PLUIE DANS UN RAVIN
Au ravin du lierre et du houx La Pluie, à fils drus, se dévide :
Tout le ciel pleure dans les trous.
Compacte, égale, sans courroux, Monotone, rayant le vide, Au ravin du lierre et du houx
Elle tombe. — Sable et cailloux Pourront boire à leur soif avide.
Tout le ciel pleure dans les trous.
rLL'IE DANS UN RAVIN iil
Des joncs, hauts comme des bambous, Suintent sur leur étang morbide Au ravin du lierre et du houx.
Les feuillages deviennent mous, Le sol gras, le ruisseau rapide, Tout le ciel pleure dans les trous.
Déjà plus d'un petit remous fournique à fleur de l'eau torpide Au ravin du lierre et du houx.
Très bas chantonnent les coucous Que ce jour vitreux intimide...
Tout le ciel pleure dans les trous.
Parfois le tonnerre ! — des coups Sourds, roulant du lointain livide Au ravin du lierre et du houx.
238 LA NATL'UE.
L'ombre gagne... les casse-cous Dérobent leur abord perfide...
Tout le ciel pleure dans les trous.
Là-bas, quelqu'un en manteau roux Tire un cheval blanc par la bride Au ravin du lierre et du houx :
Homme et bêle ont jusqu'aux genoux L'eau d'un grand bourbier qui se ride.
Tout le ciel pleure dans les trous ;
Puis, un troupeau de moutons fous Dégringolant la cùte aride Au ravin du lierre et du houx !
Leur bêlement dit : « Sauvons-nous! »
Ils suivent la Peur qui les guide :
Tout le ciel pleure dans les trous.