‹ La nature tropicaleChapitre 14 sur 113 · LE FEUILLAGE · texte numérisé non relu

LE FEUILLAGE

sélection. M. Jonnsen, qui a étudié en Afrique la flore du Cameroon, y a observé dans la forme des feuilles le même caracère qu'à Java; il est disposé à regarder la gouttière comme destinée à permettre le lavage rapide de la feuille et l'évacuation de tous les Champignons et parasites qui s'y trouvent. Il faut avouer que, si c’est là le but que cherche à atteindre la nature, elle arrive assez mal à ses fins, car il n’est pas rare de voir pulluler à la surface des feuilles une végétation très complexe d'Hépatiques, de Mousses, de Lichens et d'Algues. On n'observe pas que celles qui ont la pointe plus courte aient moins d'épiphytes que les autres.

Peut-on dire, d'un autre côté, que la feuille a besoin d’être rapidement déchargée ? Ne suffit-il pas pour cela de l'inchnaison qu'elle présente par rapport à l'horizon? M. Wiesner fait remarquer que l’on a un peu exagéré l'effet de la pluie, Cette question est intéressante, car elle touche au mode d'action des forces mécaniques sur les végétaux et c'est là un sujet qui n'a été Jusqu'ici que très peu étudié.

Quand on assiste à une de ces violentes averses tropicales dont nous parlions plus haut (1), on peu! être tenté d’attribuer à la pluieun rôle dynamiquetrès important. L'eau tombe sur les feuilles très dures avec un fracas extraordinaire et, lorsque l'orage a cessé, on aperçoitsur le soldes centaines de feuilles, de pousses etde fleurs, M. Wiesner, en constatant ces résultats, a cherché à déméêler l’origine de ces dégâts; or, selon lui, c'est à l'ouragan qu'il faut attribuer ces dévastations et non pas à la pluie. Il a prouvé que la force due à la chute d’une goutte d'eau tombant même d'une très grande hauteur est toujours très faible et que l’on ne peut, en aucune façon, lui attribuer les effets destructeurs que nous venons de décrire.

On a prétendu, d'autre part, que c'était aux actions mécaniques des pluies qu'il fallait attribuer l'impossibilité de culliver à Java un certain nombre de plantes de nos jardins. Assez souvent ces espèces ont des feuilles appliquées sur le sol. Or, si l’on expérimente sur elles en projetant à leur surface une pluie arüficielle, on remarque simplement que, sous le choc des petites gouttes liquides, elles éprouvent un léger ébranlement ; mais c’est la seule action qu'elles subissent : jamais il n'y a de déchirure de la face inférieure de la

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feuille appliquée sur la terre, C'est à une autre cause qu'il faut attribuer Flinsuccès des lentatives d'acclimatation, et M. Wiesner pense être parvenu à la découvrir.

L'accommodalion à la pluie, que M. Stahl a voulu chercher dans la forme des feuilles en gouttière, semble avoir été trouvée avec plus de certitude par M. Wiesner dans les propriétés qui permetlent à certaines espèces de résister à l'action d'un courant constant d'eau. Ia institué pour résoudre cette question une série d'expériences qui lui ont permis d'établir des dis- Uinelions manifestes entre les différents types de végétaux au point de vue de la résistance à cet agent qui semblerait, à priori, devoir être également nuisible pour toutes les plantes lerrestres.

Il a constaté qu'un certain nombre d'espèces placées sous une goullière meurent avec une rapidité extraordinaire, malgré les moyens de protection que peut présenter leur épiderme contre celte action néfaste de l'eau, tels qu'une couver- Lure cireuse, un feutrage de poils. D'autres végétaux, dans les mêmes condilions, résistent presque indéfiniment.

Il est à remarquer que les premières plantes vivent en plein soleil dans les pays secs, tandis que les secondes habitent, au contraire, des contrées où les pluies sont très fréquentes. Celle constalation indique done une adaptation héréditaire de ces deux catégories de végétaux aux conditions d'existence que leurs ancêtres ont dû rencontrer depuis un grand nombre de générations. Les propriétés précédentes sont intimement hées au mode d'éclairement, et M. Wiesner a qualifié d'ombrophobes celles qui craignent ombre et la pluie, et d'ombrophiles celles qui supportent aisément une grande quantité de pluie et végètent à l'ombre

Dans ce dernier cas, les feuilles ne pourrissent pas parce qu'elles contiennent des substances antiseptiques qui doivent s oppeser au développement des bactéries menaçant le végétal d'une invasion, Le Cannellier etle Caryophyllus présententune immunité qui s'explique assez bien grâce à la présence des principes qu'ils renferment.

Il y a d'ailleurs des transitions entre ces deux types, etilest des végétaux comme les Amherstia nobilis qui résistent à l'âge adulte et qui succombent pendant leur jeunesse au traitement dont nous avons parlé plus haut.

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