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LE FEUILLAGE

Pour une espèce donnée d’ailleurs, indépendamment même de la question d'âge, la résistance à l'action de l'eau n'est pas

- toujours constante : certaines plantes sont susceptibles de présenter des variations sous ce rapport. L'£cheveria, qui a d'ordinaire une couche cireuse assez épaisse, modifie sous l'influence d'un courant liquide son épiderme de manière que ses feuilles puissent être mouillées: vient-on, au contraire, à soustraire ces organes à l'action de la pluie, ils perdent peu à peu cette dernière propriété.

On a eu l'occasion de constater en Europe des modifications de même ordre pour les Pommes de terre, suivant qu'elles se sont développées dans la plaine ou sur les montagnes. Les individus qui croissent sur les hauteurs offrent une résistance tout à fait frappante à l'action des averses.

On voit done quel est le rôle véritable de la pluie. Ses elfets n'ont rien de commun avec les modifications qui peuvent résulter de l'intervention d'un agent mécanique. Cela ne veut pas dire que les ouragans et les tourbillons qui sévissent souvent avec tant de violence dans les régions tropicales ne sont pas susceptibles de transformer les feuilles d'une manière notable. M. Haberlandt à fait à ce sujet une remarque intéressante. D'ordinaire les feuilles, en particulier celles des Monocotylédones, se plient dans une direction prédominante grâce à l'orientation de colonnes fibreuses qui vont d'une face à l'autre de l'organe et qui sont disposées dans un plan perpendiculaire à celui du limbe. Or, sil'onexamine la structure de feuilles d'un certain nombre de Palmiers, on voit que les groupes de fibres de la face supérieure et ceux de la face inférieure de la feuille ne s'opposent pas deux à deux. L'explication d'une disposition si peu ralionnelle résulte de l'examen des grandes feuilles de ces plantes pendant une tourmente : ballottées par l'ouragan, elles se tordent dans tousles sens. Il a évidemment fallu, pour que de pareils mouvements pussent se produire sans inconvénien{s, que les groupes de fibres ne soient pas opposés deux à deux, sans cela la tempête en aurait bien vite amené la rupture el par cela même la mort des folioles.

En somme, nous avons vu qu'exposées à l'ardeur intense du soleil les feuilles des plantes qui croissent dans les régions tropicales sont parvenues à se protéger contre lui en arrêtant

+ jt % LV TS ORIGINE DE prE à | LU CRS 12 AA par réflexion un grand nombre de rayons à leur surface, € el de 3 S'abrilant contre l'excès de transpiration par des si a variées.

Par un contraste singulier, ce n'est pas seulement l excès de è | sécheresse que ces végélaux ont à craindre, elles doivent se te | défendre également contre l'excès d° humidité: celles yparvien-

nent par un mécanisme aussi simple qu'ingénieux. DU UE D'ailleurs cen'est pas seulement à une élévation inusitée de +02 l'état hygrométrique de l'air qu'elles ont à s'adapter, elles doi- . 8 vent se modifier en vue de résister à des averses presque inces-. ïe __ santes el à des ouragans extrêmement fréquents. Les accommodalions multiples. qui se manifestent ainsi témoignent donc d'une manière nette de l’action continue et indéfiniment

; variée du milieu extérieur sur Forganisme vivant. |

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Va ». CHAPITRE

Lorsque l'on examine en Europe l'épanouissement des bourgeons des arbres, on constate qu'il s'opère avec une sage ae comme si les plantes se rendaient compte des dangers qu'elles pourraient courir si le développement était plus rapide. De nombreuses particularités qui marquent les ‘à divers stades de ce phénomène semblent indiquer que le 4 végélal cherche à se protéger contre le froid, contre l'excès de va D ration ou contre l’ardeur du soleil. Le feutrage de poils ” des jeunes feuilles, les matières résineuses ou gommeuses de > ses écailles, la coloration rouge fréquente chez les jeunes pousses sont des indices des grandes difficultés qu'ont dû ren- contrer les ancêtres des espèces de nos pays pour s’accom- . moder aux conditions de vie marquant le début du printemps. T4 Ce renouveau de la vitalité évoque donc ainsi en notre esprit le souvenir des lultes qu'a dû soutenir la plante contre les . puissances aveugles de la nature.

“4 Dans les pays chauds, ces dangers n'existent pas, et à la vie semble s'éveiller ou plutôt se continuer avec la plus | - complète insouciance. Au lieu de s'épanouir lentement comme dans nos pays, les bourgeons éclatent et « déversent » (1), pourainsidire,leurs Here allteignent presque tout de 4 suite une grande longueur (/ig. 20, p. 48). La promptitude de cette éclosion est Re merveilleuse, elle est d'ails. leurs en rapport avec l'absence d’écailles au bourgeon. Ces écailles, qui protègent les ébauches de feuilles de arbres Fi constituent des cuirasses à l'abri desquelles le

560 Cette expression est de M. Treub.

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point végélalif se maintient vivant pendant les froids inlenses de l'hiver ; celle région à besoin de protection, car elle est constituée par des cellules particulièrement délicates qu'une mort certaine alleindrait si un mode de défense n'existait pas pour elles,

Les expériences de M. Grüss ont nellement mis en lumière lerôle de ces écailles gemmaires, car, lorsqu'on vient à les enlever, ou bien les pousses meurent, ou bien les feuilles internes des bourgeons se modifient profondément de manière à pouvoir remplacer les écailles artificiellement enlevées.

Dans les pays dont le climat est très uniforme, le besoin de défense ne se fail pas senüir el, en fait, la protection manque presque loujours (1). Dans quelques cas cependant, comme dans les Æreus, les jeunes feuilles avant leur épanouissement sont entourées d'une gaine stipulaire dérivée de la feuille précédente.

3ien que la température ne subisse que de très légères variations pendant toule l'année à Java et dans toute la région équatoriale, on ne peut cependant pas dire qu'il n'y existe pas de saisons, car le Fi. vo — Amherstia temps des pluies et celui de la sécheresse

Feuillage pen Givisent l'année en deux périodes très

dant (d'après M. Ha- ,

berlandt. distinctes. Quand les averses deviennent

beaucoup plus rares, l'activité de la végélation se trouve partiellement suspendue, et, avec la saison humide, se produit une sorte de renouveau dans la nature. A ce moment, la forêt tropicale s'orne de feuillages aux teintes multiples ; M. Johow dit qu'on voit partout alors aux Antilles « une teinte rouge due aux jeunes feuilles des arbres apparaître dans le paysage ». La variété et la beauté des

1) Il existe cependant un certain nombre de végétaux tropicaux pourvus d'écailles, les Cycadées nous en offrent un exemple. Personne jusqu'ici n'a tenté, à notre connaissance, d'expliquer l’origine de cette particularité.

couleurs peuvent rivaliser avec celles que nous observons à l'automne en Europe.

La vitesse de croissance des jeunes pousses développées au début de la saison humide est tout à fait frappante: en quel- __ ques jours, on voil pendre du haut des arbres de longues

branches flexibles qui atteignent souvent jusqu'à un mètre de long et dont la coloration est variable : rouge, rose, jaune, jaune vert (1).

Ces jeunes /eutllages pendants sicaractéristiques des pays qui nous occupent ont beaucoup frappé les voyageurs et divers savants ont cherché à se rendre compile des causes qui ont pu intervenir pour produireune pareille disposition (2). Certains d'entre eux ont cru qu'il y avait là un moyen de protection contre la pluie. Les expériences de M. Keeble l'ont conduit à une hypothèse très différente : il mainlient horizontalement quelques-unes de ces jeunes feuilles et il compare (à l’aide des extraits alcooliques) la quantité de chlorophylle de ces organes redressés à celle des pousses restées pendantes : il trouve que la matière pigmentaireest plusabondantechezles secondes que chezles premières. Le redressement des feuilles a donc pour conséquence la destruction de la matière verte. La disposition verticale du feuillage est par conséquent un procédé permettant à la plante d'abriter ses feuilles jeunes contre l'action nuisible du soleil.

Grâce d'ailleurs à la formation d'une matière colorante le plus souvent rouge, les végétaux qui nous occupent possedent un écran très utile pour arrêter les rayons lumineux qui

pourraient nuire à la chlorophylile. Les effets de la lumière sont donc atténués, non Seulement par la position du feuillage, mais encore par le pigment pourpre qui n'empêche cependant pas le passage des rayons nécessaires à la pro- - duction de la matière verte et à la décomposition de l'acide carbonique (3).

“ Quand les Jeunes feuilles sont ainsi pendantes, elles pas- - sent par une période d'attente; leur croissance, qui avait été . ‘primitivement lrès rapide, s'arrête tout à coup, l'activité des

(1) Amherstia nobilis, rose; Manilloa, rose thé; Jonesia, jaune Pevert, etc.

(2) M, Johow a insisté sur ce fait pour la flore des Antilles.

(3) Le pigment rouge augmente le pouvoir réflecteur de la feuille.

COSTANTIN. — La Nat. trop. 4

p0 ORIGINE DE LA FORÈT

cellules est alorsemployée à la fabrication de la chlorophylle et à la consolidation des lissus. On voit peu à peu la teinte changer; les feuilles deviennent brun vert, puis vertes ; elles se redressent pendant que ces lransformalions s'opérent, la puissance lranspiraloire des feuilles s'élève progressivement et passe du simple au double et même au triple.

Les feuilles arrivées à l'âge adulte se placent le plus souvent verlicalement (Rhizophoramucrona la, Eucalyplus,ete.); elles évitent ainsi la Lrop grande ardeur du soleil dans les régions chaudes. I y a cependant, parmi les végélaux des lropiques, des varialions très grandes de la sensibilité foliaire à ce point de vue. Il est certaines espèces qui, en pleine lumière, placent leurs feuilles perpendiculairement au rayon lumineux (Prunus javanica) ; d'autres qui affectent deux positions, l’une parallèle, l'autre perpendiculaire àlaradialion, suivant que l'intensité de la lumière est forte ou faible.

Périodicité végétative. — Par l'étude de l'éclosion des bourweons, nous venons de voir se manifester une certaine périodicité dans les phénomènes végétalifs des pays équatoriaux. Dans les contrées septentrionales, cette périodicité se traduit à la fois par l'éclosion des bourgeons au printemps et par la chute des feuilles à l'automne ; de sorte que le rythme de la végétation est en accord manifeste avec celui «des saisons.

Il ne faudrait cependant pas croire que loutes les plantes Lropicales se comportent de la même manière sous ce rapport. A côté d'espèces comme le Manilloa gemmipara qui font écla- Ler leurs bourgeons au début de la saison des pluies, il en est d'autres comme l'Amherslia nobilis qui épanouissent toute . l'année leurs feuilles aussi bien que leurs fleurs. Les mêmes variations peuvent d'ailleurs s'observer au point de vue de la chute des feuilles.

Pourquoi les arbres de nos pays perdent-ils leur feuillage quand arrive l'automne ? Cela lient à ce que, s'ils le gardaient, il se produirait des troubles extrêmement profonds dans ces plantes, troubles que nous observons quelquefois dans nos pays quand le froid vient trop tôt en automne ou quand il se produit trop lard au printemps. Quand la gelée est intense, l'eau qui vient des racines ne peut plus suffire à la transpiralion, il y à une rupture d'équibibre et les feuilles sont comme

ÉPANOUISSEMENT DES BOURGEONS. — PÉRIODICITÉ pt

carbonisées parce que, ayant perdu leur liquide, le froid tue leurs cellules. Héréditairement les arbres des régions septentrionales se sont harmonisés avec les changements de saison ; mais cependant, si on les transporte dans les régions plus méridionales, on voit progressivement la durée de la végétation s'allonger et il peut même fréquemment arriver que desindividus ne perdent plus du tout leurs feuilles. Le Pêcher et la Vigne, à Java, gardent leurs feuilles toute l'année ; le Chêne, à Madras. est devenu un arbre toujours vert.

Il s’agit ici du Chêne d'Europe, mais si nous examinons les Chênes autochtones de Buitenzorg, nous verronsqu'ilsont tou- Jours bien régulièrementleurs feuilies persistantes. M. Massart, quimentionne ce fait, signale que dans la dépendance du jardin botanique de Java que l'on appelle Tjibodas, parmi des centaines d'arbres etd'arbustes, il n'y a aucune espèce (1) à feuillage caduc. est vrai qu'en ce point les changements dans les saisons sont à peu près inconnus et que les pluies sont presque uniformément réparties sur toute l'année. L'état hygrométrique est très élevé : le malin à trois heures il v a 97 à 98 degrés à lhygromètre, et, si à midi il descend à 79 à 85 degrés, l'air est de nouveau presque saturé vers deux heures. C'est certainement cette richesse de l'atmosphère en vapeur d'eau qui imprime à la végétation de Tjibodas son caractère dominant. Il est d'ailleurs à remarquer que le Chêne d'Europe ne porte des feuilles persistantes qu'en des régions où domine une {rès grande humidité (Madras).

Cette remarque nous permet de comprendre pourquoi des pays relativement froids (2), comme la pointe méridionale de l'Amérique du Sud et la Terre de Feu, sont couverts de forêts de Hètres à feuilles presque toujours persistantes. La descrip- Lion que Darwin a donnée du climat de ces régions où règnent des pluies constantes nous permet d'entrevoir la raison de cette particularité.

Si un climat uniformément humide est très propice à l'apparition d'arbres à feuilles persistantes, un climat au contraire variable (à saison froide et à saison chaude, ou bien à saison pluvieuse el à saison humide) semble grandement

(1) Indigène.

(2) À Tjibodas, la température estmoins élevée qu'à Buitenzorg, elle peut descendre à 6 ou 7 degrés parce que lallitude est élevée.

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favoriser la chute des feuilles, Ceci est surtout manifeste i dans ces bois clairsemés des régions très sèches du Brésil qui conslituent ce que lon appelle les Calinga. Là on voit très nellement que les arbres se protègent presque ous (1) contre la longue période de sécheresse par la chute de leurs feuilles ; c'est dans cette région qu'apparaissent ces arbres curieux en forme de tonneau appartenant au groupe des Bombacées(Chorisia crispiflora) que l'on peut qualifier de verts seulement pendant la période de pluies.

Nous venons de considérer pour ainsi dire les cas extrè-. mes (2), ceux pour lesquels on voit les agents physiques agir d'une manière caractéristique parce que, dans un cas, lhumidité prédomine loute l'année el parce que, dans l’autre, 11y a distinction nelte de saisons biendifférentes au point de vue des conditions dans lesquelles s'effectue la transpiration.

Nous allons pouvoir maintenant appliquer ces considéra- : lions à l'examen des conditions de vie qui prédominent au | niveau de la mer (3) à peu près partout dans les régions équaloriales. .

Comme nous l'avons vu au début de cet ouvrage (4), dans presque toutes ces contrées on distingue deux saisons, la

mousson humide et la mousson sèche, mais malgré cela | même pendant la durée de la sécheresse, aussi bien à Java , qu'au Brésil, il pleut encore très fréquemment (5). Nous 2

n'avons donc pas affaire, dans ce cas, à un climat avec deux saisons nettement tranchées : saison humide et saison sèche,

comme cela arrive dans la région des Catinga, au Brésil. IH faut donc nous attendre à ne trouver ici que des caractères assez inconstants au point de vuede la chute des feuilles. Certes

le mode de végétation à feuillage persistant est essentiel-

(1) Des petits arbres el des buissons restent toujours verts, mais ils ont dans leurs feuilles à consistance coriace, souvent couvertes d'un 4 feutrage de poils blancs, une protection contre la transpiration. ‘4

(2) Au moins ceux qui sont compatibles avec l'existence dela forêt. # Quand la sécheresse est trop grande, la forêt fait défaut et les plantes désertiques prennent d'autres caractères que nous ne pou- gi vons étudier ici. À

(3) Tjibodas est à une altitude qui varie de 1.400 à 1.900 mètres. |

(4) Pages 17 à 23. ge.

(5) Selon M. Wiesner, juillet et août sont les mois les plus secs à Batavia et à Buitenzorg, il y a cependant encore en moyenne 11 à 12 jours de pluie, d'après une moyenne de 11 années d'observation.

ÉPANOUISSEMENT DES BOURGEONS. — PÉRIODICITÉ ss

lement typique des forêts équatoriales, le nombre des espèces à feuilles régulièrement caduques est relativement faible (1); mais, bien que masquées par le grand nombre de végétaux toujours verts, les plantes qui se dépouillent pendant la saison sèche n'en existent pas moins ; il en est enfin un certain

nombre qui se dépouillent à des époques sans aucune rela-

lion avec les saisons (2).

Il est d'ailleurs vraisemblable d'admettre que la périodicité que nous observons à l'heure actuelle dans certains arbres tropicaux peut parfaitement tenir à ce qu'ils ont émigré de régions où le rythme des saisons était plus accusé. Un fait rapporté par M. Massart semble assez convaincant à cetégard : le Dios-

pyros Kaki (qui fructifie au Japon en août et septembre et

perd ses feuilles en octobre), transporté à Java, s'est comporté de deux manières différentes : certains individus fructifient en avril et perdent leurs feuilles en juillet ; les autres fructifient en octobre et se dépouillent en janvier. Ces deux types d'individus ont conservé la périodicité de la végétation de leurs ancêtres, mais chacun d'une manière dissemblable (3;.

M. Haberlandt a observé à Java un cas plus curieux encore, il a vu deux branches d’un même Pommier se comporter de manières différentes : l'une étant dépouillée, l'autre couverte de feuilles.

Transportées dans un nouveau climat, les plantes que nous venons de mentionner subissent incontestablement son action, mais les forces héréditaires ne sont cependant pas vaincues, au moins du premier coup, il en résulte pour ces espèces une adaptation incomplète et des caractères souvent extrêmement singuliers.

Cette intéressante étude que nous venons de faire nous permet donc de concevoir comment les choses ont dù se passer

el peuvent encore se produire sous nos yeux dans un grand

nombre de cas. C'est le climat uniforme ou rythmique qui détermine l’uniformité ou la périodicité de la végétation. Cette

(1) I s'élève notamment sur les forêts à sol calcaire de Lagoa-Santa,

d'après M. Warming. La sécheresse du sol explique très bien ce fait.

(>) La durée de la vie des feuilles persistantes est variable, très souvent de 13 à 14 mois. M. Reiche a trouvé au Chili des espèces dont les feuilles vivent trois années.

(3) Des faits analogues ont élé signalés par M. Haberlandt pour le Palaquium macrophyllum.

périodicité, qui à élé à l’origine une adaplalion, peul se fixer et devenir héréditaire, el on peut dire alors que les causes de ce rythme sont purement internes, maisil ne faut pas se faire d'illusion sur la valeur de ces mots: en réalité, ce sont les caractères acquis qui sont devenus héréditaires.

Somme toute, le problème, bien que complexe dans ses délails, reste très simple dans ses grandes lignes, el nous croyons devoir insister sur ce point parce que divers auteurs, notamment M. Reiche, paraissent lavoir un peu obscure. Dans les pays qui, comme l'Amérique du Sud, ont les chaînes de montagnes orientées parallèlement à laxe du continent, les espèces peuvent s'étendre progressivement sans obstacle du nord au midi ou du midi au nord. On ne doit donc pas s'élonner d'y constater cerlains mélanges : les pays comme le Chili que M. Reiche a étudié sont, à ce point de vue, particulièrement propices pour montrer le problème sous un aspect complexe et embrouillé. Mais une pareille complexité ne peut pas nous élonner, car elle trahit à nos veux tous les stades de l'adaptation. Il y a, en effet, sur le continent les deux types extrêmes de climat : la pointe de l'Amérique du Sud, région uniformément pluvieuse, et les Catinga où les deux saisons sèche et humide sont aussi tranchées que possible.

Nous voyons notamment un cerlain nombre de Hêtres de la Terrede Feu s’avancer au Chili jusqu'à 55 degrés de latitude : là nous notons un mélange d'espèces qui ont perdu leur feuillage persistant et d’autres qui l'ont gardé. Le Nofhofaqus obliqua elle N. procera ont un feuillage cadue au Chili (1), tandis qu'ils sont toujours verts dans le sud de l'Amérique (2). Une autre espèce, le No/hofaqus Dombeyi, qui a ses feuilles toujours vertes dans les pays froids, garde ce caractère en des régions beaucoup plus tempérées. On conçoit également comment il peut arriver qu'une plante,commele Nofhofaqus antartlica,qui se dépouille de son feuillage au Chili, le perde également dans les forêts antarctiques. Il suffit, pour expliquer tous ces faits, d'imaginer que les espèces à feuilles persistantes ont eu leur centre de formation dans le sud; les espèces à feuilles caduques, leur centre de différenciation dans le nord.

(1) D'après M. Reiche.

(2) D'après M. Warming.

On peut en outre observer, au Chili même, pour certaines espèces des faits très instructifs en faveur de la variabilité. Une Papilionacée, le Psoralea glandulosa, perd une partie de ses feuilles en hiver, mais le nombre des organes foliaires caducs n'est pas constant et dépend des localités. La même remarque peut être faite pour l'Aristolelix Maqui (Éléocarpée!. On voit donc que la distinction précise entre plantes toujours vertes et espèces à feuilles caduques tend à être moins netle.

Les expériences suivantes confirment d'ailleurs tous ces résultats. M. Molisch a exposéun Azalea dans un pot à Faction d'une pluie artificielle intense, après lavoir soumis à une longue sécheresse ; il a constaté ainsi que toutes les feuilles tombaient après ce traitement. La cause de ces amputations loliaires résulte, selon lui, de l'élévation soudaine el forte de la turgescence qui provoque l'apparition et le développement dela couche de séparation à Fintérieur de la feuille qui en amène la chute.

M. Leclerc du Sablon a observé également un cas accidentel de chute de feuilles du Prunus Lauro-cerasus, plante qui reste d'ordinaire toujours verte, el il attribue aussi ce phénomène à la sécheresse prolongée.

Enfin, selon M. Wiesner, une très longue pluie (1), même si elle n'a pas été précédée d'une période de sécheresse, peut souvent produire le même résultat que précédemment quand il s’agit de plantes ombrophobes, c'est-à-dire de végétaux qui craignent l'eau.

En résumé, nous voyons donc nettement par l'étude de celte question de la chute de la feuille et de la périodicité de la végétation que ces caractères sont, dans certains cas, des plus modifiables chez les végétaux vivant en plein soleil d'ordinaire ; qu'ils acquièrent, au contraire, pour d'autres plantes, une fixité remarquable et une indépendance tout à fait frappante des conditions de vie. Ceci nous permet donc de comprendre comment des arbres à feuilles persistantes comme les Pins ont pu se maintenir dans les pays les plus froids.

(1) M. Wiesner fait remarquer que l'action mécanique de la pluie n'amène pas la chute des feuilles ; celles qui tombent après un orage se séparent surtout sous l'action combinée du vent et de l'eau ; mais le lendemain ou le surlendemain on peut voir le sol jonché de feuilles vertes ; c'est un effet ultérieur ou secondaire de la pluie.

Le sous-bois. — La végélalion arborescente n'est pas seulement représentée par ce que l'on peut appeler les colosses de la forêt vierge, au-dessous d'eux il y a une quantité d'arbres ou d'arbustes qui forment, si lon peut s'exprimer ainsi, un bois sous la forêt. Nous avons dit que la lumière élait très allénuée sous le dôme des grands arbres, il ne faudrait cependant pas en conclure que l'obscurité y est presque complète, au moins dans les parties élevées : l'intensité lumineuse quirègne sousune forêt de Hêtres pourra nousen donner une idée. Or, Llandis qu'en Europe un pareil éclairement est un obstacle à la croissance du sous-bois, dans les régions chaudes une forêt nouvelle de petits arbres, de buissons, d'herbes prend un riche développement en ces points. Nous avons assez fréquemment dans nos pays, à la place de cette végétation, les frondes hautes de la Fougère grand aigle (Pleris aquilina) qui peuvent, dans certains cas, atteindre la taille d'un homme. AJava, des frondes analogues peuvent s'observer, elles appartiennent au Gleichenia dichotoma ; mais, par leurs dimensions, elles dépassent tout ce que nous pouvons imaginer pour les feuilles d’une plante herbacée, car elles atteignent jusqu'à 12 mètres de long, c'est-à-dire la Laille d’un Chêne.

Nous pouvons remarquer incidemment que les feuilles acquièrent dans ce cas un énorme développement parce que la lüige croît peu, étant cachée dans le sol. C’est pour la même raison que la feuille unique d’une Aroïdée — qui pousse, non pas dans la forêt vierge, mais dans les bosquets buissonnants des montagnes du Nicaragua, —le Dracontium Gigas, peut atteindre de si gigantesques dimensions (/ig.21 à 30); en sa présence, l'observateur peut croire qu'il a affaire à une tige surmontée de son feuillage parce que le péliole très puissant, presque aussi gros qu'un homme, se dresse verticalement au-dessus du solet ne se ramifie qu'à plusieurs mètres de terre:

L'existence de plantes herbacées gigantesques comme le Gleichenia dichotoma estrare dans la forêt, et ce qu'on remarque surtout dans le sous-bois, ce sont les arbustes et les arbrisseaux.

Un chiffre nous permettra de nous rendre compte de l'importance de ces plantes frutescentes. M. Warming a évalué à 300 le nombre des arbustes poussant dans le petit district

de Lagoa-Santa ; c'est un chiffre à peu près égal à celui des arbres (1) et qui est très élevé proportionnellement, si on l'oppose à celui de 2.600 espèces de Phanérogames observées

DORPSPETIENE NES EME

Len

AT, J 4 SRE bobos

F1G. 21 à 29. — Dracontium Gigas, Aroidée à feuille gigantesque du Nicaragua. A. Cette espèce de lige contre laquelle est adossé l'Indien est en réalité une seule feuille. — B. représente au même grossissement la spathe florale. — D. Spadice florifère. — E. Fleur. — F. Elamine. — G. Anthère. — J. Coupe L, K. Graine (d'après le du fruit. — Bot. Mag).

Parmi les plantes qui vivent dans les conditions que nous venons de décrire, quelques-unes ont une importance

(1) Qui est de 380,

Ness, à

économique considérable comme le Caféier el le Cacaoyer. Les graines de ce dernier arbre fournissent le cacao qui cons- Hiluait au Mexique un aliment très important pour les habitants aumoment dela conquête espagnole. Les Européens, au lieu de le mélanger avec du piment, ainsi que le faisaient les Indiens, Font associé au sucre pour fabriquer la malière connue de tous sous le nom de chocolat. La cullure du Cacaoyer s'est répandue dans toutes les conlrées tropicales et, à Java, c'est sous la forêt qu'on le cullive avec le Caféier. Ce dernier arbuste est originaire d'Arabie, il craint le soleil équatorial plus redoutable que celui de sa patrie, aussi est-ce à l'abri de certaines Légumineuses comme lA/bizzia el surtout l'Erythrina subumbrans qu'on le fait pousser dans les îles de la Sonde : le feuillage léger de ces végétaux laisse passer assez de lumière el permet le renouvellement de Fair autour des plantes qu'ils abritent.

Celle précieuse cullure a été menacée, il y a quelques années, par l'invasion d'un parasite, l'Hemileia vastalrix, qui est un Champignon microscopique très analogue à celui qui produit la maladie qu'on appelle la rouille sur les Céréales. Les savants se sont heureusement aperçus qu'une autre espèce de Caféier, le Coffea liberica, qui a élé rencontré dans lAfrique tropicale et occidentale, sur la côte Libéria (qui s’étend du cap des Palmes à Sierra Leone), résiste à l'invasion du parasite. Cette découverte M a élé bientôt connue dans le monde entier, et grossie. maintenant la culture du Coffea libericaremplace de plus en plus celle du Co/fjea arabica. Les jardins botaniques des contrées tropicales peuvent donc par les expériences qui y sont entreprises, par les études de longue haleine qui s’y poursuivent, contribuer puissamment à la prospérité d’une colonie. Les Hollandais, qui sont des maitres dans l’art de coloniser, l'ont compris depuis longtemps,

aussi ont-ils fondé à Java un jardin botanique admirable, où les essais les plus intéressants ont été menés à bonne fin (1).

C'est grâce aux expériences entreprises dans cet établissement que la culture du Quinquina a pu être tentée à Java. On sait que ces plantes précieuses croissaient autrefois spontanément dans les montagnes du Brésil: mais, depuislongtemps déjà, on avait signalé avec quelle barbarie s'en faisait l'exploitation, et Liebig annonçait même la prochaine disparition de ces arbres auxquels nous devons le remède contre la fièvre.

Ces craintessont maintenant dissipées, car une dépendance du jardin de Buitenzorg, siluée à 1.400 mètres d'altitude, que l’on appelle Tjibodas, a été réservée pour le développement de ces espèces.

Il est des végétaux moins indispensables, mais ayant cependant une importance industrielle considérable, qui ont été complètement détruits par la rapacité des exploitants : les représentants de la plante qui fournit la gutta-percha (/sonandra gutla ont été abattus jusqu'au dernier à Singapour, patrie unique de celte espèce qu'il y avait tant de raisons de conserver. Heureusement la culture de cette Sapotacée avait été tentée à Buitenzorg et on a l'espoir d'en peupler à nouveau les forêts vierges.

A plusieurs reprises, nous aurons l'occasion de mentionner la barbarie des procédés employés à l'origine par les peuples européens pour tirer parti des richesses merveilleuses que leur fournissaient les forêts équatoriales. Leur méthode a été souvent celle du sauvage qui, voulant se procurer un fruit, croit devoir abattre la plante qui le produit: Montesquieu a autrefois caractérisé le despotisme par celexemple. I n'y a d'ailleurs pas trop lieu de s'étonner du traitement que subissaient les plantes, si l'on se souvient de celui qui a été appliqué aux hommes (2). Car les peuples civilisés emploient d'étranges moyens pour convaincre les barbares de leur supériorité.

1) Un crédit annuel d'un demi-million est accordé par l'État à cel établissement, et les dons des particuliers, qui se rendent compte des immenses services qu'ils peuvent lui demander, doublent cette somme. Grâce à cette dotation royale, le directeur, qui est un botaniste éminent, a su grouper autour de lui une légion de travailleurs distingués et faire exécuter sur de vastes espaces (des centaines d'hectares) des expériences du plus haut intérêt avec le concours d'une véritable armée de jardiniers hollandais et indigènes.

(2) Quatre ou cinq ans après l’arrivée des Espagnols à Cuba, il y avait déjà une diminution énorme de la population indienne qui depuis à été complètement détruite.

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