JOURNEE D'UNE CIGALE
Tout le ciel bas sur lui Cet air de canicule
Vibre, ondule,
Et reluit.
Ce fouillis la défend.
Mais en somme Outre que l'air l'assomme
Etouffant, Voici l'heure où souvent Le serpent vient là, comme
L'oiseau, l'homme
Et l'enfant.
Donc ! tant pis ! son buisson
Va se taire.
Elle gagne une terre
De gazon Qui dort sans un frisson.
Dans ce lieu solitaire
Du mystère
A foison !
Elle grimpait là-bas
Chez son hôte Le buisson de la côte
Pas à pas, Mais dans ce pré ! non pas !
Au sein de Iherbe haute
Elle saute...
Quels ébats !
Déjà pour le lézard
D'émeraude, Chercheur de l'ombre chaude,
Il est tard.
Donc, sans peur, elle part, Devant elle maraude,
Flâne et rôde
Au hasard.
Ses deux antennes ont
Délicates Un souple d'acrobates.
Elles font
JOURNEE D'LNE CIGALE.
Biais et demi-rond :
Où les mènent les pattes
D'automates
Elles vont.
Elle trouve ici, là,
Bien robée Abeille, scarabée
Plein d'éclat, Faucheux haut, bousier plat, Rentrant de leur tournée,
Araignée
Qui s'en va.
Puis le reptile ami
'Vert comme elle, La rainette crécelle
Qui frémit, Un ver, une fourmi.
La grande sauterelle
Sa jumelle
A demi.
Elle surprend Tessor
Ou la pause D'un beau papillon rose
Lamé d'or ; Elle rencontre encor Un vieux grillon morose
Qui repose
Semblant mort,
Un long parcours franchi,
Un peu lasse, Elle dort, se prélasse,
Réfléchit.
Et, le corps rafraîchi, Dans riierbc haute ou basse
Saute, passe
Resurgit.
Tel endroit lisse et nu
L'échassière Maintes fois le préfère
Au touffu :
lOUllNÉE D'UNE CIGALE,
Son petit pied gritTu
Qui mordrait sur le verre
Ne sait guère
Rien d'ardu.
Tout lui va 1 roc luisant
Et cloaque, Bois mort, sable qui craque.
Jonc glissant, Creux, hauteur et versant !
Après la boue opaque
C'est la flaque
A présent !
Se risquer à Teau ? Non !
C'est folie :
Mais, cette herbe salie
. Fait un pont.
Comme il suffit d'un bond, Où son aile jolie
Se déplie
Tout de bon.
Elle prend celte fois
L'envolée Sur la branche isolée,
Sur les croix Des chemins, sur les bois, Sur la mousse brûlée
Et gelée
Des vieux toits.
Enfin, c'est son retour Qui lui tarde.
Elle tâte, regarde, Marche-court,
Lente, à chaque détour
Dans cette ombre blafarde Qui brouillarde Tout autour.
Son trajet est fourni...
Joie extrême !
Le voilà ce qu'elle aime :
Son cher nid,