LES DERNIERS ORAGES
Nous avons déj à essuyé à Paris , cette année , un grand nombre d'orages. Nous allons indiquer leur succession avec quelques remarques relatives à leur mode de formation :
1 er mai. Jour de pluie, 7 mra ,2 d'eau sont tombés. Paris a été visité par deux orages. Le premier a duré depuis deux heures jusqu’à six, et le second depuis neuf heures et demie jusqu’au jour. Les deux orages oui été séparés par un intervalle de calme atmosphérique. Le second orage a été précédé par une colonne
de nuages ressemblant à une trombe visible au coucher du soleil. L’orage a été très-rapidement sur Paris. La pluie était d’une violence extraordinaire cl composée de courtes raffales. Les ondées 11 e duraient que deux minutes.
Le temps est resté pluvieux pendant quelques jours et, le 2 mai, le ballon la Ville-tle-Calais, monté par J. Duruof, a rencontré de la neige dans les nuages. Cette neige se fondait et tombait en eau à la surlace de la terre.
Pas de manifestations électriques, enregistrées à Monlsouris, jusqu’au 17.
17 mai. Un orage a éclaté la nuit, surtout dans
Arbre foudroyé dans la lorijt de Saint-Cerraain, le 9 juin 1875 (près de l'Étoile-dc-Iluisson-Ridiaid).
les environs de Paris. Le fort de la tempête a été audessus des étangs de Yillemomble.
18 mai. Orage à 2 h. 45 m. du soir. L’Observatoire n’a pas enregistré l orage du 17. L’orage du 1 8 dura, suivant lui, de 2 à 3 heures. La nuit, de nouveaux éclairs ont apparu.
Le temps devient sec, la chute de pluie est presque nulle. Le 31 mai, on aperçoit le soir de nombreux éclairs. On entre dans une nouvelle période humide.
I er juin. Quelques coups de tonnerre, sans éclairs, dit le Bulletin de Montsouris. Ce fait n’est point étonnant. 11 faut que les éclairs soient très-intenses pour être visibles en plein jour. L’heure de l’orage est, suivant l'Observatoire, de 3 h. 45 à 4 h. 10.
Huit jours plus tard éclatera à la même heure un violent orage.
2 juin. A 5 h. 30, orage et pluie. Les pluviomètres de l’Observatoire ne donnent aucune indication sur la quantité de pluie tombée, qui est considérable, car Montsouris indique G lm,, ,9.
3 juin. Nouvel orage suivi, à 9 h. 50, d’une forte averse. Le pluviomètre de Montsouris a donné 9 mm ,3. L’Observatoire national ne mentionne pas cet orage. Le pluviomètre de la terrasse ne donne que 3 millièmes 97.
4, 5, 6 et 7 juin. Vents faibles ou modérés, temps quelquefois couvert, pas de pluie. Temps homogène sui vaut la période des trois jours consécutifs d’orages, jusqu’à un orage très-violent.
Charrette chargée de paille, foudroyée eu Alsace, à Durrenentzen, le 8 juillet 1875, avec deux voituriers frappés de mort.
L’orage du 7-8 juillet, s’est particulièrement signalé par sa violence: comme celui du 18 juin, il ne s’est pas fait sentir seulement dans les environs de Paris. On n’a pas vu une colonne de grêle comme celle du 16 juillet 1873 sortir des rivages de l’Auniset de la Saintonge, puis traverserobliquemenl toute la France, du nord-ouest pour aller se perdre en Belgique et eu Hollande. Mais l’orage du 7 juillet a bouleversé un district immense comprenant la France, le nord de l'Italie, toute la Suisse, la Hongrie et l’Autriche.
Un orage qui s’était formé au-dessous de Lyon a remonté toute la vallée du Rhône, arriva au Léman, ravagea la ville et le canton de Genève, et, changeant brusquement de direction, remonta la vallée de l'Arve. En même temps d’autres orages indépendants
prenaient naissance à Zurich, à Lucerne, dans le canton du Tessin et le long de ce fleuve.
l.a ville de Bade était en proie à une nouvelle pluie diluvienne. Un orage sorti des montagnes de la France centrale, ravageait Orléans, Paris et se dirigeait vers le nord de la France, les montagnes du Calvados, quoique peu élevées, donnaient naissance à un orage terrible, et la vallée de Lisieux voyait reparaître, sur une échelle proportionnée à sa moindre étendue, les horreurs des inondations de Toulouse.
Une influence générale avait présidé cet événement météorologique, car les journaux nous apprennent que la température avait été extraordinairement élevée en Autriche, en Moldavie, en Turquie, en Italie, dans l’ouest de la Russie çt dans le nord.
L’orage du 7 juillet a été accompagné de chute de pluie prodigieuse à Paris, les udomètres de l'Observatoire oui accusé 17 millimètres d’eau. Dans d’autres régions, la pluie a été bien plus considérable, à Agram, elle était de 20 millimètres, à OfeiiBade de 45, à Goritz de 46. C’est plus de la moitié de la quantité d’eau reçue dans le seul mois de juin qui pourtant a élé exceptionnellement humide.
Arrivant de nuit, l’orage du 7 juillet n’a surpris personne, parce qu'une heure auparavant on voyait les éclairs illuminer l’horizon. On n'a point été étonné d’apprendre qu'il avait éclaté vers minuit au-dessus des villes du nord, parce que pendant une heure on a vu les éclairs s’éloigner à l'horizon, en même temps que les nuées électriques qui les vomissaient.
Le phénomène a été observé par M. Colladon, habile physicien de Genève.
La lettre que M. Colladon a adressée à M. Dumas et dont nos lecteurs connaissent la substance, n’est pas le seul document intéressant que Genève nous ait fourni. M. Gros Claude a observé que le baromètre a monté en une demi-heure de deux millimètres, et qu’en un quart d’heure le thermomètre est tombé de plus de 6 degrés centigrades.
Cette dernière circonstance ne tient-elle point à ce que les nuées épaisses qui passaient au-dessus de Genève étaient chargées d’une telle masse de grêlons que le froid rayonnait à distance?
11 est bon de noler que nombre d’éclairs éclataient sans être accompagnés de coups de tonnerre, et que par conséquent les nuées se foudroyaient souvent l’une l’autre. Dans les orages, les coups de foudre qui parviennent à la surface de la terre sont relativement rares. Il faut que le fluide soit sollicité par de puissantes affinités, pour triompher du peu de conductibilité des régions basses. Le Journal de Genève a enregistré une preuve véritablement saillante du pouvoir do pénétration de certains grêlons. Une vitre, épaisse de deux millimètres, a élé perforée par un grêlon qui y a pratiqué un trou elliptique, ayant 17 millimètres sur 70. On remarquait autour de cette vitre, qui a dû être conservée, une série d’anneaux de même forme, tiès-serrés, parfaitement réguliers, et formant une zone dans laquelle le verre a perdu sa transparence.
Dans beaucoup d’endroits, notamment en Suisse, la nuée chargée de grêlons a suivi le cours des fleuves, ce qui n’avait été jamais constaté d’une façon aussi complète, quoique le fait ait été plus d’une fois soupçonné.
Parmi les nombreux sinistres qui ont été relevés pendant cette période, nous en avons choisi deux qui, parfaitement authentiques, nous ont paru posséder un intérêt tout particulier.
Notre première gravure représente un arbre de la forêt de Saint-Germain qui a été foudroyé avant que la nuée orageuse du 9 juin ait éclaté au-dessus de Paris ; le deuxième dessin reproduit un épisode de l'orage du 8 juillet dans l'Alsace-Lorraine. Deux malheureux paysans, qui suivaient une charrette chargée
de paille, ont été tués par le coup de foudre qui a frappé la meule ambulante à üurrenentzen.
Ce fait me dispense de décrire la nature spéciale du danger qui les menaçaient, car on sait comme il est fréquent de trouver des paysans foudroyés près des meules. Les tiges de graminées, à cause de la silice qu’elles contiennent sont tellement conductrices de l’électricité que les physiciens emploient, les pailles dans leurs électromètres, et que l’on a proposé, non sans raison, d’employer des cordes de paille comme conducteurs de paratonnerres.
On a indiqué un grand nombre d’accidents bizarres, qui, quoique n'étant pas scientifiquement impossibles, ne nous paraissent point avoir élé suffisamment prouvés pour que nous en entretenions nos lecteurs. Cependant nous ne pouvons nous empêcher de signaler le coup de foudre à la soupière Si non è vero è bene trovato. Le feu du ciel tombai l sur une maison, au moment où l’on prenait le repas du soir, aurait été dirigé vers la soupière par la colonne de vapeurs appétissantes qui en sort, et,, sans blesser aucun des convives, a fait éclater la soupière, fondu la louche et emporté le bouillon évaporé, jusqu’aux nuages. Nous avons malheureusement vu, à Maison-Alibrt, deux femmes tuées par la foudre qu’avait attirée une batterie de cuisine !
Un autre événement tragique est digne d’être mentionné.
Le 8, la foudre est tombée dans le département du Cantal (à Baussaroque), sur un châtaignier creux. Deux jeunes gens qui avaient cherché un refuge dans ce lieu sec et obscur, ont élé foudroyés à mort. Il a fallu ouvrir l’arbre avec la hache pour en retirer leurs corps qui avaient élé carbonisés par le fluide. Un de leurs amis, qui n’avait pu entrer dans le tronc trop étroit pour les garantir tous, était resté au pied de l’arbre. Il en a été quille pour la peur.
AV. df. Fonvielle.