisième larve.

Celle-ci ressemble fort à la seconde larve, ne mange rien et ne sort pas de l’enveloppe de la pseudonymphe. Au bout de huit jours se montre la vraie nymphe, blanche comme la larve qui l’a précédée, et qui reproduit, ébauchés et repliés, tous les organes externes de l’insecte parfait.

Cette forme ne dure guère que dix jours, au bout desquels, toujours à travers l’épiderme de la pseudonymphe qui emboîte les états suivants, on aperçoit l’adulte. Celui-ci ne tarde pas à percer ses enveloppes, à refouler le sable au-dessous de lui et à gagner la lumière, au mois de septembre. La série des hypermétamorphoses a donc duré une année ; il y a par exception quelques Sitaris retardés qui y passent deux ans.

L’adulte, en liberté sur les talus, ne prend pas de nourriture et n'est occupé que du soin de la reproduction. Chez une grande partie des insectes la durée des formes larvaires ou de seule nutrition est de beaucoup la plus longue ; ainsi l’entomologiste Riley cite deux espèces de cigales d’Amérique, dont l'une pusse treize ans en larve et l’autre dix-sept, et toutes deux seulement un mois à l’état adulte. Les Sitaris s'accouplent sur les talus des sablières, le mâle agitant continuellement ses mandibules, ses pattes et ses antennes, la femelle immobile. L’accouplement dure de 15 à 20 minutes, cl, une ou deux heures après, la femelle pond, dans les couloirs des Colletés, 250 à 500 œufs en quelques petits tas. quinze jours après éclosent les petits triongolins, et le cycle des métamorphoses recommence. Maurice Girard.

— La suite prochainement. —

LE BÀZA IIÜPPÊ DE L’INDE

Parmi les oiseaux de proie ignobles, à la suite des Milans au vol rapide, les ornithologistes placent un

certain nombre de rapaoes, dont les uns se rapprochent du genre Milan proprement dit par leurs ailes longues et pointues, leur queue profondément échancrée, leur bec à peine crochu, leurs doigts relativement faibles , tandis que d’autres ressemblent aux buses par leurs rcclrices presque égales entre elles, leurs ailes très-amples mais légèrement arrondies, leurs pattes courtes, assez robustes, et emplumées dans leur portion supérieure. Tels sont les Nauclers qui habitent l’est et le nord du continent africain, les Elanes et les Gampsonyx qui se trouvent à la fois dans le sud de l’Afrique, dans la péninsule indienne , aux Célèbes, en Australie , dans l'Amérique centrale et méridionale, les Ictinies, les Cymindis et les Dindons qui sont tous américains, les llondrées qui sont répandues sur la plus grande partie du globe et dont noire Bondréc commune ou Buse apivorc peut être considérée comme le type, et enfin les Bazas ou Buses huppées sur lesquels nous nous proposons d’appeler l’attention de nos lecteurs.

Les Bazas se distinguent des genres voisins par leur bec petit, mais fortement recourbé , muni de chaque côté de deux dents acérées à la mandibule supérieure et de trois ou quatre pointes à la mandibule inférieure , par leur tarses courts , épais, emplumés supérieurement et réticulés sur la face postérieure, par leur doigt externe qu’une membrane réunit au doigt médian, et par leur tète ornée de plumes allongées qui forment en arrière une sorte de huppe. Ils ont les ailes longues, de forme presque aiguë, la troisième penne dépassant toutes les autres,

la queue large, à peine fourchue ou coupée carrément à l’extrémité. Ce sont des oiseaux de petite taille, ne dépassant guère en grosseur notre Pigeon ramier, et présentant de grandes affinités avec les

Bondrées ( Pernis ) ; aussi les ornithologistes les mettent à la suite de ce dernier genre, et les répartissent en un certain nombre d’espèces qui vivent soit en Afrique, à Natal et à Madagascar, soit dans l’Inde, à Ceylan, dans la péninsule malaise, à Célèbes, aux Moluques et dans le nord de l'Australie.

De toutes les espèces indiennes, l’une des plus remarquables assurément est le Daza lopholes dont nous publions aujourd'hui des figures exécutées d’après des individus qui sont arrivés cette année même en Angleterre, et qui ont vécu quelques jours dans le jardin de la Société zoologiquc de Londres.

C’est en 1823 qu'il fut fait mention, pour la première fois, de cette belle espèce d'oiseaux de proie , Temminck ayant publié, dans scs Planches coloriées , sous le nom de Falco Lophotes ou Lopliotes huppart un spécimen rapporté de Pondichéry, par le voyageur Leschenault. Bientôt après , l’exemplaire qui avait servi de type à la planche de Temminck et qui fait encore partie des collections du Muséum d’histoire naturelle , lut décrit par Bonnalerre et Vieillot, par Lesson et par Cuvier, sous les noms de Buleo cristalus, de Lopholes indicus et de Bondrée huppée de Java; enfin, plus récemment encore, Jerdou, dans ses Oiseaux de l'Inde, consacra quelques lignes à cette espèce qui, ditil, est assez rare dans le sud de l’Hindoustan ,

Baza huppé de l'Inde, vu de lace.

mais qui se rcnconlre un peu plus commune- de même couleur, les rémiges noires en dessus et

ment dans le bas Himalaya. L’oiseau adulte a les grisâtres en dessous, les pennes secondaires en grande

parties supérieures du corps d’un noir brillant, à partie blanches sur leurs barbes externes, marquées rellcts verdâtres, une crête occipitale assez longue, de brun marron sur les barbes internes et teintes de

Baza huppé de l’Inde, vu de profil*

noir à l’extrémité, les scapulaires également ornées que le dos, en ayant toutefois des reflets moins vende quelques taches brunes, la queue d’un noir ver- dâtreset plus bruns; au contraire, la gorge est d'un

dàtre très-brillant en dessus et d'un gris argenté sur blanc pur ; un peu plus bas, sur la poitrine appa-

la face inférieure. Les côtés de la face et du cou, de raissent quelques plumes d’un noir verdâtre, et

même que le menton, présentent la même coloration plus bas encore une large bande marron, suivie de

zones de même couleur qui se succèdent régulièrement. sur tout l’abdomen, mais qui vont en diminuant de longueur vers les lianes et du côté de la queue. Celle-ci est recouverte à sa base, en dessous, par des plumes complètement, noires, tandis que les couvertures inférieures des ailes sont en partie d’un noir verdâtre, les autres d’un brun grisâtre. Le bec et les pattes offrent une teinte plombée. Chez les jeunes, la crête est beaucoup moins développée, les côtés de la face et la gorge sont tachetés de cendré brunâtre, et les maculatures rougeâtres sont beaucoup moins prononcées que chez l’adulte.

Comme nous le, disions plus haut, le Baza Lophotes est d'assez petite taille, et ne mesure guère que 3G à 39 centimètres de long et 82 centimètres d’envergure. Il se rencontre parfois seulement dans le Bengale, mais encore dans la Birmanie britannique et dans l’ilc de Ccylan, mais il est. si peu répandu partout que, jusqu’à ces derniers temps, il n’avait jamais été ramené vivant en Europe et qu’il n'est représenté, dans la plupart des musées, que par un très-petit nombre d’exemplaires. Il n’est pas étonnant, dès lors, que l’on n’ait que très-peu de renseignements sur ses mœurs. Tout ce qu'on sait, c’est qu’il se tient de préférence dans les régions boisées et qu’il se nourrit d’insectes et, plus rarement, de petits oiseaux; il a donc à peu près le même régime que notre bondréc, à qui son genre de nourriture a valu le nom d 'apivore. Il ne plane pas, comme beaucoup d’oiseaux de proie, et il a, paraît-il, le vol trèscourt. Lorsqu'il est au repos il relève fréquemment les plumes qui garnissent la partie postérieure de sa tête, ce qui lui donne une physionomie tout à lait singulière, fort bien rendue par l’artiste dans les figures ci-jointes. Malheureusement les ornithologistes établis dans l’Inde, et ceux même qui s'occupent plus spécialement d’oologie, tels que M. Allan Hume, n'ont pu, jusqu’à ce jour, observer la nidification ni même se procurer les œufs de cette belle espèce, et, sous ce rapport, le Baza erylhrolhorax de Célèbes, le Baza cuculoïdes du Gabon et la plupart des oiseaux du même genre ne sont pas mieux connus. E. ÜUSTAI.F.T.

CHRONIQUE

Découverte d’un tunnel Romain. — En cherchant l’endroit le plus convenable pour la disposition d’une conduite d’eau entre Tondja et Bougie, les agents des pouls et chaussées s'aperçurent que les Romains les avaient devancés dans ce travail. Un tunnel de 2", 15 de hauteur et O", 60 de largeur fut mis à découvert. Ce tunnel est probablement, dit la Kabylie, celui dont l’existence est révélée par une inscription trouvée à Lambéoc, sous le règne d’Antonin le Pieux ; il a été construit sur les indications d’un vétéran de la troisième légion Auguste, nommé Ilonius Datus. M. Ecroud, dans son Histoire île Bouijie, rapporte que le tunnel fut attaqué des deux côtés; lc*s alignements n’ayant pas été observés avec précision, il Cillut avoir recours à l’ingénieur et le faire venir pour ré-

I parer la faute commise. Lorsque deux mille ans après ces , constructions, onexamine ce tunnel, la pensée se reporte vers la hardiesse du génie de ce peuple qui, avec des moyens d’étude insuffisants, était parvenu à accomplir des choses qu’il n’est pas toujours donné aux peuples modernes de dépasser. Si l’on juge par les parties de tunnel qu’on a déjà déblayées. il pourra être utilisé pour l’aqucduc projeté, au grand avantage des intérêts de la ville de Bougie.

I.a recherche de Franklin — Les recherches des débris de l’expédition du célèbre navigateur perdu dans les glaces ont duré trente ans. Au moment où l’on croyait tout souvenir abandonné, lady Franklin, malgré son âge et les sacrifices précédents, organise une nouvelle expédition. Un navire de 45’J tonneaux, le Pandora a été acheté par le commandant Yong, chef de l’expédition. Ce navire vient de quitter récemment les côtes de l’Angleterre. Le commandant Yong a fuit plusieurs campagnes dans les mers arctiques; maitre d’équipage sous Mac Clinlock, à bord du Fox, il participa à la découverte du passage au nord ouest. Quoique cette expédition soit organisée avec des ressources particulières, elle comporte toutes les installations nécessaires pour la mener à bonne fin. On a profité des dispositions prises dans l’expédition arctique du gouvernement anglais, pour les reporter sur le Pandora. Le. corps du navire aussi bien que les détails secondaires, ont été l’objet de soins minutieux.

BIBLIOGRAPHIE

Recherches sur les phénomènes de la digestion chez les insectes, par F. Plateau, professeur de Zoologie à l’Université de Gand. In-4”. — Bruxelles, 187 1.

Le très-remarquable travail de M. F. Plateau est appelé à modifier profondément les opinions des physiologistes sur les fonctions digestives des insectes. De fausses analogies avec les Vertébrés avaient conduit les auteurs à des erreurs fort graves. Les phénomènes digestifs ont été suivis chez ces petits animaux par la dissection, jointe à dos alimentations variées et à des jeûnes, par l’analyse des liquides sécrétés et par des expériences de digestions artificielles. Le résultat capital, c’est qu’aucune partie du tube digestif des insectes n’offre de sécrétion normale acide analogue au suc gastrique, mais toujours des sécrétions alcalines ou neutres. En outre l’organe, appelé gésier chez beaucoup d’insectes, n’est aucunement un appareil de trituration supplémentaire, comme le gésier des oiseaux Gallinacés, car les matières qui l’ont traversé se retrouvent, après le passage, en parcelles de même forme et grandeur qu’avant l’opération. Il devient, dès lors, nécessaire de changer les noms anatomiques de gésier et d’estomac, ou ventricule chylifique, donné à deux régions de l’appareil digestif des insectes, afin de ne pas laisser dans l’esprit dos idées fausses. M. F. Plateau propose, avec raison, de les appeler appareil valvulaire et intestin moyen. Il a reconnu enfin que le produit des glandes salivaires normales des insectes a, comme la salive des Vertébrés, la propriété de transformer rapidement les aliments féculents en glucose soluble et assimilable.

Le phylloxéra et les vignes de l'avenir, par P. Guf.rin, membre de plusieurs sociétés d’agriculture. — Paris, Librairie agricole, 26, rue Jacob, 1875.

Je ne partage pas l’opinion pessimiste de l'habile agronome qui a écrit ce livre, lorsque, on terminant, il fait

entrevoir aux viticulteur* l’espérance de réédifier leurs cultures à peu de frais, avec des espèces qui défieront les intempéries, l’oïdium et le phylloxéra; mais, comme l’avenir ne nous appartient pas, il est permis de tout prévoir, et l’attention du public est aujourd’hui appelée sur les vignes américaines qui résistent au fléau. M. P. Guérin, après une étude résumée du phylloxéra, où il a bien voulu citer mes travaux, examine les diverses opinions émises au sujet de la maladie actuelle de la vigne. Il étudie ensuite les cépages américains, en insistant sur ceux qui résistent au phylloxéra et leurs divers systèmes de propagation (semis, marcottage, bouturage, greffe), puis examine la vendange, la vinification et la qualité des vins. D'intéressantes observations recommandent ce livre aux agriculteurs, et mon témoignage n'est pas suspect, puisque je suis en désaccord formel avec l’auteur sur les principes fondamentaux. En fait de science d’observation, nous nous inclinerons tous devant l’expérience future.

Maurice Girard.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 12 juillet 1875. — Présidence de M. Fkémy.

Préparation du tungstène. Pour obtenir le tungstène à l'état de pureté, M. Ferdinand Jean commence par attaquer le wolfram par un mélange de sel marin et de | carbonate de chaux; puis il reprend la matière par l’acide , chlorhydrique. Le produit consiste en acide tungstique qui, sous l’influence réductrice de l’hydrogène, donne le métal parfaitement pur. A celte occasion, l’auteur annonce que, d'après ses analyses, la composition admise par Ebelmen pour le wolfram est la seule exacte. Le minéral est bien réellement constitué par du tnngstate double de protoxyde de fer et de manganèse. Le sesquioxyde de fer qu’il contient quelquefois en très-petite quantité est purement accidentel.

Magnétisme. — De très-curieuses expériences sont rom- j muniquées par M. Choquart, doyen de la Faculté des sciences de Nancy. Une étincelle électrique étant produite dans un tube de Gessler, on en approche le pôle d’un fort aimant, en même temps qu’on en étudie les caractères dans le spectroscopc. Dans certaines circonstances, c’està-dire quand le tube est rempli de certaines substances, on trouve que le spectre devient beaucoup plus brillant qu’en l’absence de l’aimant, et que le nombre de scs raies est singulièrement augmenté. Avec d’autres matières, c’est le résultat inverse qu’on observe ; il y a diminution dans le nombre des raies, et quelquefois même extinction totale du spectre. Ce sont là des phénomènes non encore étudiés , mais qui sont évidemment de nature à exciter au plus au point l’attention des chimistes et des physiciens.

Histoire naturelle de l'ammoniaque. — En présence du rôle immense que joue l’ammoniaque dans l’économie de notre globe, et tenté sans doute par la difficulté même du sujet, le savant directeur de l’école d’application des tabacs, M. Schltessing a voulu déterminer le mécanisme en vertu duquel ont lieu les échanges d’ammoniaque entre la terre, l’océan et l’atmosphère. Dans un appareil convenablement disposé, il a mis en présence d’une atmosphère dont il savait faire varier la composition, une certaine quantité d’eau de mer représentant l’océan, et une masse de terre figurant la surface du sol. Des dosages précis et nombreux lui ont montré que la terre emprunte son ammoniaque à l’air, et ne rend l’azote que sous la forme de nitrates solubles. Ceux-ci entraînés dans l’océan y su-

bissent la transformation inverse qui leur permet d’entrer de nouveau dans la constitution de l’atmosphère.

Fer météorique. — En 1833, il tomba dans le comté de Dickson, aux États-Unis, une masse de fer météorique qui devint la propriété de M. Troost (de Mobile). Celui-ci, connu par des travaux de chimie, se disposait à publier l'analyse du fer quand il vint à mourir, et ses collections restèrent sous le séquestre pendant de très-longue* années. M. Laurence Smith chargé récemment du dépouillement de ces collections, reprit l’étude commencée. 11 adresse aujourd’hui à l'Académie le résultat d’une analyse complète et, pour être déposée au Muséum, une lame du fer partiellement attaqué par un acide; et un moulage en plâtre de la masse primitive.

Acide borique trempé. — On sait que le verre trempé présente au polariscope dos sortes de centres doués d’activité sur la lumière, ma ; s que le recuit fait disparaître. D’après M. Victor de Luvnes, l’acide borique fondu soumis à la trempe se comporte, comme le verre, avec cette différence que le recuit ne lait pas disparaître les propriétés acquises. En même temps l’auteur étudie l’action de l’air humide sur l’acide borique trempé: la croûte externe est très-peu hygrométrique, tandis que la région interne absorbe l’eau avec rapidité. Il en résulte qu’une petite lentille d’acide borique abandonnée dans l’air humide, subit les modifications de formes les plus bizarres. >1. de Luvnes en donne l’idce par un tableau exposé sur le mur de la salle. Il se produit finalement deux cônes opposés sommet à sommet, et offrant les accidents de forme les plus capricieux. M. de Luy nés pense qu’un gonflement analogue peut s’opérer dans d’autres substances vitreuses, et il émet l’opinion que certains phénomènes géologiques peuvent lui devoir naissance.

Orage en Suisse. — M. Colladon (de Genève) décrit une épouvantable trombe de grêle, qui s'est abattue récemment aux environs de Genève, de Lucerne et de Zurich. De onze heures à minuit, on observa saris interruption de deux à trois éclairs par seconde, soit environ 9,000 éclairs à l'heure. Les grêlons avaient, pour la plupart, de 10 à 20 millimètres de diamètre, mais beaucoup atteignaient 00 millimètres et qu Iques-uns même un décimètre. Us étaient en forme de disques aplatis, à structure radiée et donnaient assez bien l’idée do tranches de citron. Inutile d’ajouter que la contrée visitée par le météore a été ravagée d’une manière complète.

La plupart des arbres étaient dépouillés non-seulement de leurs feuilles mais encore de leurs branches.

Stanislas Meunier.

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