LA VIEILLE HACHE
— Je suis bien hideuse, et ma foi !
Pauvre malheureuse cogne'e Je souhaite que l'araignée Ne travaille ici que pour moi !
Me quitteras-tu, cancer jaune, Où dois-je à perpétuité En cette humide obscurité Rester ta pâture et ton trône ?
C'est pourtant un diable du fer Qui conçut et finit ma forme :
Je le revois sous l'ombre énorme Du grand soufflet de son enfer !
Dos, lame et flancs, j'étais si nue, D'un si pur métal gris et bleu Au fil mince comme un cheveu...
Que mon aspect glaçait la vue.
Quand il fallait me repasser L'homme ne faisait pas la moue, Pas plus tôt en branla Ifi roue Qu'elle avait fini de grincer !...
Aussi, quand je quittais la meule, Il disait en s'émcrveillant :
ï Ce que c'est ! Déjà, quel taillant ! « Elle va couper toute seule ! »
Ah ! oui ! Taiguisage était prompt..
Et j'étais sûre de mon rôle.
Lorsque je partais sur l'épaule De mon maître, le bûcheron.
Alors, m'en allant au massacre Du vieux chêne ou du grand i)ouleau.
Je renvoyais tout comme l'eau Des reflets d'ardoise et de nacre
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Je tranchais si bien qu'en deux coups J'abattais les plus fortes branches," Je faisais des entailles franches Dans le cœur des buis et des houx.
Et. parce que tu m'as mangée, Peu d'abord, et puis, toujours plu?
Parmi ces poinçons vermoulus Je reste là dévisagée,
Dans un souterrain plein d'effrois,
Avec des êtres lents et froids
Traînant un corps d'ombre et de marbre
Ton acharnement me confond !
Qu'es-tu donc ? — La rouille répond :
— Je suis la vengeance de l'arbre.
J2 l.A NATURE.