LES FORMES DES VÉGÉTAUX
tériel (1). Faire du corps vivant, c'est le but de la nutrition, de l'accroissement, de la génération, dans la plante; et cela, c'est faire de la substance corporelle, c'est transformer de la matière, et les instruments de cette transformation sont les mêmes forces que celles dont se servent les corps bruts, sous une direction spéciale, toutefois, imprimée par la force vitale (2). Cette direction est bien l'expression
(1) Quantum ad id quod agitur, non omnis actio transcendit actionem natures inanimatœ : oportet enim quod fit esse naturale, et quœ ad ipsum requiruntur, sic in corpoiibus inanimatis, sicut in corporibus animatis; sed in corporibus inanimatis fit ab agente extrinseco, in corporibus vero animatis ab agente intrinseco ; et hujusmodi sunt actiones ad quas ordinantur potentise animae vegetabilis... Et propter hoc prœdictœ vires animae dicuntur naturales (Q. disp. de Anima, a. 13).
(2) Infima autem operationum animae est quae fit per organum corporeum et virtute corporeae qualitatis. Supergreditur tamen operationem naturae corporeae ; quia motiones corporum sunt ab exteriori priiicipio ^ hujusmodi autem operationessunt a principio intrinseco : hoc enim commune est omnibus operationibus animae ; omne enim animatum aliquo modo movet seipsum. Et talis est operatio animœ vegetabilis (I, q. lxxviii, a. 1).
d'une activité supérieure à la nature inorganique, mais elle est insuffisante pour prouver l'indépendance du principe de vie végétative : la substance composée de matière et de forme, étant un être, a l'unité suffisante pour agir avec une tendance naturelle, de laquelle peut résulter la direction spéciale des opérations de la vie, si la forme substantielle de cet être est de l'ordre vital, sans qu'il soit nécessaire que celle-ci puisse subsister sans matière. Puisque la matière n'empêche pas le corps brut d'être actif, à sa manière, elle n'empêchera pas non plus le corps vivant, dans la constitution duquel elle entre, d'avoir son activité propre, si tout, montre cette activité appliquée à produire du corporel, donc du matériel, en y employant les forces mêmes de la nature brute. En somme, l'âme végétative, forme substantielle de la plante, est, elle aussi, plongée tout entière dans la matière ; elle ne peut s'en dégager, pour agir par elle seule; elle n'est donc pas subsistante en ellemême, puisque faction est l'expression de l'être : c'est le composé vivant qui subsiste par elle (1).
(1) Esseautem hujusmodi animarum non potest