LE CHAMP DE BLE
Bordé d'arbres très vieux où d'une patte alerte Geais et piverts gnippaient en mariant leurs cris, Le petit champ de blé dormait sous les cieux gris, Triangle jaune, au sein d'une immensité verte,
Au milieu d'un désertj dans un cadre chagrin De rocs monstres, de bois spectres, d'âpres collines, Entre des joncs, dés houx, des genêts, des épines, D'un mouillé dénonçant la bourbe du terrain.
Ressortant sur ce louche et vaste marécage, Dans un océan vert, espèce d'îlot blond, Ce champ vous surprenait : sous la voûte de plomb : Il devenait terrible en ce pays sauvage.
Il était si perdu, si loin d'une maison!
A croire qu'un génie, amant de la nature, L'avait ainsi planté pour offrir la pâture Aux oiseaux besoigneux dans la froide saison.
Bluets, coquelicots, tiges entremêlées, Ici; là, montaient haut presque jusqu'aux épis ; Ailleurs, sous des chardons violets assoupis, Le froment rabattait ses têtes barbelées.
Et muet et léger comme un zéphir d'été Sur un étang cuivreux engourdi dans sa vase, L'insecte nonchalant voltigeait en extase Sur cette nappe d'or dans Tim mobilité..
LE ghâmp de blé. n
Maïs déjà, par endroits, trouble, mal épandue, La lumière du jour ne se trahissait point; Et de grandes vapeurs s'élevant sur tel point. Tachaient d'ombre le vide affreux de Tétendue.
Un chaud morne et brumeux! d'air? pas même un soupçon L'écho restait figé dans sa caverne sourde, Et le vague emplissait cette atmosphère lourde Où l'arôme étouffé stagnait comme le son.
Peu à peu le soleil trouant la nue à peine Teinta ses voiles gris du sang de ses rayons, Et, bientôt, les hiboux, reptiles et grillons, Ne firent qu'une voix ligneuse et souterraine.
Tous les oiseaux criards maintenant avaient fui ; La stupeur écrasait les chênes et les hêtres, Ce monotone accent des invisibles êtres Ajoutait au silence un mystère d'ennui.
h . LA NATURE.
Et le soir vint : le vent toujours sans rerauage. Effleurait ce gi*ahd blé d'insensible façon, Juste assez pour qu'il eût un semblant de frisson Dans le croûpissémént de Taie et du feuillage. '
Le ciel couve la pesUlence :
Le soleil, à coups de rayons, Persécute jusqu''aux grillons Qui s'enfouissent dans le silence.
Le cuisseau naguère si plein Ne monte pas à la cheville ; Et là-bas, se recroquevillé La roue énorme du moulin.
Midi ! l'heure atroce est venue Où le terrain surétoufifé Va cuire après avoir chauffé Sous la fournaise de la nue.
Entre ces deux brasiers, il faut Sans qu'une brise le console, Que le paysage rissole De haut en bas, de bas en haut,
Malgré sa cuirasse d'écaiiles, Le lézard, qui se risque moins Cherche davantage les coins Au long des murs et des rocailles.
Insecte, caillou, jonc, roseau.
L'archer cruel prend tout pour cible, Le papillon est invisible, Taciturne reste l'oiseau.
Hormis le ronflement des mouches Tourniquant sur un lac tari, Pas un murmure, pas un cri A travers ces pays farouches.
L'herbe grille sur les plateaux Et dans les fonds elle se fronce ; Le genêt, le buis et la ronce Noircissent au pied des coteaux.
Par la chaleur, déjà soufferte, L'arbre accablé finalement Porte comme un écrasement Le pofds de son feuillage inerte.
Et toujours plus lourd, plus fiévreux,
Croupit l'air qui se coagule,
La contagion s'inocule
Partout, aux recoins comme aux creux.
Les rochers noirs et jauàe soufre Rutilent, calcinés d'aplomb, Et lé torrent roule du plomb Entre les braises de son gouffre,.
L'espace devient un cachot .
De brume ardente qui tremblote ; Parfois, au ras du sol il flotte Comme une vapeur de réchaud.
Et les bèleâ se sauvent toutes Du soleil commt d'un danger; Aucun pas ne vient déranger La poussière blanche des routes.
Avec un telachârnement La canicule fait âon œuvre, Que la si frileuse couleuvre En arrête son rampement.
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' Mais l'éclat inoms cru de la'roche, Le flamboiement plus sourd de Tëau, L'aspect rembruni du fableàu Annoncent que la nuit s'approche.
Et bientôt gronde une rumeur Sur ces terres torréfiées, Çà et là toutes barbouillées Du sang dé l'astre qui se meurt.
Et de nouveau la voûte craque :
Mais ce tonnerre d'un instant Cesse : l'orage en avortant Rend l'atmosphère plus opaque.
Tout brûle encor comme un damné Dans cet enfer de la nature Où maintenant la pourriture Souffle un miasme empoisonné !
I/ombre s'installe : c'est quand même Toujours du feu, moins la clarté.
-C'est la cuisante obscurité Au milieu de l'horreur suprême. •
Emprise d'un affreux sommeil, Dans cette ténébreuse étuve, La campagne s'endort et cuve Sa morne ivresse de soleil.
ÉTUDES DE VIPERES. 25