I.' Aiguille de Cléopùtre A Londres. — On va
tenter, dit une correspondance du Times , de transporter en Angleterre le monolithe égyptien connu sous le nom d'Aiguille de Cléopâtre, et qui se trouve à moitié enfoui dans le sable, dans un faubourg d’Alexandrie. Les difficultés qu’il faudra surmonter pour cette opération peuvent se résumer ainsi : il y aura à faire un transport d’un mille par terre sur des collines onduleuses de sable, puis il faudra effectuer le transport d'Alexandrie à Londres.
Voici le moyen que l’on propose. 11 faut d’abord changer la forme quadrilatère de l’obélisque contre une forme cylindrique, qui est toujours plus facile à manœuvrer. Pour cela on construira sur chacune des faces du monolithe un revêtement en bois au moyen de poutres solidement reliées les unes aux autres. La forme cylindrique qu’on lui donnera ainsi permettra de faire rouler cette masse jusqu’à la mer sur un plancher construit comme d'ordinaire.
Cette sorte de boite de bois sera appliquée pièce à pièce,
' de manière à ne pas ébranler le monolithe; on ne creusera le sol en dessous que successivement et par parties. Le revêtement de bois appliqué pour faciliter le mouvement de rotation de l’tbélisque aura aussi pour résultat d’augmenter sa masse et de diminuer la pesanteur spécifique de la totalité, de manière à lui permettre de flotter sur l’eau.
I Par le calcul, on trouve que pour rendre cette masse flol- I table, le diamètre de l’obélisque, qui est maintenant d’environ 8 pieds, devra être porté à environ 20 pieds. Pour lui conserver sur l’eau une ligne de flottaison horizontale, il faudra appliquer plus de bois à sa base qu’à son sommet. Quant à remorquer le monolithe jusqu’en Angleterre, à le conduire jusqu’aux quais de la Tamise, en s’aidant do marées successives, et ensuite à le rouler jusqu’à la place qu’il doit occuper, sans lui enlever sa carapace protectrice jusqu'à ce qu’il soit complètement dressé sur sa base, ce n’est pas seulement une opération simple et peu coûteuse, mais elle est surtout exempte des dan. ers qui ont été à craindre pour le transport de l’obélisque de Luxor. On se rappelle que, pour cette circonstance, ou a construit un bâtiment spécial qui, malgré tons les soins possibles, a été sérieusement endommagé en route.
Projet d’un canal dans le Snlmra. — On s’occupe en ce moment en Angleterre d’un projet de fertilisation du tahara en creusant un canal à travers les sables de cet immense désert. Ce nouveau projet fait pendant à celui de la transformation des chotls en mer intérieure.
Ce canal n’aurait pas moins de mille kilomètres (plus de 250 lieues); il s’étendrait do l'embouchure de la Delta, dans le voisinage des caps Juby et Bajador, en face des îles Canaries, jusqu’au coude septentrional du Niger à Timbouctou. L’auteur du projet, dit L’ Explorateur , M. Donald 1 ïlackensie, est d’avis que la conformation même du Sahara est favorable à sa réalisation ; car on a constaté, à 800 kilomètres environ des côtes, une vaste dépression, dont Je fond est à 81) mètres au-dessous du niveau de la mer, ét dans laquelle les eaux de l’océan Atlantique se précipiteraient d'cllcs-mêmes aussitôt qu’une communication serait pratiquée. En tout étal de cause, M. Mackcnsie propose d’organiser une expédition pour établir tout d’abord une station à l’embouchure de la Delta, puis de faire des excursions dans le pays afin de s’assurer de la configuration et de la nature du terrain.
Les buffles blancs au Jardin d’Acelimntation. — Il existe en .Moldavie, au monastère de Izanawoda, une race spéciale de buffles blancs qui ne se reproduisent que rarement ; lorsqu’il en naît un, c’est une occasion de grandes fêtes et de largesses faites par les moines à la population du pays, qui attache à cet événement une croyance superstitieuse ; le Jardin d’ Acclimatation est parvenu à se procurer deux de ces animaux, et a eu la bonne fortune de les voir reproduire à Paris, pour la première fois; le petit buffle blanc est ravissant, il a l’air d’un gros caniche. Le meme jour naissait, au Jardin, un petit chameau à deux bosses qui n’est pas moins curieux.
Ses bosses sont encore absolument vides et pendent sur les flancs. '
Influences délétères de l’air du port de Cal-
Iao. — Les capitaines des navires qui mouillent sur la rade du Callao ont remarqué depuis longtemps que la peinture extérieure subit généralement partout une altération rapide. Les sels de plomb deviennent noirs ; les canols, les mais sont surtout affectés. On s’imagine d’abord que c’est l’eau de la cale qui est corrompue, parce que souvent une odeur
caractérisée se répand dans tontes les parties du navire. On n'a pas encore découvert la cause de ce phénomène ; toujours est-il que l’atmosphère est saturé d'un gaz avant beaucoup de rapports avec l'hydrogène sulfuré. Le cuivre nouvellement fabriqué devient noir. On n’est pas d’accord sur les causes de celte altération ; les uns pensent qu’elle est attribuable à une action volcanique venant du fond do la baie, quoiqu’il n’ait pas été possible de jamais découvrir des bulles île gaz à la surface de l’eau ; les autres veulent y voir une conséquence du méphiti-mc de l’air de la ville deCallao; ses rues laissent beaucoup à désirer sous le rapport de la propreté. Les rues servent d’égouts et de dépôt d’immondices, sans jamais être nettoyées. Ce second motif ne concorderait pas avec l’innocuité qui parait en résulter pour la santé des équipages qui vont passer quelque temps à terre.
Phot»s>‘np1iie «le l'étincelle électrique. — Un
photographe de ’lroy, aux États-Unis, il. Daft, est parvenu récemment à pre dre de très- bonnes photographies instantanées de l'élinccllc éhetrique, jaillissant entre deux liges métalliques, mises en relation avec une forte machine de llollz. Dans quelques-unes des épreuves obtenues, on voit que l’étincelle est divisée en dix stries distinctes, qui offrent l’apparence de. fils extrêmement fins et d'une blancheur éclatante. Il est probable que le métal conducteur n’est pas sans exercer une certaine influence sur la naurc et l’aspect de l’étincelle. M. Paft a l’intention de continuer ces études nouvelles, qui ne m niqueront pas de le conduire à des résultats intéressants.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance ihi 31 mai lST'i. — Présidence de M. Fnruv.
Le phylloxéra. — Le secrétaire perpétuel cxlrait, d'une énorme liasse de communicalions relatives au phylloxéra, un travail dans lequel M. Mouillcfert, délégué de l’ Académie à Cognac, s’occupe de l’extension progressive de l’épidémie. Suivant lui, en estimant à ‘20 kilomètres la distance que le parasite peut franchir dans une année, on exagère beaucoup, et il réduit ce nombre à 10 ou 15 kilomètres tout au plus. De façon que tontes les fois qu’on voit le fléau éclater à 50, 10 ou 100 kilomètres de toutes régions infestées, on doit croire que le mal a été apporté artificiellement. C’est le cas pour Cognac, qui n’a pu recevoir le phylloxéra ni de l’Hérault, ni de la Gironde, et 11. Mouille— fuit, en effet, a retrouvé les ceps de vigne américaine dont l’importation, dans la Grande-Champagne, a provoqué l’explosion de la maladie. Cet'e intéressante observation est confirmée par une autre dont l’Académie reçoit eu même temps la relation. Il s’agit de l’Auvergne où, à la suite d’une conférence, faite par le professeur do botanique de la Faculté de Clermont, sur les caractères des vignes phylloxérées, l’insecte fut découvert dans plusieurs vignobles. Ici encore, ce sont des vignes américaines qui sont cause directe du désastre. Des mesures énergiques sont prises pour empêcher l’extension du parasite ; mais divers indices portent à penser que la maladie date déjà de plusieurs années, pendant lesquelles le phylloxéra aile a pu se répandre au loin, et l’on admet que, si la vigne n’a pas déjà offert [dus de caractères morbides, cela lient à la protoiideur du sol et à la nature robuste des ceps.
Aimantation. — Étudiant les propriétés magnétiques
des fers, des aciers et dos fontes de différentes qualités, JL Jlarcel Depré arrive à cette conséquence imprévue, que la rapidité d’aimantation et de désaimantation la plus grande n’appartient pas au fer doux mais à la fonte grise. Ainsi, le fer doux exige 15 dix-millièmes de seconde pour s'aimanter, tandis que la fonte acquiert l’aimantation en 1 dix-millième de seconde. Los faits décrits par M. Depré auront sans doute des conséquences pratiques.
A propos de l'exposition de géographe. — L’exposij lion de géographie devant appeler à Paris un très-grand nombre de savants étrangers, les organisateurs de cette solennité intellectuelle se préoccupent d’offrir tous les genres d’intérêt aux visiteurs qu’ils attendent. C’est dans ce sentiment que AI. d’Abbadie demande à M. le directeur de l’Observatoire s’il consentira à ouvrir les portes de l’o- | tablisscment qu’il dirige; si surtout, il permettra l’accès de la lunette d’Arago et du grand télescope. Un peu étourdi d’abord de cette demande imprévue, AI. Leverricr hésile un moment à répondre, puis à la suite de longues circonlocutions dans lesquelles il proteste de son vif dé.sir d’etre très-agréable à tout le monde, il finit par avouer que la lunette fortement détériorée par un long usage et endommagée par la dernière guerre, et que le télés; ope actuellement en construction ne seront sans doute prêts ni l’un ni l’autre pour l’époque indiquée. Les lenteurs administratives, dit-il, ont fait perdre, sur chaque affaire, non pas plusieurs jours, mais plusieurs mois.
Election. — Il parait que le ministre demande qu’on lui désigne un membre de l’Académie pour entrer dans le Conseil supérieur des Beaux-Arts, H. Chevrcul est désigné.
Embryogénie. — On renvoie au concours, pour le prix Serres, un volumineux travail de AI. le docteur Georges l’ouchet, sur le développement du squelette de la tête des [lois-ons.
Recherches sur les Acariens. — M. Aleignen communique, par l’intermédiaire de M. Robin, de longues éludes sur les Acariens. L’auteur les a suivis dans toutes leurs métamorphoses, cl il est arrivé à distinguer le sexe des individus qu’il a examinés. Son résultat le plus important est qu’une très-grande quantité d’espèces et mémo de genres qui encombraient la classification ne sont que des états transitoires d’espèces relativement peu nombreuses.
Septicémie. — AI. Felz, professeur à la Faculté des sciences de Nancy, continuant ses recherches sur les maladies septicémiques, agite de nouveau la question de savoir si on doit les attribuer aux infusoires qui pullulent dans les vaisseaux ou à une altération spéciale du sang. 11 penche vers cette dernière solution.
Stanislas Meunier.