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PENDANT LES PÉRIODES GÉOLOGIQUES

La flore qui s’observe actuellement à la surface de notre globe représente le dernier stade de l'évolution des plantes sur l'écorce terrestre. Quelles étapes ont marqué les transformations successives du tapis végétal pendant le cours des âges? Comment notamment a varié la flore tropicale dans les périodes antérieures à l'ère actuelle ? A ces questions, nous allons chercher à répondre en étudiant quelle a été l'extension de cette dernière flore dans les temps passés et quelles modifications sa constitution a pu subir.

On atrouvé dans les terrains primaires, formés au début de l'histoire de notre planète, des débris d'une végétation magnifique qui a d'abord peuplé les continents. La superbe forêt qui existait à cetle époque a laissé dans le sol d'énormes débris, el ce sont ces restes qui forment la houille que l'on exploite en divers points de la France, de la Belgique et de l'Angleterre.

On a pu reconstituer un très grand nombre de plantes qui entraient dans la composition de cette flore houillère, de sorte que l'on se représente assez bien quel pouvait être l'aspect de la végétation des continents et des lagunes qui exisaient à celte époque. La taille des arbres composant la forêt était élevée ; ils alleignaient 10 à 40 mètres de haut et leurs troncs avaient souvent un diamètre de 1 mètre à 1", 50 de diamètre. Par la puissance de leur développement, ces

végélaux rappelaient déjà la flore tropicale actuelle, mais ils s'en rapprochaient par d’autres caractères,

Les Fougères arborescentes, qui étaient très nombreuses, appartenaient surtout aux Maraltiacées, subdivision des Pécoptiridées (/ig. 34 à 44, p. 74) ; les Sigillaires, se rat: lachant à un second groupe de Cryplogames vasculaires, les Lycopodinées (/ig. 45 à 52, p. 76), étaient formées de hautes colonnes restantindivises jusqu'au sommet. Dans les deuxtypesde plantesil y avait en haut une Louffe de feuilles, très grandes ettrès découpées chez les premières, beaucoup plus petites et entières chez les secondes. Nous retrouvons done le port très caractéristique que nous avons décrit pour un certain nombre de plantes tropicales qui vivent à l'heure présente.

Il y avait des espèces se ramifiant comme les Lepidodendron (Lycopodinées) et les Cordailées, (1) (Gymnospermes), mais leur ramification était encore tardive ou peu abondante et les rameaux ainsique les feuilles étaient encore localisés au sommet de la tige, ainsi que nous l'avons vu dans un cerain nombre de plantes actuellement vivantes comme les Schizolobium.

Ces divers caractères indiquent donc qu'il y avait entre les géants de la forêt houillère la même lutte pour la lumière qu'entre les grands arbres de la végétation que nous observons aujourd'hui à l'équateur. Sous le dôme de la verdure, léclairement devait être très affaibli et il se développait dans le

sous-bois obscur un grand nombre de plantesherbacées gigan-,

tesques qui étaient surtout formées de Sphénoptéridées, de Névroptéridées, etc. Les frondes de ces Fougères étaient le plus souvent très hautes et très découpées, elles tenaient Ja place des Fougères herbacées actuelles comme les Gleichenia, sans cependant, semble-t-il, atteindre de dimensions aussi colossales.

Il y a cependant, malgré ces analogies entre la floreancienne et la flore actuelle, de notables différences entre elles. [n'y avait d'abord aucune fleur brillante, puis les arbustes et les arbrisseaux, c'est-à-dire le sous-bois, ne paraissent pas avoir eu la

(1) La taille des Cordaitées était de 30 à 4o mètres; celle des Lepidodendron, de 0 à 30 mètres de haut et de 1 mètre de diamètre; celle des Sigillaires, de 8 à 15 mètres et de 1",7 d'épaisseur.

PÉCOPTERIS SCHLOTHEIMI| A ASTEROTHECA.

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Fic. 34 à 45. — Fougères arborescentes de l'époque houillère ; entre les grands arbres se voient quelques Fougères herbacées (d'après Grand'Eury). de

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7b ORIGINE DE LA FORÈT

même imporlance autrefois qu'aujourd'hui. La variété des espèces également n'élail pas aussi grande que maintenant : on n'y trouvait pas la même richesse de genres et de familles, el cela d'ailleurs se concoil aisément, puisque les plantes angiospermes n'avaient pas encore fait leur apparition. La forêt équaloriale s'est donc considérablement enrichie dans le cours des âges, cependant tous les types qui vivaient pendant la période houillère ont complètement disparu, et, à leur place, une multitude de formes nouvelles sont nées, puis se sont éleintes, et à maintes reprises ces successions de flores se sont produites avant d'arriver à la période actuelle.

Mais c'est également par l'étude de la distribution qu'unetrès grande dissemblance se manifeste entre notre flore tropicale et la flore houillère. Nous savons sur quels territoires en somme restreints est maintenant répartie la première ; or, la seconde a dû s'étendre sur ftoutella surface des anciennes terres, puisqu'on a trouvé les débris de la même végétation au Spitzberg et dans l'Inde, aussi bien que dans l'Europe occidentale.

La végétation admirable que nous venons de caractériser en quelques mots s'est épanouie pendant une période que l'on peut appeler l'antiquité dans l'histoire géologique de la terre ; il v avait alors à sa surface quelques Gymnospermes, mais, comme ils ne formaient qu'une minorité, on peut désigner celte ère sous le nom de règne des Cryptogames vasculaires.

Pendant une immense période appelée secondaire, qui est pour ainsi dire le moyen âge de notre globe, la végéta- UHon a commencé à changer notablement d'aspect, et c’est vers la fin de celte époque reculée que les plantes angiospermes ont fait leur apparition. Bien quel'on puisse voir déjà mamifestement les caractères de la flore se modifier avec les pays, indiquant d'une manière nette qu'il v avait déjà des climats à la surface dela lerre, cependant la plus grande partie de l'Europe (etla France notamment) était encore couverte de végétaux conservant les caractères de plantes des pays chauds.

La première époque des temps secondaires mérite d'être appelée le règne des Gymnospermes. Parmi les Conifères, on remarque les Voltzies du Trias, les Taxées du Jurassique (Baiera), les Pachyphytlum Czekanowskia et du même terrain ; on trouve des Araucaria et des Pins dans le Gault et le Néocomien, dont les formes se rapprochent des lypes qui

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LEPIDODENDRON ASBIE.|

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SIG LLARIA à LEPIDODENDARIFOLIA . REANARS"

SIGILLARIA ELEGANS.

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2, — Sigillaires et Lepidodendrons de la flore primaire (d'après Grand'Eury).

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vivent actuellement. Parmi les Cycadées, ce sont surtout les Pterophyllum, es Podozamiles, Zamiles ,ele., qui dominent. Un fait des plus remarquables, au point de vue de la distribution de ces groupes pendant celle période, c'est la présence dans certains dépôls arcliques (néocomiens) de vestiges qui rappellent les formes de la flore californienne actuelle caractérisée par le Sequoia (1).

L'apparilion des plantes Phanérogames angiospermes, qui est certaine à partir du Crélacé (2), c'est-à-dire vers la fin des

temps secondaires, amène l'élimination de la plupart des Coni-

fères, des Cycadées et des dernières Fougères arborescentes.

L'ère moderne de notre globe commence avec lépoque tertiaire, et les flores seplentrionales tendent à se rapprocher peu à peu de la végétation actuelle de nos pays, mais cependant on a encore trouvé, à l'origine de ces temps nouveaux, au Spitzherg el au Groenland, à 81 degrés de latitude boréale, des débris de Lauriers mélangés, il est vrai, à des restes de Chênes, de Platanes et de Hêtres. L'apparition de ces dernières espèces qui vivent maintenant dans les pays tempérés indique que le pôle commençait à se refroidir et que les climats se différenciaient déjà nettement. ;

Les terrains tertiaires ont été subdivisés, comme on sait, en Éocène, Oligocène, Miocène et Pliocène. Or, à la fin del'Éocène s’observe encore un climat chaud, car les Palmiers, les Dragonniers et les Protéacées dominent en Europe ; aux environs de Pariset de Londres, on a signalé des fruits de Nipa (analogues à ceux du Cocotier), des empreintes rapportées à des Palmiers comme les Arecs, Chamæropes et Éléides. Cette flore se relie intimement à celle de lOligocène, et la riche flore d'Aix en Provence (500 espèces) correspond à la fin de l'Éocène et au commencement de l'Oligocène : cette végétation d'Aix caractérise un climat très chaud et très sec où les saisons sont nettement marquées. On y trouve associés des Conifères ( Widdringlonia,Juniperus), des Palmiersnombreux, des Chênes, des Lauriers, des Pistachiers (3), etc. A la même

(1) Ce genre subsiste avec les Ginkgo au Groenland pendant le Crétacé.

(2) Les Monocotylédones (Rhizocaulon) apparaissent un peu avant dans le Kimmeridgien du Portugal.

(3) Cette flore a été surtout étudiée par M. de Saporta.

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