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riques qui nous soûl parvenus sur les symptômes qu’éprouva Socrate; après avoir avalé le mortel breuvage L’alropinr; a ouvert une voie nouvelle au traitement des maladies des yeux, grâce à la curieuse propriété qu’elle possède de dilater la pupille de l’œil lorsqu’on l’instille dans cet organe ou lorsqu’on l’ingère par les voies habituelles, l ue quantité infinitésimale de ce principe actil’ suffit pour déterminer presque immédiatement ce phénomène, dont M. llarlcy a le premier signalé l’importance. La connaissance précise des effets de l’atropine, qui agit d’ailleurs sur tout le système nerveux, permet d’expliquer les circonstances étranges, mitre autres le délire extraordinaire, dont parlent les anciens auteurs en décrivant certains empoisonnements par la belladone.
Il existe une substance qui exerce sur l’appareil de la vision une influence diamétralement opposée à celle de l’atropine; c’est la fève de Calabar, dont les propriétés ont été découvertes en 1803 par un habile médecin d’Edimbourg, M. Fraser. Cette graine (ou
1 « Quand on lui apporte le poison, Socrate demande ce qu’il a à faire. Rien autre chose, répond le geôlier, que de te promener après avoir bu, jusqu’à ce que la pesanteur te vienne dans les jambes. Il boit et se promène, et, quand il sent ses jambes fléchir, il se couche sur le dos.
« En même temps, celui qui lui avait apporté le poison le touchait, et après un certain temps, regardait ses pieds et ses jambes; ensuite, pressant fortement un des pieds, il lui demandait s’il le sentait. Socrate disait que non. Après cela, il lui pressait encore le bas des jambes, et remontait ainsi, il nous montrait que le corps se refroidissait et se raidissait. 11 touchait toujours et dit : Quand cela viendra au cœur, il s’en ira. Déjà presque tous les environs du bas-ventre étaient refroidis. Là Socrate dit encore quelques mots, puis il éprouve une convulsion et meurt. » (Platon.)
Les médicaments et la vie.
plutôt l'alcaloïde qu’elle contient, et qui a été isolé en 1865 par un chimiste français, Al. Yée) détermine une contraction, un resserrement si énergique de la pupille de l’œil, que cet milice s’oblitère presque complètement. La constrielion pupillaire atteint son maximum environ une heure après l’ingestion de la substance active, et persiste environ trois heures, puis elle disparaît lentement. Cette action sur les muscles qui président aux mouvements de l’iris dépend de l’excitation d’un nerf particulier. L’atropine paralyse ce nerf, ce qui provoque une dilatation de la pupille. 11 y a donc antagonisme entre le principe actif de la fève de Calabar et l’atropine, et l'expérience démontre que les effets de l’une annulent ceux de l’autre. Les ophthalmologistes commencent à utiliser ces propriétés.
On voit que chaque alcaloïde, indépendamment d’une action générale sur l’économie, en a une plus spéciale sur un certain système ou un certain organe. Or la digitale est un poison ou un remède du cœur. Après Cullen, qui avait pourtant si bien marqué la véritable utilité de ce remède, il ne fut guère employé que comme diurétique. Dans ces dernières années seulement, AI. Traube, professeur à Berlin, et AL llirlz, professeur à Strasbourg, ont repris l’étude de ce végétal, et remis en lumière, par des expériences et des faits cliniques, l’importance de l’action qu’il exerce sur la circulation et la chaleur de l’économie. Grâce au pouvoir qu’il a de ralentir les battements du cœur et par suite de refréner les mouvements du sang, cet agent est salutaire dans toutes les maladies, surtout dans celles d’un caractère fébrile, où il faut modérer l’acli-
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vilé du IV* u intérieur. La digitale doit ees propriétés à une matière qui jusqu’ici n’avait pu être isolée complètement. On n’en savait retirer qu’une substance amorphe, jaunâtre et complexe, d’une énergie variable. Il y a quelques mois, un chimiste habile, M. Nativelle, est parvenu à en extraire un principe d’une composition bien définie, en linos aiguilles cristallines, blanches, extrêmement amères, etqui est la vraie digitaline. L’Académie de médecine a décerné un prix extraordinaire à Fauteur do cette découverte. La digitaline préparée par h* nouveau procédé est tellement active qu’à la dose d’un quart de milligramme seulement, chez l’homme, elle agit sur les mouvements du cœur, et qu’à celle de 5 milligrammes elle donnerait la mort. D’autre part, cet effet est si caractéristique et si sur (pie, lorsque la digitaline existe dans un mélange en si petite quantité qu’on ne l’y puisse déceler par des réactions chimiques, on a un moyen infaillible de l’y reconnaître en examinant l’action du mélange sur le cœur d’une grenouille. C’est l’artifice auquel on eut recours, il v a quelques années, dans une affaire fameuse d’empoisonnement par la digitaline. Les médecins emploient aussi depuis peu de temps un autre alcaloïde, la vératrine, qui, comme le précédent, exerce une action énergique sur les libres musculaires et surtout sur celles du cœur, et rend des services dans les inflammations des organes intérieurs, surtout dans la fluxion de poitrine.
11 convient de dire ici quelques mots de Y eucalyptus ylobulus , dont on parle tant depuis quelques années. L’eucalyptus, apporté récemment d’Australie par M. Hamel dans le midi de l’Europe, où il s’aceli-
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male très-bien, est im arbre gigantesque île la l’ami lie des rnyrtacées. Il contient une huile- volatile qui communique aux feuilles et à l'écorce des propriétés qui sont mises à profit depuis peu en thérapeutique, grâce aux efforts de plusieurs médecins français et surtout de M. Gimbert. L’essence d’eucalyptus émousse la sensibilité réflexe de la moelle épinière, et par là calme la toux et l’oppression dans un grand nombre de maladies pulmonaires. Par l’action qu’elle exerce sur les muqueuses, elle mérite une. place au premier rang- des agents de la médication anticatarrhale. Prosper Mérimée, qui a passé les dernières années de sa vie à Cannes, y fumait d’habitude des cigarettes d'eucalyptus et paraissait en éprouver un grand soulagement. Outre cette essence, l’arbre australien renferme un principe amer, très-efficace contre les états morbides intermittents, surtout contre les fièvres paludéennes. Dans l’Amérique du Sud, en Espagne, en Corse, en Algérie, en Roumanie, l’infusion d’eucalyptus commence en effet à jouir d’une certaine vogue comme fébrifuge, et on y a recours avec d’autant plus d’ empressement qu’elle triomphe souvent de cas rebelles à l’action du quinquina. Une heureuse salubrité est d’ailleurs l’apanage des contrées où ce végétal est très-répandu. Les émanations balsamiques qu’il exhale constamment parfument l’air et l’épurent. Les voyageurs et les médecins qui en ont étudié de près l’économie physiologique sont convaincus qu’il pourrait être employé avantageusement pour assainir les pays marécageux où la fièvre est endémique, non-seulement en modifiant l’atmosphère, mais encore en desséchant le sol et en y empêchant le développer!) ml de
la végétation aquatique d’où naissent les miasmes.
Les médicaments nouveaux dont il vient d’être question sont tons des composés organiques, c’est-à-dire provenant plus ou moins directement des substances végétales ou animales. La thérapeutique emploie aussi un grand nombre de médicaments minéraux. Il mi est peu parmi ces derniers dont l’introduction dans la pratique soit de date récente. L’un d’entre eux cependant, à peine employé il y a quelques années, a pris depuis peu dans le traitement des maladies nerveuses une place très-importante : c’est le bromure de potassium. Ce sel, dont les physiologistes avaient reconnu l’action byposthénisante sur les nerfs et les vaisseaux, a été adopté récemment par b1. s praticiens comme un remède contre les affections nerveuses et surtout contre l’épilepsie. Administré à la dose de plusieurs grammes par jour, il exerce l’action sédative la plus marquée sur cette terrible névrose; s’il ne la guérit pas complètement, il détermine du moins uni* rémission prolongée des accidents, et toujours il calme les secousses, les soubresauts et l’irritabilité des malades. Les observations faites en Angleterre et en France, sur une grande échelle, depuis sept ou huit ans, ne laissent pas de doute sur la réalité de ce résultat. Un autre médicament minéral, employé depuis longtemps, l’acide arsénieux, est devenu, grâce aux derniers travaux de M. Magitot, un des agents les plus surs de la thérapeutique dentaire : il jouit de la singulière propriété de provoquer la réparation de l’ivoire.
Les faits qui viennent d’être cités attestent une féconde activité des études de thérapeutique scientifique
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urant ccs dernières années, et ils constituent la meilleure réponse qu’on puisse opposer au scepticisme en matière de médecine. Sans se bercer d’illusions, on peut croire que ce progrès ne s’arrêtera point. Nous n’en voulons pour preuve que l’ardeur réelle avec laquelle ees recherches sont aujourd’hui poursuivies dans tous les pays. Ainsi que le dit M. Rabuteau, nous ne pouvons plus nous contenter de savoir qu’un médicament guérit, nous voulons savoir aussi comment il opère1. Ce genre do curiosité s’est emparé de presque tous les médecins, et ceux même qui ne semblent pas croire que la thérapeutique mérite le nom de science font volontiers des essais pour apprendre à mieux connaître le mécanisme des actions médicamenteuses.
Existe-t-il un rapport entre la nature chimique des corps et le degré de leur pouvoir toxique et thérapeutique? 11 est permis aujourd’hui de répondre à cette question d’une manière affirmative. Depuis longtemps on avait lait à ce sujet quelques remarques empiriques. Ainsi on savait que les sels des métaux lourds sont plus actifs que ceux des métaux légers, que les sels de plomb et de mercure ont des propriétés vénéneuses, tandis que les sels de soude et de magnésie sont relativement innocents; mais il n’y avait là qu’une comparaison sans rigueur. C’est M. Rabuteau qui a formulé la relation générale entre l’énergie physiologique des
1 éléments de thérapeutique et de pharmacologie, in-8°, 1873, préface. — Cet ouvrage remarquable est le premier traité de thérapeutique scientifique qui ait été publié. Il résume, avec un rare mérite, les travaux les plus récents touchant l’action et l'utilité des substances médicamenteuses.
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composés minéraux cl leur nature chimique. L'énergie des sels métalliques solubles est en raison directe du poids atomique du métal contenu dans le sel. Les poids atomiques des métaux étant en raison inverse des chaleurs spécifiques, la loi de M. Rabuteau peut encore être énoncée sous cette forme : les métaux sont d’autant plus actifs que leur chaleur spécifique est plus faible. La loi est la même pour les métalloïdes dii la famille de l’oxygène; elle est inverse pour ceux tpii sont congénères du chlore et pour ceux de la classe de l’arsenic. L’infatigable investigateur a entrepris, il va six ans, des expériences, constamment poursuivies jusqu’à ces derniers temps, pour établir ces lois, dont l’Académie des sciences a consacré la découverte par une récompense éclatante. 11 est aisé d’en apprécier l’intérêt pratique. Lorsqu’un médecin aura désormais à choisir entre divers sels, il lui suffira, pour en connaître immédiatement les activités respectives, et par suite pour en déterminer les doses, de consulter une table des poids atomiques. Lorsqu’un physiologiste voudra éprouver l’action d’un composé métallique, il pourra en prédire l'intensité relative et régler en conséquence ses expérimentations. Quand, il y a quelques années, on essaya sur les animaux l’influence des sels de thallium, un des métaux que l’analyse spectrale venait de révéler, on fut tout surpris de constater que ces sels, si ressemblants d’ailleurs à ceux de soude et de potasse, étaient néanmoins fortement toxiques. C’est que le poids atomique du thallium est très-élevé ; sa puissance vénéneuse est donc en parfait accord avec la loi de M. Rabuteau.
Le perfectionnement de l’art médical est ainsi lié
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de la façon la plus étroite au progrès do nos connaissances sur l' action réelle des substances toxiques et médicamenteuses. Pour étendre cos connaissances, il faut suivre l’exemple et les méthodes de M. Bernard dans l’examen des effets produits sur les tissus animaux. 11 importe aussi, comme l’a recommandé M. Pumas, d’essayer l’action do. toutes ces substances nouvelles que crée depuis quelque temps la chimie organique et dont plusieurs recèlent certainement des vertus médicinales. L’étude de ces effets est très-délicale, et il est nécessaire que les savants qui l’entreprennent puissent manier avec une égale habileté les instruments de la physique, de la chimie et de la physiologie. 11 ne s’agit pas seulement d’analyser les symptômes apparents provenant du dérangement des organes, de discerner les parties atteintes et de déterminer le genre d’altération qu’elles ont éprouvé, il est indispensable de rechercher les changements survenus dans la composition immédiate des sécrétions et des excrétions, ainsi que les voies et les modes d’élimination de la substance, active, enfin de mesurer les changements de température, do pression, do force musculaire, etc., par lesquels se traduit l’action thérapeutique. Pour mener à bonne fin une investigation aussi complexe, on se sort des instruments ordinaires de la vivisection, d’appareils enregistreurs, la plupart inventés par M. Marev, de réactifs chimiques, de microscopes, de, spcctroscopes, de polariseurs. Bref, toutes les sciences fournissent leur tribut au physiologiste désireux de, donner à son tour au médecin dos préceptes thérapeutiques d’une application sûre.
Telles sont, du côté do la physiologie, les légitimes
espérances de la thérapeutique. Elle a le droit d’en concevoir d’aussi belles du côté de la chimie. Cette dernière, qui a rendu déjà tant et de si grands services à l’art de guérir, lui en rendra un dernier et le plus désirable de Ions, celui de créer artificiellement les principes actifs qu’on est obligé encore aujourd’hui d’extraire des végétaux. La préparation des alcaloïdes au moyen des plantes est si longue, si dispendieuse, et peut être entravée dans certaines conjonctures d’une façon si préjudiciable aux intérêts de la santé publique, que les chimistes doivent s’appliquer à rendre désormais inutiles ces opérations d’un art grossier. La connaissance de la structure intime des molécules est assez avancée, la puissance des méthodes de synthèse est assez parfaite pour qu’il ne soil pas téméraire d’entreprendre une pareille besogne. On reproduit de toutes pièces, dans les vaisseaux d’un laboratoire, les acides, les essences et les graisses des végétaux; on en prépare, au moyen de réactions nettes, les parfums pénétrants et les vives couleurs; pourquoi ne découvrirait-on pas le secret de la formation de ces principes subtils, bienfaisants ou terribles selon les cas, qui tantôt rétablissent la santé compromise, tantôt éteignent la flamme de la vie? Il est vrai que les essais tentés jusqu’ici dans cette direction n’ont pas été couronnés de succès; du moins la médecine n’en a tiré aucun profit. C’est, en poursuivant des recherches sur les moyens d’obtenir artificiellement la quinine et en étudiant dans ce sens la toluidine que M. Perkin découvrit, en 1856, au lieu du précieux médicament qu’il cherchait, un composé, rouge qui est devenu la source des couleurs d’aniline.
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Col. échec, d’un genre singulier, no doit pas décourager les investigateurs; une gloire durable est réservée à celui qui réussira là où M. Perkin n’a pas réussi.
Il est permis aussi de penser, comme le faisait remarquer dernièrement M. A.-W. Hoffmann, qu’il en sera désormais de. la thérapeutique comme de la teinture. Aujourd'hui on ne cherche plus, comme autrefois, à obtenir les diverses nuances par des mélanges mécaniques de plusieurs matières colorantes. C’est le même principe qui, suivant la couleur qu’on veut obtenir, est soumis à une transformation chimique déterminée; c’est la même molécule qui, modifiée dans sa structure profonde par des réactifs appropriés, devient successivement rouge, bleue, verte, violette. Celui qui observe d’un œil attentif l’influence de la chimie sur toutes les industries ne doute pas de la réalisation d’un progrès analogue dans d’autres directions; il a la confiance que la thérapeutique parviendra un jour à modifier à son gré les propriétés des principes médicamenteux, non plus au moyen de mélanges dans la fiole du pharmacien, mais à l’aide de métamorphoses précises et déterminées, opérées dans l’intimité même de la molécule du principe actif. Des expériences récentes de MM. Crum- Drown et Fraser ont inauguré brillamment ce genre de recherches.
La thérapeutique a tiré parti et pourra de plus en plus bénéficier des travaux de la physique. L’application de l’électricité, de la chaleur, du froid, du magnétisme, de la lumière, au traitement des maladies en est encore au rudiment, quoique des résultats importants aient déjà été obtenus. Il faudra étudier avec un
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soin rigoureux l’action de ces forces diverses sur l'économie humaine. Ces forces elles-mêmes ne sont-elles pas étroitement liées au milieu cosmique dans lequel nous vivons, milieu soumis aux conditions générales de la mécanique céleste? C’est dire qu ■ le progrès de l’art médical n’est pas indépendant de celui des recherches touchant les rapports de l’organisme avec les agents qui semblent ne l’atteindre qu’à peine.
C’est ainsi que l’histoire nous montre tonies les sciences réagissant continuellement les unes sur les autres et se perfectionnant par de réciproques et profondes influences. C’est ainsi qu’elles se soutiennent et sont inséparables, et que toutes ensemble donnent iinalement à l’art de guérir aussi bien qu’aux autres genres d’industrie une puissance et une sûreté croissantes. Telle est la vertu des spéculations et des expériences méthodiques entreprises sans aucun souci d’utilité; mais, précisément parce que cette évolution multiple et laborieuse s’accomplit, à l’insu même de ceux qui en sont les ouvriers, sous l’influence d’un petit nombre d’idées générales dont la philosophie est la source permanente, il arrive, par une juste et admirable réaction, que les sciences fécondées par la philosophie la fécondent à leur tour. 1
i II convient de compléter ces renseignements en signalant les travaux qui ont conduit récemment M. Ilabatcau à proposer et à recommander le protochlorure de fer, comme le sel de fer le plus facilement absorbable et le mieux approprié au traitement des maladies nombreuses oii les ferrugineux sont indiqués.