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ceptibles d’être définis avec rigueur. C’est ce qui fait qu’il est impossible d’en donner une classification naturelle.
Les sensations produites par les odeurs sont goûtées et appréciées de façons très-variables, quoique avec moins de diversité que les saveurs. « J’en ai vu, dit Montaigne, fuir la senteur des pommes plus que les arquebusades *. » L’histoire rapporte que Louis XIV ne pouvait pas supporter les parfums. Grétry était vivement incommodé par l’odeur des roses; celle du lièvre faisait évanouir MUo Contât. — Des odeurs qui nous répugnent, comme celle de l’asa fœlida et de la racine de valériane, font au contraire les délices des Orientaux, qui emploient ses substances comme condiments. Entre autres exemples singuliers rapportés à ce sujet par M. Cloquet, nous citerons celui d’une jeune fille qui trouvait le plus grand plaisir à respirer l’odeur des vieux livres, et celui d’un jurisconsulte à qui les exhalaisons du fumier procuraient une sensation des plus douces. Il n’est donc pas permis d’établir de règles générales en ce qui concerne l’influence des odeurs sur nos organes et la qualité des sensations qu’elles déterminent en nous. Néanmoins, au point
1 Le fait auquel songeait Montaigne en écrivant cela est celui de Quercet, secrétaire de François 1er, qui se levait de table et fuyait sitôt qu’il y apercevait des pommes,
LES ODEURS ET LA VIE. 217
de vue purement physiologique, il est certain que quelques-unes exercent une action constante. Chardin et d’autres voyageurs racontent que lorsqu’on enlève sur l’animal la poche qui renferme le musc, il faut que l’opérateur ait le nez et la bouche fermés au moyen d’un linge plié en plusieurs doubles, sans quoi il éprouverait de violentes hémorrhagies.
L’odeur du lis, de la narcisse, de la tubéreuse, de la violette, de la rose, du sureau, etc., lorsqu’elle atteint un certain degré de concentration, exerce d’ordinaire une influence fâcheuse sur l’économie1. Elle détermine des maux de tète plus ou moins violents, des syncopes, et quelquefois môme des accidents plus graves. Les annales de la science renferment plusieurs cas de mort dus à l’action toxique de certaines émanations odorantes. On a remarqué que les plantes de la famille des labiées, comme la sauge, le romarin, etc., ne présentent, sous ce rapport, aucune espèce de danger, et paraissent plutôt jouir de propriétés salutaires. — il importe cependant de distinguer ici entre l’action en quelque sorte purement dynamique de l’odeur, l’intoxication par l’essence et l’effet de l’acide carbonique dégagé par les plantes. Ces trois inlluences ont été souvent confondues par les auteurs qui ont enregistré les accidents survenus à la suite d’inhalations plus ou moins prolongées d’air odorant.
Cette action variable, tantôt salutaire, tantôt funeste, des odeurs sur le système nerveux, explique le rôle
1 Certaines odeurs qui à l’état de diffusion considérable ont un parfum agréable, acquièrent à l’état do concentration une odeur répugnante et parfois dangereuse. Cela est vrai surtout de la civette, du patchouli, des essences de néroli, de thym, etc.