EN ISLANDE
Nous avons déjà parlé des éruptions volcaniques, qui viennent de dévaster une partie du territoire de l'Islande *; le dernier courrier nous apporte sur ces terribles phénomènes des détails circonstanciés qui nous permettent, de donner une description à peu près complète des immenses dégâts qu’ils ont occasionnés. Depuis la tin de décembre 1 874 et surtout dans les premiers jours d’avril 1873, plusieurs éruptions ont été accompagnées de jets de cendres si abondantes qu’elles ont voilé la lumière du jour, et qu’elles sont retombées en pluie sur le sol, en couvrant d’une couche de 5 à 6 centimètres près de 800 kilomètres carrés du territoire islandais. De véritables nuages de ces poussières ténues ont été emportées par les courants aériens au delà des mers, et sont tombées jusqu’en Norwége, comme nous l’avons dit précédemment. On a évalué à environ quatre millions de kilogrammes la quantité de cendres qui a recouvert les campagnes et les habitations. Plus de 3,000 habitants ont été ruinés par ce fléau ; et comme nos malheureux inondés de la Garonne, ils se sont trouvés subitement sans ressources.
Le 20 avril, après une période de repos relatif, les grondements souterrains se sont fait entendre de nouveau avec une extrême violence ; pour la huitième fois, des cratères béants formés au sommet des plateaux de Jokulsae et de Myvatu, ont éclairé le ciel de lueurs sinistres, lançant dans l’espace des blocs de rochers, et inondant les environs de véritables fleuves de lave incandescente. Des naturalistes islandais ont pu s’approcher du théâtre de ces bouleversements, et ont vu se former sous leurs yeux un cratère qui s’est élevé subitement non loin de Sci nugja. Là où naguère s'étendaient de grandes plaines couvertes de l’herbe spéciale à l’Islande, on ne voit plus qu’un amoncellement désordonné de rochers, où s’ouvrent çà et là les bouches des nouveaux cratères, s’étendant les uns à côté des autres sur la même ligne.
Ces phénomènes successifs ne devaient être que le prélude d’actions volcaniques plus intenses encore. Le 1 0 mars, les cratères islandais, vomirent des torrents de lave, qui se répandirent sur tous les plateaux de Myvatn, sur une longueur de 5 kilomètres, et sur une largeur variant de 500 à 1,200 mètres. Le 27 du même mois, les flammes s'offrirent encore aux yeux des habitants épouvantés ; et les niasses de pierres, vomies par les volcans, dépassent de bcau-
* Voy. n* 11)7 du 1!) juin 1875, p. 34.
coup celles ([ne les éruptions ont produites clans les temps modernes. On peut comparer ce phénomène à celui des éruptions du Vésuve qui ensevelirent jadis llcrculanum et Poinpéi.
Des témoins dignes de loi aflirment que les pierres les plus volumineuses lancées par les volcans,, i s’élevaient à une telle hauteur dans l’atmosphère. ! que leur chute durait pendant quarante-cinq secon- | des, avant de rencontrer la surface du sol. Quant aux pierres de petite dimension, elles s'élevaient si haut qu’on les voyait disparaître au sein des nuées supérieures; elles ne retombaient que [dus tard à 1
des distances des cratères souvent considérables. Partout aux alentours des volcans, le sol crevassé, est baigné de Ilots de lave incandescente, qui roule parmi de fécondes vallées au milieu desquelles ils apportent la dévastation le plus complète.
Les éruptions volcaniques, dont l’Islande vient d'être la scène, doivent être certainement rangées parmi les plus terribles, dont les habitants de ce pays ont été les témoins, quoique la constitution de cette île ait éprouvé bien fréquemment des modifications funestes. Les plus désastreux de ces phénomènes sont ceux de 1755, et surtout de 1785, où
Eruption volcanique en Islniule
les éruptions furent accompagnées de tremblements de terre.- En 1783, la rivière de Skapta, qui traversait la partie la plus riche et la plus fertile de l’ile, fut complètement desséchée à la suite des tremblements de terre ; et tout son bassin devint un désert absolument dénudé. Ce cataclysme fut suivi d’une épidémie qui causa la mort de la plupart des chevaux et du bétail en Islande, et qui fit périr un nombre considérable d’habitants.
L’éruption de 1783 paraît avoir été plus terrible qu’aucune de celles dont les annales de l'histoire font mention. Un mois avant que l’éruption ne se manifestât sur la terre ferme, un volcan sousmarin fit explosion à 44 kilomètres S.-O. du cap Rckianess par 63°65 de latitude N., et 23°4 4 de longitude occidentale. Il vomit une si grande quantité
de ponces, (pie l’Océan en fut couvert jusqu'à la distance de 516 kilomètres, et que cela occasionna un retard considérable dans la marche des vaisseaux. Une île nouvelle sortit des eaux ; elle était formée de masses rocheuses, d'où s’échappaient en deux ou trois points différents, du feu, de la fumée et des ponces. Elle fut réclamée par le roi de Danemark, qui la nomma Nyoë, ou l'ile nouvelle ; mais avant qu’une année entière fût écoulée, la mer reprit son ancien domaine, et il ne resta de Nyoë qu’un récif de rochers, se trouvant de 5 à 50 brasses au-dessous de la surface des eaux*.
En 1 845, le sommet du mont Ilécla fut dispersé par des explosions volcaniques, et la montagne per-
1 Sir Ch. Lycll, Principes île géulogt ,
tent avec îles débâcles de glace et d'eau, et couvrent plusieurs kilomètres carrés de nappes de roche solide, il est clair qu’il n’cst guère possible d’imaginer dans toutes les forces de la nature de plus puissant agents de changements superficiels 1 . »
L'histoire des éniptions volcaniques de l’Islande remonte au neuvième siècle de notre ère, mais d'après sir Ch. Lvell, on a la preuve manifeste que, depuis le commencement du douzième siècle, jamais un intervalle de plus de quarante années, et même très-rarement de vingt, ne s’est passé sans qu’une éruption ou un tremblement de terre violent n’ait eu lieu. L’énergie de l'action volcanique est si in-
1 Poulet Scrope, les Volcans.
tense dans cette région que plusieurs éruptions de l’Ilécla ont duré six ans , sans discontinuer. Des tremblements de terre ont souvent ébranlé l’ile entière et y ont occasionné de grands changements à l’intérieur, tels que l’abaissement de collines, le déchirement de montagnes, le déplacement du cours de certaines rivières, et l'apparition de lacs nouveau.
O 11 conçoit que dans de telles circonstances , l’Islande est de tous les points du globe celui où le géologue peut le mieux étudier les phénomènes terrestres dus aux feux souterrains. Les paysages cidessus, donnent une idée de l'aspect de son sol tourmenté.