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LES CHATS-HUANTS

Leur concert de sanglots malins D'ordinaire autrement résonne :

Ce soir, le silence en frissonne, Car chacun des oiseaux félins,

Pour crier le mauvais augure, Reste invisiblement caché ^ Dans son petit chêne ébranché.

De fantomatique figure.

Si bien qu'en ce lugubre lieu, ' Parmi ces rocs dont peu à peu Blêmissent les couleurs de marbre,

A cette heure, sous ce ciel bas.

On s'imagine, à chaque pas.

Entendre miauler un arbre.

LE COUGO-U: Î5

Lorsque s'est accompli le temps des hivernages, Sitôt que le soleil ôte son masque blanc Et que Tazur du ciel, enfin se détroublânt Recommence à noyer ses îles de nuages ;

Quand revient la grenouille au laVoir limoneux, Lorsqu'en sa cavité rocheuse qui Tembloquè .

La vipère interrompt son dormant soliloque Pour soulever sa tête et desserrer ses nœuds;

Alors, près d'un manoir que ronce ou lierre enlace Et dont les revenants sont les seuls châtelains, Aux abords des marais et des pauvres moulins S'élève un cri d'oiseau rôdant de place en place.

Coucou ! Tel est ce cri doux et rauque à la fois Qui, malgré sa tristesse infiniment profonde, Mêle aux bruissements de la terre et de l'onde Quelque chose d'amer, d'hostile et de narquois.

Un mort ressuscitant, et du fond de sa bière Voulant mystifier par un appel plaisant, Dirait : Coucou 1 sans doute, avec le même accent, En le syllabisant de la même manière.

Cette plainte, partout, vous devance et vous suit, Sous les arbres trapus, au long du buisson grêle, Partout, c'est la parole errante qui vous hèlè, Jusqu'à l'heure livide où la clarté s'enfuit.

Dans les endroits déserts, tout le temps qu'elle dure, Une espèce d'horreur charge le Renouveau, La fraîcheur des ravins sent toujours le caveau, On ne sait quelle brume assombrit la verdure.

Il semble que ce mot goguenard et chagrin Par son ressassement soit de mauvais présage : Les choses n'auraient pas cet étrange visage Sans Tensorcellement de ce maudit refrain.

Va&iement, la colline étale sa chaumière.

Ses groupes inclinés de bœufs et de moutons, Ses nappes, ses damiers, ses blocs et ses festons Sur des horizons purs imbibés de lumière,

Une atmosphère morne encadre ce tableau, Et, sous le vent peureux glissant de droite à gauche, C'est d'un air accablé que le feuillage ébauche Quelques frissons pareils aux plissements de l'eau*

78 JxA NATURE.

Pourtant le bon soleil qui réchauffe les pierres Allume au bout des fleurs Tinsectede saphir, Les parfums des forêts chevauchent le zéphir, Et tout ce qui dormait rentr'ouvre ses paupières;

Mais qu and même, malgré sa résurrection,

La Nature subit l'apostrophe mauvaise,

Et la contagion vague de son malaise

Vous mord comme une sourde et lente obsession.

Coucou I Coucou ! Cela jette un froid dans l'espace : Le vaste paysage inerte sous les cieux Prend un aspect surpris, écouteur, anxieux.

Chaque fois que dans l'air cela passe et repassé.

Patres et laboureurs sentent ramper en eux La louche impression de ce cri solitaire Qui, fantastiquement, avec tant de mystère.

Résonne comme un bruit souterrain ou ligneux.

On dirait qu'il dégage un sentiment d'automne Autour des prés, des bois, des roches, des étangs, Et qu'il cherche à railler la fête du printemps Avec son ironie obscure et monotone.

Ainsi, de jour en jour, durant les plus beaux mois, S'inquiète et languit la verte solitude.

Attendant pour songer dans la béatitude Le premier coup de faux qui coupe cette voix.

Mais, d'ici là, ses nuits douces par excellence. L'indemnisent un peu de son diurne ennui, Car, elles font parler, dès que la lune a lui, Le divin rossignol enchanteur du silence.

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