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LA NAJIIIE 1.1 LA ML

moindre inllueaee favorable sur les fondions de la pensée. Ce qui est certain, au contraire, c’est que l’agent électrique ne doit être appliqué qu’avec une extrême prudence aux régions encéphaliques, et qu’il v porte très-facilement le désordre. Un courant fort peut très-bien y amener la rupture des vaisseaux, et par suite une hémorrhagie grave.

Enfin l’électricité stimule tous les organes des sens. Appliquée sur la rétine, elle l’excite et détermine des sensations lumineuses, des éblouissements. Lorsqu’elle traverse l’appareil de l’audition, elle y provoque un bourdonnement particulier. Mise en contact avec la langue, elle fait éprouver une sensation métallique et styplique assez caractéristique. Enfin elle développe dans la muqueuse olfactive une envié d’éternuer, el quelquefois une odeur ammoniacale.

Les courants n’agissent pas seulement sur les nerfs cérébro-spinaux et les muscles de la vie de relation, ils affectent aussi le système nerveux et le système musculaire (pii servenl aux fonctions de la vie nutritive. L’électricité d’induction, appliquée aux muscles de la vie nutritive, les fait contracter au point du contact des pôles, mais la partie située entre les pôles reste immobile. Les courants continus produisent, au moment de la fermeture du circuit, une contraction locale au niveau des pôles, puis l’organe entre en repos; s’il est en activité, il cesse de se mouvoir. Dans le cas de l’intestin par exemple, les mouvements péristaltiques sont abolis; chez un animal en parturition, on peut suspendre, au moyen de l’électricité, les contractions utérines. En général, cet agent supprime les spasmes de tous les muscles qui ne sont pas soumis à la volonté.

L'ÊLECTIUClTÈ ET LA VIE. -<»'l

Tous çes faits relatifs à l’action de l’électricité sur lies muscles et les nerfs ont donné lieu, surtout en 'Allemagne, à de laborieuses spéculations auxquelles ■se rattachent les noms de MM. Dubois-Reymond, Ihflüger el Remak. Les doctrines de ces savants physiologistes sur l’état moléculaire des nerfs dans leurs différents modes d’électrisation sont encore aujourd’hui controversées. Elles ne s’appuient, du reste, il liant bien le dire, sur aucune certitude expérimentale et peut-être vaut-il mieux recourir, pour l’explication "générale de ces difficultés, aux idées développées par LMatteucci. Cet illustre expérimentateur opposait aux théories allemandes sur les vertus électrotoniques des rnterfs les phénomènes évidents de l’électrolyse, c’està-dire les décompositions chimiques opérées par les courants. Il pensait que les modifications dans l’excitabilité nerveuse, déterminées par le passage de l’électricité, tiennent aux acides et aux alcalis provenant du dédoublement, des sels contenus dans les tissus aniimaux. On peut ajouter à ce premier ordre de phénomènes les courants électro-capillaires découverts récemment par M. Recquerel. C’est là qu’il convient de chercher les causes profondes du mécanisme complexe et encore si obscur de ce conllil de l’électricité, (et de la vie.

Les effets de l’électricité sur les plantes ont été moins bien étudiés. Les expériences faites à ce sujet ne sont ni assez nombreuses ni assez rigoureuses. On sait que l’électricité détermine des contractions • chez les différentes espèces de mimosa et surtout chez Ha sensitive, qu’elle ralentit le mouvement de la sève 'dans la cellule du cltara , etc. M. Becquerel en a étu-

die l’action sur la germination et le développement des végétaux. L’électricité décompose les sels contenus dans la graine, transporte les éléments acides au pôle positif, et les parties alcalines au pôle négatif. Or les premiers nuisent à la végétation, tandis que les dernières la favorisent. Tout récemment, le même expérimentateur a exécuté une série de recherches concernant l’influence de l’électricité sur les couleurs des végétaux. 11 s’est servi des fortes décharges qu’on obtient avec les machines à frottement, et il a observé ainsi des changements de couleur assez remarquables, dus la plupart du temps à la rupture des cellules qui contiennent la matière colorante des pétales. Celle-ci, débarrassée de son enveloppe cellulaire, disparaît par un simple lavage à l’eau, et la fleur devient presque blanche. Dans les feuilles qui présentent deux faces de nuance différente, comme celle du bégonia discolor , M. Becquerel a constaté une sorte de transport réciproque des couleurs d’une face à l’autre.

Les phénomènes physiologiques dont il vient d’être question sont généralement confondus dans les livres avec les faits d’électrolhérapie. On a cru nécessaire ici de les en distinguer. La vraie méthode est d’expliquer d’abord les phénomènes qui s’accomplissent dans l’organisme sain; c’est le seul moyen de comprendre

L’ÉLECTRICITÉ ET LA VIE

ensuite ceux qui caractérisent les maladies. L’électrothérapie constitue un ensemble de procédés qui doivent être rangés parmi les plus efficaces de la méde-

cine, à la condition qu’ils soient mis en œuvre par un, praticien versé dans la théorie de son art. En cftet, le savoir physiologique le plus éprouvé est indispensable au médecin pour tirer un parti avantageux du courant électrique. L’empirisme même le mieux avisé est ici condamné à une impuissance fatale — il n’est pas inutile de te rappeler à ceux qui imputent à la méthode elle-même les échecs où elle aboutit entre des mains inhabiles. 11 est vrai que, depuis l’époque de Galvani et de Voila , les médecins ont appliqué l’électricité de la pile au traitement d’un grand nombre de maladies. Au commencement de ce siècle, la galvanothérapie fit beaucoup de bruit. On pensa tenir la panacée universelle. Des sociétés galvaniques , des journaux et des livres spéciaux entreprirent d’en répandre le bienfait. Celle vogue dura un certain temps, et allait peut-être faire place à l’indifférence, quand la découverte de l’électricité d’induction, duc à Faraday (183;2), vint rappeler l’attention des médecins sur les vertus du fluide électrique et provoquer une nouvelle et intéressante série d'expériences. 11 est probable cependant que les deux systèmes éloctrothérapiques, une fois évanouies les incroyables illusions de la première heure, eussent fini par tomber en désuétude, s’ils n’étaient sortis des ornières de l’empirisme.

L’empirisme, qui, avec son audace habituelle, avait su leur faire tout d’abord une si grande place, n’était pas en mesure de la leur conserver. C’est la physiologie expérimentale qui, en analysant avec préci-

sion ie mécanisme des etfols du iluide sur les ressorts organiques , donna aux applications thérapeutiques la sûreté, la certitude et la solidité quelles ont aujourd’hui. L’art aveugle a été, ici comme partout, l’origine des recherches scientifiques, et celles-ci à leur tour éclairent l’art cl le perfectionnent constamment.

Chose singulière, la fortune des courants d’induction a été beaucoup plus heureuse que celle des courants de la pile. Ces derniers, dont l’emploi avait inauguré l’éleclrolhérapic, n’ont pris une véritable importance en physiologie et en médecine que dans ces dernières années et alors que le crédit des courants d’induction était déjà solide, grâce surtout, aux efforts de M. Duclienne (de Boulogne). C’est un physiologiste et anatomiste allemand, Reinak, mort il y a six ans, (pii le premier a insisté sur les remarquables vertus thérapeutiques du courant voltaïque. Remak, après avoir consacré vingt années à l’étude des questions les plus difficiles de l’embryogénie et de l’histologie, avait entrepris, dès 1854, de rechercher et d’établir méthodiquement l’action des courants constants sur l’économie. Il était arrivé bientôt à manier l’agent électrique avec une dextérité remarquable, à discerner avec une clairvoyante promptitude les points où il convenait dans chaque maladie d’appliquer les pôles de la pile. Ceux qui, comme nous, ont été, en 1864, témoins de ses expériences à la Charité en ont conservé le souvenir le plus net. Les méthodes de M. Duchenne étaient à peu près les seules reçues et -pratiquées en France avant que Remak fût venu démontrer aux médecins de Paris l’efficacité de l’électrisation par les courants

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constants dans les cas oii la farci (hua h on restait, impuissante. L’enseignement du praticien de Berlin porta ses fruits. Un habile médecin physiologiste, Hiffelsheim, commençait à répandre à Paris l’emploi du courant constant comme moyen thérapeutique quand la mort, l’enleva en 1866 dans la fleur de l’âge. Un autre médecin fort distingué, qui a pu profiter des leçons de Remak, M. Onimus, a repris les travaux interrompus d’ilifl’elsheim, et s’occupe aujourd’hui de constituer l’ensemble des procédés éleetrothérapiques en les subordonnant à une connaissance rigoureuse des lois électro-physiologiques *. On va voir, par quelques exemples choisis dans la masse des laits publiés à ce - sujet, jusqu’où s’étend actuellement l’efficacité de ces procédés.

L’expérience a établi que dans certaines conditions le courant électrique resserre les vaisseaux, et par suite ralentit l’afflux du sang dans les organes. Or un grand nombre de maladies sont caractérisées par un trop rapide afflux sanguin, par ce qu’on appelle des con- . gestions. Certaines formes de délire et d’excitation cérébrale, ainsi que beaucoup d’hallucinations desdivers sens sont dans ce cas, et guérissent parfaitement par l’application du courant électrique sur la tète. Nul organe ne possède un système vasculaire aussi complexe et aussi délicat aue le cerveau, et nul organe n’est, aussi sensible à l’action des causes qui modifient la circulation. C’est pour cela que les affections qui on!

1 Dans le concours extraordinaire ouvert en 1869 par l’Académie des sciences pour l’application de l’électricité à la thérapeutique, le premier prix a été donné à MM. Onimus et Legros, et le deuxième à deux physiologistes russes, MM. Cyon.

leur siège dans l’encéphale sont particulièrement, faciles < à traiter par l'électricité. Cette dernière, bien appliquée, est souveraine contre les crises cérébrales, les : eonceptionsdélirantes, les migraines, les insomnies, etc. j Les premiers médecins qui se servirent du courant ' avaient parfaitement saisi cette heureuse influence du fluide galvanique sur les troubles du cerveau; ils j avaient même songé à en tirer parti pour le traiteme nt de la folie. Les recherches n’ont pas été continuées ] dans cette direction, mais les faits publiés par Hiffelsheim autorisent à croire qu’elles ne seraient pas infructueuses. Ces laits témoignent combien les courants ! électriques, mais les courants continus seuls, pourront : un jour rendre de services dans les affections cérébrales. C’est un point sur lequel if est important d’appeler l’attention des médecins aliénistes. Jusqu’ici on n’a vu dans l’électricité qu’un excitant énergique. Ce qui est vrai pour les courants interrompus ne l’est pas ^ pour le courant de la pile. Loin d’être toujours un excitant, ce dernier, comme le soutenait Iliffelsheim, peut devenir, dans certaines conditions, un sédatif, un calmant. Celle influence sur la circulation, jointe au pouvoir électrolytique du courant de la pile, permet d’y avoir recours pour le traitement d’engorgements de diverses natures. On guérit par ce moyen les engorgements des ganglions lymphatiques, des glandes parotidiennes, etc. Le courant agit ici à la fois sur la ; contractilité des vaisseaux et sur la composition des humeurs..

C’est surtout dans les cas de paralysie que l’électricité montre toute sa puissance curative. Les paralysies j surviennent chaque lois que les nerfs moteurs sont

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«séparés des centres nerveux par une cause traumatique ou par une modification de texture qui leur fait perdre leur excitabilité. Lorsque le nerf est détruit, la paralysie est incurable; mais lorsqu’il n’est que malade, on peut, dans la plupart des cas, rétablir ses fonctions par le traitement électrique. Comme alors il y a toujours une certaine atrophie musculaire, on dirige l'électricité en môme temps sur les nerfs et sur les muscles, et on emploie concurremment le courant de la pile etr le courant d’induction. Le premier modifie la nutrition générale et rétablit l’excitabilité nerveuse, le second stimule la contractilité des fibres musculaires. La différence d’action des deux espèces de courants est manifeste dans certaines paralysies oii les muscles ne se contractent plus par les courants induits, tandis que sous l’influence des courants constants ils se contractent mieux que des muscles

- sains. Les expériences faites, il y a quelques années, au laboratoire de M. Robin sur des cadavres de suppliciés ont prouvé qu’après la mort la contractilité musculaire peut encore être excitée par les courants de Yolta, alors qu’elle ne répond plus au courant de Faraday.

Quand les nerfs moteurs se trouvent dans un état d’excitation morbide, ils déterminent des contractions des muscles qui sont permanentes (spasmes toniques) ou intermittentes (spasmes cloniques). Les différents nerfs moteurs qui sont le plus souvent excités sont le nerf facial, les filets nerveux de l’avant-bras ou des doigts, qui sont affectés dans la crampe des écrivains ',

1 La crampe des écrivains consiste clans une sorte de spasme de

il« LA NATURE ET LA VIE.

et les filets du nerf spinal, dont l’irritalion détermine, le lie de la tête, le torticolis chronique, etc. Or l’électricité lait disparaître ou du moins améliore notablement ces divers états morbides; elle exerce la même action sur les névralgies et les névrites, toutes les fois que cës affections ne sont point les symptômes d’autres maladi plus profondes. Les courants rétablissent l’activité normale de la nutrition dans les nerfs malades et dans les muscles correspondants; ils agissent aussi de la façon la plus heureuse sur les rhumatismes en modifiant la circulation locale, en calmant la douleur et excitant les phénomènes réflexes qui sont suivis de contractions musculaires. Erb, Remak, Iliflelsheim et M. Onimus ont mis hors de doute cette action salutaire sur les gonflements articulaires, soit dans les cas aigus, soit dans les cas chroniques.

Les découvertes relatives à l’influence de l’électricité sur la moelle épinière onL été mises à profit dans le traitement des maladies qui dépendent d’une surexcitation de l’activité de cet organe, telles que la chorée, la danse de Saint-Guy, l’hystérie et d’autres névroses convulsives qui présentent une physionomie plus ou moins analogue. Voici deux cas de ce genre publiés par le docteur Onimus, et qui donneront une idée de . la manière dont on applique ici le courant. Un enfant de douze ans était atteint d’une affreuse maladie. Toutes les cinq ou dix minutes, il perdait connaissance, se roulait par terre, les yeux déviés vers la partie supé-

muscles des doigts, qui les empêche de se contracter régulièrement pour tenir et diriger une plume ou pour appuyer sur les touches d uu piano, tandis que les muscles de la main et de l'avant-bras conservent toute leur force normale.

L’ftLKCTRICITÉ KT LA VIE.

rieure, puis se roidissait tellement qu’on ne parvenait à plier aucun de ses membres. L’accès terminé, il revenait à lui, mais la moindre impression un peu vive s suffisait à l’accabler de nouveau. On lui appliqua d’abord sur la moelle les courants ascendants. Aussitôt l'enfant fut pris d’une crise violente. Les courants descendants furent employés ensuite pendant quinze jours consécutifs, au bout desquels le petit malade recouvra la santé. — Une jeune tille de dix-sept ans, hystérique, offrait des symptômes très-bizarres du côté du larynx, du voile du palais et des muscles de la face, entre autres une sorte d’aboiement suivi d’un reniilement intense et d’horribles grimaces. Or, en plaçant le pôle positif dans la bouche de la malade contre la voûte palatine et le pôle négatif sur la nuque, on parvint à supprimer tous ces phénomènes morbides. En disposant les pôles dans un ordre inverse, on les aggravait au contraire. Après seize séances de traitement électrique, cette jeune fille fut presque complètement guérie, et il ne lui resta qu’un tic musculaire insignifiant en comparaison des désordres primitifs. Enfin plusieurs cas de tétanos ont été combattus avec succès par des moyens analogues. Cette terrible, maladie, la plus redoutable des complications chirurgicales, est due à une inllammation aiguë de la moelle épinière. Il en résulte une altération des nerfs moteurs telle que tous les muscles du corps éprouvent une contracture générale, une roideur douloureuse qui gagne peu à peu les organes les plus essentiels à la vie. Quand les muscles de la poitrine et du cœur arrivent à être saisis de cette manière, la mort a lieu par asphyxie- Or le courant continu tend à rétablir ici l’étal normal

des nerfs moteurs. Deux autres maladies chroniques de ; la moelle, dont la première surtout est bien grave, l’atrophie musculaire progressive, et l’ataxie locomotrice, cèdent souvent à l’emploi rationnel de l'électricité ou du moins sont enrayées dans leur progrès, dont l’issue naturelle est la mort. Il est intéressant de j noter que ces deux maladies ont été découvertes et caractérisées par M. Duchenne (de Boulogne) dans le cours de ses recherches électrolhérapiques. L’électricité lui a servi en ce cas de moyen do diagnostic, comme elle sert de moyen d’étude pour la physiologie, où elle représente en quelque sorte un réactif capable de déceler des différences fonctionnelles qu’aucun autre procédé n’eût révélées. Elle seule, d’après la manière dont elle affecte un nerf ou un muscle, permet, dans certaines circonstances, de décider de la nature et même du degré de l’altération des ressorts de ce nerf ou de ce muscle.

Aldini disait que le galvanisme offre un moyen puissant pour remettre en action la vitalité suspendue par une cause quelconque. Plusieurs médecins, au commencement de ce siècle, tirent revivre ainsi des chiens plongés pendant un certain temps au fond de l’eau et qu’on en avait retirés avec toute l’apparence de la mort. Hallé et Sue proposèrent à cette époque de mettre des appareils galvaniques dans les différents quartiers de Paris, surtout au voisinage de la Seine. Cette mesure si sage et si utile n’a pas encore reçu d’exécution, bien que toutes les expériences exécutées depuis lors aient démontré de plus en plus l’efficacité de l’électricité contre l’asphyxie et la syncope produites soit par l’eau, soit par les gaz délétères. Le cou-

L’ÉLECTRICITÉ ET LA VIE

ranl de la pile rétablit aussi les mouvements respiratoires dans les cas d’empoisonnement par l’éther et le chloroforme, et à un instant où tout espoir de résurrection semble perdu. Les chirurgiens qui connaissent cette propriété se la rappellent lorsque la chloroformisation leur paraît périlleuse pour le malade qui y est soumis.

L’électricité se transforme en chaleur très-facilement. Quand on fait passer un courant intense dans un fil métallique très-court, celui-ci s’échauffe, rougit, et, dans certains cas, se réduit en vapeur. Cette propriété a été mise à profit par les chirurgiens pour l’ablation de diverses excroissances morbides. Ils introduisent une lame métallique à la base des tumeurs ou des polypes qu’ils veulent enlever, et, quand cette sorte de couteau électrique est devenue incandescente sous l’influence du courant de la pile, ils lui impriment un mouvement tel que la partie malade est séparée par la cautérisation aussi nettement qu’avec un instrument tranchant. Ce procédé, qui évite l’effusion du sang et ne provoque qu’une douleur insignifiante, a donné de beaux résultats entre les mains de MM. Marshall, Middeldorpf, Sédillot, Bœckel, etc. Indépendamment de celte application, où c’est surtout la chaleur qui est utilisée, on a employé l’électricité pour détruire les tumeurs par une sorte de désorganisation chimique de leur tissu. MM. Crusell, Ciniselli et Nélaton ont fait à ce sujet des expériences décisives. Enfin MM. Pétrequin, Broca et d’autres ont proposé le même moyen pour coaguler le sang dans l’intérieur des sacs anévrysmaux. Si cette nouvelle chirurgie n’est pas encore aussi répandue quelle devrait l’être, c’est que

le maniemenl des appareils électriques exige beaucoup d’habitude et de dextérité, et que les chirurgiens trouvent plus commode l’usage classique du bistouri.

On voit par ce rapide historique que l’élcctrothérapie est salutaire dans un grand nombre de maladies. Soit qu’on l’emploie pour modifier l’état, de la nutrition, pour accélérer ou pour ralentir la circulation dans les petits vaisseaux, soit qu’on y ait recours pour calmer ou pour stimuler les nerfs, pour détendre ou pour mettre en mouvement les muscles, pour briller ou détacher les tumeurs, l’électricité, pourvu qu’on ne la manie pas à contre-sens, est destinée à rendre de notables services à l’art de guérir. Le domaine de la t h errno thérapie est moins considérable; il a cependant une certaine étendue. L’exploration de celui qui est réservé à l’usage médicinal de la lumière, à la photothérapie (s’il est permis d’employer ces néologismes), commence à peine. Il en faut dire autant de l’emploi de la pesanteur, qu’on pourrait appeler barothérapic ‘. En tout cas, il se constitue présentement, et l’avenir verra se développer de plus en plus, à côté de la thérapeutique 'des corps, une thérapeutique des forces, — à côté de la médecine des drogues, la médecine des énergies. Il est impossible de dire dès aujourd’hui laquelle des deux prévaudra définitivement; on peul supposer que toutes deux sont appelées à rendre des services également précieux à l’art.

Les premiers savants qui étudièrent l’action de

1 M. Paul Bert a communiqué à l’Académie des sciences, pendant les années 1872 et 1873, les résultats de longues expériences qu’il a instituées concernant l'influence que les changements de pression exercent sur les phénomènes de la vie.

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l’électricité galvanique sur les animaux morts, et qui les virent recouvrer le mouvement et même une apparente sensibilité, crurent avoir trouvé le secret de la vie; ils assimilèrent à la force animatrice cette autre force qui semble réchauffer les organes déjà glacés et en rétablir le ressort brisé. 11 n’est pas besoin de méditer longtemps sur l’ensemble des faits exposés dans les pages précédentes pour comprendre combien l’illusion était grande. Non-seulement l’électricité n’est pas la vie tout entière, mais il n’est même pas permis de la considérer comme un des éléments de la vie, par exemple de l’assimiler à la force nerveuse. Les expériences de M. Helmholtz ont démontré en effet jusqu’à l’évidence qu’une telle assimilation est contraire à la réalité. Ce qui caractérise les forces de la vie et l’unité vitale, qui est l’expression déterminée de leur fonctionnement simultané dans un même organisme, c’est précisément l’organisation. Or l’clcctricité n’a aucun rapport causal avec l’organisation même. Celle-ci est l’ouvrage d’une activité supérieure. Elle s’approprie toutes les énergies de la nature, mais elle les enchaîne, les coordonne et les place dans des conditions spéciales pour les faire servir aux desseins de la vie. Gravitation, chaleur, lumière, électricité, toutes ces énergies se conservent au sein des cires vivants; seulement elles s’y dissimulent sous une nouvelle unité phénoménale, de même que l’oxygène, l’hydrogène, le carbone, l’azote et le phosphore, qui constituent une cellule nerveuse, y disparaissent dans une nonvclic unité substantielle sans cesser d'y exister comme éléments chimiques distincts. Les puissances de la nature inorganique sont aussi nécessaires à la vie que les

lignes et les couleurs le sonl au peintre pour faire un tableau. Que serait le tableau sans l’industrie et sans faine du peintre? Le tableau est son œuvre à lui ; les forces physico-chimiques sont les lignes et les couleurs de cette composition homogène et harmonieuse qui est la vie. Elles n’y auraient aucune signification, aucune efficacité, si elles n’y subissaient, par l’opération d’un mystérieux artiste, une métamorphose qui, les élevant à une dignité qu’elles n’avaient point auparavant, leur donne place au suprême concert. C’est ainsi que dans l’infinie solidarité des choses, il y a, comme le pensait Leibniz, un mouvement continu de l'inférieur vers le supérieur, un acheminement constant vers le bien, une incessante aspiration vers une existence plus complète et plus consciente, un perfectionnement éternel.

LES ODEURS ET LA VIE

Descartes, Leibniz et tous les grands esprits du xvif siècle pensaient que les phénomènes sont tellement solidaires qu’il faut les expliquer les uns par les autres, et, en conséquence, que les sciences doivent être tenues fort rapprochées les unes des autres. C’était à leurs yeux la condition d’un progrès rapide et d’un lumineux développement. L’empirisme, qui a élevé avec une opiniâtreté systématique tant de barrières entre les diverses parties de la philosophie naturelle, a retardé beaucoup la constitution des connaissances qui résultent d’une réciproque pénétration de toutes les vérités. Aujourd’hui, par l'effet d’une tendance spontanée, ces barrières tombent, et la science de l’homme, dans ses rapports avec les milieux extérieurs, commence à apparaître dans son harmonieux dessin. Nous en avons tracé précédemment plusieurs chapitres. Nous allons essayer, à propos des odeurs, d’en écrire un nouveau.

* Moniteur scientifique , avril 1872.

LA NaTIHE ET LA ML.

2 il

Le siège de l’odorat ou de l’olfaction est la membrane pituitaire qui recouvre la paroi intérieure des narines. C’est une surface muqueuse, irrégulièrement plissée et où viennent s’épanouir, en terminaisons délicates, un certain nombre de nerfs. Cette membrane sécrète constamment, comme toutes les autres muqueuses, un liquide destiné à la lubrifier. Grâce aux muscles qui recouvrent la partie inférieure des narines, l’appareil olfactif peut être dilaté ou contracté exactement comme celui de la vision. Cela posé, le mécanisme de l’odorat est très-simple. 11 consiste dans le contact des particules odorantes et du nerf olfactif. Ces particules sont apportées par l’air à l’intérieur des fosses nasales et y rencontrent les fibres sensibles. Si l'arrivée de Pair est interrompue ou si le nerf est altéré, la sensation ne se produit pas. Les expériences de la physiologie ont établi en effet que les nerfs olfactifs (ou de la première paire ) sont exclusivement dévolus à la perception des odeurs. La perle de l’odorat survient toutes les fois qu’on détruit ou qu’on blesse ces nerfs par un procédé quelconque, ou même lorsqu’on se borne à les comprimer. D’autre part, il est d’observation vulgaire qu’en mettant obstacle au passage de l’air dans les narines, on rend également impossible toute espèce de sensation olfactive. Ajoutons

LES OllkCltS ET LA VIL

[que la pallie la plus sensible aux odeurs est celle qui -se trouve dans la région supérieure des lusses nasales. Il y a, comme nous le verrons plus loin, des différences •considérables touchant le degré de sensibilité de l’odorat, quand on passe d’un homme à un autre.

\ Mais ce qui est plus singulier, c’est que quelquefois, >sans cause apparente, l’odorat fait complètement défaut. Dans d’autres cas il est insensible à l’action de certaines odeurs seulement, infirmité analogue à celle que les ophtalmologistes appellent daltonisme, cl qui consiste à ne percevoir que certaines couleurs. On trouve dans les annales de la science le cas d’un prêtre qui ne sentait que le fumier et les choux pourris; celui d'une personne pour qui la vanille était complètement inodore. Blumembach parle aussi d’un Anglai s qui avait tous les sens excellents, mais ne; sentait point le réséda.

L’ollaction est tantôt volontaire, tantôt involontaire. Dans le premier mode, qui a reçu le nom de flairer, et qu’on emploie pour obtenir une sensation plus vive," on ferme d’abord la bouche el on exécute tantôt une large inspiration, tantôt une série d’inspirations brèves el saccadées. C’est, alors qu’intervient l’appareil musculaire qui borde l’orifice des narines, pour resserrer cet orifice et le diriger en bas, de façon à augmenter I intensité du courant d’air aspiré. Quand, au contraire nous voulons sentir le moins possible, l’organe devient passif. Nous produisons par le nez de fortes expirations pour chasser l’air odorant, et l’inspiration, au lieu de se faire par les narines, a lieu instinctivement par la bouche.

L’odorat et les odeurs inlcniénnenl pour une part

ta

importante dans le phénomène de la gustation, c’està-dire qu’il y a une étroite liaison entre la perception des odeurs et celle des saveurs. L’analyse physiologique a mis en évidence ce l'ait que la plupart des saveurs que nous percevons proviennent de la combinaison des sensations olfactives avec un petit nombre de sensations gustatives. En réalité, il n’y a que quatre saveurs primitives et radicales : l’ acide, le doux, le salé et Vamer. On s’en assure par une expérience bien simple. Si l’on se bouche les narines en goûtant un certain nombre de substances sapides, afin d’abolir ainsi la sensation olfactive, le goût perçu est’ réduit invariablement à l’une des quatre saveurs simples que nous venons de citer. Aussi, toutes les fois que la membrane pituitaire est malade, la saveur des aliments n’est plus la même; la langue ne perçoit plus que l’acide, le doux, le salé et l’amer.

Il s'agit maintenant d’entrer dans l’étude des conditions physiologiques et chimiques de l’odorat, et pour cela il est nécessaire d’examiner d’abord comment se comportent les substances odorantes vis-à-vis du milieu qui les sépare de nos organes. Prévost le premier, dans un mémoire publié en 1790, sur les moyens de rendre sensibles à la vue les émanations des corps odorants, lit voir que certaines substances odorantes, concrètes ou fluides, mises sur une glace mouillée ou sur une soucoupe pleine d’eau, agissent immédiatement sur les molécules du liquide qu’elles touchent et les écartent plus ou moins en produisant un vide. Il pensa que ce moyen pourrait servir à rendre les odeurs sensibles à la vue et permettre de distinguer les corps odorants de ceux qui ne le sont pas. Ces mouvements

LES ODEURS ET LA VIE. 227

des corps odorants à la surface des liquides, dont le -camphre en particulier fournit un si curieux exemple, ont été étudiés dernièrement avec le plus grand soin par un physiologiste français, en vue de l’établissement d’une théorie des odeurs. M. Liégeois a examiné, dans -ce dessein, la plupart des corps odorants, et il a constaté qu’ils exécutent presque tous à la surface de l’eau divers mouvements de giration et de translation analogues à ceux du camphre. Les uns se comportent exaci tement comme le camphre. De ce nombre sont l’acide benzoïque, l’acide succinique, l’écorce d’oranges amèi res, etc. Chez d’autres le mouvement s’arrête très-vite,

' car ils sont rapidement entourés d’une couche huileuse où ils sont comme emprisonnés. Il en est qu’ il faut réduire en poussière pour donner lieu au phénomène. Pour ce qui est des liquides odorants, M. I dégeois a eu l’idée d’en imprégner des semences très-légères et spongieuses, dénuées d’odeur, et il a constaté alors, en projetant ces semences sur de l’eau, que les faits de giration et de translation se produisaient comme avec les autres substances. M. Liégeois, d’un ensemble d’expériences méthodiquement suivis, conclut que les mouvements dont il s’agit ici doivent être attribués, non pas à un dégagement gazeux agissant par un effet analogue à celui du recul, mais simplement à la séparation et à la dill'usion rapide des particules odorantes au sein de l’eau. La volatilité des corps ne doit pas intervenir dans l'explication du phénomène. Celui-ci dépend exclusivement de l’affinité des fluides pour les particules odorantes et aussi pour celles de matière grasse. M. Liégeois a reconnu par exemple qu’une goutte d’huile, mise à la

LV N.vri iu; HT LA VIL

surface de l’eau, laisse échapper, sans diminuer sensiblement de volume, une énorme quantité de gouttelettes microscopiques qui se répandent dans la masse aqueuse. Les essences aromatiques donnent le même résultat. Quoique insolubles dans l’eau, elles ont une tendance énergique à s’v disperser, cl il suffit que l’eau reçoive, sous forme de poussière extrêmement délicate, une très-petite quantité de leur principe odorant pour en acquérir tout le parfum. Les expériences de M. Liégeois témoignent d’une assiduité laborieuse et d’une louable sagacité. La science les a reçues avec satisfaction et, après en avoir tiré bénéfice, gardera le souvenir de l’auteur, enlevé dans la lleur de l’âge, à l’aurore d’une belle carrière de physiologiste et de chirurgien.

11 nous semblait, dit M. Liégeois lui-même, assister, dans ces expériences, à la formation des molécules odorantes. Ces fines parcelles répandues dans l’atmosphère et issues des corps odorants, que nous pouvons recueillir à la surface de l’eau, sont en effet les mêmes qui viennent frapper notre membrane pituitaire et nous donner la sensation des odeurs. Des faits, connus depuis longtemps, montrent d’ailleurs celle action en quelque sorte révélai rire de l’eau sur les odeurs. Le matin, quand la campagne est humide, quand les fleurs sont recouvertes des perles scintillantes de la rosée, il s’exhale de toutes les plantes un parfum plus suave et plus frais. Quand il a plu légèrement, c’est la même chose. Les végétaux, en môme temps que leurs couleurs se relèvent, répandent des émanations plus embaumées. Dans le phénomène physiologique de la gustation, nous observonsune influence du même genre

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La salive sc prête très-bien à la diffusion des principes odorants; ensuite, les mouvements de la langue, qui ; étendent ce liquide sur toute la surface de la cavité buccale et augmentent ainsi la surface d’évaporation, sont évidemment de nature à favoriser la disper- • sion des principes odorants dont le rôle est, comme nous l’avons vu, considérable dans la perception des odeurs.

Or, dans le phénomène de l’olfaction, l’air agit à l’instar de l’eau. 11 s’empare des molécules odorantes » elles apporte au contact de notre membrane pituitaire. Il est le véhicule, le dissolvant des parcelles extrêmement ténues qui, en présence des libres délicates du nerf, y provoquent un mouvement particulier se traduisant par les sensations les plus variées. L’oxygène et l’existence cl’unc proportion quelconque de molécules odorantes dans ce gaz sont les deux conditions expresses du phénomène.

Tel est, du moins, le résultat des anciennes expériences et de celles qu’a exécutées dans ces dernières années M. Micklès. Ce qui est curieux et digne d’attention, c’est la dilîusihilité considérable et le degré de division que manifestent certains corps odorants. L’ambre gris fraîchement rejeté sur le rivage répand au loin un parfum qui est le guide de ceux qui recherchent cette précieuse substance. Les sources d’huile de pétrole se sentent à une distance très-considérable, Bartholin assure que l’odeur du romarin fait reconnaître en mer les terres d’Espagne bien longtemps avant qu’on ne les aperçoive. Tout le monde sait, d’autre part, qu’un seul grain de musc parfume un appartement pendant toute une année sans perdre

sensiblement de son poids. Haller raconte qu’il a conservé pendant quarante ans des papiers qu’un seul grain d’ambre avait parfumés, et qu’au bout de ce temps ils avaient encore leur odeur. Il remarque que chaque pouce de leur surface a été imprégné

pal ~2 691 064 000 de êTain d’ambre, et qu’ils ont embaumé pendant II 600 jours une couche d’air d’au moins pied d’épaisseur. Evidemment, il est impossible d’imaginer combien petite était la quantité matérielle de principe odorant contenue dans un volume déterminé de cet air. On conçoit sans peine que les physiciens invoquent de pareils exemples pour donner une idée de la divisibilité de la matière.

En effet, il s’agit ici de matière émise par les corps odorants. Cela montre qu’ils n’agissent point comme des centres d’ébranlement, déterminant des vibrations qui se propagent jusqu’à nos organes pour y exercer une influence purement dynamique. Cette émission de matière odorante avec le concours nécessaire de l'oxygène atmosphérique prouve aussi que les odeurs ne sont nullement comparables à la lumière ou à la chaleur, qu’il est permis de considérer d’une manière abstraite, dans l’espace immatériel et étliéré où elles se meuvent, comme des énergies propres et agissant de loin. Les odeurs, pour être senties, doivent être reçues par l’oxygène et transmises par lui à l’organe de l’odorat. En un mot, l’odeur, c’est la molécule odorante même, tandis que la lumière n’est pas le corps lumineux.

L’oxygène exerce-t-il une influence chimique sur ses particules qu’il prend aux corps odorants? On

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l’ignore. On ne sait pas davantage de quelle nature est l’action qui a lieu au contact même de l’odeur et du nerf olfactif, si le phénomène est un pur ébranlement mécanique, ou s'il se passe là quelque décomposition chimique. En tous les cas, il est permis de conclure des faits observés que l’odorat et le goût sont deux sens éminemment distincts des autres, tant sous le rapport de la chose senlie que sous celui des notions que l’esprit retire de la sensation elle-même. La vue, le toucher et l’ouïe, sens en quelque sorte physiques, nous donnent l’idée des harmonies extérieures, des formes et des mouvements. Ils nous initient à la conception du beau et sont les vrais collaborateurs de l’intelligence. Le goût et l’odorat sont plutôt des sens chimiques, comme les appelle M. Xicklès. Ils ne s’exercent qu’au contact et ne réveillent en nous que des sensations dont la vie de l’esprit ne profite point. Tandis que les premiers sont le ressort des plus hautes fonctions, les autres ne servent qu’à l’accomplissemen des actes nutritifs.

L’auteur érudit et compétent d’un livre sur les odeurs, publié dans ces dernières années1, a cru pouvoir cependant établir une sorte d’esthétique des odeurs, plus ou moins analogue à celle des sons. U a recherché les harmonies olfactives, espérant y trouver les éléments d’une espèce de musique. « Les odeurs, dit-il semblent affecter le nerf olfactif à certains degrés déterminés, comme les sons agissent sur les nerfs auditifs. 11 y a pour ainsi dire

1 l'iesse, Des odeurs, des parfums et des cosmétiques; traduit par M. Revoit, ISG5.

âttë

une octave d’odeurs, comme une octave de notes; certains parfums se marient comme les sons d’un instrument. Ainsi, l’amande, l'héliotrope, la vanille, la clématite, s’allient très-bien, chacune d’elles produisant à peu près la même impression à un degré différent. D’autre part, nous avons le citron, le limon, l’écorce d’orange et la verveine, qui forment une octave d’odeurs plus élevée et qui s’associent pareillement. L’analogie se complète par ce que nous appelons demiodeurs, telles <jue la rose avec le géranium rosat pour demi-ton; le petit grain, le néroli suivi de la lleur d’oranger... A l’aide de fleurs déjà connues, nous . pouvons obtenir, en les mélangeant dans des proportions déterminées, le parfum de presque toutes les fleurs ». M. Piesse a construit d’après ces idées des gammes d’odeurs parallèles aux gammes musicales et où l’on voit les odeurs qui s’accordent en même temps que celles qui ne s’accordent pas. Ainsi qu’un peintre fond ses couleurs, le parfumeur doit fondre ses arômes, et il n’y peut parvenir, selon M. Piesse, qu’en suivant les lois de l’harmonie et du contraste des odeurs. Cette théorie est certainement fort ingénieuse et mérite attention, mais elle soulève de graves objections. S’il y a une harmonie des couleurs et des sons, c’est que l’optique et l’acoustique sont des sciences de calcul, c’est que l’harmonie est ramenée ici à des rapports numériques et déterminés d’une façon absolue. Ces rapports, eu ce qui concerne les odeurs, ne peuvent avoir d’autre fondement qu’une sensibilité capricieuse et relative. Ils ne sont pas susceptibles dès lors d’être formulés, et, à plus forte raison, d’être traduits en préceptes sûrs.

Il reste, pour compléler cos détails, à dire quelque chose des hallucinations de l’odorat, car ce sens, comme les autres, a ses aberrations et ses chimères. Les hallucinations de l’odorat ne sont presque jamais isolées; elles accompagnent celles de l’ouïe, de la vue, du toucher, du goût, et sont d’ailleurs moins fréquentes. Les aliénés qui en sont atteints se plaignent d’être poursuivis par des émanations fétides, ou se félicitent de respirer les parfums les plus suaves. M. Lelut a cité le cas d’une folle de la Salpêtrière qui prétendait sentir constamment une odeur affreuse provenant de la putréfaction de prétendus cadavres enterrés dans les cours de cet établissement. Les impressions sont le plus souvent très-pénibles. M. Brierre de Boismont raconte l’histoire d’une dame dont tous les sens étaient pris de délire. Chaque fois qu’elle voyait passer une femme bien mise, elle sentait l’odeur du musc qui lui était insupportable. S’il s’agissait d’un homme, elle était douloureusement affectée de l’odeur du tabac, tout en reconnaissant que ces odeurs n’existaient que dans son imagination. Capellini rapporte qu’une dame qui ne pouvait, disait-elle, souffrir l’odeur de la rose, se trouva mal en recevant la visite d’une de ses amies qui en portait une, et cependant celte maudite fleur n’était qu’artificielle. Ces faits pourraient être multipliés; mais, comme ils se ressemblent tous, il n’est pas nécessaire d’en citer davantage. Les dernières observations faites dans les établissements d’aliénés entre autres, celles de M. Prévost à la Salpétrière, ont montré, du reste, que les hallucinations et perversions de l’odorat sont plus fréquentes chez res malades qu’on ne l’avait cru jusqu’ici, et que si,

d’habitude, elles passent inaperçues, cela tient à ce que rien n’en dénote spontanément l’existence.

L’intensité et la délicatesse de l’odorat varient dans l’espèce humaine d’un individu à l’autre, et surtout d’une race à l’autre. Tandis (pie certaines personnes sont à peu près privées du sens olfactif, d’autres, dont l’histoire est rapportée dans les annales de la science, ont fait preuve cl’une (inesse et d’une étendue vraiment extraordinaires quant à l’appréciation des odeurs. Woodwart parle, par exemple, d’une femme qui prédisait les orages plusieurs heures d’avance, d’après l'odeur sulfureuse (due à l’ozone probablement) qu’elle discernait dans l’atmosphère. Les journaux scientifiques du temps rapportent l’histoire d’une jeune Américaine qui, sourde-muette et aveugle, recueillait et reconnaissait les plantes de la campagne d’aprè leurseule odeur. — Des exemples nombreux établissent d’ailleurs que chez les faces sauvages ce sens est infiniment plus développé que chez les hommes civilisés. Au dire des voyageurs, plusieurs espèces d’indiens poursuivraient leurs ennemis et le gibier à la piste.

Mais ce sont d’autres mammifères qui nous montrent l’odorat, à son plus haut degré de perfection et de puissance. C’est chez les ruminants, chez quelques pachydermes, et surtout chez les mammifères carnivores, que la membrane olfactive acquiert la plus grande sensibilité. Bu (Ton a caractérisé ces animaux, avec une justesse profonde, en disant qu’ils sentent de plus loin qu’ils ne voient, et que l’odorat est pour eux un œil qui voit les objets, non-seulement où ils sont, mais même partout où ils ont été. Ce qui est

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relatif à l'odorat du chien est trop connu pour que nous y insistions.

S’il est difficile d’accorder créance aux anciens historiens (pii racontent que des vautours furent attirés d’Asie, dans les champs de Pharsale, par l’odeur des cadavres qui s’y trouvaient entassés après une bataille célèbre, il faut recevoir cependant les affirmations de naturalistes aussi bons observateurs qu’ Alexandre de llumboldt, par exemple. Or ce dernier rapporte qu’au Pérou et dans d’autres provinces de l’Amérique du Sud, quand on veut prendre des condors, on tue une vache ou un cheval, et qu’en peu de temps l’odeur de l’animal mort attire un nombre considérable de ces oiseaux, bien qu’auparavant on n’en vît point dans le pays. D’autres faits plus extraordinaires sont rapportés par des voyageurs. En général, il ne faut les accepter qü’avec la plus grande réserve, parce que, dans la plupart des cas, on attribue à l’odorat ce qui devrait être rapporté cà la vue, laquelle est chez les oiseaux très-longue et très-perçante. Tout en faisant la part de l’exagération, il convient de reconnaître cependant que ces animaux ont l’odorat très-développé: Scarpa, qui a fait de belles recherches à ce sujet, a vu qu’ils refusent les aliments imprégnés de matières odorantes, et, chose curieuse, qu’un canard ne voulait avaler de pain parfumé qu’après l’avoir lavé dans un étang. Les échassiers, qui ont les plus gros nerfs olfactifs, sont aussi les oiseaux qui manifesteraient la plus grande sensibilité olfactive. — Les reptiles ont des lobes olfactifs volumineux qui permettent de croire qu’ils perçoivent aisément les odeurs, mais jusqu’ici on connaît peu les impressions dont ils sont suseep-

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tildes ;'t cet égard. Les poissons ont également une membrane olfactive. De tout temps les pêcheurs ont remarqué qu’on les attire ou qu’on les lait fuir au moyen de certaines substances odorantes jetées dans l’eau. Les requins et d’autres poissons voraces se rassemblent en foule et arrivent de très-loin autour d’un cadavre jeté à la mer. On dit même que, quand des blancs et des noirs se baignent ensemble dans des parages fréquentés par les requins, ces derniers convoitent et poursuivent plus spécialement les noirs, dont l’odeur est forte. Les crustacés ne sont pas indifférents non plus aux émanations qui agissent sur les fibres olfactives. Tout le monde connaît le moyen qu’on emploie pour attirer les écrevisses et les prendre.

En ce qui concerne les animaux inférieurs, on n’a que des renseignements plus incertains encore, excepté cependant pour les insectes. Les entomologistes prétendent que l’odorat est très-subtil chez la plupart des insectes, et s’appuient à ce sujet sur des conjectures plausibles; mais ils ignorent encore quel est, chez ces animaux, le siège de l’olfaction. De la viande est-elle exposée à l’air, en peu d’instants les mouches apparaissent dans l’endroit où l’on n’en voyait aucune auparavant. Des cadavres d’animaux ou des immondices sont-ils abandonnés sur le sol, aussitôt arrivent les insectes qui se nourrissent de ces matières et y déposent leurs œufs. L’odorat seul parait les diriger, à l’exclusion même de la vue, car si l’objet de leur convoitise est caché, ils parviennent aisément à le découvrir. Un fait curieux concernant l’odorat des insectes est offert par les espèces qui aiment les corps en

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putréfaction. On trouve dans nos bois une belle aroïdée, le i/oud ou pied-de-veau, dont la fleur blanche répand une odeur fétide. Or l’intérieur de cette .fleur csL très-souvent rempli de mouches, d’escarbots, de staphvlins qui recherchent les détritus d’odeur infecte. On voit alors ces petites bêtes en quête de leur nourriture ou d’un endroit convenable pour pondre, s’agiter en tous sens, et n’abandonner qu’à grand’peine la corolle dont l’odeur les trompe.

Après avoir vu ce que les physiologistes pensent de l’odorat et des conditions de la perception des odeurs, voyons ce que les naturalistes et les chimistes ont établi touchant ces dernières considérées en ellesmêmes, quelle place ils assignent aux corps odorants et quelle nature ils leur attribuent. — Les trois règnes renferment des odeurs. Parmi les matières minérales, peu de solides, mais un certain nombre de liquides et de gaz sont doués d’odeurs plus ou moins fortes, d’ordinaire peu agréables et généralement caractéristiques. Ces odeurs appartiennent à des corps simples, comme le chlore, le brome et l’iode; à des acides, comme l’acide chlorhydrique, l’acide cyanhydrique; à des carbures d’hydrogène, comme ceux du pétrole; à des substances alcalines, comme l’ammoniaque, etc. Les odeurs qui se manifestent chez les animaux peuvent

être rapportées presque toutes soit à des gaz hydrocarbonés ou hydrosulfurés, soit à divers acides solides et liquides provenant de la décomposition des graisses, soit à des principes spéciaux sécrétés par des glandes, comme le musc, l’ambre gris, la civette, etc. Les végétaux offrent une bien autre variété d’odeurs, depuis les plus douces jusqu’aux plus fortes, depuis les plus suaves jusqu’aux plus repoussantes. Los plantes absolument inodores sont très-rares, et plusieurs qui semblent l’être lorsqu’elles sont fraîches acquièrent par la dessiccation un parfum prononcé.

L’odeur des plantes est due à des principes trèsinégalement répartis dans leurs divers organes, les uns solides, comme les baumes et les résines, les autres liquides et auxquels on donne le nom d’essences ou d'Iiuiles essentielles. Dans la majorité des cas, l’essence se concentre dans la fleur, comme cela se voit chez la rose et la violette. Chez d’autres plantes, comme le vétiver et l’iris de Florence, la racine seule est parfumée. Dans le cèdre et le santal, c’est le bois; dans la menthe et le patchouli, c’est la feuille; dans la fève de Tonka, c’est la graine; dans la cannelle, c’est l’écorce, qui sont le siège des principes odorants. Quelques végétaux possèdent plusieurs odeurs tout à fait distinctes. Ainsi l’oranger en a trois : celle des feuilles et des fruits, qui donne l’essence connue sous le nom de petit-grain; celle des fleurs, qui fournit le néroli, et enfin l’écorce du fruit, d’où l’on lire Y essence de Portugal. — Un grand nombre d’odeurs végétales sont le privilège des plantes tropicales, mais la llore d’Europe en fournit une proportion considérable, et presque toutes les essences employées dans la parla-

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inerie sont d’origine européenne. L'Angleterre cultive beaucoup la lavande et la meut lie poivrée. A Nîmes, les cultivateurs soignent particulièrement le romarin, le thym, l’aspic et la lavande. Nice a la spécialité de la violette. Cannes extrait toutes les essences de la rose, de la tubéreuse, de la cassie (acacia jaune), du jasmin et du néroli1. La Sicile donne le citron et l’orange; l’Italie, l’iris et la bergamote.

Quelle est maintenant la nature chimique des principes odorants des végétaux? La chimie contemporaine les ramène presque tous à trois catégories de corps bien déterminés : aux hydrocarbures , aux aldéhydes et aux éthers. Nous allons essayer de rendre compte clairement de la constitution de ces trois genres de substances et d’en marquer la place dans le cadre de la science. Les hydrocarbures sont de simples combinaisons de carbone et d’hydrogène, comme, par exemple, les huiles de pétrole. Ils représentent les composés les plus simples de la chimie organique. Quant aux aldéhydes et aux éthers, la composition en est un peu plus complexe; outre le carbone et l’hydrogène, ils renferment de l’oxygène. Tout le monde sait ce que les chimistes entendent par un alcool : c’est une association définie d’hydrogène, de carbone et d’oxygène, ni acide, ni alcaline, pouvant être considérée comme résultant de l’union d’un hydrocar-

1 Grasses et Cannes, qui sont les principaux centres do la fabrication des essences, produisent par an 150,000 kilogrammes de pommades et huiles parfumées, et à peu près 7000 kilogrammes d’cssoncc pures de néroli, petit-grain, lavande, romarin et thym, ce qui représente une quantité de Heurs prodigieuse. L’eau de Heurs d’oranger se compte par millions de litres.

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l)urc avec les éléments de l’eau. L’alcool ordinaire, ou esprit-de-vin, est le type delà plus importante série d'alcools, celle des alcools monoatomiques. Les chimistes le représentent par la formule G2ilG0, pour 1 indiquer que sa molécule provient de la combinaison de *1 atomes de charbon avec 0 atomes d’hydrogène et 1 atome d’oxygène1. — Indépendamment des alcools, dont le nombre est grand et la complexité variable, la chimie organique connaît une autre classe de corps dont le vinaigre est le type et auxquels on donne le nom d’acides organiques pour marquer leur analogie avec les acides minéraux, tels que l’huile de vitriol ou l’eau-forte. — Or chaque alcool, en perdant une certaine quantité d’hydrogène, donne naissance à un nouveau corps qu’on nomme un aldéhyde, et chaque alcool, en se combinant à un acide, engendre ce qu’on appelle un éther. Ces détails rapides permettent de concevoir exactement la nature chimique des essences ou huiles essentielles que les plantes élaborent dans leur tissu délicat. A part un petit nombre d’entre elles qui contiennent du soufre, comme les essences de la famille des crucifères, elles offrent toutes la même composition qualitative : carbone et hydrogène, avec ou sans oxygène. De l’une à l’autre seulement la proportion de ces trois éléments constituants change par des gradations régulières, mais de façon à correspondre toujours soit à un hydrocarbure, soit à un aldéhyde, soit à un éther. Ici, comme dans la chimie organique presque entière, tout est dans la quantité

1 Ou de l'éthylène GUI* (qui se trouve dans le gaz d’éclairage) avec

l’eau C*ll* + IUO — CM1»0.

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