LE VENT
Combien il est lugubre et noir,
Les nuits d'orage, D'entendre, tout seul, du dedans.
Ces gigantesques bruits grondants, Confus d'abord, bientôt stridents
Et pleins de rage.
Insensiblement, par filets Plaintifs, saccadés, maigrelets, Le vent glisse entre les volets
Et sous les portes, Et, s'engouffrant aux corridors, Il gémit ainsi que des morts Qui viendraient pleurer leurs remords
Avec des mortes.
La rumeur monte, en plus chagrin, Comme un bourdonnement marin; Et puis, tuBaulte souterrain. Clameïtr œouranti^
LA NATURK.
De toul un peuple massacreur.
Rires de folles en fureur...
C'est la musique de l'horreur Dans l'épouvante !
Le vent ne commence parfois Qu'à fendre l'air en tapinois, Qu'à gercer l'eau, tâter les toits,
Froisser le chêne, Coucher l'herbe et raser le roc :
Il se tasse pour un grand choc.
Et subitement, tout d'un bloc,
Il se déchaîne
Contre les bois, les pre's, les monts, Routes, sentiers, sables, limons; 11 faut au jeu d« ses poumons
Les vastitudes Et s'exaspcrant des prisons Que lui font les quatre horizons