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chimère de l’élixir de longue vie est l’occasion d’une quantité d’essais empiriques dont profite, bon gré mal gré, l’art de guérir. Pendant que l’on croit que tout reste stationnaire et enveloppé de ténèbres, il se trouve qu’au xv° siècle déjà les écoles d’Arabie et de Salernc d’une part, les alchimistes de l’autre, ont enrichi la matière médicale d’une l'oulc de précieuses substances telles que plusieurs sels d’antimoine, le sel de Saturne, le foie de soufre, l’éther, l’ammoniaque, le précipité rouge, les acides nitrique, sulfurique et muriatique, l’alcool, etc.
Aussi, quand au commencement du xvi° siècle Paracelse attira l’attention de l’Europe, le moment était propice à l’entreprise de ce médecin fameux. Paracelse est le principal promoteur de la thérapeutique chimique, et. a exercé par là une influence considérable sur les destinées de la médecine. Le premier il représenta la chimie comme le vrai moyen de préparer les médicaments, combattit l’abus des mélanges compliqués et souvent inertes de la polypharmacie galénique, et fit voir la nécessité d’isoler les quintessences, les principes actifs des simples. Il remit en honneur l’opium presque oublié. Il préconisa l’usage des substances énergiques empruntées au règne minéral, et montra l’efficacité thérapeutique des sels de mercure, de fer, d’arsenic, d’ antimoine* d’étain, d’or, etc. Ses cures heureuses furent aussi célèbres que les désordres de son existence. Paracelse conserva les formes de langage de ses contemporains, et même en abusa. Ses ouvrages sont pleins des termes mystiques de la tbéosophie et de la cabale, mais au fond c’était un esprit parfaitement émancipé, auquel on pardonne sa jactance en
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souvenir de l’opposition qu’il rencontra, et sa folie apparente quand on songe à la justesse do ses idées fondamentales.
Le xvne siècle, qui a été la plus belle époque du progrès des sciences et de la grandeur littéraire, vit la thérapeutique s’enrichir de remèdes héroïques : l’émétique, le quinquina, l’ipéca. L’emploi de ces drogues a été inauguré dans des circonstances particulières auxquelles se rattachent les épisodes les plus curieux de l’histoire de la médecine. Divers composés d’antimoine, comme nous l’avons vu, avaient été employés avant le xvuc siècle, mais le plus précieux do tous, l’émétique ou tartre stibié, fut préparé pour la première fois vers 1630. La découverte et l’usage de ce nouveau composé antimonial firent renaître d’anciennes disputes; pendant longtemps il donna lieu, entre les médecins et dans la Faculté, aux discussions les plus acharnées et quelquefois les plus comiques. Tandis qu’Eusébe Renaudot publiait en 1053 If Antimoine justifie et l’antimoine triomphant, Jacques Perreau ripostait en 105-4 par le Rabat-joie de V antimoine triomphant d'Ensebe Rcnaudol ; Perreau affirmait qu’un religieux, voulant purger les frères de son couvent avec le remède en question, ne parvint qu’à les empoisonner tous, d’où le nom d’antimoine. La querelle s’envenima bien davantage quand un des esprits les plus mordants, mais aussi les plus réactionnaires d’alors, le même qui niait la circulation du sang, le fameux Gui Patin, vint joindre ses sarcasmes à ceux des détracteurs de l’émétique. 11 ne désignait le tartre stibié que sous le nom de tartre stygié, le tenant pour aussi funeste que les eaux du Styx, dont il lui scmblail provenir. Cepcr.-
dant Louis XIV, à qui ses médecins osèrent on prescrire une assez forte dose pendant une maladie qu’il eut à Calais, s’en trouva bien. Ce fut un échec sérieux pour les adversaires de l’antimoine.
Le nom du grand roi est lié aussi à l’introduction mémorable de deux autres remèdes importants dans la thérapeutique, le quinquina et l’ipéca. Le quinquina croît spontanément et en abondance dans les forêts de la Cordillère. 11 est probable que ses propriétés fébrifuges étaient utilisées depuis longtemps par les indigènes de ces contrées, lorsqu’on 1638 lccorrégidor de Loxa l’administra pour la première fois à la comtesse del Cinchon, vice-reine espagnole au Pérou. Cette dame était atteinte d’une lièvre tierce très-opiniâtre dont le médicament triomphasans peine. Aussitôt que cette cure merveilleuse fut connue dans la ville, les bourgeois de Lima envoyèrent des députés au vice-roi pour le prier de répandre le nouveau médicament. Leurs vœux furent écoutés. On lit venir de Loxa et de Guença une grande quantité de quinquina que la vice-reine distribua ellemême aux habitants, et qui fut depuis lors appelée poudre delà comtesse1 . En 1640, del Cinchon revint en Espagne, et son médecin, Juan del Ycgo, rapportait une cargaison considérable de l’écorce fébrifuge qu’il vendit fort cher. Les jésuites espagnols en firent bientôt l’objet d’un commerce lucratif, et c’est, ainsi qu’elle entra dans la pharmacopée d’Europe. Cependant l’usage
1 La Condatnine donna, un siècle plus tard, en 1738, la première description complète de l’arbre qui fournit le quinquina. Son travail servit de base à Linné pour déterminer les caractères du genre, auquel il donna le nom de cinchona, en souvenir de ta comtesse del Cinchon,
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n’on fui point d’abord très-commun. En 1 1>70, un médecin anglais du nom do Talbot fit prendre un remède secret au fils de Louis XIV qui avait des accès rebelles de fièvre intermittente. Le dauphin recouvra très-vite la santé, acheta le secret de Talbot au prix de ■i8 000 livres, et accorda une pension viagère à ce médecin. En outre le remède, qui n’était qu’une teinture vineuse de quinquina, fut publié par les soins du monarque. De même que l’émétique, l’écorce du Pérou donna lieu dans les écoles à de longues disputes auxquelles,. chose singulière, vinrent se mêler des passions politiques et religieuses; mais le quinquina triompha de toutes les oppositions, et, grâce aux efforts de Sydenham, de Morton et de Torli, tous les praticiens s’accordèrent bientôt à en reconnaître les vertus bienfaisantes.
L’ipécacuanba fut apporté et employé pour la première fois en France en 1672, par un médecin nommé Legras, qui revenait du Brésil. Celui-ci ne sut point faire apprécier les énergiques propriétés purgatives et vomitives de celte racine. Quelques années plus tard, un autre médecin beaucoup plus entreprenant, Adrien Helvétius, résolut de faire fortune avec cette drogue. 11 placarda dans les rues de Paris des affiches annonçant un remède infaillible contre la dyssenteric. Par une coïncidence heureuse pour lui, plusieurs gentilshommes de la cour et le dauphin lui-même, fils de Louis XIV, étaient alors atteints de cette maladie. Le roi, informé par Colbert du secret d’Helvétius, chargea un de scs médecins d’entrer en arrangements avec le possesseur du spécifique. La drogue fut d’abord essayée dans les salles de l’Hôtel -Dieu; une fois que
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l'efficacité en eut été bien constatée , on compta 1000 louis d’or à Helvétius, sans préjudice des dignités médicales auxquelles on se réservait de l’élever plus tard. L’ipéca se répandit très-vite en France et dans le reste de l’Furope; Leibniz lui-même ne dédaigna point d’en faire un chaleureux éloge. 11 est. à remarquer d’ailleurs que tous les grands métaphysiciens se sont occupés de médecine. Descartes, Malebranche, Berkeley, non-seulement étaient versés dans celle science, mais encore y consacraient une part, de leurs méditations rénovatrices et même de leurs expériences. Sous leur inlluence, les études de médecine reçurent une activité et une précision nouvelles. On importa dans la biologie les méthodes et les systèmes de la physique et de la chimie, on rechercha la combinaison des forces et la composition des organes de l’économie. La philosophie, en pénétrant la médecine, lui communiqua l’ardeur de chercher et le désir de lumière. Les spéculations duxvn® siècle, ne l’oublions pas, sont le vrai point de départ de la magnifique élaboration scientifique dont cette époque et la suivante nous offrent le spectacle.
Le xviii0 siècle suivit docilement dans les sciences l’impulsion de l’âge précédent. C’est alors que Bordcu, avec sa verve béarnaise et son étincelant génie médical, propagea l’usage des eaux minérales et surtout des eaux sulfureuses et thermales des Pyrénées, peulêLre les plus actives de toutes. 11 recommanda d’en boire, et les rendit célèbres par le talent avec lequel il sut en démontrer les effets. De grands médecins italiens étudiaient de très-près l’action du quinquina. L’opium acquit, à partir du xvif siècle, une
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vogue extraordinaire. L’illustre Sydenham, en décrivrant la dyssenterie épidémique des années 1 G(iü- 1 67^2, s’écrie, après avoir expliqué la préparation du laudanum qui a conservé son nom . « Je ne puis m’empêcher de féliciter le genre humain de ce que le Tout- Puissant lui a fait présent de ce remède qui convient dans un plus grand nombre de cas qu’aucun autre et qui les surpasse tous en efficacité. Sans lui, l’art de guérir cesserait d’exister! » Les effets de ce remède provoquèrent cependant des discussions violentes et longues auxquelles se rattache le nom de Brown. Ce médecin, qui professait à Edimbourg au milieu du xviii0 siècle, y enseignait une théorie des effets de l’opium qui séduisit tellement ses disciples que ceux-ci lui élevèrent une statue avec ces mots gravés sur le piédestal : Opium, me hercle, non sedat. Brown contestait en etïet avec passion les vertus calmantes du suc de pavot. 11 le rangeait parmi les excitants, et, pour prouver qu’il avait raison, il en avalait des doses (■normes à ses leçons quand sa parole venait à languir. C’est dans la même école d’Edimbourg que professait Gullen, un des grands médecins du xvmc siècle. On lui doit la découverte de la principale propriété de la digitale, qui est de ralentir le mouvement du cœur, et par suite de diminuer la fréquence du pouls. Déjà Withcring et Charles Darwin en avaient reconnu les vertus diurétiques et l’efficacité contre l’hydropisie, mais c’est à Gullen que revient l’honneur d’avoir mis en évidence ce fait considérable que la digitale est V opium du cœur.
Les progrès rapides de la chimie à cel te époque ne pouvaient rester sans influence sur ceux de la théra-
peutique. Ils avaient pour une part donné naissance à de nouveaux systèmes sur la maladie, ils procurèrent aux praticiens des droguos excellentes. C’est du xviii0 siècle que datent l’emploi des sels purgatifs de magnésie, la découverte faite par Goulard de l’acétate de plomb et des énergiques propriétés astringentes qui le caractérisent; l’emploi, recommandé parüdier, des sels de bismuth. Dans le même temps, Van Swieten rendit célèbre la solution de sublimé corrosif qui a conservé son nom, et qu’il substitua aux incommodes préparations mercurielles usitées avant lui. Ces acquisitions utiles favorisaient sans doute le développement de l’art, mais elles n’éclairaient pas beaucoup la science en elle-même, et le moment approchait où il faudrait enfin se demander comment et pourquoi agissent ces drogues. On y avait à peine songé avant Bichat.
Bicbat, après avoir renouvelé l’anatomie et la physiologie, puis ta pathologie, eut aussi l’ambition de réformer la thérapeutique. Frappé de la confusion et de l’incertitude de cette science, il pensa qu’on pourrait la perfectionner en étudiant méthodiquement l’action des substances médicamenteuses non pas sur les maladies, qui sont des phénomènes complexes, mais sur les tissus. Dans ce dessein, il entreprit à l’Hôtel-Dicu, où il venait d’être nommé médecin — il avait alors trente ans, — une série d’expériences précises touchant l’effet, des remèdes. Plus de quarante élèves commençaient à l’aider dans celte besogne, et il rendait compte, dans chacune des leçons du cours qu’il faisait sur ces matières, des résultats obtenus ; mais le destin ne lui permit pas d’aller loin dans celte von* inexplorée, il succombait le Hier-
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midor an X, à peine âgé de trente-deux ans. C’est ainsi que des travaux qui eussent dès le commencement de ce siècle imprimé une direction nouvelle à la thérapeutique lurent étouffés par la mort du grand homme qui en avait conçu l’idée, et qui en aurait certainement poursuivi avec succès l’exécution difficile. A la vérité, cet étonnant génie était trop en avance sur son temps. Parmi les médecins qui vinrent immédiatement après lui, aucun n’aperçut l’importance ou ne se sentit capable de tenter la réalisation du programme de Bicliat. La science devait attendre plus de cinquante ans les investigations qui ont ruiné l’empirisme et donné à la thérapeutique son établissement définitif. C’est à M. Claude Bernard que l’on doit en grande partie cette rénovation.
L’empirisme est si vivace, la tradition si puissante, que lorsque M. Bernard entreprit, il y a une vingtaine d’années, scs premiers travaux de thérapeutique scientifique et en expliqua les principes, il eut à lutter contre la résistance des plus célèbres médecins. Ceuxci, parmi lesquels on peut citer Trousseau — esprit merveilleusement brillant et souple, doué des plus éminentes facultés de l’artiste, qui remplaçaient chez lui celles du savant, — ceux-ci continuèrent à soutenir que l’action des remèdes ne peut pas être ramenée
à fies lois fixes, et que les opérations de la vie échappent à toute détermination précise. M. Claude Bernard a réfuté ces assertions peu philosophiques. 11 a développé, dans plusieurs mémoires, les méthodes qui permettent de résoudre avec rigueur les problèmes de la thérapeutique, et il a joint l’exemple au précepte dans ses recherches sur le curare, l’oxyde de carbone, l’éther, la nicotine, les alcaloïdes de l’opium, etc. Ses méthodes sont l’application des règles mêmes du cartésianisme. « 11 faut analyser, dit-il, les actions complexes et les réduire à des actions plus simples et exactement déterminées... Les expériences sur les animaux permettent seules de faire convenablement des analyses physiologiques qui éclaireront et. expliqueront les effets médicamenteux qu’on observe chez l’homme. Nous voyons en effet que tout ce que nous constatons chez l’homme se retrouve chez les animaux, et vice versâ, seulement avec des particularités que la diversité des organismes explique; mais au fond la nature des actions physiologiques est la même. Il ne saurait en être autrement, car sans cela il n’y aurait jamais de science physiologique, ni de science médicale. » Le plus illustre des chirurgiens de notre temps, M. Sédillot, a de son côté démontré que la thérapeutique chirurgicale ne peut avoir d’autre fondement que l’invariabilité des phénomènes de la vie dans leurs rapports de causes à effets. Il a fait comprendre qu’il fallait établir l’art sur l’unité et la généralité de la science, au lieu de le laisser à la merci de la fantaisie individuelle*. On voit rnainte-
> <■ I/invnrinhilité des phénomènes dans leurs rappnrls de causes
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nanlde la façon la plus claire, grâce aux efforts de ces deux savants, comment peut être faite avec profit l’élude des ressources multiples auxquelles le médecin a recours pour le traitement des maladies.
Sous l’empire de ces idées, M. Bernard a éLudié les divers principes actifs contenus dans l’opium, au point de vue de leur influence comparative sur les fonctions animales, et il a constaté qu’ils présentent des propriétés non-seulement différentes, mais opposées. Il a fait plus de deux cents expériences avec la morphine, la narcéine, la codéine, la narcotino, la papavérine et la thébaïne. Ces recherches ont démontré que, parmi ces six principes, trois seulement provoquent le sommeil : ce sont la morphine, la narcéine et la codéine. Les trois autres n’ont pas d’action soporifique ; ils jouissent d’un pouvoir soit excitant, soit toxique, qui tend plutôt à contrarier ou à modifier l’effet narcotique des précédents. Dans l'ordre soporifique, la narcéine est au premier rang, la morphine au second et la codéine au troisième. Comme excitant, la thébaïne a plus
à effets, dit M. Sédillot, est une loi sans laquelle aucune science, aucune observation, aucun ordre ne seraient possibles. L’homme, malgré l’extrême complexité des causes de ses manifestations pbysiologiquès et pathologiques, n’y fait pas exception. Ce quia eu lieu une fois, dans des circonstances données, se représentera constamment dans les mêmes circonstances, et le changement des conditions étiologiques est la seule raison des modifications fonctionnelles. Ce point de départ fondamental est indispensable au médecin, dont l’esprit hésite et le jugement se trouble s’il n’est pas assuré de la constance des faits soumis à ses investigations. Sans doute l’analyse à laquelle il se livre est difficile, mais quelle qu’en soit la complexité, le plus perspicace, le plus attentif et le plus persévérant y fera chaque jour des découvertes, avec l’espoir de les multiplier encore et d’amener la clarté et l’évidence lu où tout était ténèbre et confusion. » (Contributions à la chirurgie, t. I préface.)
d’énergie que la narcoline, et celle-ci en a plus que la codéine. Enfin, quant à la puissance toxique, M. Bernard les dispose dans l’ordre suivant, en commençant par le plus vénéneux : thébaïne, codéine, papavérine, narcéine, morphine, narcoline. On voit que l’auteur de res recherches ne s’est pas contenté de caractériser les différences d’action propres aux alcaloïdes de l’opium, mais qu’il a mesuré aussi le degré de l’intensité avec laquelle chacun d’eux manifeste le genre d’activité* physiologique ou thérapeutique qui lui appartient.
Ces études onl été reprises tout dernièrement par M. Rabuteau. Cet observateur a examiné l’action des alcaloïdes de l’opium sur la sensibilité et sur l’intestin, et il les a expérimentes méthodiquement sur l’homme aux hôpitaux de la Charité et de la Pitié. L’ordre dans lequel on peut ranger les divers principes de l’opium, au point de vue de leur activité, n’est pas le même chez l’hoinnie et chez les animaux. Ainsi M. Rabuteau a vu (pie la morphine, qui est relativement peu toxique chez ces derniers, l’est au premier chef chez l’homme. La narcéine fait mieux dormir les bêtes que la morphine, tandis que c’est l’inverse pour nous; cependant la première, quoique moins efficace que la seconde, quant à l’analgésie (suppression de la douleur) et à l’hypnotisme (production du sommeil), paraît devoir lui être préférée en thérapeutique. La narcéine provoque, à la dose de 25 centigrammes, un sommeil calme et réparateur, suivi d’un réveil après lequel on n’éprcmve aucun des troubles qui suivent l’ingestion de la morphine, tels que lassitude et dégoût. Elle doit être préférée aussi comme analgésique, car en abolissant la
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douleur chez les malades, elle y détermine un état de bien-être précieux; rien n'est meilleur pour les névralgies par exemple. Enfin la narcéineet la morphine ont une propriété qui explique les effets si connus de l’opium dans les ilux intestinaux.
Ces travaux montrent une fois de plus combien la thérapeutique profite de la chimie, et quelle constante liaison il y a entre le perfectionnement de l’une et le progrès de l’autre. Tant que l’opium fut un mystère pour les chimistes, il en fut un aussi pour les médecins. Le jour où la matière de celte drogue complexe fut décomposée en un certain nombre de principes bien définis, et où la nature du mélange fut établie avec certitude, ce jour-là il devint possible de décomposer, non plus la matière, mais la force physiologique de l’opium, et de la ramener à un petit nombre d’énergies distinctes. Aujourd’hui, grâce aux travaux de M. Bernard et de M. Rabuteau, les médecins se rendent compte des tâtonnements de l’ancienne thérapeutique concernant l’emploi des opiacés, et ils ont désormais le pouvoir d’agir avec certitude sur telle et telle fonction, en administrant tel et tel alcaloïde pur dont les propriétés sont connues.
En joignant à l’influence de la morphine ou de la narcéine celle du chloroforme, on donne encore naissance à des phénomènes très-curieux. M. Bernard avait déjà vu (jue l’anesthésie chloroformique se prolonge • liez les animaux lorsque ceux-ci ont pris de l’opium. M. Nussbaum, ayant pratiqué uni' injection sous-cutanée d’acétate de morphine chez un malade qu’il opérait et qui était soumis à l’actioil du chloroforme, vit que l'opéré ne se réveilla pas comme d’ordinaire et dormit
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tranquillement pendant douze heures. Durant ce sommeil, il était insensible à la douleur. MM. Goujon et Labbé ont vérifié et appliqué ce fait dans leur pratique, et reconnu qu’en associant des doses faibles de chloroforme et d’un sel de morphine on détermine pour plusieurs heures une insensibilité complète sans qu’il v ait nécessairement sommeil. M. Kabuteau a exécuté enfin l’expérience que voici. Un chien à qui on avait donné 5 centigrammes de narcéine, et qui fut ensuite endormi par le chloroforme, ne sentait plus rienau réveil. Il marchait dans le laboratoire, reconnaissait la voix qui l’appelait, mais était totalement privé de l’usage de son système nerveux sensitif. Un pouvait le pincer, le piquer, lui marcher sur les pattes sans qu’il manifestât la moindre souffrance. Get état extraordinaire chez un animal parfaitement éveillé, dura plusieurs heures; le lendemain la sensibilité était revenue.
Du chloroforme au chloral la transition est naturelle. Le chloral, qui fut découvert en 1833 par MM. Dumas et Liebig, diffère de l’alcool ordinaire par du chlore en plus et de l’hydrogène en moins'. Pendant près de quarante ans, cette substance rcsle sans emploi ; on n’en soupçonne pas les propriétés physiologiques. Enfin, en 1868, un chimiste allemand, M. Liebrcich, se rappelant que le chloral peut être dédoublé par les alcalis en chloroforme et en acide formique, se demande si un semblable dédoublement n’aurait pas lieu dans l’organisme vivant aussi bien que dans une cornue de laboratoire. 11 tente l’expé-
1 Ce corps peut être considéré comme de l'aldéhyde triehloré. Les chimistes le représentent par la formule! C'HCPO.
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rionce, et la nature lui répond par une allirinalion éclatante. Le chloral se décompose dans l’économie au contact des alcalis du sang; il y. engendre du chloroforme, mais avec une telle lenteur que le sommeil provoqué peut durer plusieurs heures. Ce sommeil, moins profond et plus calme que celui qu’ou obtient avec le chloroforme, a de plus cet avantage de pouvoir être prolongé sans inconvénient avec de nouvelles doses du composé anesthésique. Le succès du chloral a été rapide. Depuis 183:2 jusqu’en 1808, on en avait préparé quelques kilogrammes pour les besoins de la science; aujourd’hui les fabriques de Berlin, à elles seules, en livrent au commerce KM) kilogrammes par jour. Cette vogue est justifiée el durera, d’autant plus que le chloral n’est pas seulement pour la médecine ce que le chloroforme est pour la chirurgie. Il diminue notablement le pouvoir cxcito-irioteur de la moelle épinière, et à ce titre il rend des services remarquables dans le traitement de plusieurs affections; mais c’est surtout pour calmer les atroces et persistantes douleurs, comme celles du rhumatisme aigu, qu’on l’emploie chaque jour.
Le pavot renferme plusieurs alcaloïdes dont les actions respectives ne se ressemblent point. Diverses plantes présentent la même complexité au point de vue thérapeutique; d’autres, au contraire, comme la ciguë et la belladone, ne contiennent qu’un seul alcaloïde. La cicutine, extraite de la ciguë, et l’atropine, retirée de la belladone, ont fait depuis peu de temps l’objet de recherches intéressantes. MM. Martin Damourette el Pelvet, qui ont étudié la ciguë, ont vérifié par l’expérimentation l’exactitude des détails histo-
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