‹ La nature; poésiesChapitre 74 sur 98 · JOURNEE D'UNE CIGALE · texte numérisé non relu

JOURNEE D'UNE CIGALE

Tout le ciel bas sur lui Cet air de canicule

Vibre, ondule,

Et reluit.

Ce fouillis la défend.

Mais en somme Outre que l'air l'assomme

Etouffant, Voici l'heure où souvent Le serpent vient là, comme

L'oiseau, l'homme

Et l'enfant.

Donc ! tant pis ! son buisson

Va se taire.

Elle gagne une terre

De gazon Qui dort sans un frisson.

Dans ce lieu solitaire

Du mystère

A foison !

Elle grimpait là-bas

Chez son hôte Le buisson de la côte

Pas à pas, Mais dans ce pré ! non pas !

Au sein de Iherbe haute

Elle saute...

Quels ébats !

Déjà pour le lézard

D'émeraude, Chercheur de l'ombre chaude,

Il est tard.

Donc, sans peur, elle part, Devant elle maraude,

Flâne et rôde

Au hasard.

Ses deux antennes ont

Délicates Un souple d'acrobates.

Elles font

JOURNEE D'LNE CIGALE.

Biais et demi-rond :

Où les mènent les pattes

D'automates

Elles vont.

Elle trouve ici, là,

Bien robée Abeille, scarabée

Plein d'éclat, Faucheux haut, bousier plat, Rentrant de leur tournée,

Araignée

Qui s'en va.

Puis le reptile ami

'Vert comme elle, La rainette crécelle

Qui frémit, Un ver, une fourmi.

La grande sauterelle

Sa jumelle

A demi.

Elle surprend Tessor

Ou la pause D'un beau papillon rose

Lamé d'or ; Elle rencontre encor Un vieux grillon morose

Qui repose

Semblant mort,

Un long parcours franchi,

Un peu lasse, Elle dort, se prélasse,

Réfléchit.

Et, le corps rafraîchi, Dans riierbc haute ou basse

Saute, passe

Resurgit.

Tel endroit lisse et nu

L'échassière Maintes fois le préfère

Au touffu :

lOUllNÉE D'UNE CIGALE,

Son petit pied gritTu

Qui mordrait sur le verre

Ne sait guère

Rien d'ardu.

Tout lui va 1 roc luisant

Et cloaque, Bois mort, sable qui craque.

Jonc glissant, Creux, hauteur et versant !

Après la boue opaque

C'est la flaque

A présent !

Se risquer à Teau ? Non !

C'est folie :

Mais, cette herbe salie

. Fait un pont.

Comme il suffit d'un bond, Où son aile jolie

Se déplie

Tout de bon.

Elle prend celte fois

L'envolée Sur la branche isolée,

Sur les croix Des chemins, sur les bois, Sur la mousse brûlée

Et gelée

Des vieux toits.

Enfin, c'est son retour Qui lui tarde.

Elle tâte, regarde, Marche-court,

Lente, à chaque détour

Dans cette ombre blafarde Qui brouillarde Tout autour.

Son trajet est fourni...

Joie extrême !

Le voilà ce qu'elle aime :

Son cher nid,

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