DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES
l’exposition des tuileries.
Ledoniaine de la géographie a pris de nos jours une telle extension et les richesses scientifiques accumulées dans cette Exposition sont si considérables que le compte rendu que nous nous proposons d’en donner ici ne saurait être complet, tout en ne portant cependant que sur un point assez spécial.
Notre but sera uniquement de faire part aux lecteurs de la Nature, de nos impressions à l'inspection des objets exposés et de leur signaler les perfectionnements accomplis dans les modes de représentation dont se servent les sciences géographiques.
L’emploi du dessin ou des figures en relief, pour fixer dans l’esprit les résultats acquis des sciences d’observations s’est tellement étendu, que la classification seule de ces genres de travaux, constituerait déjà une lâche longue et difficile. C’est qu’en effet le dessin aide puissamment à l'intelligence des démonstrations, en même temps qu'il évite une tension d’esprit inopportune et fatigante. L’inspection des travaux graphiques de tout genre que renferme l'Exposition rend cette vérité palpable.
Aujourd’hui donc, les dessins géographiques ne consistent plus uniquement, comme à des époques encore rapprochées de nous, eu représentations plus j ou moins exactes, plus ou moins détaillées des territoires et de leurs divisions administratives, ils aspirent, au contraire, à figurer dans des proportions définies, toutes les conditions physiques ou sociologiques des contrées du globe, accessibles à l’investigation humaine. C’est ainsi que nous possédons de nos jours, en nombre immense, des cartes, dessins ou reliefs, pour représenter les résultats géographiques, donnés par les sciences d’observation et que, dans l’Exposition actuelle, la météorologie, la géologie, la botanique, la zoologie, l’anthropologie, la statistique agricole, commerciale et industrielle et d’autres sciences que j'oublie peut-être, ont chacune une importance aussi considérable que la géographie politique proprement dite.
Les remarquables progrès accomplis dans les sciences mathématiques, depuis un demi-siècle, leur diffusion, ont seules rendu possible l’application à la construction des cartes, de principes d’une exactitude rigoureuse. Par ce fait, on a vu graduellement disparaître cette incroyable diversité dans la représentation des formes du terrain qui faisaient, de la plupart des cartes géographiques, autant de produits
de l’imagination des artistes, incapables de subir l’épreuve des vérifications les moins rigoureuses. Sans remonter à des époques où les auteurs des cartes géographiques semblaient se livrer à des fantaisies dignes de nos vieux romans de chevalerie, il nous suffira, pour prouver cette assertion, de présenter à nos lecteurs deux extraits de cartes du dixseptième siècle. Chacun a pu voir quelques-uns de ces travaux, dont beaucoup ne sont, cependant pas sans mérite et dans lesquels le terrain, toujours mal compris, semble vu en perspective de quelque point élevé. C’est ainsi, que dans la représentation d’une région montagneuse, ce terrain affecte souvent la ressemblance avec quelque prairie ravagée par les taupes (fig. 1 et 5). Cette naïveté et ce laisser aller, mis en relief par une carte moderne (fig. 2), sont de règle dans toutes les cartes de cette époque.
Ce passé est loin de nous, mais on rencontre encore nombre de travaux dans lesquels le mode de représentation pèche autant par l’exactitude que par la logique. Cependant, les progrès accomplis n’en sont pas moins incontestables : l’Exposition actuelle en fournit des preuves nombreuses.
Les grands travaux de levés, subventionnés ou dirigés par les gouvernements ou les associations scientifiques, méritent une attention toute spéciale en raison non-seulement de leur importance, mais encore de l’authenticité des résultats qu’ils présentent. Cen'est qu’à leurs sources d’ailleurs que les travaux individuels peuvent ordinairement trouver les éléments qui leur sont nécessaires. Ces grands travaux sont des levés topographiques ou hydrographiques à giande echelle à uo o o ■
Presque toutes les nations du monde civilisé ont des travaux de ce genre à l’Exposition ; quelques-unes, il est vrai, dans des proportions bien infimes, telles que l'Espagne, le Portugal, la Turquie, la Valachie. La Grèce, la Servie, la Moldavie n’ont rien envoyé.
Deux nations seules présentent assembléela graude carte topographique de leur territoire, la Suisse et la France. La carte française du Dépôt de la guerre qui est au j- 0 -i- 0 - 0 - et qui oceupeloutle fond de l'immense salle du congrès ne mesure pas moins de la™, 60 sur 12'“, 50 dans ses deux dimensions. Il est difficile de ne pas être vivement impressionné en présence d’une œuvre aussi colossale. Vu dans sou ensemble, ce travail, on ne saurait lui contester ce très-grand mérite, offre un aspect très-harmonieux. Rien ne choque et tout paraît à sa place. Si, d’autre part, on considère à petite distance chacune des cartes qui le composent, il est impossible de ne pas reconnaître que le modèle du terrain en est à la fois terme et moelleux. Les autres parties de la gravure présentent également une grande netteté et une grande délicatesse. Nous avons déjà, à cette même place 1 , formulé une critique contre ce travail, celle de ne pas donner au lecteur la sensation exacte du relief ; nous avous cherché à démontrer que ce défaut, grave
1 Voy. la Nature, juillet 1873, l" année, p. 115.
scion nous, résultait de la direction admise pour le rayon lumineux, dans l’éclairage des pentes du terrain. Depuis, nous avons acquis la preuve que des hommes très-compétents avaient etc comme nous frappés de cette imperfection. Cette assertion est vérilice d’ailleurs par plusieurs spécimens remarquables de cette Exposition. Nous en reparlerons plus loin.
Les grands travaux topographiques, dont les cartes sont exécutées dans le système adopté par la carte de France, sont ceux de la Suède, de la Russie, de l’Autriche. Plusieurs États se sont contentes de décrire le terrain à l’aide de courbes de niveau équidistantes ; ce sont le Danemark, la Saxe, l’Angleterre, la Belgique, le Portugal, l’Espagne. La Hollande n’a pas ligure le relief du terrain et en avait peu l'occasion en raison de la configuration de son territoire. La Suisse et l'Italie ont figuré le relief à l’aide de hachures représentant les lignes de plus grande pente, mais dans l’hypothèse d’un éclairage oblique à la verticale. Ce choix très-heureux donne aux travaux de ces Etats une vigueur extraordinaire. La carte de Suisse surtout, produit un effet saisissant. Elle est laite avec beaucoup d’art et représente, à notre sens, le plus remarquable travail de l’Exposiliou dans cc genre.
Les autres parties du travail de notre carte d’étatmajor peuvent, croyons-nous, soutenir avantageusement la comparaison avec les cartes semblables des autres puissances. Mais, cependant, on fait presque partout très-bien. Nous sommes aussi persuadé que, la plupart de ces travaux s’exécutant en gravure sur pierre, la confection des caries doit être beaucoup plus expéditive que ne l’a été notre carte de France, laite, on le sait, entièrement à l’aide de la gravure sur cuivre.
Les cartes de Saxe sont gravées avec une délicatesse extrême, peut-être trop grande pour les vues ordinaires. Même observation s’appliquerait aux cartes du Portugal. Les hachures des cartes suédoises, allemandes, autrichiennes ne sont pas atténuées avec assez de tinesse et présentent un travail un peu heurté. Dans les cartes militaires anglaises, pour figurer le relief, on a adopté un système qui est, si l’on peut dire ainsi, le renversement du nôtre. Au lieu de le demander, comme nous, à un procédé de hachures plus ou moins serrées et normales aux courbes horizontales, on l’obtient à l’aide de courbes horizontales de niveau dont le rapprochement de même que l’épaisseur est en raison de la déclivité de la pente à couvrir. Cc système est également basé sur l’hypothèse de l’éclairage du terrain par la lumière zénithale, mais il nous a paru que les contre-sens étaient moins faciles dans ce système que dans celui des hachures et que le relief se liait infiniment mieux, et particulièrement dans les régions très-déclives. L’exposition anglaise présente plusieurs grandes cartes très-belles, exécutées dans ce système. Nous citerons, entre autres, la carte de Raniket dans les possessions anglaises de l’Inde.
Parmi les belles cartes topographiques manuscrites
nous citerons une carte de la Savoie au y g- ô ôS» dressée par les ingénieurs géographes français et dont le terrain est figuré par un lavis dans l’hypothèse de la lumière oblique. Le relief et la perspective y sont admirablement rendus.
La Russie a exposé un certain nombre de cartes topographiques vigoureusement teintées, mais dans lesquelles les défauts dus au choix de la direction zénithale pour la lumière, sont évidents pour les esprits les moins prévenus.
Tour juger des avantages relatifs des modes de représentation du relief du terrain dont nous venons de parler, il est indispensable de connaître d’abord le but qu’on s’est proposé en établissant la carte. C'est ainsi que le système des courbes horizontales équidistantes convient admirablement pour les études des travaux de tout genre, dans lesquels la précision a de l’importance, tels que tous travaux permanents du génie civil ou militaire. Ce n’est plus le même ca,s si le lecteur se propose de juger rapidement de la configuration du sol, comme cela a lieu souvent pendant les opérations militaires. Ce qu’il demandera alors, c'est une image de ce terrain assez ressemblante, laquelle ne pourra lui être donnée que par un système d’ombres modelées exactement d’après l’hypothèse d’un éclairage oblique. Système des courbes horizontales équidistantes sans hachures, et système d’ombres dans l'hypothèse d'une lumière oblique, peuvent donc avoir, à tour de rôle, leur raison d’être exclusive. En aucun cas, au contraire, le système des hachures établies dans l’hypothèse d’une lumière oblique n’a de raison d'être. La confusion du sens des pentes est inévitable pour l’observateur superficiel ; les travaux de précision et de patience ne sauraient en outre s'en accommoder. Le seul mérite de ce système est dans la simplicité du travail des hachures, îégulier et machinal autant que possible (fig. 4, a et 6).
Le Dépôt de la guerre français a fait établir depuis peu de temps, d’après les minutes de la carte d’étatmajor, des planches à plusieurs couleurs dans lesquelles le terrain est figuré par des courbes équidistantes en bistre. Les cartes, pour les portions accidentées surtout, sont très-lisibles et très-claires, et le relief du terrain s’y saisit très-bien, contrairement à ce qui avait lieu pour les cartes ombrées.
L’état-major fédéral suisse, publie un travail qui a quelque analogie avec celui-ci. C’est une amplification au de sa carte au i 00 Voô et dans laquelle le relief du terrain est figuré par des courbes horizontales en bistre. Ce travail, très-beau et trèssoigné, répond certainement à des exigences auxquelles la carte ombrée, malgré sa perfection, ne pouvait satisfaire convenablement.
Cartes chorographiques. — Après les cartes topographiques, nous citerons avant d’arriver aux cartes géographiques proprement dites, c’est-à-dire aux cartes à très-petite échelle, les cartes chorographiques construites à une échelle intermédiaire, et dont l’Exposition présente des spécimens très-réussis.
Les plus belles cartes que nous ayons remarquées dans ce genre, scuvl les suivantes :
Une grande carte de la Russie d’Europe au ^oVro
dont le terrain est ligure à l’aide de hachures couleur bistre. Ce travail a quelque anologie avec la réduction de la carte de notre état-major, à l’échelle
Fig. 4. — Courbes horizontaux équidistantes.
Fig. 2. — Extrait d’une carte moderne représentant le terrain ci-contre.
Fig. 3. — Extrait d’une carte des environs de Paris, 1674.
Fig. 3. — Hachures dans l'hypothèse de la lumière zénithale.
Fig. 6. — Système des cartes militaires anglaises.
de , T0 l 000 . La réduction de la tarte de l’état-major suisse au riôtaô • Rcs cartes du Piémont au j r0 ' 000 311 sôo'uoo Ct une carte de l'Italie méridionale
311 Fîïooô'
Cartes géographiques. — Les cartes géographiques, proprement dites, sont en nombre considérable et chez presque toutes les nations représentées, on en trouve de forts beaux exemplaires.
La Russie expose une grande carte d’Asie septentrionale très-expressive. Les montagnes teintées au bistre sont très-bien modelées. 11 est regrettable (pie cette carte ne soit que manuscrite. Les cartes d’italic, de Suisse, de France, réductions de celles des
états-majors et laites sous la direction des gouvernements de ces pays, sont très-barmonieuses et très-
claires. L'atlas du colonel Don F“ Cocllo , dans l'exposition espagnole, si peu fournie, présente un remarquable travail de gravure.
Le relief parait expressif et dans un genre qui rappelle celui des cartes topographiques militaires anglaises. Les caries géographiques allemandes, suédoises, anglaises , hollandaises o firent souvent le défaut suivant. L’orographie, l'hydrographie, les voies de communications, les délimitations de frontières, etc., ainsi que les inscriptions diverses y sont tellement accumulés
■Oie BA N-
mua
L égo-n de
re tannas dans l *a/if Mt*iU $£>
, , leur tnst.mhk d$
imptrfiflvjntrtk tonna* pgj
inconnu* — * - «, Q
Fig. 9. — Etat actuel des connaissances géographiques. (D’après la carte de >1. 51a!tc-Rrun.)
et dans un Ion si dur, que la confusion en devient extrême, fatigue la vue et rebute le lecteur. Un grand mérite, en effet, dans l’exécution des cartes, c’est , outre l’exactitudect l'abondance des documents qu’elle renferme, de savoir donner aux détails du dessin et aux indications diverses, des valeurs nonseulement proportionnelles à leur
importance, *‘S- lu - - Carie /iTpsonuHriquc
mais encore si
bien combinées, qu’elles offrent un tout harmonieux à l’œil . A défaut do règles précises difficiles à for-
muler, un goût extrême est la condition de réussite
à ce point de vue. Lorsque la condition de clarté et de simplicité s’impose absolument, on construit des cartes spéciales dont on a élagué le plus possible de détails étrangers à la question qui l’a fait établir.
L’économie de travail que donne aujourd'hui l'usage si courant, des transports sur pierre , permet avec une seule carie
matrice de créer autant de caries spéciales qu’il est nécessaire. On possède ainsi des cartes des voies
du bassin méiidional du Rhône.
navigables, des chemins de fer, des télégraphes, etc. Parmi ces dernières nous signalerons les cartes des télégraphes autrichiens-hongrois, belges et russes, qui donnent les réseaux complets des fils établis, ainsi que celui de toutes les stations existantes, grandes ou petites. Nous n’avons rencontré ce travail ni chez nous, ni chez aucune des autres nations exposantes.
La légation japonaise a exposé quelques travaux. Pour donner aux lecteurs un spécimen de la manière d'exécuter les cartes en usage chez ce peuple, nous avons reproduit une petite portion, dessinée à vue et à peu près dans la grandeur de l’original, d’une énorme carte du Japon. La carte présente une très-grande uniformité, due à la multitude de ces inscriptions répandues en quantité sensiblement égale sur toute sa surface (lig. 7).
En regard de ce travail nous donnons aussi un extrait d’une carte chinoise exposée par le ministère de l’instruction publique de la République française, car l’Empire chinois n'a rien envoyé à l'Exposition
Cartes e.rpressibles. — L’emploi de teintes plates ou graduées sur les cartes, présente de grandes ressources à la représentation des résultats d’observations faites en diverses contrées. Cet emploi tend à se généraliser en toutes matières et l'Exposition actuelle en fournit de très-nombreux exemples dont nous citerons quelques-uns.
M. Malle-Brun expose une très-grande carte manuscrite indiquant l’état actuel des connaissances géographiques. Ce travail, qui vient d’être publié à une petite échelle dans le Bulletin de la Société de Géotjraphie, est appelé, en outre de l’intérêt qu’il peut offrir au public en général, à rendre aux explorateurs et aux géographes (fig. 9) ce grand service rie leur signaler le sens où doivent, en raison de leurs aptitudes, porter leurs efforts. Seulement, nous émettons le vœu que cette espece d’inventaire puisse être dressé et publié au moins à l’occasion d’un Congrès, et tenu ainsi constamment [à jour. La reproduction que nous publions ici ne peut donner en raison de scs dimensions qu’une idée bien incomplète de ce travail.
Les cartes hypsométriques sont eu nombre à l’Exposition. Nous ferons, à l’occasion de ces cartes, une remarque qui s’appliquera à tous les travaux graphiques qui emploient les teintes comme moyens de représentation. C'est qu’il n’est pas indifférent au but qu’on se propose, de se servir d’une seule couleur ou d’en employer plusieurs. Si l'on ne met pas en présence des éléments disparates et si l’on veut uniquement établir des comparaisons entre des objets de même nature, une seule teinte graduée dans certaines proportions devra toujours être adoptée. Le contraire devrait avoir lieu si l’on se proposait de faire saisir vivement des transitions, des différences. Dans le cas d’une carte hypsométrique a-t-on pour but- par exemple, de bien délimiter les divers étages d’un terrain, des teintes présentant des contrastes, soit par les couleurs, soit par l’intensité des tons
seront préférables. S'il ne s’agit, au contraire, que de provoquer de la façon la plus exacte la sensation du relief, il vaudra mieux ne se servir que d’une seule teinte graduée selon les lois de la perspective aérienne. Parmi ces dernières, nous citerons comme étant remarquablement exécutée, une grande carte hypsométrique du Ilarz, exposée par l’Institut géologique de Berlin. Les divers étages du terrain y sont représentés par des teintes bistres graduées avec beaucoup d’art. De belles cartes exécutées dans l’autre système, c’est-à-dire à l’aide de couleurs et de tons variés figurent aux expositions de Russie, de Norwége, de France et d’Autriche. Nous donnons à titre de spécimen du premier genre, la carte hypsométrique de la partie méridionale du bassin du Rhône (fig. 10). Eugène Guillemik.
— La suite prochainement. —
L’ASSOCIATION FRANÇAISE
rouit l’avancement des sciences.
Session de \antes,
(Suite. — Voy. p. 182.)
Nous continuerons aujourd’hui à passer sommairement en revue les allocutions qui ont été prononcées à la séance d’ouverture du Congrès. Après le discours de M. d’Eichthal, M. le maire de Nantes a traduit l’expression des sentiments de sympathie qui animent la cité dont il est le représentant à l’égard de l’Association française. M. le docteur Ollier a ensuite commencé la lecture de son rapport sur les travaux accomplis dans les précédentes sessions, et principalement dans celle qui a eu lieu l’an dernier à Lille. Enfin la parole a élé donnée en dernier lieu à M. Georges Masson, trésorier de l'Association, pour faire connaître la situation financière de la Société. Le total des revenus de l’Association s'est élevé, eu 1874, à 57,120 francs. Les dépenses ont atteint le chiffre de 54,675 francs, dont 5,350 francs ont été employés pour des travaux scientifiques. Les résultats financiers seront encore beaucoup plus satisfaisants en 1875, car le nombre des membres apportant leur subvention annuelle devient chaque jour de plus en plus considérable. Pour témoigner de l’intérêt que la ville de Nantes porte à l’œuvre si patriotique de l’Association française, quatre cents habitants de la cité se sont fait inscrire sur la liste de ses membres.
I.a séance d’inauguration a été levée après cette communication. Elle a ouvert la session d’une façon tout à fait favorable. On a remarqué dans la salle du Grand-Théâtre, où cette solennité a eu lieu, un grand nombre de notabilités scientifiques faisant partie du Congrès. M. le président de l’Association avait à sa gauche M. Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences : une place d’honneur avait élé offerte à M. Claude Bernard. Parmi les assistants nous avons remarqué MM Würtz, Balard, Levas-
seur, membres de l'Institut, et un grand nombre d’autres savants éminents. La Société philharmonique de Nantes a exécuté, entre les discours prononcés, des morceaux d’une excellente musique, et M. Richard a prononcé une élégante pièce de vers due à la plume de M. ltobinot-Bertrand.
La journée s’est terminée par l’inauguration du Muséum d’histoire naturelle, où les membres du Congrès ont été reçus par M. Dufour, le directeur de cet établissement. On a admiré de très-belles collections de minéralogie, de zoologie et de paléontologie, où les échantillons sont fort bien rangés pour l’étude, et où l’on aperçoit de toute part les meilleurs fruits d’un esprit méthodique. Les départements des oiseaux, des reptiles, chélonicns et sauriens, sont remarquables et font honneur au directeur de ce musée, comme à la ville de Nantes elle-même.
Dès le lendemain de l’ouverture du Congrès, les séances de sections ont eu lieu dans la matinée. Les sections se divisent en plusieurs groupes distincts : Physique, Chimie, Sciences naturelles, Météorologie et physique du globe, Sciences économiques, Anthropologie, Géographie, Agronomie, etc. Les auteurs exposent dans ces réunions leurs idées, leurs travaux ou leurs découvertes. Dans les séances générales, on reçoit les communications qui intéressent à la fois tous les membres du Congrès, quelles que soient leurs spécialités, et qui se rapportent surtout à des questions locales ayant trait au commerce et à l’industrie de la ville de Nantes.
A ces diverses occupations il faut ajouter les conférences ayant lieu le soir, et les excursions qui se feront de deux en deux jours. On comprendra, par l'exposé succinct de ce programme, qu'il ne manque pas d'instruction à recueillir pendant une session si bien remplie. Nous réserverons pour un peu plus tard le récit des excursions que nous publierons avec des gravures, représentant les objets ou les curiosités visités les plus dignes d’être signalés à nos lecteurs. Nous nous bornerons, faute d’espace, à mentionner les deux intéressantes conférences qui ont été faites par M. Bureau, professeur au Muséum d histoire naturelle de Paris, et par M. Gavarret, professeur à la Faculté de médecine de Paris. Le premier a entretenu son auditoire sur les Sciences naturelles à Nantes ,- il a montré combien était vaste le domaine de l’étude de la nature, en donnant la description de nouvelles espèces animales trouvées aux environs de la ville, d’oiseaux aux mœurs curieuses et peu connues, de reptiles intéressants dont il a projeté l’image à l’aide de la lumière oxhydrique. L’entretien de M. Gavarret n’a pas été moins goûté : l’honorable professeur a parlé sur le timbre des sons, initiant le public aux plus récents résultats do l’acoustique, cette branche si importante de la Physique mathématique.
Les communications présentées aux diverses sections du Congrès scientifique sont assez considérables pour remplir un vaste volume in-8°, que publie chaque année l’Association française. Il ne nous sera
pas possible d’en donner une idée complète à nos lecteurs, mais nous leur présenterons successivement le résumé succinct de quelques discussions intéressantes. Gastox Tissandier.
— La suite prochainement. —