LA BONNE RI VIE HE
L'été rallumant ses flamlieaux, Vous avez pâture meilleure, Heureux gardons, heureux barbeaux !
Car, joncs, roseaux, buis sont si beaux Et puis si bon tout cela fleure Dans la rivière des crapauds
Que moucherons, grands et nabots Viennent s'y noyer à toute heure....
Heureux gardons, heureux barbeaux !
C'est le calme plat des tombeaux, La bonne joie intérieure Dans la rivière des crapauds.
Qui, certains soirs. Auteurs dispos.
Vous jouent leur musique mineure... .
Heureux gardons, heureux barbeaux !
280 LA NATURi:.
Nul voisinage de hameaux !
Pas un danger ne vous épeure Dans la rivière des crapauds.
Vos témoins sont de vieux ormeaux, Vos bruits, ceux du rocher qui pleure.. Heureux gardons, heureux barbeaux!
Goûtez la paix! sous vos rameaux Que jamais l'homme ne vous leurre Dans la rivière des crapauds!
Que le Temps y tanne vos peaux !
Que vos squelettes y demeurent....
Heureux gardons, heureux barbeaux!
Aj-ez des enfants par troupeaux, Et qu'ils naissent, vivent et meurent.
Heureux gardons, heureux barbeaux, Dans la rivière des crapauds!
En automne, au printemps, quand le soleil assoiffé La terre, même aussi lorsque le froid vous mord, On voit la Folle errer, pâle comme la Mort, Sous ses longs cheveux noirs qui sortent de sa coiffe.
Plus belle du désordre égaré de ses charmes
Elle va dans sa libre inoffensivité.
Atteinte pour jamais de cette insanité
Que le regret d'Amour engendre avec des larmes.
Tout ce que la Musique exprime de plus tendre : La caresse du cœur, la pitié du sanglot, — — Le murmure du vent, du feuillage et de l'eau, Tout cela, confondu, sa voix le fait entendre.
On dirait que son âme inconsolable hôtesse De cet horrible drame où sombra son esprit, A passé dans son chant qui pleure ei qui sourit Avec le même vaffue et la même tristesse.
Soudainement voilés d'une vapeur sensible, Suivant que sa pensée obscure se souvient, Ses yeux regardent tout et ne regardent rien : Ils guettent du néant au fond de l'Impossible.
Image de la Nuit, l'étrange créature A le Mystérieux et la Solennité.
Ce corps que déjà tant La Folie a sculpté Dans sa mélancolie incarne la Nature.
Un pauvre fichu noir croisé sur sa poitrine, Elle vous apparaît rôdant par tout cliemia D'un pas de revenant plus que d'un être humain... Somnambule et statue en sa robe chagrine.
Sa jupe rapiécée et dont le bord se ronge, Laissant voir purs et blancs ses beaux petits pieds nus, Klleva. — ■ Fleur, quenouille entre ses doigts menus Sont les mêmes objets qu'elle tient comme en songe.
La plaintive Elégie et la triste Romance
L'escortent pour les yeux du rêve : Elle est leur sœur !
Le monotone aspect de son humble douceur
A presque angélisé sa tranquille démence.
Veuve de la Raison qui déprave les choses En y mettant sa peur, sa joie ou son ennui. Elle est le pur instinct qui marche devant lui Aveugle au paysage en ses métamorphoses.
Végétativement elle assiste au spectacle Des ravins guère moins stupéfaits que son cœur Où l'arôme des champs, leur grâce, leur langueur Trouvent un impassible et neutre réceptacle.
Froide le plus souvent, parfois la pauvre Folle
A des regards émus pour les petits oiseaux,
Prie au long des cercueils, chante auprès des berceaux.
Adresse aux mendiants quelque lente parole.
Mais les nuages, l'eau, les grands horizons vides Sont le gouffre ordinaire où son œil va plonger. Et son esprit perdu qui peut encor songer Interroge le soir ces profondeurs livides :
Car, c'est de là qu'un jour surgira, — pense-t-elle Le fantôme ou la voix de l'Être disparu Dont son tourment d'aimer, par le désir accru, Cherche toujours en vain l'enveloppe mortelle.