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Si de ce côté la thermochimic ne paraît pas devoir ■éclairer beaucoup la physiologie, elle lui révèle d’autre ppart des sources de chaleur restées inaperçues jusqu’ici. \M. Berthelot fait voir quq l’acide carbonique de l’ècomomie ne se forme pas toujours par oxydation du caribone, et provient quelquefois d’un dédoublement qui : absorbe de la chaleur. On sait que les substances alimentaires se ramènent à trois types fondamentaux, les graisses, les hydrates de charbon (sucres, fécules, amij Idon) et les albuminoïdes. Or les graisses, en se dédoublant et se combinant à l’eau, comme il arrive sous l’inftlucnce du suc pancréatique, donnent de la chaleur; iil en est de même pour les hydrates de charbon, indépendamment de toute oxydation. Enfin les matières nalbumineuses provoquent aussi des phénomènes calorifiques très-nets lors de leur combinaison avec l’eau, 'Suivie de dédoublements divers. Ces faits, signalés par M. Berthelot, doivent intervenir dans le calcul exact et détaillé, peut-être encore prématuré aujourd’hui, de la chaleur des animaux. Quoi qu’il en soit, celle-ci a pour origine l’ensemble des métamorphoses chimiques qui s’accomplissent d’une manière incessante dans les (profondeurs de leurs organes, métamorphoses déterminant la rénovation continue de toute la substance organisée, c’est-à-dire la nutrition; mais pourquoi ■ cette nutrition, pourquoi cette production perpétuelle de chaleur dans la machine vivante ?
Il est possible aujourd’hui de résoudre ce problème,
1 qui renferme le secret d’une des plus belles ordonnances de la nature. La chaleur produite par les animaux est la source de tous leurs mouvements; en d’autres termes, le travail mécanique qu’ils effectuent
est une transformation pure et simple de l’activité thermique qu’ils développent. Ils ne créenL pas la force motrice par quelque opération spontanée qui serait une des prérogatives de la vie, ils la tirent de l’énergie calorifique emmagasinée dans les organes que parcourt le fluide sanguin. 11 y a de plus un rapport réglé entre la quantité de chaleur qui disparaît et le travail mécanique qui apparaît. Remarquons cependant que, si tout mouvement est chez les êtres vivants une transformation de la chaleur animale, celle-ci ne se transforme pas tout entière en mouvement. Elle se dissipe en partie par la transpiration cutanée, par le contact et surtout par le rayonnement; elle est employée à maintenir à un degré constant la température de l’animal, soumis à des causes nombreuses de refroidissement.
Le travail mécanique exécuté par l’animal est trèscomplexe. Indépendamment des mouvements musculaires visibles, il y a tous les déplacements des organes intérieurs, la translation continuelle du sang, les contractions et dilatations d’un grand nombre de parties. Or ces actions ne sont possibles qu’autant que les phénomènes respiratoires s’accomplissent dans la région active. Empêchons le sang artériel d’arriver dans un muscle, c’est-à-dire les combustions de s’v opérer et par suite la chaleur de s’y produire, et, bien que la structure de cet organe n’en souffre aucune atteinte, il perd le pouvoir de se contracter. Comprimons seulement l’artère nourricière de ce muscle de façon à y ralentir le flux sanguin, et l’organe se refroidira en perdant de sa force. Les travaux de M. Hirn et de M. Béclard ont établi nettement les rapports entre la
Uialeur et le mouvement musculaire. Des expériences olus récentes île M. Ünimus ont fixé, avec non moins lie précision, la thermodynamique des mouvements
circulatoires1.
Nous avons dit que le pouvoir thermogène des aliments sera d’autant plus considérable que ceux-ci renermeront une plus grande quantité d’éléments exigeant, oour être brûlés, une forte proportion d’oxygène. C’est oour cela que la viande et les graisses réparent bien olus vite les pertes de l’économie que les matières végétales. Ces dernières conviennent aux habitants des pays chauds, qui n’ont pas besoin de produire de chaleur, puisque l’atmosphère leur en fournit suffisam- ?ment.. Les habitants des régions froides, dont au contraire la calorification doit être aussi constante [qu’énergique, sont poussés instinctivement à l’usage des viandes et des graisses, dont la combustion donne ! beaucoup de chaleur. C’est une nécessité physiologique ■pour les Lapons, par exemple, de se nourrir de l’huile ! Ides cétacés, comme c’en est une aussi pour les hommes des tropiques de ne consommer que des aliments trèslégers. L’activité des combustions respiratoires et la mature de l’alimentation changent ainsi avec les climats, de façon qu’il y ait toujours une certaine proportionnalité entre l’état thermique du milieu ambiant et celui du foyer animal. Semblablement, dans un rmême climat, les individus qui font une grande dépense de travail mécanique doivent manger plus que ceux qui effectuent peu de mouvement. Ce fait d’ob-
1 \oir son livre intitulé De la théorie mécanique de la chaleur dans ses rapports avec les phénomènes de la vie, 1867.
LA NAT l'UE ET LA VIE.
servalion très-ancienne reçoit aujourd’hui la démons- I ration la plus nette et la plus claire. Cependant on n’en lient peut-être pas encore assez de compte dans l’économie de l’alimentation publique. Des exemples nombreux établissent quel profit il y aurait pour l’industrie à augmenter par tous les moyens possibles la quantité de viande dans les repas de l’ouvrier. Dernièrement encore, dans un établissement industriel du Tarn, M. Talabot vient d’améliorer l’état sanitaire et la vigueur de ses ouvriers en leur donnant beaucoup de viande. Sous l’influence d’une nourriture presque exclusivement végétale, chaque ouvrier perdait en moyenne quinze journées de travail par an, par suite de fatigue ou de maladie. Du moment où l’usage de la viande fut adopté, la perte moyenne par tète et par an ne fut plus que de trois journées. Assez souvent, il faut en convenir, l’alcool n’est pour l’ouvrier qu’un moyen de remédier à l’insuffisance des aliments thermogènes, moyen illusoire qui relève momentanément l’économie pour la miner ensuite avec une redoutable subtilité. Un des meilleurs remèdes contre l’alcoolisme serait certainement la diminution du prix de la viande.
Au point de vue des rapports de la chaleur et du mouvement, l’être vivant peut donc être assimilé à un moteur inanimé, comme une machine à vapeur. Dans les deux cas, la chaleur est engendrée par des combustions et transformée en travail mécanique par un système d’organes plus ou moins compliqués. Dans les deux cas, elle est d’abord à l’étal de tension et fournit du mouvement au fur et à mesure qu’elle est requise pour l’exécution d’un travail quelconque. Seulement l’être vivant est un appareil bien plus parfait. Tandis
jjue les machines à vapeur les mieux construites n utilisent que les douze centièmes de la iorco disponible, e système musculaire de l’homme a, d’après M. llirn, .in rendement de dix-huit centièmes. D’autre part, le moteur animé a cela de particulier que les sources de •haleur et les mécanismes y sont intimement contonlus, (|ue la chaleur y est produite d’une manière en [quelque sorte dill'use par des organes en mouvement, ■3t que celui-ci s’y transforme à son tour en chaleur : complexité incroyable dont la science contemporaine n’a pu démêler les lois simples qu’au prix des efforts et des ressources réunies de la physique, de la chimie cet de la biologie.
D’après certains physiologistes, la chaleur ne serait [pas seulement dans l’économie la source du mouvenment, elle s’y transformerait aussi en activité nerveuse.
1 Le fonctionnement, du cerveau serait un travail tout j pareil à celui du biceps. L’esprit lui-même devrait être considéré comme engendré par la chaleur. Des expériences récentes de M. Valentin, de M. Lombard, de LM. Byasson, et surtout deM. Schiff, sembleraient établir,
I d’après eux, qu’il y a un rapport proportionnel et suivi ! entre l’énergie des fonctions nerveuses et la tempéra- Iture des parties où elles s’accomplissent. M. Gavarret i n’hésite pas à conclure de ces recherches que les rela- I lions du système nerveux et du système musculaire avec la chaleur sont les mêmes. Seulement, dans le cas des muscles, la force produite se manifeste à l’extérieur par des phénomènes visibles, tandis que dans • celui des nerfs elle s’épuise à l’extérieur en actes moléculaires et profonds, se dérobant à toute mesure précise. Une somme donnée de chaleur développée
dans l’économie aurait ainsi, d’une part, un équivalent mécanique, et de l’autre un équivalent psychologique. .M. Gavarret, qui est un savant circonspect et fidèle à la mélliode expérimentale, ne va pas sans doute jusqu’à prétendre que le sentiment et la pensée peuvent être évalués en calories; il déclare même qu’il n’y a point de commune mesure entre l’intelligence et la chaleur; mais il ne manque pas de physiologistes moins timides, qui ramènent toute sorte de manifestation vitale aux formules rigides de la thermodynamique. Quelques remarques succinctes feront peut-être voir que ces physiologistes se méprennent.
L’assimilation du système nerveux et du système musculaire, au point de vue de leur solidarité avec la chaleur, est aventureuse pour beaucoup de raisons. Il y a entre le nerf et le muscle cette énorme différence que le premier est doué d’une spontanéité refusée au second. La fibre musculaire ne se contracte jamais de soi-mème; il y faut une excitation, son énergie est empruntée. La cellule nerveuse, au contraire, a en soi une vertu d’agir toujours présente, jamais épuisée, dont l’énergie lui appartient en propre. Toutes deux évidemment puisent dans les mêmes milieux externes et internes le principe de l’activité qui les distingue; mais tandis que le muscle, organe mécanique, se borne à métamorphoser docilement en une quantité géométrique de travail la force qui lui est octroyée sous forme de chaleur, le nerf, organe vital, reste impénétrable, inaccessible à nos calculs, et exerce à sa guise, dans une série d’opérations indépendantes de la dynamométrie et de la thermométrie, scs pouvoirs caractéristiques et quasi souverains. Du
rôle du système musculaire, tout est mesurable; du côté u système nerveux, rien ne l’est. Impressions, sensaions, affections, pensées, désirs, douleurs et plaisirs, ou! cela compose un monde soustrait aux conditions du léterminisme ordinaire. Cette force supérieure (pii, :om mandant à toutes les plus hautes activités de ranimai, décide, suspend, interrompt, rétablit et règle la ransformation elle-même de la chaleur en mouvenent, qui, s’affirmant indépendante au dedans de nous-mêmes, et de quelque antique nom qu’on l’apvelle, âme, volonté ou liberté, reste la plus indéniable, quoique la plus mystérieuse certitude de notre conscience* cette force proteste contre la réduction de a vie cérébrale au mécanisme. Telle est du reste uussi la conviction de M. Claude Bernard et de '.VI. Helmholtz.
Indépendamment des variations normales et insignifiantes que la chaleur peut présenter dans une même espece et de celles qu’elle manifeste lorsqu’on passe d’un groupe zoologique à un autre, il y a lieu de considérer les changements qu’elle subit chez un même individu sous l’influence des perturbations diverses de l’économie. Si elle reste à peu prés, insensible aux modifications de la température ambiante, il m’en est pas de meme lorsqu’on touche à l’intégrité
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de l’équilibre des organes. Le concert des diverses parties de l’organisme et des fonctions qu’elles accomplissent est si grand que le moindre trouble s’y répercute et porte partout le désordre. Le système nerveux, chargé de maintenir la communication harmonique de tous les points de l’animal, a le premier connaissance de l’accident survenu, et en transmet de tous côtés l’impression anormale. Il n'est pas le générateur de la chaleur animale, mais il en est le régulateur, c’està-dire qu’il en dirige et en surveille en quelque sorte la production et la distribution au gré des besoins variables de l’économie. Toute lésion ou affection de ce système a un contre-coup sur les actes physiologiques, et principalement sur la calorification. En coupant sur un lapin le filet cervical du grand sympathique d’un seul côté, M. Claude Bernard a provoqué de ce côté une élévation de température de plusieurs degrés. Là où, sous une influence quelconque, l’action du système nerveux est suspendue, le sang afflue, apportant avec lui une plus grande quantité d’énergie thermique. Là où l’inverse a lieu, les vaisseaux se resserrent et la température s’abaisse.
L’alimentation insuffisante et l’abstinence agissent sur la chaleur animale, mais non d’une manière immédiate. L’organisme se maintient à son degré normal de température jusqu’à ce qu’il ait épuisé sa réserve de matériaux combustibles. Alors il se refroidit peu à peu, jusqu’à un degré très-inférieur. Ainsi un lapin soumis à l’inanition par M. Chossat possédait le premier jour 38°, 4, deux jours avant sa mort 38°, 1, la veille 37°, 5, et au moment de sa mort Tl degrés. En l’introduisant, à l’instant où il va succomber, dans
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mn milieu chaud, on lui restitue pour quelque temps 'activité apparente de ses fonctions; toutefois ce rémil est de courte durée : les éléments anatomiques ont perdu définitivement tout ressort.
La main d’un malade qui souffre d’une fiuxion de poitrine ou qui est atteint d’un accès de fièvre est brûlante; celle d’un individu affecté d’asthme grave ou d’emphysème paraît froide comme le marbre. D’est que la chaleur animale varie considérablement dans les divers états pathologiques. Tantôt elle s’y élève, tantôt elle s’y abaisse, mais presque jamais l’inlluence morbide n’est compatible avec le degré de la température normale du corps. Au temps d’Hippocrate, à l’époque où l’on ne pratiquait pas encore l’exploration du pouls, l’élévation de la température constituait l’unique élément de la maladie la plus vulgaire, la fièvre. Galien la définit tout simplement une chaleur extraordinaire ( calov prœternaturalis substantiel fcbrium). Les anciens ne se (rompaient pas. Il a été reconnu et démontré de nos jours que l’exaltation de la - chaleur animale est bien le caractère spécifique de l’état fébrile. D’une part, il n’y a jamais de fièvre quand la température reste au degré normal; de l’autre, la fréquence du pouls peut atteindre les dernières limites -sans qu’il y ait mouvement fébrile, ainsi que cela se voit dans l’hystérie. Toutes les fois que la chaleur du corps dépasse 88 degrés, on peut affirmer qu’il y a fièvre, et, sitôt qu’elle descend au-dessous de .86 degrés, il y a ce qu’on appelle de l’algidité. Ainsi, dans l’étroite limite de 2 degrés à peine se meut la chaleur normale. En dehors de ces limites, c’est-à-dire au-dessus de .88 degrés et au-dessous de 86 degrés, la température
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est l'indice d'un trouble morbide. Dans la lièvre ordinaire intermittente, elle s’élève deux ou trois heures avant le frisson, atteint un maximum quand celui-ci se termine, puis décroît. Des inflammations aiguës et franches, telles que pneumonies, pleurésies, bronchites, érysipèles, etc., sont caractérisées par une période de trente-six heures ou deux jours environ, pendant laquelle la chaleur monte peu à peu à il degrés. Vers le troisième jour, cette chaleur tombe, quitte à reparaître par exacerbation de 1 /ri à I degré pendant trois ou sept jours, au bout desquels la maladie est à son terme. Uuand la température augmente graduellement après le troisième jour, il faut s’attendre à une issue fatale. La chaleur persistante est ici le signe précurseur de la mort. Les lièvres éruptives, comme la variole, la scarlatine, la rougeole, présentent des phénomènes thermiques très-importants. La chaleur y commence avec l’invasion du mal, et augmente jusqu’à l’éruption cutanée. Elle se maintient à un maximum (qui atteint 42 degrés 1/2 dans la scarlatine) jusqu’à ce que l’éruption soit complète, puis elle entre en défervescence, variable avec les phases de l’éruption, qui linit soit par une desquamation (scarlatine), soit par une suppuration (variole). Enfin la température s’élève aussi dans plusieurs affections chirurgicales déterminant un état plus ou moins phlegmasique cl fébrile. C’est ce qu’on observe dans les plaies, et en général dans toute sorte de traumatisme, dans le tétanos, dans les anévrysmes, etc. Dans les cas de hernies étranglées et de brûlures et dans la plupart des empoisonnements, elle diminue au contraire d’une façon notable.
Évidemment eetle exaltation et cet abaissement de lia chaleur animale dans les maladies ne peuvent être ; attribués qu’à un étal correspondant survenu dans l’énergie des combustions respiratoires. On ne sait pas encore au juste la cause de ces variations, c’est-à-dire par quel mécanisme les influences morbides accélèrent ou ralentissent l’activité de la calorification. Quelques i médecins y voient l? effet d’une fermentation que proi voqueraient dans le sang certains êtres microscopiques i tels que bactéries et vibrions, qu’il est peut-être permis de supposer dans la plupart des maladies fébriles. D’autres prétendent que, dans les phlegmasies locales, c’est l’organe enflammé qui communique la chaleur au corps entier, comme un calorifère à un espace clos. Le trouble semblerait à d’autres plutôt d’origine nerveuse, puisque les nerfs, comme nous l’avons vu, sont les régulateurs de l’action thermique.
Le seul moyen exact d’apprécier la température dans les maladies est l’emploi du thermomètre. Swamnierdam le premier, au milieu du xvn1’ siècle, semble en avoir eu l’idée. De llaën et Hunier, au siècle dernier, en usèrent dans leur pratique médicale ; mais la thermométrie clinique n’a réellement pris d’importance que de nos jours, grâce aux travaux de MM. Bouillaud, Roger, llirt'z et Charcot en France, Bærénsprung, Traube et surtout Wunderlich en Allemagne. Ces médecins ne se sont pas bornés à constater que la tenir péralure s’élève de plusieurs degrés dans les maladies; ils ont suivi les variations thermiques jour par jour, heure par heure, dans les diverses phases des évolutions pathologiques. Ils ont découvert que les courbes de ces oscillations fournissent pour chaque maladie des
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types constants, qui sc modifient d’une manière déterminée suivant que la maladie a été abandonnée à ellemême ou traitée par tel ou tel agent médicamenteux. On peut donc, en étudiant ces courbes thermopathologiques, suivre la marche des maladies et y trouver de précieuses indications pour le diagnostic ou le pronostic. Dans l'hémorrhagie cérébrale, par exemple, la température descend brusquement à 36 et même à 35 degrés, tandis que dans l’attaque apoplectiforrne elle reste à 38 degrés à peu près. Ces deux maladies, bien distinctes au point de vue du traitement et de la guérison, donnent néanmoins lieu souvent à une confusion que le thermomètre permettra désormais d’éviter. La méningite granuleuse se distingue par le même moyen de la méningite simple; dans la première il n’y a aucune élévation de la température malgré la rapidité extrême du pouls, dans la seconde, au contraire, le thermomètre accuse 40 ou 41 degrés.
En tout cas, on voit quel profit la médecine pratique peut tirer des sciences physiques, quelle précision et quelle sûreté elle reçoit de l’application des instruments à la mesure des symptômes morbides. Ajoutons que là est en partie l’avenir du diagnostic. En bannissant de l’exploration médicale le jugement parfois incertain des sens, en substituant autant que possible aux déterminations individuelles et arbitraires, ainsi qu’au sentiment toujours plus ou moins confus du médecin, les indications nettes et impassibles d un instrument exact, on supprime les causes qui s’opposent à l’interprétation méthodique du mal lui-même. Ces instruments d’ailleurs révèlent souvent des particularités qui échappent à l’observation directe. Ils réparent les oublis.
irectifient les erreurs, dirigent l’activité, multiplient le i | pouvoir de nos sens imparfaits. A ce point de vue, il 1 l’apprécia lion thermométrique des variations de la chaji I leur animale dans les maladies, la thermométrie clini- 1 1 que, comme on dit, est un des progrès les plus inconjj testables de la médecine.
Après avoir vu comment la chaleur interne est produite chez les animaux, comment elle s’y dépense et s’y transforme en travail mécanique, enfin quelles va- | dations spontanées ou provoquées elle y peut subir, nous devons examiner l’influence de la chaleur externe I sur ces mêmes animaux et les phénomènes divers qui résultent de l’élévation ou de l’abaissement de la température du milieu dans lequel ils vivent. Des travaux ' récents ont éclairci ces questions. Boerhaave avait ! fait quelques expériences à ce sujet, mais sans rigueur ! suffisante. Berger et Delarochc, au commencement de ! ce siècle, en entreprirent de nouvelles qui eurent du | retentissement dans les écoles de physiologie. Ils placèrent des animaux dans des étuves contenant de l’air chauffé à divers degrés de température, et observèrent les effets que les iniluenees thermiques exercent sur la vie. La conclusion de leurs recherches fut que tous les animaux ont la faculté de résister à la chaleur pendant un certain temps, et que la durée de celte résistance
l.A NAIT UK ET I.A VIE
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varie avec les espèces. Les petits animaux succombent après un espace de temps assez, courtà une température de 45 à 50 degrés. Les gros supportent mieux la chaleur. Les animaux à sang froid et les larves d’insectes résistent avec plus d’énergie que les animaux à sang chaud; l’inverse a lieu pour les insectes à l’état parfait.
Delaroclie et Berger étudièrent aussi l’homme à ce point de vue, et reconnurent que l’effet produit varie avec les individus. Ainsi, de 49 à 58 degrés, l’étuve devint insupportable pour Delaroclie lui-même, qui en tomba malade; Berger en fut à peine fatigué. D’autre pari, Berger ne put rester que sept minutes dans un milieu chauffé à 87 degrés, tandis que Blagden y était resté douze minutes. Dans les régions tropicales, la température s’élève fréquemment, pendant le jour, audessus de 40 degrés sans inconvénient pour les indigènes. Au cap de Bonne-Espérance, le thermomètre marque 43 degrés. Quelquefois cependant une pareille chaleur est meurtrière. On rapporte entre autres cas qu’au mois de juin 1738, dans les rues de Gharlestown, plusieurs personnes moururent sous l’influence de 41 degrés. On a vu souvent, en Afrique, nos soldats parcourant une longue route, sous les rayons d’un soleil ardent, être pris de délire et succomber; mais ici l’inlluence de la lumière s’est jointe à celle de la chaleur. Duhamel cite l’histoire de plusieurs servantes d’un boulanger qui pouvaient, sans en être incommodées, séjourner pendant près de dix minutes dans un four chauffé au degré nécessaire pour la cuisson du pain. L’expérience a été répétée depuis. 11 n’y a rien de conradictoiré dans ces faits. L’animal peut supporter
(quelque temps une température très-supérieure à la tienne, parce que la transpiration fort énergique qui a 1 lieu alors s’oppose à réchauffement de ses organes; néanmoins, comme nous l’allons voir, sitôt que sa (Chaleur interne s’élève réellement de quelques degrés au-dessus du chiffre normal, la vie n’est plus possible.
L’élude de ces phénomènes n’avait guère été poussée plus loin quand, en 18-42, M. Claude Bernard y consacra des recherches qu’il a reprises et complétées dernièrement, et dont il vient de publier les résultats. Ce physiologiste s'est servi d’une caisse de sapin divisée en deux parties par un treillage sur lequel on place l’animal soumis à l’expérience. La caisse repose sur une plaque de fonte, et le tout est disposé sur un fourneau qui échauffe plus ou moins l’air de l’appareil. Une fenêtre placée latéralement dans celui-ci permet de fixer à volonté la tête de l’animal hors de la caisse. En examinant les animaux soumis dans ces conditions à l’influence de l’air plus ou moins chaud, M. C. Bernard a vérifié les premières observations de Berger et Delà roche', et en a fait de nouvelles plus importantes. Boerhaave avait attribué la mort à l’application de l’air chaud sur le poumon, qui empêcherait le rafraîchissement du sang. M. Bernard a montré par des expériences ipie l’air chaud agissant sur la peau produit une élévation de température plus promptement mortelle que lorsque ce fluide est seulement introduit dans l’appareil pulmonaire. 11 a constaté aussi que, lorsque l’air chaud est humide, les phénomènes affectent une marche plus rapide, et la mort survient beaucoup plus vite, et à une température plus basse que dans l’air sec. Celle
différence résulterait de re que l’humidité favorise réchauffement.
Lorsqu’un animal est soumis aux effets toxiques do la chaleur, il présente une série de phénomènes constants et caractéristiques. 11 est d’abord un peu agité, puis haletant, ses mouvements respiratoires et circulatoires s’accélèrent, il s'échauffe peu à peu par la circulation, qui, en charriant incessamment le sang de la périphérie au centre, y transporte aussi la chaleur; puis à un moment donné il tombe en convulsions, les battements de son cœur s’arrêtent, et il s’éteint en poussant un cri. On observe, au moyen du thermomètre, (pic la température du corps de l’animal est, dans tous les cas, supérieure de 4 ou 5 degrés au chiffre qui représente la température normale. Ainsi au début l’animal est excité, ses fonctions semblent s’accomplir avec une vigueur nouvelle, à peu près comme aux premiers rayons du soleil d’avril les pulsations de la vie deviennent plus rapides chez tous les êtres; mais celte excitation n’est, que passagère, et bientôt, parvenue ;i un certain degré, cette chaleur fait place au froid de la mort. M. Bernard a examiné avec soin les animaux qui succombaient dans ces conditions, et le premier phénomène qui l’a frappé, c’est la promp t itude avec laquelle survient la rigidité cadavérique. Le cœur est devenu soudain insensible à toute excitation; des taches ecchymoliques existent en plusieurs endroits delà peau. La chaleur a figé, coagulé la matière molle qui constitue les fibres musculaires. Celles-ci ont été comme foudroyées. D’autre part, le sang artériel de l’animal a noirci, s’est appauvri en oxygène, s’est chargé d’acide carbonique et a pris l’aspect du sang veineux. Toute-
Ifois dans ccl état le sang n’a pas perdu ses propriétés (physiologiques, et, sous l’influence d’une nouvelle ([quantité d’oxygène, il peut recouvrer son état normal et redevenir rutilant. La chaleur, pourvu que le degré ! n’en soit pas trop élevé, ne lait qu’activer la combustion •sanguine sans altérer le sang. Le système nerveux ne paraît pas non plus souffrir beaucoup. L’élément le plus profondément atteint, c’est le muscle; la chaleur i est un poison du système musculaire, comme le sulfoicyanure de potassium et l’upas antiar. C’est la perte <des propriétés vitales de ce système qui, en détermiinant la rigidité des muscles, puis l’arrêt de la circulation et par suite de la respiration, est une cause fatale de mort. Celte destruction de la libre musculaire contractile se fait vers 37 ou 39 degrés chez les animaux à sang froid, vers 43 ou 44 degrés chez les mammifères, vers 4G ou 48 degrés chez les oiseaux, c’est-à-dire en général à une température de 5 ou G degrés plus élevée que la température fixe de l’animal. M. Bernard fait remarquer que, dans aucun cas, il n’est permis d’admettre que la vie oppose une sorte de résistance à réchauffement; au contraire le mouvement vital tend à l’accélérer, et cela se conçoit. La chaleur interne produite par l’animal se joint à la chaleur acquise, et le renouvellement du sang, qui est la condition de réchauffement, se fait alors avec beaucoup plus d’activité. Ajoutons que tout récemment M. Demarquay appliquait de la façon la plus heureuse, et sans s’en douter, cette action toxique de la chaleur sur les muscles. Il a guéri des malades affectés de ces affreuses contractures musculaires qui caractérisent le tétanos, en les soumettant à l’influence du calorique, en leur
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faisant prendre des bains d’air très-chaud. L’élévation de la température des muscles tétanisés a suffi pour modifier ceux-ci et les ramener à l’état sain. Ici le poison est devenu remède.
Tels sont les effets de l’élévation de la température sur les animaux. Voyons maintenant ce que ceux-ci deviennent lorsqu’on les plonge dans des milieux froids. On connaissait depuis longtemps des faits curieux concernant la congélation de certains d’entre eux. Pendant son voyage en Islande (1828 et 1829), M. Gaimard, ayant exposé en plein air une boite remplie de terre au milieu de laquelle se trouvaient des crapauds, ouvrit celle-ci au bout d’un certain temps, et les reptiles, devenus durs et cassants, étaient congelés; cependant on put les rappeler à la vie en les mettant dans de l’eau tiède. Beaucoup d’anciens auteurs citent des cas analogues, et on conçoit jusqu’à un certain point qu’un grand physiologiste anglais ait pu, un instant, en tirer la singulière conclusion que voici. John Hunier s’imagina qu’il serait possible de prolonger la vie indéfiniment en plaçant un homme dans un climat très-froid et en l’v soumettant à une congélation périodique. Cet homme, se disait-il, vivrait peut-être un millier d’années, si au bout de dix ans on le gelait pour cent ans, quitte à le dégeler au bout de cette période pour dix nouvelles années, et ainsi de suite. « Comme tous les faiseurs de projets, ajoule llunter, je m’attendais à faire fortune avec celui-là, mais une expérience me désillusionna complètement. » Ayant mis des carpes dans un mélange réfrigérant, il reconnut en effet que, lorsqu’elles sont entièrement congelées, elles sont modes sans retour. Il en est de
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