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LES MÉDICAMENTS ET LA VIE PROGRÈS RÉCENTS DE LA THÉRAPEUTIQUE

Ce n’est pas encourir le reproche d’ignorance que de douter de la médecine. Ce genre de scepticisme est d’autant mieux porté que beaucoup de médecins confessent volontiers ne pas croire très-fermement à la certitude de leur art, et même se complaisent à en affirmer les illusions et l’impuissance, quand ils ne vont pas jusqu’à nier la possibilité de jamais constituer scientifiquement l’ensemble des méthodes curatives. La vérité est que l’art de guérir se réduit 'à une application de certaines sciences. Dès que ces sciences font des progrès, cet art en doit faire et en fait d’aussi incontestables. C’est en maintenant l’équilibre entre le progrès de l’anatomie, de la physiologie, de la pathologie, de la thérapeutique, d’une part, et celui de la médecine pratique de l’autre, en subordonnant constamment la seconde aux premières, qu’on développera désormais l’art de guérir. L’anatomie enseigne comment sont faits les organes; la physiologie, comment ils fonctionnent dans l’état de santé; la pathologie, com-*

1 Revue des deux mondes du 1er juin 1873.

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ment ils lonctionnent dans l'état de maladie; la thérapeutique, comment ils se comportent en présence des milieux, c’est-à-dire des modificateurs de toute sorte au contact desquels on peut les placer. Ces quatre sciences, aussi positives et méthodiques que toutes les autres branches de la philosophie naturelle, sont les arsenaux où le médecin prend ses armes pour la lutte qu’il livre à la maladie. C’est à lui d’en faire un salutaire usage, et de mettre à profit, par un coup d’œil prompt, un tact aiguisé et une industrie attentive, les inépuisables ressources de la science. C’est à lui de saisir les indications et de ramener, dans une intuition judicieuse, l’ensemble désordonné et confus des symptômes au mécanisme déterminé qui seul les explique. Il s’acquittera de cette tâche avec autant plus d’aisance et de succès qu’il connaîtra mieux les vérités scientifiques qui en sont toute la raison. Or ces vérités sont dans un état d’accroissement plus rapide aujourd’hui que jamais.

A l’origine, la pratique médicale fut confondue avec celle du sacerdoce. Les temples étaient en même temps des hôpitaux; mais nous ne savons rien de précis sur les moyens qu’on y employait pour soulager ou guérir les malades, pas plus que sur les circonstances dans lesquelles se fit la découverte des premiers

LES MEDICAMENTS ET LA VIE

remèdes. Ce qu’il y ;i de positi!’, c’c,st que ces derniers

élaient des plantes. Hippocrate employait l’ellébore, les semences de eartliamc, la racine de thapsie comme

purgatifs. Il ordonnait l’oxymel et l’hydromel, il faisait des frictions et des saignées. En réalité, il usait peu de drogues; scs moyens curatifs étaient empruntés à la diététique et à l’hygiène, dont il a établi les préceptes salutaires. L’immortel praticien de Cos croyait que les maladies tendent d’elles-mèmcs à la guérison. Il admettait l’existence d’une nature médicatrice, dont le médecin doit favoriser le travail par un régime approprié. Asclépiade de Bithynie, disciple d’Hippocrate, parait être le premier qui ait connu les propriétés narcotiques du pavot. En somme, les médecins des écoles de Cos et de Cnide curent peu de remèdes à leur disposition; mais les progrès assez rapides de l’histoire naturelle révélèrent bientôt des vertus médicinales dans beaucoup de matières tirées des règnes organiques. Les ouvrages où Aristote et Théophraste ont résumé l’état des connaissances botaniques et zoologiques de leur temps devinrent le guide de l’empirisme thérapeutique sous l’intluence duquel furent composés les premiers livres relatifs aux substances médicamenteuses, entre autres les traités de matière médicale de Scribonius Largus et de Dioscoride. Celui de Scribonius a pour titre : De la composition des médicaments. Il est dédié à un affranchi de l’empereur Claude. L’auteur en avait rassemblé les matériaux dans les diverses campagnes oii il avait suivi les légions romaines comme médecin militaire. Dioscoride, qui vivait sous Néron, fut également attaché aux armées en qualité de médecin, et recueillit dans les pays qu’il parcourut un

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grand nombre de substances tirées des trois règnes de la nature. De retour à Home, il lit un choix de celles qui lui parurent de quelque efficacité médicinale, et les décrivit en langue grecque dans un livre important qui nous donne la plus juste idée de la matière médicale de l’antiquité, et qui devait rester classique jusqu’au xvi° siècle. 11 en a été de ce livre comme de ceux d’Aristote ; mais nous verrons (pic celte sorte de soumission à un vieux maitre n’a pas empêché le progrès.

Galien, le plus savant et le plus systématique des médecins de l’antiquité, donne une forme et une impulsion nouvelles à la thérapeutique. Venu peu de temps après Dioscoride, il prétendit indiquer le meilleur parti à tirer des armes rassemblées par ce dernier dans l’arsenal de la pharmacie. Autant Hippocrate était convaincu qu’il faut laisser la nature agir presque seule dans les maladies, autant le médecin de Hcrgame croyait à la nécessité d’administrer beaucoup de remèdes. Aux méthodes expectantes il substitua l’usage abondant des drogues et suggéra l’invention de ces mélanges complexes connus sous le nom d'clcctunires. Le galénisme est l’origine de la polypharmacie. On admettait, sous l’empire des idées auxquelles ce médecin donna une consistance définitive, que, chaque substance conservant sa vertu propre au milieu de l’amalgame commun, celui-ci jouissait des propriétés de tous les ingrédients employés pour le préparer, et formait ainsi une panacée souveraine contre une infinité de maux. La plus fameuse de ces compositions est la thériaque , (pie Bord eu appelle le chel-d’œuvre de l’empirisme, et à laquelle il a cou-

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