‹ La nature et la vieChapitre 13 sur 33 · ST · texte numérisé non relu

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imème pour tous les autres animaux, ainsi fjuc 1 onl ('■établi des expériences récentes et lort remarquables rie \M. F.- A. Pouchet.

L’inlluence du froid sur les êtres organisés varie -selon que l’on considère les animaux supérieurs ou les espèces inférieures. En général, on peut dire qu’il Liant une température ambiante très-basse pour rel froidir beaucoup les animaux, attendu que la chaleur witale qu’ils développent s’y oppose énergiquement. (Cependant les mammifères des régions arctiques, i malgré l’épaisse fourrure qui les protège, ne bravent lia température du pôle (parfois égale à 40 degrés au- < dessous de zéro, point de congélation du mercure) iqu’en vivant sous la neige où ils se font une demeure. Les Esquimaux y creusent aussi les huttes où ils écoullont. leurs tristes jours. Quand l’organisme ne peut ni i réagir ni se prémunir contre des températures aussi basses, la mort arrive rapidement par congélation. Le corps est saisi, et se maintient désormais dans un état, t d’incorruptibilité remarquable. Tout le monde connaît l’histoire des mammouths antédiluviens retrouvés dans les glaces du pôle, où ils étaient enfouis, aussi frais que des animaux morts récemment . Tandis que la chaleur détruit les tissus, le froid les conserve.

Par quel mécanisme le froid devient-il mortel? Le froid paraît agir sur le système nerveux. Les voyageurs racontent que, dans les contrées polaires, une insurmontable tendance au sommeil accable les hommes saisis par les températures très-basses. Sur les rivages glacés delà terre de Feu, Solander disait à ses compagnons : « Quiconque s’assied s’endort, et quiconque s’endort ne se réveille plus. » Celle tendance esl si impérieuse que

plusieurs doses serviteurs y succombèrent, et que luimême s’affaissa un moment sur la neige. On dit que, pendant l’hiver de 1700, deux mille soldats de Charles XII périrent dans le sommeil auquel ils s’étaient abandonnés sous l’influence du froid. L’action sur les centres nerveux n’est toutefois que secondaire et consécutive à un autre phénomène étudié par M. Pouchet, et qui fournit ici le secret de la mort. Lorsque la température de l’intérieur du corps s’abaisse à 10 ou 12 degrés au-dessous de zéro, le froid congèle plus ou moins le sang, en désorganise profondément les globules, et c’est cette altération qui, soit directement, soit lorsque le sang est redevenu fluide, anéantit toutes les fonctions vitales. Larrey rapporte le cas de Sureau, pharmacien en chef de l’armée de Russie, qui, profondément refroidi par une marche pénible dans la neige, ne mourut qu’au moment où on commençait à le réchauffer. Les expériences sur les animaux font voir que ceux-ci se conservent vivants tant qu’on les entretient dans un état de demi-congélation, et qu’ils meurent quand on rétablit chez eux la température et la circulation de façon à permettre aux globules, désorganisés par le froid, de se répandre dans tous les vaisseaux. La mort arrive ainsi chaque fois que la quantité de ces globules est en nombre suffisant pour provoquer une perturbation considérable dans l’économie, c’està-dire chaque fois que la partie gelée présente une certaine étendue. Tout animal entièrement congelé, et dont par conséquent le sang figé ne renferme plus que des globules impropres à la vie, est mort sans résurrection possible. En le dégelant on n’obtient qu’un cadavre mou, flasque, décoloré, dont les yeux sont opa-

ques. Si la congélation n’a frappé qu’un membre, celui-ci tombe en gangrène et se détruit. M. Pouchet a tiré de ces études une judicieuse conclusion pratique. 'S’il est vrai que, dans les cas de congélation partielle, ce sont les globules désorganisés, qui, en rentrant dans la circulation et en viciant le fluide sanguin, tuent l’individu, il est clair que, plus l’invasion de ces .globules sera brusque, plus la mort surviendra rapidement. 11 s’ensuit qu’en opposant à cette invasion par des ligatures ou un dégel d’une lenteur extrême, con parviendrait à empêcher l’empoisonnement total. ILes globules malades qui, en pénétrant en masse dans de cœur et dans les poumons, allaient compromettre ' la vie par l’altération subite du sang, s’ils sont versés ipeu à peu dans celui-ci, ne le troubleront apparemment que d’une façon insignifiante.

Ainsi les travaux récents de la physiologie expérimentale nous expliquent les effets du chaud et du froid considérés comme agents toxiques. Le premier est un poison de la fibre musculaire, le second en est un des .globules sanguins. — Il en est de la chaleur comme ' desaulres éléments du milieu cosmique où vit l’animal. Elle recèle les vertus les plus opposées, à l’instar de ' de la tendre fleur, au suc à la fois salutaire et terrible, dont le frère Laurent parle dans Roméo. Elle peut tour à tour entretenir la santé, guérir la maladie ou comj mander la mort.

L’homme est donc le frêle jouet de toutes les forces sourdes qui l’entourent et l’étreignent. Il a beau les asservir, il n’échappe pas aux lois inflexibles qui subordonnent l’équilibre de la vie à celui des conditions physico-chimiques les plus inférieures. Du moins il a.

la consolation de connaître ces lois, el de régler son existence de façon à en atténuer le plus possible les rigueurs. Quand la nature l’écrase, elle n’en sait rien, elle s’ignore elle-même; l’homme, si petit, est plus grand que ces grandeurs aveugles, puisque la sienne, à lui, s’appelle conscience. Le sujet que nous venons d’étudier en est une belle preuve; maison n’en comprendrait pas tout l’intérêt imposant, si nous ne donnions en terminant la réponse à la dernière question qu’il suggère. Cette chaleur que les phénomènes j chimiques développent dans l’économie vivante, d’où vient-elle à son tour? Elle vient des aliments, qui en définitive sont tous tirés des plantes, et celles-ci l’ont empruntée au soleil. Les végétaux, dont la combustion s’opère au sein de l’animal en y dégageant une certaine somme d’énergie potentielle (chaleur), ne font «I uc rendre à celui-là la force qui leur a été fournie j par l’astre radieux. C’est donc une partie de la radiation solaire, emmagasinée d’abord par la plante, que l’animal rend disponible et utilise soit pour lutter contre le froid, soit pour assurer le jeu régulier de ses fonctions motrices. Le soleil est ainsi, on peut le dire rigoureusement, la source inépuisable de la vie comme il en est l’éternel ressort. A ce point de vue, la science confirme les intuitions primordiales et les rêves poétiques de l’homme au berceau. La raison, instruite par une longue expérience, se trouve d’accord avec le sentiment naïf et spontané de ceux de nos ancêtres qui contemplèrent pour la première fois la splendeur du jour '.

! llevtie de. s deux mondes du 15 janvier tS7rî. — '

l’électmcité et la vie'

C’est en 1 794 que Galvani découvrit que les muscles îles animaux éprouvent des contractions au contact de certains métaux. Suivant lui, ce contact provoque Simplement la décharge d’un lluidc inhérent aux animaux eux-mêmes. Le l'ait n’était pas contestable, mais l’explication l’était. De grandes discussions s’ensuivirent dans les écoles de physiologie; heureusement on comprit que la difficulté ne pouvait être résolue que par des expériences. On en lit un nombre immense, à la plus- mémorable desquelles reste attaché le nom de Voila. Alexandre Voila soutenait, contre •Galvani, que l’électricité qui détermine des contractions dans les muscles, loin d’être originaire de ces organes, y est introduite par les métaux avec lesquels on opère. Pour le prouver, il construisit, en 1800, la ; pile qui porte son nom, c’est-à-dire un appareil oii l’association de deux métaux différents devient une ^source abondante de fluide électrique. Galvani et Voila

1 Revue îles deux mondes du I r um'it 187:!.

étaient deux hommes du plus éminent esprit, qui savaient à fond la physique et la physiologie, et qui n’avançaient rien à la légère. Leurs découvertes lurent le point de départ d’un des plus admirables mouvements qu’il y ait dans l’histoire des sciences , mouvement toujours en pleine activité, et d’autant plus remarquable qu’il aboutit précisément — et. ceci date d’hier à peine — à démontrer que Galvani et Volta avaient raison tous les deux. La science contemporaine prouve qu’il y a une électricité propre aux animaux, comme le voulait Galvani. Elle constate aussi que l’électricité produite par des causes extérieures a une influence sur les animaux, comme l’enseignait Volta. De la connaissance approfondie des deux ordres de phénomènes elle déduit un ensemble de procédés pour la guérison par l’électricité d’un grand nombre de maladies. Montrer les rapports de l’électricité avec la vie revient, par suite, à considérer d’abord l’électricité qui existe naturellement chez les animaux au même titre que la chaleur, puis à faire connaître l’action de ce lluide sur l’organisme, soit dans l’état de santé, soit à l’état morbide. Un tel exposé complétera les détails contenus dans les pages précédentes touchant les relations de la vie avec la lumière et avec la chaleur, relations qu’il est permis dès aujourd’hui de considérer eomme formant les linéaments d’une science nouvelle*

L’ÉLECTHICITÊ ET LA VIE

Les témoins les plus authentiques de l’existence de 'électricité animale sont des poissons. La torpille, le imormyre, le silure, le malaptérure, le gymnote et la iraie développent spontanément une quantité plus ou imoins considérable d’électricité. Ce fluide , dont la [production est soumise à la volonté de l’animal, est identique à celui des machines électriques ordinaires; il donne les mêmes secousses et les mêmes étincelles lorsqu’il est à une certaine tension. L’appareil où il -se forme consiste en une série de petits disques d’une substance spéciale, séparés les uns des autres par des cloisons de tissu lamelleux. De fines terminaisons nerveuses se distribuent à la surface de ces disques, et le : tout représente une sorte de pile membraneuse, 'située d’ordinaire dans la région de la tète, quelquefois vers la queue.

Ces poissons sont les seuls animaux pourvus d’un appareil spécialement affecté à la production de l’électricité; mais tous les animaux sont électriques, en ce -sens qu’il se forme constamment à l’intérieur de leurs organes une certaine quantité de fluide. L’existence d’une électricité propre aux muscles et aux nerfs, et i indépendante de leurs activités caractéristiques, a été établie par de nombreuses expériences, surtout par celles de Nobili, de Malteucci et de M. Dubois-Rcy-

mond. Pour constater l’existence des courants d’électricité nerveuse, il suffit de préparer un muscle de grenouille et île le toucher en deux points différents avec les deux extrémités d’un filament nerveux du meme animal. Le muscle entre alors en contraction sous l’influence du courant électrique nerveux. Une autre expérience aussi simple prouve l’existence du courant musculaire. Sur un animal vivant ou récemment tué, on découvre un muscle, on l’incise perpendiculairement à la direction des fibres charnues, et l’on fait communiquer avec les deux fils d’un galvanoscopc très-sensible, à la fois la surface naturelle du muscle et la surface obtenue par l’incision. L’aiguille de l’instrument accuse alors le passage d’un courant. Cette électricité musculaire peut être obtenue en assez grande quantité par la superposition, en forme de pile, d’un certain nombre de tronçons de muscles. Le pôle positif du système sera la surface naturelle de l’un des tronçons terminaux, et le pôle négatif la surface de section de l’autre. Un tel système agit sur les appareils galvanoscopiques, et peut même exciter des contractions dans d’autres muscles.

Indépendamment de ces courants électriques nerveux et musculaires, il existe dans l’économie animale d’autres sources de fluide. Il se produit des courants entre la face externe et la face interne de la peau, dans le sang, dans les appareils sécréteurs, en un mot dans presque tout l’organisme. Les expériences aussi originales que délicates auxquelles M. Becquerel emploie depuis plusieurs années toute l’activité de sa verte vieillesse, lui permettent d’affirmer dès aujourd’hui la prépondérance des phénomènes électro -capillaires

L’ÉLECTRICITÉ ET LA ML

l'.lâ

Hans la vie animale. D’après le savant physicien, deux Dissolutions de nature différente, conductrices dé t’électricité, séparées par une membrane ou par un espace capillaire, constituent un circuit électro-chimique, et, si l’on considère les éléments anatomiques lcles divers tissus, cellules, tubes, globules, etc., dans leurs rapports avec les liqueurs qui les baignent, on trouve qu’ils donnent naissance à une infinité de Coti- , pies qui dégagent incessamment de l’électricité. Le ssang artériel et le sang veineux forment un couple dont la force électro-motrice est égale à 0,57, celle d’un couple à acide nitrique étant 100. M. Beequerc. fait intervenir ces courants dans l’explication de beau

• coup de phénomènes physiologiques encore mal interprétés. Si la réalité môme de telles actions est indéniable, il faut reconnaître cependant que la doctrine -générale qui les relie les unes aux autres et toutes ensemble aux diverses activités de l’organisme manque

encore de netteté. 11 importe de savoir comment ces courants se distribuent et se répandent, quels trajets iils suivent. Le moment est venu pour la physiologie

• expérimentale d’aborder ces difficiles problèmes, dont la solution est indispensable à la connaissance précise

• du déterminisme vital, c’est-à-dire au dénombrement et à la mesure des facteurs divers qui sont les termes de toutes les équations du mouvement organique.

Les végétaux développent aussi de l’électricité. Douillet a constaté nettement que la végétation dégage de l’électricité. D’autres physiciens, et surtout M. Becquerel, ont démontre l’existence de courants dans les fruits, les tiges, les racines et les feuilles des plantes. M. Becquerel prit une tige de jeune peuplier en pleini

LA .NATÙltE ET LA VIE.

sève, inlroduisiL un til de platine dans la moelle et un second lit dans l’écorce, et lit aboutir ces deux conducteurs a un galvanoscope; l’aiguille indiqua aussitôt le passage d'un courant. M. BulT a exécuté plus récemment des expériences dans lesquelles il a eu soin de ne pas blesser les organes. Deux vases contenant du mercure recevaient des tils de platine; sur le mercure était de l’eau où plongeaient les végétaux dont il s’agissait d’étudier l’état électrique. En prenant des feuilles et des racines, .M. BulT constata un courant qui allait des racines aux feuilles à travers la plante; dans une branche séparée de la tige, le courant marchait aussi vers les feuilles. En définitive, l’existence d’une électricité vitale est incontestable, bien qu’on ne connaisse pas encore exactement les conditions de cette effervescence intestine et qu’on en ignore les vrais rapports avec l’ensemble des opérations physicochimiques de l’organisme vivant.

Ces dernières sont en tout cas extrêmement complexes. Il y a en chaque être organisé, il y a en nous un monde infini d'activités de toute sorte. Les forces (pii nous pénètrent sont aussi multiples que les matériaux dont nous sommes pétris. En chaque point de notre corps et à chaque instant de notre existence, toutes les énergies de la nature se rencontrent et se conjoigncnt. Néanmoins il règne dans la suite de ces opérations merveilleuses un tel ordre, qu’au lieu d’une confusion inextricable, c’est une harmonieuse synergie qui caractérise les êtres doués de vie. Tout en eux se balance et se pondère, se commande et se répond. C’est ce que Buffon avait déjà senti et exprimé. « L’animal, dit-il, réunit toutes les puissances de la

I/fiLECÏW.nt KT LA MK.

mal ui'c ; son individu est un centre où tout se rapporte, tun point où l’univers entier se réfléchit, un monde en (raccourci » Paroles profondes, (pii étaient pour le grand naturaliste plutôt le fruit d’une intuition de .génie que celui d’une spéculation rigoureuse, — pa- 1 rôles que le progrès de la science tend à vérifier de i plus en plus, et dont la lumière éclaire sa route.

Après avoir constaté que les corps vivants sont euxjimèmes des sources de fluide électrique, il convient h d’examiner la nature des eflets que l’électricité, sous j < des formes diverses, peut, exercer sur l’organisme aniimal. L’atmosphère contient une quantité variable P d’électricité positive; la terre elle-même est toujours > chargée d’électricité négative. On ne sait pas encore au juste comment se développe cette force diffuse et sourde. Les physiciens pensent qu’elle provient de la végétation et de l’évaporation des eaux. M. Becquerel a énuméré tout récemment un ensemble de raisons plus ou moins plausibles qui autoriseraient à croire que la plus grande partie de l’électricité atmosphérique a son origine dans le soleil; cet astre la répandrait dans les espaces en môme temps que la lumière. Quoi qu’il en soit, tant que le ciel est serein, ce fluide n’a aucune action manifeste sur les êtres vivants; mais lorsqu’il s’accumule dans les nuées et donne naissance aux orages, il produit des effets qui fournissent la plus démonstrative des preuves de l’influence que l’électricité exerce sur la vie. Les personnes tuées par la foudre présentent des aspects très-divers. Tantôt l’individu foudroyé est tué roide sur place, le mort

1 ÉcL Lacépùde, t. IV, p. -HT.

restant assis ou debout; tantôt, au contraire, il est lancé à une grande distance. Parfois la foudre déshabille les victimes, détruit leurs vêtements et laisse le corps intact, ou bien c’est l’inverse qui arrive. Ici les désordres sont effrayants : il va déchirure du cœur et broiement des os; ailleurs on constate une parfaite intégrité des organes. Dans certains cas, il y a flaccidité des membres, ramollissement des os, affaissement des poumons; dans d’autres, on voit des contractures et de la rigidité. Quelquefois le corps du foudroyé se décom- -pose avec rapidité, mais il peut aussi braver la putréfaction. Enfin la foudre, qui brise les arbres et renverse les murailles, semble ne produire que trèsdifficilement des mutilations chez les animaux. Lorsque le tonnerre ne détermine pas la mort, il provoque du moins des accidents graves, parfois temporaires, le plus souvent irrémédiables. Indépendamment des brûlures et des éruptions diverses qu’on remarque sur la peau des personnes frappées, celles-ci éprouvent assez souvent une sorte d’épilation générale fort bizarre; elles sont atteintes de paralysie, de mutisme, de perversion des sens (surdité, amaurose), d’imbécillité. Bref, les ravages de l’électricité atmosphérique atteignent toutes les fonctions du système nerveux.

L’action des poissons électriques peut être rapprochée de celle de la foudre, puisqu’elle ne dépend pas davantage de notre industrie. Les commotions du gymnote surtout sont formidables. Alexandre de llumboldt raconte qu’ayant mis les deux pieds sur un de ■ ces poissons qu’on venait de retirer de l’eau, il reçut une secousse si violente qu’il ressentit le reste du jour des douleurs dans toutes les jointures. Ces commotions

L’ÉLECTWGITÉ ET LA VIE

rrenversent les bêtes les plus vigoureuses, et on est [obligé d’éviter les rivières oit les gymnotes se trouvvent, parce que, lorsqu’on essaye de les traverser à irgué avec des chevaux ou des mulets, ces derniers peuvent être tués par les décharges. Pour prendre ces poissons, les Indiens poussent dans l’eau des chevaux ^sauvages dont les piétinements font sortir les gymnotes Jde la vase. Ces sortes d’anguilles jaunâtres et livides se [pressent alors sous le ventre des quadrupèdes, les rrenversent presque tous et en tuent quelques-uns; imais les poissons s’épuisent à leur tour, et il devient 'facile de s’en emparer au moyen de petits harpons. ILos sauvages s’en servent pour traiter les paralysies. IFaraday compare la secousse d’un gymnote — qu’il reut occasion d’étudier — à celle d’une forte batterie Me quinze jarres. Quand on touche avec la main une ■ torpille vivante placée hors de l’eau, on éprouve une commotion d’autant plus forte que la surface du contact est plus étendue. La secousse, qui se fait sentir jusque dans l’épaule, est suivie d’un engourdissement fort désagréable. On peut la faire subir à vingt personnes formant la chaîne, la première touchant le dos, et la dernière le ventre de la torpille. Les pécheurs reconnaissent qu’il y a une torpille dans leurs ! filets quand, en jetant do l’eau à pleins seaux pour les laver, iis ressentent une commotion. L’eau conduit bien l’électricité, et c’est à travers l’eau que ce pois- ! son tue ou engourdit les animaux dont il se nourrit.

11 existe, tout le monde le sait, d’autres sources d’électricité que les orages et les poissons. Les machines à frottements, les piles et les appareils d’induclion fournissent trois sortes de courants qui agissent

sur les fonctions de la vie, quelquefois d’une manière \ semblable, le plus souvent avec des différences marquées. Ces différences dans le mode d’action des \ divers courants n’ont été bien établies que de nos ! jours. L’action de l’électricité statique et de l’électricité d’induction, plus brusque et plus violente, est caractérisée surtout par des effets mécaniques tellement frappants qu’ils ont longtemps empêché les observateurs de suivre avec une attention suffisante les effets d’un autre ordre que produit le courant de la pile. Cependant ce dernier affecte en réalité d’une . façon plus profonde les tissus animaux, et les phénomènes auxquels il donne lieu sont dignes du plus vif intérêt, aussi bien au point de vue de la théorie qu’à celui des applications.

Dutrochet a démontré par des expériences mémorables que, lorsqu’un tube contenant de l’eau gommée et fermé en bas par une membrane est placé dans un vase rempli d’eau pure, le niveau de l’eau gommée s’élève peu à peu par l’introduction graduelle de l’eau pure dans le tube. En même temps une certaine quantité de l’eau gommée intérieure se mêle à l’eau pure extérieure. Bref, il s’établit entre les deux liquides communiquant par la membrane un échange réciproque, et l’on constate que le courant qui va du liquide moins dense vers le liquide plus dense est plus rapide que le courant en sens inverse. Celte expérience révèle un des phénomènes les plus importants de la vie des plantes et des animaux, et que l’on désigne par le mot d’endosmose. Or Dutrochet avait remarqué déjà que, si l’on place le pôle positif d’une pile dans 1 eau pure et le pôle négatif dans l’eau gommée, les acles

L'ELECTRICITE ET LA VIE

ul’ontlosmose s’accomplissent avec pins d’énergie. MM. Onimus et Legros ont découvert de plus que, •si l’on a recours à une disposition inverse, c’est-ài dire si l’on met le pôle positif dans l’eau gommée et lie pôle négatif dans l’eau pure, le niveau du liquide dans le tube, au lieu de s’élever, descend notablement. Ainsi l’électricité peut renverser les lois ordinaires de l’endosmose. Elle exerce une action non moins mar- « quée sur tous les autres mouvements physico-chimiques qui s’effectuent dans la profondeur des organes. Elle y décompose les sels, y coagule les matières albuminoïdes du sang et des tissus, exactement comme dans les vaisseaux d’un laboratoire. En voici un exemple bien curieux. Lorsque en chimie on décompose l’iodure de potassium, de l’iode est mis en liberté, et on reconnaît, ce dernier corps à la coloration d’un bleu intense qu’il développe au contact de l’amidon. Or, en injectant à un animal une solution d’iodure de potassium et en l’électrisant ensuite, on constate au bout de quelques minutes que toutes les régions voisines du pôle positif de la pile bleuissent en présence de l’amidon, ce qui prouve qu’elles sont imprégnées d’iode. L’iodure a été presque décomposé, et l’iodè a été transporté par le courant vers le pôle positif.

Il n’est pas étonnant après cela que l’action de l’électricité s’exerce sur tout le système des opérations nutritives. MM. Onimus et Legros ont observé que les courants continus ascendants accélèrent le double mouvement d’assimilation et de désassimilation '.

1 L’électricité se] dégage des appareils par deux pèles. On admet que le courant circule du pôle positif vers le pôle négatif. On dit que le courant est ascendant lorsqu’on applique le pôle positif à la partie

Les animaux électrisés dans de certaines conditions rejettent une plus forte proportion d’urée et d’acide carbonique ce qui est l’indice d’une plus grande énergie du feu vital. D’autre part, lorsqu’on soumet à l’action du courant de jeunes individus en voie de développement, ils grandissent et grossissent plus vile que dans les circonstances ordinaires, ce qui est la preuve d’un accroissement dans la quantité des matériaux assimilés. Pour montrer jusqu’à quel point les phénomènes vitaux sont stimulés par l’électricité, nous citerons une autre expérience faite par MM. Robin et Legros sur les noctyluques. Ce sont des animaux microscopiques qui, lorsqu’ils existent en grande quantité dans l’eau do mer, lui donnent presque la blancheur du lait et la rendent à certains moments phosphorescente. Or il suffit de diriger un courant dans un vase rempli d’une eau pareille pour qu’une trace de lumière se dessine sur le parcours du courant. L’électricité provoque la phosphorescence de tous les noctyluques quelle rencontre sur son passage entre les deux pôles.

Les courants interrompus ou d’induction rétrécissent les vaisseaux sanguins et ralentissent la circulation dans presque tous les cas; . s’ils sont intenses, ils parviennent même à l’arrêter par une forte contraction des artérioles. 11 n’en est pas de même avec les courants continus : généralement ils accélèrent la circulation en déterminant une dilatation des vaisseaux. C’est du moins ce qui a été constaté d’abord par MM. Robin et Hiflclsheim dans l’examen microscopique

inférieure et le pôle négatif à la partie supérieure delà moelle; il est descendant quand les pôles son! intervertis.

L'ÉLECTRICITÉ ET LA VIE

du flux sanguin électrisé. MM. Onimus et. Legros ont établi ensuite que ces actions sont soumises à la loi suivante : le courant descendant dilate les vaisseaux, tandis que le courant ascendant les resserre. Une expérience saisissante démontre la vérité de cette loi. Sur un chien robuste, on enlève une portion du crâne, de façon à mettre le cerveau à découvert. On place alors le pôle positif d’une assez forte pile sur le cerveau mis à nu et le pôle négatif sur le cou. Les vaisseaux ténus et superficiels de l’encéphale se rétrécissent visiblement, et l’organe lui-mêmo semble s’affaisser. En disposant les pôles dans un ordre inverse, on observe le contraire : les vaisseaux capillaires se gonflent, se distendent, et la substance cérébrale fait hernie à travers l’ouverture pratiquée dans la voûte crânienne. Cette expérience prouve qu’on peut à volonté, au moyen des courants, augmenter ou diminuer l’intensité de la circulation dans l’encéphale, comme d’ailleurs dans tout autre organe, M. Onimus a fait une autre observation non moins' intéressante. Beaucoup de personnes savent que le célèbre physiologiste Ilelmholtz a introduit en médecine l’usage d’un appareil simple et commode nommé ophlhalmoscope , au moyen duquel on voit très-distinctement le fond de l’œil, c’est-à-dire le réseau que forment les fibres nerveuses et les vaisseaux délicats de la rétine. Or, en examinant ce réseau pendant qu’on électrise la tète, on constate nettement que les petits conduits sanguins se gonflent et deviennent plus cramoisis.

Examinons maintenant l’effet du courant électrique sur les fonctions de la motricité et de la sensibilité. Aldini, neveu de Galvani, entreprit les premières rc-

•Jlli

cherches de ce genre sur l'homme. Convaincu que, pour étudier les effets de l’électricité sur les organes, il fallait saisir le cadavre humain dans un grand étal de fraîcheur, il crut devoir, comme il le dit lui-même, se placer à côté d’un échafaud et sous la hache de la loi pour recevoir de la main du bourreau des corps ensanglantés, sujets seuls vraiment propres aux expériences. En janvier et février 1802, il profila de l’occasion de deux criminels décapités à Bologne, que le gouvernement s’empressa d’accorder à sa curiosité scientifique. Soumis à l’action de l’électricité, ces cadavres donnèrent un spectacle si étrange (pie plusieurs des assistants en furent épouvantés. Les muscles du visage se contractèrent en produisant d’horribles grimaces. Tous les membres furent pris de mouvements violents. Les corps semblaient éprouver un commencement de résurrection et vouloir se lever. Plusieurs heures après la décollation, les ressorts de l’économie avaient encore le pouvoir de répondre à l’excitation électrique. Ure a fait à Glasgow des expériences non moins célèbres sur le cadavre d’un supplicié qui était resté suspendu au gibet pendant près d’une heure. L’un des pôles d’une pile de 270 couples ayant été mis en communication avec la moelle épinière au-dessous de la nuque et l’autre pôle avec le talon, la jambe, préalablement repliée sur elle-même, fut lancée avec violence, et faillit renverser un des assistants qui la maintenait avec effort. L’un des pôles ayant été placé sur la septième côte et l’autre sur un des nerfs du cou, la poitrine se souleva et. s’abaissa, et l’abdomen éprouva un mouvement, semblable, comme il arrive dans la respiration. Un nerf du sourcil ayant été tou-

L’ÊLECl KIOlTIi ET LA VIE.

clic en meme temps que le talon, les muscles de la Hace se contractèrent; « la rage, l'horreur, le désespoir,

I l'angoisse et d’affreux sourires unirent leur hideuse t expression sur la lace de l’assassin. A ce spectacle,

; plusieurs personnes furent forcées de quitter l' appartiennent, et un gentleman s’évanouit. » Enfin on provoqua des mouvements convulsifs des liras et des doigts t tels que le mort semblait désigner différents speçtatlcurs.

Les recherches plus récentes ont précisé les conditions de celte influence de l'électricité sur les muscles. ILcs courants continus, appliqués directement sur ces organes, déterminent des contractions au moment de l’ouverture et à l’instant de la fermeture; mais la secousse produite par la fermeture est toujours la plus forte. Tant que le courant continu passe, le muscle persiste dans un»; demi-contraction au sujet de laquelle les physiologistes ne sont pas d’accord. Sous l’influence d’excitations très-fréquemment répétées et prolongées pendant un certain temps, les muscles entrent dans un état de contracture avec raccourcissement, analogue à celle qui caractérise le tétanos. Dans cet état, ainsi que l’ont démontré M. Ilelmholtz et M. Marey, le muscle éprouve un grand nombre de très-petites secousses. La contracture est le résultat de la fusion de ces vibrations élémentaires qu’on ne distingue pas à l’œil, mais que certains artifices permettent de reconnaître et même de mesurer. Les courants d’induction provoquent des contractions plus énergiques, mais d’une énergie qui ne dure pas et fait place, si l’électrisation se prolonge, à la rigidité cadavérique. La contraction musculaire déterminée en pareil cas est

LA NATl’IU: ET LA VIE.

accompagnée d’une élévation locale de température proportionnelle à la force et à la durée de l’action électrique. Cet échaullément atteint son maximum, qui peut être de 4 degrés dans certains cas, pendant les quatre ou cinq minutes (pii suivent le moment où l’on a cessé d’électriser; il est dû à la contraction musculaire elle-même, qui donne toujours lieu à un dégagement de chaleur.

L’action sur les nerfs est fort compliquée. Elle se traduit par des mouvements et des sensations d’intensité très-variable. MM. Onimus et Legros en résument ainsi les lois fondamentales : lorsqu’on opère sur les nerfs moteurs, on voit que le courant direct ou descendant agit avec plus d’énergie que l’autre; c’est l’inverse pour les nerfs sensitifs. L’excitabilité des nerfs mixtes est diminuée par le courant direct cl accrue par le courant inverse. Voilà pour les courants de la pile. Los courants d’induction se comportent d’une façon différente. Tandis que la sensation provoquée par les premiers est presque insignifiante, les seconds, outre la contraction permanente du muscle, produisent une douleur (pii persiste tant que le nerf conserve son excitabilité. — La moelle épinière est une des parties les plus actives de l’économie. Sous forme d’un gros cordon blanchâtre, logé dans l’intérieur de la colonne vertébrale- elle constitue un véritable prolongement du cerveau, qu’elle supplée dans beaucoup de circonstances. Dépositaire inconsciente d’une partie de la force qui anime les membres, elle leur peut transmettre, par les nerfs qu’elle leur envoie, l’ordre et le moyen de se mouvoir, sans que l’encéphale en suit averti. C’est ce (pii arrive dans les mouvements qu’on

L’ÈLEC’rniCITÉ ET LA ME.

iippclle réflexes , el qui se produisent, sur des animaux décapités, par une simple excitation, directe ou inliirccte, de la moelle épinière. Voici quelques expéiences qui montrent Faction de l’électricité sur les diénomènes dont la moelle est le siège. Si l’on plonge inc grenouille dans de l’eau tiède, possédant une température de 40 degrés, elle perd la respiration, le senlinent, le mouvement, el ne tarderait pas à mourir, si on l’y maintenait longtemps. Retirée de l’eau à •emps el soumise ainsi à l’influence du courant, elle e contracte énergiquement lorsqu’on électrise sa connue vertébrale avec un courant ascendant ; il n’y a oas de mouvement lorsqu’on emploie le courant desendant. D’autre part, si l’on applique de dernier à in animal décapité, sur lequel on provoque des moui ements réflexes par une excitation de la moelle, on ■onstatc qu’il tend à les paralyser. En général —

; '.'est une loi découverte par MM. Onimus et Legros, — le courant de la pile, appliqué sur la moelle, accroît., ’il est ascendant, l’excitabilité de cet organe el par uite sa faculté de déterminer des phénomènes réflexes; l agit d’une façon contraire s’il est descendant.

Lorsqu’on électrise directement le cerveau des aninaux, il survient des modifications circulatoires dont îous avons déjà parlé, mais on n’observe pas de phénomènes spéciaux. L’animal ne manifeste aucune doucur, aucun mouvement; il éprouve une tendance au sommeil, une sorte de stupeur et de calme. Certains nédecins ont été jusqu’à proposer l’électrisation du cerveau comme moyen de développer et de pcrfecionner les facultés intellectuelles. Rien n’autorise à i-roire jusqu’ici qu’une telle pratique puisse avoir la

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