LES ODEL'IIS ET LA ML
dos principes intégrants. La qualité importe si peu à la nature que, en suivant toujours les mêmes lois et en se servant constamment des mêmes matériaux, elle peut, rien qu’en changeant les relations pondérables de ces derniers, donner naissance, par des myriades de combinaisons distinctes, à des myriades de corps qui ne se ressemblent point les uns les autres. Les vertus singulières des éléments et les mystérieuses énergies que recèle la substance nous apparaissent dans un phénomène encore plus remarquable, auquel on a donné le nom d ’isomêric. Deux corps, complètement dissemblables sous le rapport des propriétés, peuvent présenter absolument la même composition chimique sous, le rapport qualitatif et quantitatif. Mais par quoi diffèrent-ils? demandera-t-on. Ils diffèrent par l’arrangement de leurs molécules. Le charbon et le diamant sont identiques quant à leur matière. Le phosphore ordinaire et le phosphore amorphe sont une seule et même substance. Or les principes odorants des végétaux nous fournissent des cas d’isomérie extrêmement curieux. Ainsi l’essence de térébenthine, l’essence de citron, l'essence de bergamote, l’essence de néroli, l’essence de genièvre, l’essence de sabinc, l’essence de lavande, l’essence de cubèbe, l’essence de poivre et l’essence de girolle sont des corps isomères, c’est-à-dire ayant tous la même composition chimique. Soumis à l’analyse, tous ces produits donnent des corps identiques en proportions identiques, c’est-àdire, pour I molécule d’essence. 10 atomes de carbone et lli atomes d’oxygène. C’est ce qu’indique leur commune formule C,01 116. On voit comment ces faits d’isomérie prouvent que les qualités des corps dépendent
bien plus de l’arrangement et. des mouvements intérieurs de leurs petites parties, inaccessibles à notre investigation, que de la nature même de leur matière, et cela montre aussi combien nous sommes loin encore d’avoir pénétré dans les conditions premières de l’activité et de l’énergie des substances. — Parmi les cssenc s odoriférantes que les chimistes rangent dans la classe des aldéhydes, il faut citer celles de menthe, de rue, d’amandes amères, de cumin, d’anis, de fenouil, de cannelle, de reine-des-prés, etc. Enfin les autres se rapportent à la grande série des éthers, dont la complication varie beaucoup, en dépit de la simplicité constante de leurs matériaux premiers.
Telle est la nature chimique de la plupart des principes odorants d’origine végétale. Mais la chimie ne s’est pas bornée à établir la constitution intime de ces substances : elle est parvenue à en reproduire artificiellement un certain nombre, et les composés ainsi fabriqués, de toutes pièces, dans les laboratoires, sont absolument identiques aux produits extraits des plantes. Les spéculations théoriques sur l’arrangement des atomes, qu’on accuse parfois d’èire inutiles, contribuent non-seulement à faire mieux connaître les lois naturelles, ce qui est déjà quelque chose, mais de plus, comme l’exemple actuel le montre, elles nous donnent souvent la clef d’inventions éclatantes et précieuses. Un chimiste italien, qui travaillait alors en France, Piria, reproduisit le premier, en 1838, un principe aromatique naturel. 11 prépara, au moyen de réactions inspirées par la théorie, un aldéhyde salicylique qui se trouva être l’essence de reine-des-prés*
1 Spirœa ulmaria.
Les odeurs et la vie.
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au parfum si pénétrant et si suave. Quelques années plus tard, en 1 84^3, M. Cahours découvrit l’éther méthylsalicylique et montra qu’il est identique à l’essence de Gaultheria procumbens 1 . L’année d’après, Wertheim composait de l’essence de moutarde en ne croyant préparer que de l’éther allylsulfocyanique. Ces découvertes firent sensation. Aujourd’hui le chimiste possède le moyen de créer beaucoup d’autres essences naturelles. Le camphre ordinaire, les essences d’amandes amères, de cumin et de cannelle, qui sont, comme nous l’avons vu, des aldéhydes, peuvent être préparés sans camphrier, sans amandes, sans cumin et sans cannelle.
Outre ces étlieis et ces aldéhydes, dont l’identité avec les essences d’origine végétale est démontrée, il existe, parmi les nouveaux corps de la chimie organique, un certain nombre de produits formés par l’union de l’alcool ordinaire ou de l’alcool amylique avec divers acides, c’est-à-dire d’éthers, et qui possèdent des odeurs aromatiques plus ou moins analogues à celles de quelques fruits, mais sans qu’on puisse jusqu’ici affirmer que ces odeurs sont dues de part et d’autre aux mêmes principes. Quoi qu’il en soit, les parfumeurs et les confiseurs, plus industrieux et plus avisés que les chimistes, ont immédiatement tiré parti de ces propriétés. Les huiles aromatiques artificielles parurent pour la première fois à l’exposition de Londres de 1851. On y voyait une huile de poire ( pecir oil ) répandant une odeur agréable de poire jargonelle et servant à aromatiser des bonbons. Ce produit n’est autre
1 En oarfumerie l’essence de Winteryreen.