‹ La nature et la vieChapitre 11 sur 33 · IG · texte numérisé non relu

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i rieur de l’économie. C’est à Lavoisier qu’on en doit Iles preuves expérimentales*. Dès 1777 il établissait ■ que l’air, en passant par le poumon, éprouve une décomposition identique à celle qui a lieu dans la combustion du charbon. Or, dans ce dernier phénomène, iil y a dégagement de calorique; donc, dit Lavoisier, ;un dégagement pareil doit avoir lieu au sein du pouunon dans l’intervalle de l’inspiration à l’expiration, et i c’est ce calorique sans doute qui, se distribuant avec ile sang dans toute l’économie animale, y entretient une chaleur constante. Il y a ainsi une relation permanente «entre la chaleur de l’être vivant et la quantité d’air • entré dans les poumons pour s’y convertir en acide (carbonique. Tel est le premier fait capital mis en (évidence par le créateur de la chimie moderne; mais lil ne s’en tint pas là. 11 entreprit de rechercher si la chaleur théoriquement produite en un temps donné par la formation d’une certaine quantité d’acide car- I bonique, c’est-à-dire par la combustion d’une certaine quantité de charbon dans l’organisme, est exactement égale à la somme de chaleur développée par l’animal dans un temps correspondant. Cette somme fut estimée d’après le poids de glace fondue par l’animal placé dans un calorimètre. Lavoisier reconnut de la. sorte qu’une telle égalité n’existe pas; il ne s’en étonna pas longtemps, car il découvrit bientôt que, sur 1 00 parties d’oxygène atmosphérique absorbées, 81 seulement sont rejetées par la respiration sous forme d’acide carbonique. Il en conclut alors que le phénomène n’est

1 Mayow et Hlack avaient affirmé avant lui, mais sans preuves précises, rpic la chaleur animale est due à line combustion.

pas simple, qu’une portion d’oxygène (!J sur 100) est employée à brûler de l’hydrogène pour former la vapeur d’eau contenue dans l’air expiré. La chaleur animale devait donc cLrc attribuée à une double combustion, de carbone d’abord, puis d’hydrogène, et la respiration considérée comme rejetant au dehors de l’animal de l’acide carbonique et de la vapeur d’eau.

Les expériences de Lavoisier ont été reprises et modifiées, ses conclusions ont été discutées de bien des manières depuis bientôt cent ans. Plusieurs expérimentateurs en ont rectifié ou complété quelques points, mais la doctrine générale n’a pas été ébranlée par les difficultés secondaires et de nature fort délicate qu’on y a reconnues, et dont plusieurs arrêtent encore les physiologistes. 11 est incontestable en effet que la plus grande partie des réactions qui s’opèrent dans l’économie en y produisant de la chaleur a pour résultat définitif la vapeur d’eau et l’acide carbonique exhalés par le poumon; mais ces deux gaz ne peuvenL provenir d’une combustion directe d’hydrogène et de carbone, puisque l’économie ne renferme pas de tels corps à l’état de liberté. Ils ne représentent en réalité que le terme d’une série de métamorphoses souvent distinctes des combustions proprement dites. D’autre part, ils ne sont pas les seuls résidus du travail chimique qui s’accomplit dans le fourneau vital. Outre l’eau et l’acide carbonique que les animaux rejettent dans l’expiration, et. qui sont comme les fumées de l’élaboration nutritive, ils excrètent, .par d'autres voies certains principes qui en sont comme les scories. Or ces principes de désassimilation , parmi lesquels il faut citer l’urée, l’acide urique, la créatine, la choies-

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Itérine, etc., ne sauraient, être le résultat de combustions pures', et témoignent que le torrent circulatoire est le siège de réactions extrêmement multiples ildonl nous commençons seulement à entrevoir les lois.

Les progrès les plus récents de la chimie organique permettent en effet de suivre l’enchaînement des trans- Jormations graduelles des matières nutritives dans le '.cycle des opérations vitales. Tout d’abord il convient kle préciser le siège de ces phénomènes. Ils s’accomi plissent dans tous les points de l’économie parcourus jpar les vaisseaux capillaires. Les glandes, les muscles, Iles viscères, bref tous les organes, sont constamment Ibrùlés; ils reçoivent à chaque instant de l’oxygène qui détermine au plus profond de leur substance des métamorphoses de nature variée. En un mot, chaque ■ organe respire en tous ses points à la fois, et respire à ;-sa façon. C’est à tort que certains physiologistes prétendent encore aujourd’hui localiser le phénomène : respiratoire dans les vaisseaux capillaires. Ceux-ci ne •sont que les canaux vecteurs de l’oxygène qui, par

• exosmose, en traverse les fines parois, et opère alors, :au contact immédiat des plus petites particules de la masse organisée, l’acte chimique qui entretient le feu

de la vie. Il est aisé de le constateren plaçant un tissu quelconque récemment détaché du corps dans un i milieu oxygéné. On observe en ce cas un dégagement

< d’acide carbonique, ainsi qu’un développement de

• chaleur, et cette possibilité de la respiration en dehors

< de l’économie prouve bien qu’un tel acte peut être rigoureusement assimilé, comme le voulait Lavoisier, à la combustion d’un corps quelconque. Il n’v a de différence que sous le rapport de l’intensité. Tandis

qu’une bougie ou qu’un morceau de bois brûle rapidement et avec, flamme, les matériaux combustibles delà pulpe organique se combinent à l’oxygène d’une façon plus discrète et plus lente, moins tumultueuse et moins franche.

Le sang, qui sans cesse passe et repasse dans les vaisseaux lesplus ténus de notre corps et se sature d’oxygène chaque fois que notre poitrine se soulève, le sang se compose de matériaux très-divers. Il contient des sels minéraux tels que chlorures, sulfates, phosphates de potasse, de soude, de chaux, de magnésie, des matières colorantes, des corps gras, des substances neutres du genre de l’amidon, enfin des produits azotés comme l’albumine et la fibrine. Les sels éprouvent pende modifications dans le torrentcirculatoire ; ils sont éliminés par les principaux émonetoires. Les substances neutres du genre de l’amidon sont converties en glycogène et en graisse. Les corps gras ne subissent dans le sang que des oxydations qui engendrent plusieurs dérivés du même ordre. Enfin les produits azotés se convertissent en fibrine, en musculine, en osséine, en pepsine, en pancréatine, tous composés peu différents. C’est la première partie du t ravail chimique qui s’accomplit dans la principale humeur de notre corps. Tous ces matériaux, élaborés aux différents points du torrent circulatoire et destinés à l’assimilation, sont ensuite détruits dans lesorganes mêmes où ils avaient été fixés. Le glycogène est transformé en sucre, lequel est brûlé avec formation d’eau et d'acide carbonique; les acides gras sont en partie éliminés par la peau, en partie brûlés. Quant aux matières plastiques qui forment la trame des tissus, on connait à peine la relation chimique qui les rattache à leurs

produits de destruction, l’urée, la créatine, la cholestérine, l’acide urique, la xanthine. Tel est le tableau «sommaire des principaux phénomènes chimiques qui, 'S’accomplissant dans l’ensemble de l’économie, provoquent partout un dégagement de chaleur plus ou moins intense. Il n’v a donc pas d’organe central pour la production du feu vital, chaque élément anatomique y participe, et, s’il existe une température à peu près (uniforme dans tout le corps, c’est que le sapg distri- Ibue avec régularité la chaleur dans les différentes parties qu’il baigne.

Comment établir maintenant la quantité de chaleur a laquelle ces réactions peuvent donner naissance? ILavoisier y arrivait d’une façon très-simple. Après avoir comparé l’oxygène absorbé par l’animal avec l’acide carbonique et la vapeur d’eau éliminés, il déduisait le poids du carbone et de l’hydrogène brûlés, en supposant que la formation d’acide carbonique et celle de l’eau produisent dans l’économie la même somme de chaleur que si elles avaient lieu au moyen de carbone et d’hydrogène libres. Voici à peu prés le résultat qu’il obtenait : un homme de 60 kilog. brûle en vingt-quatre heures, à la température moyenne de Paris, 313 grammes de carbone et. 22 grammes d’hydrogène, et développe ainsi 3297 calories. En même temps, il perd par le poumon et la peau 1243 grammes de vapeur d’eau, qui lui enlèvent 697 calories. Restent donc à peu près 2690 calories disponibles. D’autres évaluations analogues ont été laites, et les physiologistes en ont tiré cette conséquence qu’un homme de poids moyen produit dans nos climats 3250 calories par jour, c’est-à-dire la

LA N'ATl'RE ET LA VIE.

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quantité do chaleur nécessaire pour porlcr à l’ébullition 32 litres 1/2 d'eau. Ces chiffres, quoique approximatifs, donnent une idée suffisamment nette de la puissance thermogène de l’économie animale.

La question a pu être reprise avec plus de précision dans ces dernières années, grâce aux données d’une science nouvelle qu’on nomme la thermochimie, et qui s’occupe des phénomènes chimiques dans leurs rapports avec la chaleur. La thermochimie, au moyen d’appareils calorimétriques très-sensibles, détermine le nombre des calories qui sont dégagées ou absorbées dans les combinaisons, en partant des expériences classiques de .MM. Favre et Silbermann. M. Bcrlhelot, qui a fait de ce sujet une étude approfondie, ramène les sources delà chaleur animale à cinq espèces de métamorphoses; ce sont d’abord les effets qui résultent de la fixation de l’oxygène sur divers principes organiques, puis la production d’acide carbonique par oxydation, ensuite la production d’eau, en quatrième lieu la formation d’acide carbonique par dédoublement, enfin les hydratations et les déshydratations. Le savant chimiste a essayé de montrer comment les nombres obtenus dans l’étude des chaleurs de combustion des divers acides organiques, alcools, etc., peuvent être appliqués aux composés brûlés dans l’organisme animal; mais, tout en admettant la réalité théorique des analogies qu’il établit, on ne peut s’empêcher de remarquer que la vérification pratique en est bien difficile et bien délicate. Le moyen de mesurer dans un point de l’économie la chaleur produite par une réaction fugitive au sein profond d’un tissu qu’il faudrait lacérer pour l’explorer?

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